Sous le poids du silence

Résumé

JIMIN : Ma vie a basculé à la mort de mon père, et depuis, j’ai appris à accepter que ma voix ne sera plus jamais la même. Il y a des années et un océan entier entre le petit garçon que j’étais et l’homme que je suis devenu. Étudiant boursier. Meilleur ami loyal. Combattant talentueux. La seule épine dans mon pied, c’est Jungkook Jeon. Arrogant, populaire, trop beau pour son propre bien, et obstiné à vouloir m’appeler son ami. Lorsqu’un pari perdu se transforme en un voyage en Italie où je dois jouer le rôle de son faux petit ami, nous devenons bien plus proches que ce que nous avions prévu, et il ne faut pas longtemps pour que les frontières entre la fiction et la réalité se brouillent. Ce qui ne plaît pas à tout le monde. JUNGKOOK : Jimin Park est un mystère : calme, fort, réservé et apparemment immunisé contre mon charme. Non seulement je veux tout savoir sur lui, mais j’ai besoin de lui prouver qu’il peut me faire confiance. Je n’ai pas l’intention de tomber amoureux. Je n’ai jamais de relations sérieuses, mais il est tout ce que je ne savais pas que je recherchais. Faire semblant est impossible quand tout ce que nous ressentons est si 𝘳é𝘦𝘭. Assez pour que quelqu’un en qui j’ai confiance soit prêt à nous détruire, en brisant mon cœur au passage.

Genre :
Romance
Auteur :
jimena
Statut :
Terminé
Chapitres :
35
Rating
5.0 2 avis
Classification par âge :
18+

1. PROLOGUE

JIMIN

12 ans

— Jimin, attends-moi ! — crie mon ami, Lucas, alors que je franchis les portes de l’école.

Le ciel est sombre et une odeur de pluie flotte dans l’air. Je veux rentrer chez moi avant que les nuages n’éclatent, car je n’ai ni manteau ni parapluie.

— Tu veux qu’on rentre ensemble ? — demande-t-il en me rattrapant. Je vais passer par le bois, c’est plus rapide pour rentrer.

D’habitude, je ne prends pas ce chemin, même si c’est plus court. Maman préfère que j’évite d’y aller, car il est facile de s’y perdre et ça l’inquiète. Nous ne vivons dans cette ville que depuis quelques mois et je m’habitue à peine au quartier. Je n’étais pas ravi de déménager. Ce n’est pas comme si j’avais beaucoup d’amis dans mon ancienne école, mais maman pensait qu’une plus petite ville serait mieux pour nous deux que le centre-ville où nous vivions avant.

Je sais que je devrais rentrer par le chemin que maman préfère. Mais Lucas est génial ; il est très populaire et c’est aussi le seul ami que j’ai. C’est dur de se faire des amis quand on ne parle pas, et quand le fait d’être près de nouvelles personnes ou de grands groupes me donne des fourmillements sur la peau et des douleurs au ventre. Mais Lucas est gentil. Il ne se moque jamais de moi comme les autres gamins. Et même si nous ne sommes amis que depuis quelques semaines, c’est l’une des meilleures personnes que je connaisse.

En regardant la rue devant l’école, je ne vois aucun des autres garçons de ma classe. Ceux qui me cherchent des ennuis et me traitent de bizarre. Je reste toujours un peu après les cours pour m’assurer qu’ils sont partis avant de rentrer à pied.

— Allez, mon pote. — Il me pousse de l’épaule et désigne la direction du bois. — Je parie que je peux arriver au lisière des arbres avant toi, et après on traverse en quatrième vitesse, ça te va ? Le perdant paie des bonbons demain.

Ma peau se hérisse quand je regarde les nuages sombres et menaçants. Les poils de ma nuque se dressent à l’idée de courir au milieu de ces arbres denses. Je n’ai pas peur. Les gamins de douze ans n’ont pas peur du noir et ne pensent pas aux monstres qui guettent dans les recoins sombres des bois oubliés. Non, je n’ai pas peur. Pas du tout.

Je secoue mes bras pour dissiper les picotements, et je trottine sur place avant de regarder Lucas. Je hoche la tête, le menton pointé vers la lisière du bois.

Il sourit, ses yeux jettent un coup d’œil derrière moi, puis il pivote sur ses talons et se penche, prêt à démarrer une course.

— À vos marques.

Je me mets en position.

— Prêts, partez !

Lucas s’élance et prend de l’avance. Mais je suis plus rapide. Alors que j’inspire une bouffée d’air humide, je le dépasse en jetant un coup d’œil du coin de l’œil. Quand j’atteins la lisière des arbres qui marque le début du bois de Hornington, je suis à bout de souffle.

Je pose mes mains sur mes genoux, prends une, deux, puis une troisième grande inspiration avant de me redresser. Lucas est à mes côtés, il halète bruyamment, ses joues rosies par le froid et l’effort.

