No days off
Charlie
Un léger coup à ma porte m'a arrachée au rêve que je faisais, où Daniel Craig et moi nagions nus dans le lagon d'une île déserte.
Mes yeux se refermaient déjà quand on a frappé plus fort.
« Charlie ! T’es réveillée ? »
J’ai grogné en enfouissant mon visage dans mon oreiller. La voix de mon cousin était la dernière chose que je voulais entendre avant que Danny et moi ne passions aux choses sérieuses sur le sable.
Quand il a frappé une troisième fois, j’ai relevé la tête, agacée.
« Dégage, Mike ! » ai-je crié en direction de la porte de ma chambre.
J’ai entendu la poignée tourner et j’ai regardé à travers mes paupières entrouvertes Mike entrer comme si de rien n’était. Il se fichait bien que je sois en t-shirt de nuit et short en polaire, ma couette en boule à mes pieds.
C’est le prix à payer quand on partage un appartement avec un cousin qui ne connaît ni le mot « intimité » ni le concept d’« espace personnel ». Mais je suppose qu’après ce qu’on a vécu, ce genre de détails n'avait plus vraiment d'importance.
Mes parents sont morts à quelques mois d’intervalle quand j’avais dix ans. D’abord ma mère d’un cancer du sein, puis mon père d’un cancer du côlon. J’ai été recueillie par ma tante Shelly, la mère de Mike, qui était une mère célibataire. Je n’ai pas mis longtemps à réaliser qu’elle n’avait pas une once d’instinct maternel. Le petit ami de tante Shelly, David, aimait se faufiler dans la chambre de Mike la nuit, quand elle partait travailler au diner. Il n’avait que huit ans, et juste après le départ de David, Mike venait dans ma chambre pour pleurer jusqu’à s’endormir dans mon lit.
On a essayé de dire à tante Shelly ce qui se passait, mais elle nous a juste accusés de mentir pour détruire sa relation. Surtout que David niait tout en bloc et nous faisait passer pour des menteurs.
Puis, une nuit, peu après mon dix-septième anniversaire, David a zappé la chambre de Mike et a décidé de me rendre visite à moi. J’avais vu comment il dévorait mon corps de ses yeux. Je n’oublierai jamais le visage de Mike quand il a fait irruption dans ma chambre et a planté un couteau à steak dans le cou de David avant qu’il ne puisse me faire du mal. Il est mort sur le coup.
On a appelé les secours parce que c’est ce qu’on nous disait de faire en cas de problème. Après l’arrivée des flics, on a tout expliqué. Tante Shelly était hystérique et a raconté qu’on détestait David et qu’on l’avait tué par jalousie. Mais ils nous ont pris à part, Mike et moi. Après avoir vu les cicatrices sur le corps de Mike, ils ont choisi de nous croire. On a été placés en foyer ensemble jusqu’à ce que j’aie 18 ans. Ensuite, je suis partie en emmenant Mike. On a quitté Stoke pour Londres sans jamais regarder en arrière. Mike a toujours été là pour moi dans les bons comme dans les mauvais moments, et vice versa. C’était mon roc. La seule famille que j’avais et la seule personne autorisée à interrompre mon précieux sommeil.
« J’ai besoin d’une faveur, ma belle. » La voix de Mike était plus mielleuse que jamais alors qu’il s’asseyait sur le bord du lit, contre ma hanche.
Je me suis assise avec un soupir lourd, sachant qu’il ne me laisserait pas en paix tant qu’il n’aurait pas obtenu ce qu’il voulait.
« Bon. Qu’est-ce qu’il y a ? » ai-je grogné, en dégageant mes cheveux noirs de mes yeux avant de les remonter en un chignon désordonné.
Les yeux bleu clair de Mike sont devenus rêveurs.
« Josh m’a fait la surprise d’une escapade d’un week-end en Cornouailles pour fêter notre premier anniversaire », a-t-il roucoulé.
J’ai haussé un sourcil.
Je pouvais pratiquement voir les cœurs dans ses yeux, comme à chaque fois qu’il parlait de son petit ami. Je ne pouvais pas lui en vouloir. J’avais passé assez de temps avec eux deux pour savoir que Josh était parfait pour mon cousin. Ça me donnait toujours un pincement au cœur de voir que mon cousin gay n’avait aucun mal à entretenir une relation, alors que je tenais à peine un mois avec quelqu'un.
« Mais je suis booké sur un vol privé pour Milan et je ne peux pas annuler. » Il a posé ses yeux de chien battu sur moi. « Tu dois le faire pour moi, Charlie. »
J’ai levé les yeux au ciel.
