𝐂𝐡𝐚𝐩𝐢𝐭𝐫𝐞 𝟏
✨𝔸ℕℕ𝔼𝔼 𝟙 ✨
𝕷𝖊𝖘 𝖒𝖆𝖑𝖍𝖊𝖚𝖗𝖘 𝖉𝖊 𝕮𝖑𝖆𝖎𝖗𝖊
Non, vous ne rêvez pas. Claire est bien de retour, avec une toute nouvelle mise en beauté.
Claire sera le seul tome de la collection à être revisité. Peut-être pour une future publication papier ? Mais pas d’inquiétude, vous y retrouverez tous les autres personnages : Laura, Victoria, Kiko, Chris, etc. Ils ne seront que des personnages secondaires, mais ils auront leur importance. Tout comme je compte garder les moments clés de chacune de leurs histoires pour donner de la matière à cette version.
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✨𝕮𝖍𝖆𝖕𝖎𝖙𝖗𝖊 𝟏✨
Je déteste l’école.
Passer quinze ans de ta vie - dix pour les plus chanceux - à avaler des trucs qui ne t’intéressent pas, entouré de gens que tu ne supportes pas, à te faire rabaisser, moquer, insulter... que ce soit par les profs ou les autres. Une heure assise, tu changes de salle, tu recommences. Encore et encore, comme si tu n’étais qu’une pièce dans une usine. Et quand tu rentres chez toi, t’as encore des devoirs à faire.
Sérieusement... ça fait rêver qui ?
Les études supérieures, ça donne envie. Tu choisis tes études, ton école et tu travailles pour ton avenir. Ce que tu fais a de la valeur. Avec ou sans diplôme, tu peux fièrement dire : “J’ai fait ça.” Au collège, le brevet n’est qu’une façon de t’humilier. Si tu ne l’as pas, tu es un crétin. Au lycée, ils remontent le niveau du Bac pour récompenser l’élite. C’est comme ça qu’ils rangent les gens dans des cases. Sans Bac, tu n’es rien, tu ne vas nulle part.
J’aurais pu arrêter l’école à seize ans, comme j’avais prévu dès mon entrée en sixième. J’avais déjà compris qu’en étant livrée à moi-même, je n’allais jamais réussir dans la vie. Ma mère est une ratée, et c’est ce que je vais devenir si je persiste à croire en mes rêves. L’école d’Art peut tomber aux oubliettes. Dans quelques mois, j’aurai la majorité. Je pourrai chercher un vrai boulot et me casser d’ici, même si j’ai conscience qu’avec mon look et mon niveau d’étude, je n’irai pas très loin. Est-ce trop d’espérer une meilleure vie ?
On m’a catégorisée comme la fille à problèmes parce que je ne m’habille pas comme tout le monde, que je suis du genre solitaire et que je n’ai pas ma langue dans ma poche. Pourtant, je suis aussi la fille silencieuse, au fond de la classe, qui a appris à dessiner dans un carnet plutôt que dans les marges de ses copies, qui a une vie de merde, mais qui ne se plaint pas. Je n’ai pas d’amis et je n’en veux pas particulièrement. Je demande seulement qu’on me laisse tranquille.
- Vous n’irez pas loin dans la vie, Claire ! me répète pour une énième fois la prof.
C’est toujours à moi qu’ils s’en prennent. Ce qui doit les faire triper, c’est que je reste silencieuse, ou alors que je parte au quart de tour. Parce que si j’ai le malheur de répliquer, je suis la fautive. Trop de fois, on m’a demandé d’arrêter de “me sentir persécutée”. Alors, comment doit-on nommer le fait que le brouhaha vienne de mes camarades, mais que je sois la seule à me faire reprendre ? Quand je dis qu’ils nous prennent pour des robots : je n’écris pas le cours, donc je suis une ratée. Quelque part, c’est vrai. Mais ça ne leur donne pas le droit de me le balancer en pleine figure. Je n’y peux rien, moi, si ma mère a décidé de ne pas travailler et d’arrêter l’école si tôt qu’elle ne peut même pas m’aider à faire une division. Je suis encore une enfant,putain. Comment je suis censée me débrouiller dans un monde d’adulte quand je n’ai même pas eu le temps de vivre mon enfance ?