— Je crois que j’apporterai les bonbons demain — dit-il avec un sourire.

Il marche devant moi, enjambant un arbre mort, ses pieds craquant sur un tapis de feuilles sèches.

Il règne un calme sinistre dans l’air et j’essaie de ne pas imaginer des créatures tapi dans les profondeurs sombres, cachées dans des terriers ou dans les broussailles épaisses à ma gauche. Les monstres n’existent pas, je me le répète alors que je suis Lucas dans ce bois qui s’assombrit. Il ne devrait nous falloir que cinq minutes pour atteindre l’autre côté, et ensuite, ce n’est plus qu’une petite trotte jusqu’à chez moi.

C’est seulement quand je suis en plein milieu du bois, à mi-chemin entre le point de départ et l’arrivée, que je réalise que Lucas vit dans la direction opposée. C’est pour ça qu’on ne marche jamais ensemble pour aller ou revenir de l’école. Mon ventre se noue et mon cœur se met à battre à tout rompre. Je passe mes mains dans mes cheveux et j’essaie de me concentrer sur ma respiration. Je ne veux plus être ici. Je veux rentrer chez moi.

Je me retourne pour trouver Lucas, mais au lieu de voir mon seul ami, je me retrouve face à face avec trois de mes propres monstres. Lucas est debout à côté d’eux, un demi-sourire aux lèvres. Je ne l’avais jamais vu me regarder comme ça, et ça fait encore plus mal au ventre.

Les trois autres garçons se dispersent pour m’encercler. L’un a son téléphone. L’autre tient une bombe de déodorant, et le troisième a le poing serré sur quelque chose que je ne peux pas voir.

— T’as l’air effrayé, petit bébé. T’as peur ? — se moque l’un d’eux. Je tourne sur moi-même, cherchant désespérément une issue. Je veux appeler à l’aide, mais mon corps et mon esprit ne fonctionnent pas comme ça.

Lucas ne bouge pas, même quand je le supplie du regard de m’aider. Qu’il se souvienne à quel point on s’est amusés la semaine dernière en faisant du vélo sur la piste de pumptrack. Mais ce n’est plus le même garçon avec qui j’ai passé le week-end. C’est un monstre, comme les trois autres. Je crois qu’il est même pire, parce qu’il a porté le masque d’un ami.

Un des garçons s’approche et je bondis de côté, prêt à m’enfuir vers la lisière du bois la plus proche de chez moi. Il tend la jambe, je trébuche et mon corps s’écrase au sol avec un bruit sourd. L’un d’eux arrache mon sac à dos et je l’entends tomber un peu plus loin, hors de ma vue.

Le garçon me retourne sur le dos, face à la canopée qui bloque le ciel. Quelques éclats de lumière percent tandis que mes yeux commencent à s’embuer. J’essaie de me retourner, mais Lucas saisit mes poignets. Ses mains se referment sur moi et il plaque mes mains contre le sol. Des branches cassées me griffent les bras, je me tortille et je lutte pour m’échapper de son emprise.

— Supplie et je te laisserai partir — ricane-t-il.

Les autres rient. L’un d’eux s’approche pour se poster au niveau de mes pieds. Il s’agenouille et enroule ses mains autour de mes chevilles. Ils m’immobilisent comme une étoile tombée du ciel.

— Fais-le, Dean, vas-y — exhorte celui qui est à mes pieds.

Son ami, celui qui a la bombe de déodorant, se penche et soulève mon t-shirt. Mon cœur essaie de sortir de ma poitrine, battant si fort que j’ai peur qu’il me transperce. Je veux hurler, mais je ne peux pas, et plus je me débat, plus Lucas serre mes poignets.

— Supplie et on te laissera partir — exige-t-il.

Le dernier garçon se tient de l’autre côté et je lève la tête pour voir Dean tenir la bombe au-dessus de mon ventre exposé.

— Allez, petit bébé, on veut t’entendre — dit-il en se moquant.

Alors qu’il vaporise le déodorant, le garçon en face desserre le poing et de la bile me monte à la gorge. J’ai des frissons, l’air frais rencontre l’humidité là où Dean a pulvérisé le produit.

— Demande-le gentiment et on arrêtera. C’est pourtant facile — répète Lucas.

Je secoue la tête, mes fins cheveux bruns se prennent dans les feuilles mortes pendant que je fixe son visage de monstre. Je détourne mon attention de lui pour me concentrer sur la lumière qui filtre à travers les arbres. Je ferme les yeux et j’essaie de m’imaginer parler. Dans ma tête, je pousse les mots, comme on pousserait un rocher en haut d’une colline. Mais je ne suis pas assez fort pour faire monter ces mots. Tout comme je ne suis pas assez fort pour me battre. Je suis trop petit. Trop faible. Trop seul.