Mike et moi travaillions comme stewards pour LumiAirways, une compagnie aérienne britannique en pleine ascension, et on partageait un appart à Camden pour économiser le loyer. On avait tellement traversé de choses ensemble que vivre séparés, ou du moins ne pas être proches, aurait été bizarre.
Contrairement à moi, Mike ne respectait pas vraiment le règlement et acceptait des missions sur des vols privés les jours où il n’était pas de service. Il était payé à la mission, et ce qu’il gagnait sur un seul vol privé équivalait presque à son salaire mensuel chez Lumi. En plus, il avait une obsession pour les sacs de luxe et aimait s’en servir pour me soudoyer. Ça marchait la plupart du temps. Moi, par contre, je ne voulais pas risquer de me faire virer. Ce job était la seule chose qui me restait.
« S’il te plaît ! » Il a attrapé mes mains en les serrant. « Tu peux avoir mon sac Chanel Boy moyen, le gris Caviar. » Il a battu ses longs cils, sachant très bien que je le lorgnais discrètement depuis qu’il l’avait acheté, quelques semaines plus tôt.
Mes oreilles ont dressé le poil à cette offre, mais j’ai froncé les sourcils face à ses tactiques de manipulation.
« Tu sais très bien que c’est ma semaine de repos », lui ai-je dit avec un regard désapprobateur, tout en sachant que j’allais finir par céder parce que je les aimais tous les deux et que je voulais que mon cousin soit heureux.
« Tu peux aussi garder tout l’argent de la mission », a-t-il ajouté pour adoucir la pilule.
J’ai retenu mon souffle. Je pourrais utiliser cet argent pour acheter les nouveaux appareils électroménagers que je convoitais. J’avais pris des cours de cuisine pendant mon temps libre et ça me plaisait beaucoup. Le problème, c’est que le bon matériel coûte cher.
J’ai déplié mes jambes et je suis sortie du lit pour m’étirer.
« Tu sais pour qui est ce vol ? » J’ai croisé son regard, méfiante.
Il m’avait déjà confié plus d’une fois qu’il soupçonnait que les hommes de ces vols privés appartenaient à la Mafia. Non seulement ils portaient des armes et étaient couverts de tatouages sous leurs costumes à mille dollars, mais il devait aussi signer un accord de confidentialité avant chaque vol. Je devrais sûrement faire pareil.
Il a fait bouger ses sourcils de manière suggestive.
« Renato DeSantis », a-t-il lâché.
Mes sourcils ont bondi.
« Le mec avec qui tu es censé tromper Josh dans tes rêves ? » ai-je demandé avec sarcasme, car je savais que Mike avait le béguin pour lui. Il avait déjà fait quelques vols avec lui et revenait toujours à la maison surexcité, s’enfermant pendant des heures avec Josh.
« Ce mec est incroyablement beau », a soupiré Mike. « Pas du genre "joli garçon", il est bien trop vieux pour ça. Plutôt du genre "je vais te mettre sur mes genoux si tu ne te tiens pas tranquille". » Il s’est fait de l’air avec ses mains. « Ses yeux sont si intenses. Ça ne me dérangerait pas de l’appeler daddy. C’est exactement ton style. »
J’ai levé les yeux au ciel, car Mike savait que j’avais un faible pour les hommes plus âgés. Il me reprochait souvent d’essayer de sortir avec des gars de mon âge, concluant que c’était pour ça qu’aucune de mes relations ne tenait. Il m’avait aussi surprise à regarder du porno BDSM et je n’en avais jamais entendu la fin depuis.
« Je ne sais pas, Mikey », ai-je hésité. Un avion rempli d’hommes qui gagnaient probablement leur vie en tuant ?
« Au moins, tu passeras une soirée à Milan, a-t-il ajouté. Va dans un resto chic. Bois du vin. Drague des Italiens... »
« C’est bon, c’est bon », ai-je lâché précipitamment juste pour qu’il se taise. « Je dois être prête à quelle heure ? »
Mike a poussé un cri de joie et m’a serrée fort dans ses bras en sautillant sur place.
« Tu dois être sur la piste de décollage dans une heure ! » Il m’a lâchée et a filé hors de la pièce.
Mes yeux se sont écarquillés. Une heure pour faire ma valise et me préparer ? Pour l’Italie ?
« Mike ! »
Mon téléphone a émis un signal sonore pour un nouveau message.
En le saisissant sur ma table de chevet, j’ai jeté un coup d’œil à l’écran et mon cœur s'est arrêté quand j’ai vu qu’il s’agissait d’un e-mail de mon médecin.
Je me suis laissée retomber sur le lit et j’ai ouvert le message.
Tout le reste n’était plus qu’un flou, à l’exception d’un seul mot.
Positif.