À deux doigts de tout envoyer balader, je resserre la mâchoire et appuie davantage sur mon crayon, la main devant mes yeux pour couvrir mon visage. Je fais mine de ne pas la voir, de ne pas l’entendre. Ses mots ne doivent pas m’impacter sinon, je fais me faire à nouveau humilier. Montrer ses émotions revient à leur offrir mes faiblesses.
- Et asseyez-vous correctement, nom de Dieu !
Rester assise une heure, le cul sur une chaise en bois, sans bouger, ce n’est pas mon délire. J’ai mal au derrière, au dos, ma peau colle et transpire. Encore une fois, ça n’a rien d’agréable. On est formatés pour agir comme des robots. Eh bien, je ne suis pas un robot. J’ai une conscience et des sentiments,merde!
Une jambe pliée, ma Doc Martens posée sur la chaise, mon short en jean me couvre assez pour qu’on ne voie rien en dessous. D’accord, ce n’est pas une position très adéquate pour le milieu scolaire, mais qui a établi cette règle ? En quoi me tenir ainsi va perturber le cours ou le sommeil de la prof ? Va-t-elle en faire des cauchemars ?
C’est la goutte de trop. Tous ces regards tournés vers moi étaient à peine supportables. J’ai horreur qu’on lève le ton sur moi. Ma mère ne l’a jamais fait, ce n’est pas une vieille peau que je vois quatre fois dans la semaine qui va se permettre de le faire. Et pourtant, je me montre plus mature que je ne le devrais - ce qui passe pour immature auprès des autres - en rangeant calmement mes affaires comme si le cours était terminé. La prof croise ses bras, attendant une réaction.
- Que faites-vous ? me demande-t-elle avec dédain.
Je me mets debout, l’air de rien. J’enfile mon sac, mon casque, et traverse la salle sous les yeux de mes trente-et-un autres camarades, tous bouche-bée. Heureusement, la prof ne tente pas de m’en empêcher, elle garde simplement un air abruti. Elle fait semblant d’être choquée, alors qu’elle attendait justement cette réaction de ma part. Ce n’est qu’une fois la porte passée qu’elle exerce un semblant d’autorité sur moi :
- Revenez ici, Claire !
Son but est d’alarmer le proviseur, dont le bureau se trouve à l’autre bout du couloir. Il a sûrement entendu mon nom et ne va pas tarder à sortir en trombe pour ajouter une fugue à mon dossier scolaire. Mon prénom est le seul que même les élèves d’autres classes, ou encore les nouveaux profs, connaissent. Pour eux, je suis une enfant de Satan, et ce n’est pas qu’à cause de mon look.
Enfin dehors,The Kids Are Comingdans les oreilles, je me sens revivre. Le monde extérieur m’offre une bouffée d’air, de la puissance et du plaisir. Mon sourire se dessine doucement sur mes lèvres quand j’approche de mon coin de Paradis. C’est mon endroit à moi, ma petite bulle où je n’ai pas de nom, mais que des idées. Un théâtre condamné depuis deux ans, qui devait être rénové, mais dont le chantier a été abandonné en cours de route. Il offre un petit coin de jardin lumineux et tranquille qui n’est visité que par les plus téméraires, parce qu’il faut escalader une énorme grille en fer.
