L'Eveil du Feu Gelé : Tome II, Règne de Feu et de Cendres

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Résumé

La créature de la Mort vient de se réveiller, une passion vient d'émerger, des vérités sont sur le point de se révéler. Face à un monstre destructeur, Rhaenatys va apprendre que la confiance et à qui l'accorder seront primordiaux si elle veut que Velkaris survive. Dans un monde au bord du précipice, entre vengeance, devoir et passion interdite, Rhaenatys devra choisir. S'abandonner à la rage ou devenir l'espoir dont les royaumes ont besoin...

Genre :
Fantasy
Auteur :
Laura B
Statut :
En cours
Chapitres :
11
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre I « Drash del'Erum » : La Fin d'une Ere

- Que ceci soit le début d'une nouvelle ère...

Le murmure de Leviath retentit comme un vent froid, une menace sombre pour l'entièreté de Velkaris.

Les yeux perçants du Roi de Leviathor se posèrent sur tous les membres de l'assistance.

Allyra, future Reine d'Ailedor, croisa le regard du Roi et lui fit un ample sourire discret, lui transmettant son ambition audacieuse. Leviath regarda Lysenn II, souveraine d'Aurelion.

Lysenn but une coupe de vin épicé, se délectant du mélange, ou bien de l'annonce de la mort du dernier membre de la famille royale de Dragvard.

La Reine d'Aquelis, Aquata, soupira puis repoussa son assiette, le regard empli d'une tristesse que nul ne pouvait comprendre. Elle venait de perdre sa filleule.

Varnohr avait les yeux fermés, son poing se serrant, appuyant sur l'accoudoir de son fauteuil.

Leviath ne fut nullement surpris par la réaction du Prince de Vargrheim. Il connaissait les sentiments portés par le Loup Noir à la défunte Princesse de Dragvard... ce qui lui déplaisait fortement.

Toutefois, lorsque Leviath continua son inspection, son regard tomba dans celui d'un vert mordant. Salazar l'observait attentivement et il demeurait impassible, fidèle à lui-même. Tel un prédateur, le « Basilic de Serkhan » regarda le Roi de Leviathor, le défiant de faire une réflexion.

Leviath fut déconcerté quelques secondes par l'attitude étrange de ce serpent et ses yeux perçants. Cependant, il ne s'en formalisa point et se leva de table, tapotant son calice avec une cuillère en or. Aussitôt, l'attention se porta sur lui, les murmures s'éteignirent.

- Que ceci soit le début d'une nouvelle ère. Une ère où Velkaris cessera de s'agenouiller, n'aura plus à courber l'échine devant les vestiges d'un Royaume en cendres, consumé par ses propres flammes. Velkaris a trop longtemps vécu sous le joug des dragons et de leur feu. Il est temps d'éteindre leurs cendres. L'heure est venue de forger un seul Royaume. Le mien.

Les dirigeants des Royaumes eurent des réactions différentes. Si Ailedor et Aurelion se réjouissaient, Vargrheim, Aquelis et Serkhan demeuraient silencieux. Avant qu'un souverain ne puisse prendre la parole, Leviath poursuivit.

- Une nouvelle ère s'offre à nous ! Une ère de silence, de cendres, de sang... et de vérités. Le feu s'est enfin éteint, comme je l'avais prédit. Le règne du Feu est mort et jamais il ne renaîtra.

Etrangement, ces derniers mots lui firent l'effet d'un fouet sur le cœur. Il refoula cette sensation atrocement désagréable.

- Il est temps d'unir les Sept Royaumes sous une seule bannière. La mienne. À cause des déboires et des funestes décisions de Dragvard, Velkaris sombre peu à peu dans le chaos. Les Tribus Sauvages guettent le moindre signe de faiblesse pour frapper. Elles sont déjà aux portes d'Ishvaar. Elles déferleront sur le continent, tout comme Dragvard nous a jadis infectés de sa domination.

Son ton était devenu plus amer.

- Très chers, soyons honnêtes. Seule mon armée est en mesure de combattre et anéantir les Tribus Sauvages. Mon Royaume peut, à lui seul, écraser quiconque oserait se dresser contre lui. Mon Royaume possède la force, la richesse, la discipline, la gloire. Certes, le plus belliqueux également. Mais dites-moi : est-ce vraiment un défaut, en ces temps où le monde vacille ? Est-ce réellement un défaut, lorsque l'aube d'une guerre approche ?

À l'énonciation de « guerre », les souverains plissèrent les yeux. Allyra et Lysenn II se concertèrent à voix basse, tandis que Varnohr et Aquata se penchaient vers Salazar.

- Salazar, de quelle guerre parle Leviath ? murmura Aquata. Les Tribus Sauvages ont été repoussées aux confins d'Ishvaar. Et personne ne peut survivre dans ces terres gelées où l'hiver est éternel.

