☏ 𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟏
Luciano
Je savoure un café noir, comme d'habitude, dans un petit café en face de la boulangerie des Moretti. Cela fait trois semaines que je suis revenu à Vérone, en Italie. Ces paysages enchanteurs m'ont terriblement manqué, tout comme les belles femmes qui attirent mon regard. Rien de prétentieux, juste une observation honnête. Je respire le parfum envoûtant du café qui pénètre chaque fibre de mon être, rappelant à mon esprit son besoin urgent de caféine.
Ah de retour au bercail rime avec le retour aux ennuis liés à la mafia. Je ne suis pas pressé de replonger dans ce monde, surtout avec quelques petites frappes qui vont me casser les pieds pour rejoindre le cartel. Mon oncle Alvaro Alfonso a pleuré en lisant la lettre de ma cousine Livia il y a quelques mois, mais ça ne m'a fait ni chaud ni froid, venant d'un lâche.
Mon père m'a toujours appris à traiter une femme avec respect, même celle qui pourrait être la plus détestable. C'était un homme avec un grand H, digne en toutes circonstances. Même dans ses derniers instants, il est resté fidèle à lui-même. Il demeure mon modèle, aujourd'hui comme demain.
Je fini de savourer la dernière gorgée de mon café corsé avant de reposer la tasse sur sa soucoupe. Mes yeux se posent sur la jeune vendeuse, qui se tient derrière la caisse enregistreuse, accueillant ses clients avec une gentillesse désarmante.
À cette heure-ci, la boutique déborde de monde. La ravissante rousse aux boucles flamboyantes et aux yeux aux couleurs changeantes engage la conversation avec une vieille dame du village, véritable commère dans l'âme. Madame Ricci, c'est la voix de Vérone, rien ne lui échappe, chaque rumeur et chaque nouvelle lui parviennent comme par enchantement.
On dit souvent que l'âge apporte la sagesse, mais pour certaines personnes, cela semble être une exception.
Cette dame âgée ne m'a jamais vraiment captivé, elle a une fâcheuse tendance à s'immiscer dans des affaires qui ne la regardent pas.
Son époux, Monsieur Ricci, a quitté ce monde il y a vingt ans, emporté par un cancer général. Depuis, elle vit seule, n'ayant jamais songé à se remarier. Madame Ricci avait une affection si profonde pour son mari, et c'est émouvant de constater qu'elle lui reste fidèle, même après toutes ces années passées sans lui.
La mort les a séparés, mais son amour perdure. C'est la seule chose que j'admire chez elle. Cette vieille peau est coriace et ne se laisse pas impressionner facilement. On peut deviner qu'elle était, dans sa jeunesse, une vraie rebelle. Je l'imagine en train de déguster son thé tout en ourdissant des plans sournois derrière le dos de ses prétendues amies.
Je détourne le regard vers la sublime créature qui lui adresse la parole, arborant un irrésistible sourire qui éveille en moi des désirs inavoués.
Ilaria Moretti est une bombe de calibre élevée, une beauté à couper le souffle, si envoûtante qu'elle suffit à provoquer en moi une érection rien qu'en la contemplant. Ça fait un an que j'ai le béguin pour elle et je suis conscient que je ne suis pas l'homme qu'il lui faut. Je suis impliqué dans des affaires obscures liées à la mafia, et la revendiquer comme mienne pourrait lui causer de sérieux ennuis.
Rebelle dans l'âme, je n'hésiterai devant rien pour obtenir ce que je désire. Même si cela implique d'expier mes fautes, je doute que cela ait un impact sur moi. Je suis le plus terrifiant des êtres humains, un homme d'une séduction troublante, les mains maculées du sang de nombreux malfaiteurs. La mafia donne naissance aux créatures les plus obscures que l'humanité ait jamais engendrées.
Pourtant, tous les criminels ne sont pas des psychopathes ou des prédateurs. Chacun rend la justice à sa manière, et chaque être humain porte en lui une vision du monde unique. Qui peut prétendre savoir comment les autres perçoivent la réalité de notre existence ?
Aujourd'hui, c'est l'heure de la boucherie ! Je sens qu'une vie est sur le point de s'éteindre.
Je vois du coin de l'oeil un homme reluquer ma Ilaria avec concupiscence. Je paie mon café en mettant mes lunettes de soleil avant de sortir du café pour rejoindre la boulangerie les poings fermés le long de mon corps.
En trois enjambées je traverse la route et me retrouve devant la devanture ou est inscrit l'enseigne Dolci di Verona en haut de la vitrine.
Sans plus tarder, je pénètre à l'intérieur en observant le type qui fait des menaces à la belle rousse qui est très appréciée ici.
- Ascoltami bene, perché se non hai i fondi per restare qui, non avrò altra scelta che chiederti di andartene e cedere il mio spazio a qualcun altro. (Prête-moi une oreille attentive, car si tu ne disposes pas des fonds nécessaires pour rester ici, je n'aurai d'autre choix que de te demander de partir et de céder mon espace à quelqu'un d'autre.)
Il marque une pause, se rapprochant d'elle tout en effleurant doucement l'une de ses boucles.
- Hai tre giorni per consegnarmi i soldi di persona. Non un giorno in più. è chiaro, Ilaria? Non dimenticare, l'offerta che ti ho fatto in precedenza è ancora sul tavolo se vuoi riconsiderare la tua decisione. (Tu as trois jours pour me remettre l'argent en personne. Pas un jour de plus. Est-ce que c'est clair, Ilaria ? N'oublie pas, l'offre que je t'ai faite précédemment est toujours sur la table si tu souhaites reconsidérer ta décision.)
Il termina en se léchant la lèvre inférieure avec une certaine convoitise.
Au même moment, je lui saisi sa main qui s'apprêtait à se poser sur son épaule.
je le repousse en lui disant d'une voix sec :
- Tieni le tue sporche mani lontano da lei! (Éloigne tes sales mains d'elle !)
- E tu chi sei? (Et toi, t'es qui ?)
- Il suo protettore, quindi vattene prima che ti riduca in cenere! (Son protecteur, alors fous le camp avant que je te réduis en tas de cendre !)
Le type se volatilise, esquivant toute tentative d'explorer la situation, face à mon regard perçant et désapprobateur.
J'ancre mon regard dans le sien, un véritable kaléidoscope de couleurs.
- Qual è il tuo nome mia bellissima (Quel est ton nom ma belle), dis-je en retirant mes lunettes de soleil.
- Lo sono Nano ! (je suis Naine !) rétorque Ilaria tout en frottant la vitrine.
- Il mio piccolo dito mi dice che non sei sincero (Mon petit doigt me dit que tu n'es pas sincère.) Je souffle, m'appuyant contre le comptoir.
- Che ti sussurra ancora il mignolo? (Que te murmure encore ton petit doigt ?) Je t'écoute, continue-t-elle en me jugeant de son regard vairon.
- Che sei la più deliziosa delle donne (Que tu es la plus délicieuse des femmes), lui réponds-je en arrimant mes yeux dans les siens.