Chaque fois que je m’y rends, je retrouve mes marques : le sentier sableux qui mène à une fontaine sèche et mousseuse, le banc en pierre fissuré ou encore, l’herbe toujours plus haute qui caresse la paume de ma main. Toute cette douceur offerte par la nature me rappelle que quelque part, ma vie a plus de sens. Je n’ai pas goût à beaucoup de choses, mais l’Art suffit à apaiser mes maux le plus profonds. Les dessiner les rend réels et palpables, comme s’ils ne faisaient plus partie de moi, mais qu’ils devenaient des êtres à part entière. Mes amis.
Néanmoins, il m’arrive de travailler sur des esquisses plus douces, plus lumineuses. Depuis hier soir - merci les insomnies - je suis sur ce couple en pleine étreinte charnelle. Je ne représente pas leurs visages, mais leurs corps entrelacés. Je capture un instant intime, leurs mains voyageant sensuellement sur le corps de l’un et de l’autre, dans un désir de partage et bienveillance. C’est le genre de rapport lent et passionnel qu’on imagine en grandissant, espérant secrètement trouver le prince charmant avec qui le partager. Ce n’est qu’un morceau de mon imagination, un désir inscrit au plus profond de mon âme, étouffé par une couche épaisse de noirceur.
Malgré le merveilleux chant des oiseaux, j’ai besoin de ma musique. J’ai monté le son si fort que je n’entends rien des alentours, je suis enfermée dans ma petite bulle créative. J’ai une attache particulière pour l’artisteTones & I, ses chansons me parlent comme si elle les avait écrites pour moi. Chaque fois que j’écouteNot Going Home, je me prends une claque. Généralement, elle est mentale et sentimentale, jamais physique. Aujourd’hui, elle est si violente que mon masque m’en tombe. En fait, je me prends vraiment un coup, au point que j’en sursaute et que la mine de son crayon se brise en rayant mon dessin.
- C’est bon, tu m’entends là ? aboie un type derrière moi.
Sonnée, je relève la tête pour voir deux hommes me contourner et se présenter devant moi. Je resserre mes jambes et retire carrément mon casque pour leur porter mon attention. Ils portent tous les deux des costumes et des petites chaussures vernies. L’un est assez petit avec un début de calvitie, un peu en retrait par rapport à l’autre, qui est carrément collé à moi, les cheveux mal brossés et une barbe de trois jours.
- Tu ne sais pas lire une pancarte ? continue le plus proche.
Il a une main dans sa poche, l’autre tendue pour m’indiquer la plaque contre la grille, bien trop loin pour être lisible. En effet, je n’y avais pas fait attention en l’escaladant.
- Depuis quand c’est une propriété privée ? C’est un théâtre !
Le type doit avoir la trentaine et ses traits sont tirés comme si je venais de l’insulter. Il fronce ses épais sourcils et contracte la mâchoire. À tout moment, il me frappe.
- Exactement, c’est pas un coin de défoncés, ici. Alors tu lèves ton gros cul de là et tu dégages.
Tellement choquée, je reste un instant bouche bée. Le deuxième homme ne dit rien, mais je lis de la pitié dans son regard, comme s’il n’osait pas s’interposer mais qu’il ne cautionnait pas non plus le comportement de son collègue. Le soleil ne lui rend pas hommage comme l’autre, dont le châtain de ses cheveux prend une teinte dorée.
- Vous dites ça à cause de mon look ?
- J’en ai rien à foutre de ta tenue de prostituée. Dégages ! me hurle-t-il dans les oreilles, le regard toujours plus noir.
- Mais ça va pas, non ?! m’offusqué-je en me redressant d’un seul coup. Je ne suis pas une prostituée !
Je lui crache au visage. Cet amas de bave est préparé depuis qu’il m’a traitée de camée, mais je pensais pouvoir discuter avec lui avant de me défendre de cette manière. Il est agressif, alors je réponds de manière agressive. Dans ce monde, les dits-adultes ne sont en fait que de grands enfants qui n’aiment pas qu’on leur dise non.