Le Prince de Serkhan la regarda, puis posa un instant ses yeux sur son ami, qu'on surnommait le « Loup Noir ». Vérifiant que Leviath ne les écoutait pas, Salazar répondit à voix basse :

- Je pense que Leviath parle d'une guerre contre Dragvard. Aujourd'hui, pour le plus grand malheur de Velkaris, Dragvard n'a plus de souverain. Dragomir Ier est mort, Deaharya a été assassinée, et Rhaenatys... a probablement été tuée elle aussi, sans doute par le même assassin que sa mère. J'ai la certitude que Leviath prépare une offensive contre Dragvard dans les semaines à venir. D'après mes espions, il lève ses troupes, les renforce, les entraîne sans relâche... Il aurait même crié : « pas de quartier pour les dragons ».

Salazar marqua une pause, le regard plus perçant encore.

- Et il y a autre chose. Des rumeurs disent que Leviath passe ses journées, enfermé, dans la bibliothèque royale, à la recherche d'un ancien grimoire rédigé à l'époque des Géants. On murmure qu'il chercherait à réveiller... le Léviathan.

Le regard de Varnohr et d'Aquata vira à la peur. Ils savaient déjà qu'un Dragon pouvait être encore en vie, mais si une autre créature s'éveillait... Velkaris plongerait dans un chaos sans fin. Alors que Varnohr s'apprêtait à parler, Leviath reprit, implacable :

- Si mon royaume est belliqueux, c'est précisément parce qu'il est le seul capable de défendre nos intérêts. Il pourra livrer bataille avec une hargne qu'aucun de vous n'imagine. Il anéantira tout ennemi qui se dressera contre nous, qu'il vienne des Terres Inconnues... ou du Royaume des Dragons. Mon royaume est le plus apte à gouverner les autres. Vos royaumes, en l'occurrence. Alors, très chers seigneurs, toute contestation est inutile. Leviathor sera bientôt le seul et unique Royaume de Velkaris.

Il marqua une brève pause, puis laissa tomber d'une voix froide :

- Mais si vous doutez encore de mon hégémonie... sachez que dans une semaine, mon armée sera aux portes du Détroit de Dragroc, prête à prendre Dragvard.

Là encore, il sentit sa poitrine se comprimait sous sa déclaration. Il fit taire cette impression. Les dignitaires des cinq autres royaumes poussèrent des exclamations de surprise. Leviath venait d'annoncer son intention d'attaquer le royaume réputé comme étant le plus puissant du continent.

- Dragvard tombera, et le règne du Feu s'éteindra pour toujours... et à jamais.

Salazar secoua la tête, un léger sourire en coin, mais Varnohr s'exclama :

- L'armée de Croc-Ardent ne te laissera jamais passer le Détroit, ni le Bassin des Cendres. Tu ne pourras jamais prendre Dragvard.

Les yeux brumeux de Leviath se posèrent sur le Prince de Vargrheim.

- Il suffit que Dravonhal chute... pour que tout le royaume suive.

Puis il balaya l'assemblée d'un regard vicieux. Au dehors, par les fenêtres ouvertes, on entendait les cris joyeux d'enfants jouant dans Thal'Nareth, insouciants des ombres qui s'amoncelaient sur Velkaris.

Leviath leva la voix, comme pour sceller son serment :

- Je prendrai la capitale, quoi qu'il m'en coûte. Je détruirai Dragvard, fût-ce au prix de mon armée... ou de mon peuple. Mais je jure que j'anéantirai Dragvard.

Sa dernière phrase résonna comme une prophétie. Leviath venait de se faire le serment de réduire en cendres le Royaume des Dragons.

Une nouvelle fois, son cœur se retrouva comme serrer entre un étau cinglant, le griffant de l'intérieur. Pourquoi ? Il n'en savait rien. Il voulait voir ce Royaume brûler... Réellement ?

Un silence pesant retomba sur la salle. Chacun des souverains semblait digérer l'énormité des paroles de Leviath. Puis le Prince de Vargrheim, se leva d'un bond, la voix chargée d'indignation :

- Un seul royaume ? Sous la bannière de Leviathor ? C'est une folie ! Depuis des siècles, Dragvard a tenu Velkaris hors des ténèbres. Nous sommes Sept Royaumes. Nous devons le rester. Jamais Vargrheim ne pliera le genou devant toi.

Son regard jeta des éclairs vers Leviath, sans la moindre crainte. Aquata, la Reine d'Aquelis, prit la parole à son tour. Sa voix était plus mesurée, mais non moins ferme :

- Dragvard est peut-être affaibli, mais il reste notre rempart. Les Tribus Sauvages n'attendent qu'une guerre fratricide pour nous submerger. Diviser Velkaris, c'est ouvrir la porte au chaos. Si tu marches sur Dragvard, c'est l'ensemble du continent qui brûlera.

