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Luciano
Je savoure un cafĂ© noir, comme d'habitude, dans un petit cafĂ© en face de la boulangerie des Moretti. Cela fait trois semaines que je suis revenu Ă VĂ©rone, en Italie. Ces paysages enchanteurs m'ont terriblement manquĂ©, tout comme les belles femmes qui attirent mon regard. Rien de prĂ©tentieux, juste une observation honnĂȘte. Je respire le parfum envoĂ»tant du cafĂ© qui pĂ©nĂštre chaque fibre de mon ĂȘtre, rappelant Ă mon esprit son besoin urgent de cafĂ©ine.
Ah de retour au bercail rime avec le retour aux ennuis liés à la mafia. Je ne suis pas pressé de replonger dans ce monde, surtout avec quelques petites frappes qui vont me casser les pieds pour rejoindre le cartel. Mon oncle Alvaro Alfonso a pleuré en lisant la lettre de ma cousine Livia il y a quelques mois, mais ça ne m'a fait ni chaud ni froid, venant d'un lùche.
Mon pĂšre m'a toujours appris Ă traiter une femme avec respect, mĂȘme celle qui pourrait ĂȘtre la plus dĂ©testable. C'Ă©tait un homme avec un grand H, digne en toutes circonstances. MĂȘme dans ses derniers instants, il est restĂ© fidĂšle Ă lui-mĂȘme. Il demeure mon modĂšle, aujourd'hui comme demain.
Je fini de savourer la derniÚre gorgée de mon café corsé avant de reposer la tasse sur sa soucoupe. Mes yeux se posent sur la jeune vendeuse, qui se tient derriÚre la caisse enregistreuse, accueillant ses clients avec une gentillesse désarmante.
à cette heure-ci, la boutique déborde de monde. La ravissante rousse aux boucles flamboyantes et aux yeux aux couleurs changeantes engage la conversation avec une vieille dame du village, véritable commÚre dans l'ùme. Madame Ricci, c'est la voix de Vérone, rien ne lui échappe, chaque rumeur et chaque nouvelle lui parviennent comme par enchantement.
On dit souvent que l'Ăąge apporte la sagesse, mais pour certaines personnes, cela semble ĂȘtre une exception.
Cette dame ùgée ne m'a jamais vraiment captivé, elle a une fùcheuse tendance à s'immiscer dans des affaires qui ne la regardent pas.
Son Ă©poux, Monsieur Ricci, a quittĂ© ce monde il y a vingt ans, emportĂ© par un cancer gĂ©nĂ©ral. Depuis, elle vit seule, n'ayant jamais songĂ© Ă se remarier. Madame Ricci avait une affection si profonde pour son mari, et c'est Ă©mouvant de constater qu'elle lui reste fidĂšle, mĂȘme aprĂšs toutes ces annĂ©es passĂ©es sans lui.
La mort les a séparés, mais son amour perdure. C'est la seule chose que j'admire chez elle. Cette vieille peau est coriace et ne se laisse pas impressionner facilement. On peut deviner qu'elle était, dans sa jeunesse, une vraie rebelle. Je l'imagine en train de déguster son thé tout en ourdissant des plans sournois derriÚre le dos de ses prétendues amies.
Je détourne le regard vers la sublime créature qui lui adresse la parole, arborant un irrésistible sourire qui éveille en moi des désirs inavoués.
Ilaria Moretti est une bombe de calibre Ă©levĂ©e, une beautĂ© Ă couper le souffle, si envoĂ»tante qu'elle suffit Ă provoquer en moi une Ă©rection rien qu'en la contemplant. Ăa fait un an que j'ai le bĂ©guin pour elle et je suis conscient que je ne suis pas l'homme qu'il lui faut. Je suis impliquĂ© dans des affaires obscures liĂ©es Ă la mafia, et la revendiquer comme mienne pourrait lui causer de sĂ©rieux ennuis.
