Prologue
Cette nuit, la Lune est pleine, charnue, à croquer. Indécente presque. Incandescente. Sur la pointe de mes pieds nus, je peux presque la toucher du bout du nez. Je ne trouve pas le sommeil. Alors je veille, perchée sur les toits de Paris j’observe, toute la nuit, éblouie, l’éclat de cette lune que bientôt je regarderai d’ailleurs.
Celle que l’on appelle la ville lumière semble s’être soudain plongée dans l’obscurité pour que la Lune scintille autant. Et le silence est perçant. Je crois n’avoir jamais entendu pareil silence dans Paris.
Le vent frais se glisse sous ma longue chemise de nuit blanche en coton, la fait valser. Il me chatouille le bout de mon nez pointé vers les étoiles, et me rappelle à mon sort.
Combien d’yeux sont rivés au même instant sur ce ciel? Combien d’entre nous, demain, devrons quitter cette ville qui a été mon berceau pendant dix-huit années?
Cette nuit, j’ai le spleen de toi Paris. De ces toits sales et gris, trop souvent mouillés et glissants, du haut desquels j’ai passé tant de temps à observer les passants, le ciel et tant de silhouettes derrière des fenêtres tachées.
Perchée sur ces toits, j’avais eu tant de fois la vision d’un Paris en noir et blanc le jour, un Paris aux différentes nuances de zinc, qui une fois la nuit tombée, comme d’un coup de baguette du magicien d’Oz, s’illuminait. Ce Paris où règne la gardienne de fer, à sa couronne ce phare qui perce la nuit, veille sur nous et nous guide, ou nous aveugle.
Ce Paris habituellement vacarme se tait ce soir et parait désormais différent car il est déjà presque l’heure. L’heure d’un jour neuf marqué par le départ.
Ils appellent cela la Quête. Un passe obligé, une étape par laquelle nous devons tous passer afin de pouvoir continuer notre chemin de vie. Une nouvelle page de mon histoire personnelle est sur le point de s’écrire, et ce que je sais c’est que certains sont revenus différents et beaucoup d’autres ne sont jamais réapparus.
Ma mère m’a souvent répété et rien de plus, que sur ce chemin certains se sont trouvés, d’autres se sont perdus. Mon père, lui, n’en parle pas. Jamais. D’ailleurs, personne n’en parle vraiment jamais. Personne ne sait rien sur la Quête avant de prendre chemin et pour les revenants en parler est défendu. « Motus et biuche cousue » m’ont tant de fois répété mes parents, leur index presque menaçant sur mes lèvres.
La seule chose dont je suis certaine est que nous devons tous nous mettre en route à l’âge de dix-huit ans. C’est l’unique loi commune à l’ensemble des pays et états fu monde. Pour le reste, ni consignes, ni réponses. Seul le voyage m’en apprendra plus.