Elle fit une pause, son regard brillant d'inquiétude.

- Je ne souhaite pas que Dragvard règne seul sur tous, comme cela l'était jadis... mais certainement pas que Leviathor l'écrase et enchaîne le reste de nos royaumes.

Salazar joignit les mains, ses anneaux scintillant sous la lumière. Son regard dévia des yeux nuageux de Leviath pour se poser sur le pendentif autour de son cou. Là, un fin sourire vil se dessina, créant une fossette.

Le Roi Serkhan haussa les sourcils d'un air à la fois ironique et prudent :

- Il est vrai que Dragvard a commis bien des erreurs... Mais Leviathor n'est pas connu pour sa clémence. Le serpent qui prétend protéger le nid peut aussi le dévorer, Leviath. Veillons à ne pas nourrir la bête qui finira par nous dévorer tous.

Sa voix coulait comme un poison, laissant flotter une menace voilée. La Princesse d'Ailedor leva alors son verre, un sourire froid sur les lèvres :

- Mais enfin, mes amis ! Quelqu'un a enfin le courage de changer le destin de Velkaris ! Dragvard se croit maître de tous, mais n'apporte plus que ruine et vieilles querelles. Nous n'avons que trop attendu la chute des dragons. Je soutiens Leviath. Que Dragvard tombe, et que commence l'ère de Leviathor.

Lysenn II, Reine d'Aurelion, hocha la tête gravement. Elle prit la parole d'une voix claire :

- Leviathor a la force et la discipline que Dragvard a perdues. Si l'équilibre doit être rompu, mieux vaut qu'il le soit en faveur d'un royaume puissant... plutôt que sous la botte des Tribus Sauvages. Dragvard a vécu trop longtemps sur sa gloire passée. Je ne verserai pas de larmes pour lui.

Varnohr frappa du poing sur la table.

- Trahison ! Vous êtes prêtes à vendre Velkaris au plus offrant, simplement parce qu'il brandit ses épées plus haut que les autres ?

Leviath leva une main, pour réclamer le silence. Son regard embrasa la salle, et sa voix vibra de froide assurance :

- Le règne du Feu s'est éteint. Il ne renaîtra jamais.

Ces simples phrases lui gelèrent le cœur, lui lacérant. Il prit une lente inspiration puis reprit.

- Et si je dois consumer Dragvard pour en faire la preuve... alors je le ferai. Car il n'y aura qu'un seul roi, un seul royaume. Le mien.

Dans un coin de la salle, un éclat de lumière se refléta sur l'acier d'une armure. Comme un avertissement muet que le sang pourrait bientôt couler. Au loin, les cloches de Thal'Nareth sonnèrent l'heure, sans se douter qu'une ère entière venait peut-être de s'achever.

Ainsi, déjà, deux camps semblaient se dessiner. Varnohr, Aquata et, plus prudemment, Salazar, refusaient de voir Dragvard tomber ou Leviathor régner seul. Allyra et Lysenn, au contraire, paraissaient prêtes à couronner Leviath empereur de tout Velkaris.

Mais sous les discours et les menaces, sous la clameur des alliances et des trahisons, le tissu même du monde commençait à frissonner. Comme si quelque chose, dans les profondeurs, se réveillait...

Et quelque part, très loin vers le Sud, sous un ciel où les étoiles vacillaient comme des braises, une silhouette avançait dans un désert de flammes.

La tempête de sable la cinglait, griffait ses joues, arrachait à ses lèvres des mots qu'elle-même ne comprenait plus. Rhaenatys. Était-ce elle ? Était-ce seulement réel ?

Chaque pas la rapprochait d'une montagne noire, démesurée, surgie du sol comme la dent d'un dieu mort. Ses flancs étaient zébrés de veines de givre qui palpitaient faiblement, telles des artères sous une peau glacée.

Des murmures montaient du vent, moitié langage humain, moitié sons trop anciens pour être nommés. Elle crut entendre son nom, porté par une voix profonde, venue des entrailles du monde.

Rhaenatys posa une main sur la roche glacée mais brûlante. La pierre vibra sous ses doigts.

Au sommet de la montagne, sur des strates de glace épaisse, quelque chose respirait. Son souffle résonnait, lent, abyssal.

Rhaenatys ferma les yeux. Était-elle vraiment là ? Ou était-ce encore ce rêve obsédant qui la hantait chaque nuit ?

Puis une lueur, bleue et pâle à la fois, comme de la neige fondue, coula entre les crevasses de la roche. Et, à la cime de ce mont, dissimulé par une brume épaisse, presque poisseuse, une paupière sembla frémir.

Mais quand Rhaenatys rouvrit les yeux, il n'y avait plus rien que la montagne muette, battue par le vent brûlant des Vhal'Fareth.

Dans les profondeurs de Velkaris, une ère ancienne se redressait déjà, prête à réclamer son dû.