Rebelle dans l'Ăąme, je n'hĂ©siterai devant rien pour obtenir ce que je dĂ©sire. MĂȘme si cela implique d'expier mes fautes, je doute que cela ait un impact sur moi. Je suis le plus terrifiant des ĂȘtres humains, un homme d'une sĂ©duction troublante, les mains maculĂ©es du sang de nombreux malfaiteurs. La mafia donne naissance aux crĂ©atures les plus obscures que l'humanitĂ© ait jamais engendrĂ©es.
Pourtant, tous les criminels ne sont pas des psychopathes ou des prĂ©dateurs. Chacun rend la justice Ă sa maniĂšre, et chaque ĂȘtre humain porte en lui une vision du monde unique. Qui peut prĂ©tendre savoir comment les autres perçoivent la rĂ©alitĂ© de notre existence ?
Aujourd'hui, c'est l'heure de la boucherie ! Je sens qu'une vie est sur le point de s'éteindre.
Je vois du coin de l'oeil un homme reluquer ma Ilaria avec concupiscence. Je paie mon café en mettant mes lunettes de soleil avant de sortir du café pour rejoindre la boulangerie les poings fermés le long de mon corps.
En trois enjambées je traverse la route et me retrouve devant la devanture ou est inscrit l'enseigne Dolci di Verona en haut de la vitrine.
Sans plus tarder, je pénÚtre à l'intérieur en observant le type qui fait des menaces à la belle rousse qui est trÚs appréciée ici.
- Ascoltami bene, perchĂ© se non hai i fondi per restare qui, non avrĂČ altra scelta che chiederti di andartene e cedere il mio spazio a qualcun altro. (PrĂȘte-moi une oreille attentive, car si tu ne disposes pas des fonds nĂ©cessaires pour rester ici, je n'aurai d'autre choix que de te demander de partir et de cĂ©der mon espace Ă quelqu'un d'autre.)
Il marque une pause, se rapprochant d'elle tout en effleurant doucement l'une de ses boucles.
- Hai tre giorni per consegnarmi i soldi di persona. Non un giorno in piĂč. Ăš chiaro, Ilaria? Non dimenticare, l'offerta che ti ho fatto in precedenza Ăš ancora sul tavolo se vuoi riconsiderare la tua decisione. (Tu as trois jours pour me remettre l'argent en personne. Pas un jour de plus. Est-ce que c'est clair, Ilaria ? N'oublie pas, l'offre que je t'ai faite prĂ©cĂ©demment est toujours sur la table si tu souhaites reconsidĂ©rer ta dĂ©cision.)
Il termina en se léchant la lÚvre inférieure avec une certaine convoitise.
Au mĂȘme moment, je lui saisi sa main qui s'apprĂȘtait Ă se poser sur son Ă©paule.
je le repousse en lui disant d'une voix sec :
- Tieni le tue sporche mani lontano da lei! (Ăloigne tes sales mains d'elle !)
- E tu chi sei? (Et toi, t'es qui ?)
- Il suo protettore, quindi vattene prima che ti riduca in cenere! (Son protecteur, alors fous le camp avant que je te réduis en tas de cendre !)
Le type se volatilise, esquivant toute tentative d'explorer la situation, face à mon regard perçant et désapprobateur.
J'ancre mon regard dans le sien, un véritable kaléidoscope de couleurs.
- Qual Ăš il tuo nome mia bellissima (Quel est ton nom ma belle), dis-je en retirant mes lunettes de soleil.
- Lo sono Nano ! (je suis Naine !) rétorque Ilaria tout en frottant la vitrine.
- Il mio piccolo dito mi dice che non sei sincero (Mon petit doigt me dit que tu n'es pas sincĂšre.) Je souffle, m'appuyant contre le comptoir.
- Che ti sussurra ancora il mignolo? (Que te murmure encore ton petit doigt ?) Je t'écoute, continue-t-elle en me jugeant de son regard vairon.
- Che sei la piĂč deliziosa delle donne (Que tu es la plus dĂ©licieuse des femmes), lui rĂ©ponds-je en arrimant mes yeux dans les siens.