Il s’essuie la joue mais ne me laisse pas le temps de ranger mes affaires. C’est trop tard, je n’ai pas agi comme il aurait voulu. Il attrape mon bras si violemment qu’il m’écrase aussitôt les os. Il me ramène à lui et en me confrontant de son visage si près du mien, il essaie d’assoir sa domination.
- Darill, arrête ! C’est qu’une gamine..., murmure son ami.
Terrorisée, je m’en tiens à mes réflexes, ces gestes que j’ai imaginé cent fois “au cas-où je me ferais agressée.” Ce moment est venu. Je lève ma godasse de deux kilos pour lui écraser les testicules. Évidemment, je ne m’attendais pas à y arriver du premier coup. Mais au moins, je le fais lâcher et je tache son costume au niveau de la cuisse. Il est beaucoup plus préoccupé par son apparence que la mienne, alors j’en profite pour filer à toute allure avant qu’il ne se décide à me courir après.
Je ne regarde pas derrière moi, jamais. J’ai vu ça dans tous les films : la fille perd du temps en se retournant et se faire rattraper, puis tuer. D’après la haine qui se lisait dans ses yeux, je suis sûre de ne pas m’en sortir vivante. Je cours à en perdre haleine. Là, tout de suite, ma vie dépend du peu de cours de sport que j’ai suivi et la course n’en faisait pas partie.
Sans m’arrêter, je palpe mon derrière. Mon téléphone n’est pas dans ma poche, je l’ai oublié dans mon sac. Je ne peux pas faire demi-tour, je n’ai aucun moyen de contacter quelqu’un. Et puis, en y réfléchissant deux secondes, je me rends compte que je n’ai personne à appeler. Je ne peux pas non plus rentrer chez moi. Et s’il me suivait ? Et s’il découvrait où j’habite ?
Finalement, je tente un regard en arrière. Il n’y a personne et je n’en suis pas si étonnée. Le type m’avait tout l’air d’un bagarreur, mais pas d’un stalker. Il doit être trop occupé frotter son costume de luxe. En passant - pour une fois - par la grille ouverte, j’avais croisé une berline bien trop intacte pour être d’occasion. Il n’en a rien à faire de moi. Je ne suis qu’une camée à ses yeux, il voulait seulement me faire dégager du théâtre, et c’est chose faite. Il a dû pester un coup, puis a repris sa route. Ce qui m’emmerde, c’est ce qu’il fera de mes affaires. Dans le meilleur des cas, il les a jetées. Dans le pire, il en a fait de la bouillie en imaginant que c’était mon visage.
Il n’est plus là, pourtant, j’ai l’impression de sentir encore son parfum dans mes narines. J’ai aussi un arrière-goût de cigarette dans la gorge, comme si son souffle m’avait pénétré. C’est tout ce qu’il me reste, maintenant que j’ai perdu mon sac de cours, mon carnet de dessin, ainsi que mon téléphone.
La vie est beaucoup moins tranquille sans musique. Je ne me souvenais pas que les voitures étaient si bruyantes, ni que les lumières des boutiques étaient si lumineuses. En revanche, mes jambes se souviennent de tous les chemins empruntés. En déviant ma route pour éviter de rentrer chez moi, je me suis instinctivement dirigée vers l’appartement de mon cousin. Ce n’est pas auprès de ma mère que je trouverai du réconfort. Au moins, chez mon cousin, il y a aussi de l’alcool et Sebastian. Avec un peu de chance, je pourrai aussi trouver de quoi soulager la colère qui me consume actuellement.
✨✨✨
Me voilà enfin avec le premier chapitre de cette toute nouvelle version de Claire !
Je vais reprendre tous les moments clés parce qu’on n’oublie pas l’inoubliable, mais je vais les rendre encore plus magiques.
Dites-moi quel passage vous attendez le plus ?
À quelles questions attendez-vous des réponses ?
De quoi avez-vous besoin pour rendre cette histoire parfaite à vos yeux ?