Mes yeux s’ouvrent en grand lorsqu’une douleur blanche et brûlante m’enveloppe. Une odeur âcre de brûlé envahit l’air. Des larmes coulent le long de mes joues, dans mes oreilles, sur mon cou. Ma peau picote et chauffe jusqu’à ne plus sembler m’appartenir, comme si quelque chose d’autre était collé à moi.

— Espèce de bizarre — crie quelqu’un, mais je ne sais plus qui, tandis qu’un sifflement s’amplifie dans mes oreilles. — Tout ce que t’as à faire, c’est supplier, Park, et on arrêtera. Ouvre ta gueule, sale abruti.

J’arrête de lutter, mon corps s’affaisse alors qu’une autre vague de douleur frappe mon estomac et ma poitrine. Des images floues de visages rieurs et de monstres envahissent ma vision qui s’assombrit.

J’ai presque envie de rire de moi-même, parce que je suis vraiment un sale abruti. J’ai cru qu’un des garçons les plus populaires de l’école voulait être mon ami. Un garçon plus intelligent aurait su à quoi s’en tenir. Un garçon plus fort se serait défendu.



Des rires stridents et les visages flous de mes agresseurs envahissent mes rêves. Des yeux froids, des dents acérées. Des monstres qui viennent me chercher. Je me réveille en sursaut, le souffle court et saccadé, tandis qu’une sensation lourde et oppressante pèse sur ma poitrine. Mes bras s’agitent pour lutter contre des attaquants invisibles. Mais les mains qui se posent sur moi sont douces et chaudes. Réconfortantes. Pas comme les mains de tout à l’heure. Ou les griffes acérées de mon cauchemar.

Doucement, maman me serre contre elle. Elle sent cette fleur violette qu’on a au jardin, celle autour de laquelle les grosses abeilles poilues tournent toujours. J’adore ces abeilles. Elle me caresse les cheveux et m’embrasse le front. Je laisse mon corps s’enfoncer dans sa chaleur. Mes yeux s’ouvrent et se ferment, puis s’ouvrent à nouveau, captant la pièce d’hôpital très éclairée. Les murs gris, la couverture bleue sur mes jambes. Ma poitrine est couverte d’une épaisse gaze blanche, cachant l’horreur qui se trouve en dessous.

Même si mon corps ne me semble plus être le mien, je sais que je suis en sécurité, là, tout de suite. Les garçons qui m’ont mis ici sont partis. Les monstres ne sont plus qu’un mauvais rêve lointain.

Je dois me rendormir, car quand je reprends conscience, même les yeux fermés, je sais que maman n’est plus à mes côtés. Pourtant, elle est dans la chambre. Je l’entends demander à quelqu’un de baisser la voix pour ne pas me réveiller.

Elle croit que je dors et que je n’entends pas qu’elle pleure. Ses mots tremblent lorsqu’elle parle dans un murmure qui n’est pas assez doux pour passer inaperçu. Ses phrases sont hachées par les sanglots, et à chaque hoquet, mon cœur me fait un peu plus mal. Le son de sa tristesse, qui est entièrement de ma faute, me retourne le ventre. Comme si j’étais emporté par une vague trop puissante pour y échapper.

C’est parce que je suis faible.

Un vilain petit canard.

Un petit bizarre, un sale idiot.

— Ils l’ont envoyé à l’hôpital, bordel, Sandra ! — Sa voix monte, puis redescend alors que des chaussures traînent sur le carrelage. Quand elle reprend, sa voix est un peu plus éloignée. — Des gamins. Ses propres camarades de classe — dit-elle d’un ton bas. Soudain, je me souviens de comment je suis arrivé ici. Ma main glisse sur ma poitrine, effleurant les bandages épais. Je ne sens plus la douleur, mais même si les garçons qui m’ont fait ça me traitent d’idiot, je sais que ce qu’ils ont fait a laissé une trace. Une trace dont je ne me débarrasserai probablement jamais.

— Ils l’ont plaqué et lui ont brûlé la peau avec un briquet et une putain de bombe de déo !

— Je sais, Bee. On va retourner voir l’école. — La voix de Sandra est rassurante, forte et assurée. Il y a une tempête d’émotions qui hurle en moi, mais savoir qu’elle est là pour maman apaise un peu le chaos. Je ne peux même pas imaginer ce que ça doit être d’avoir une amie comme ça. Quelqu’un à qui on peut faire confiance. Quelqu’un qui vous soutient toujours.

— La police est impliquée cette fois — ajoute-t-elle. Ma maman pleure un peu plus fort, mon estomac se tord et se noue si fort que ma bouche devient étrange. Je crois que je vais vomir.

Cette fois. Parce que ce n’est pas la première fois qu’un harceleur me laisse une marque. C’est juste la première fois que c’est assez grave pour finir à l’hôpital. J’ouvre les yeux et je risque un coup d’œil rapide vers maman. Ses épaules sont affaissées, sa tête est enfouie dans ses mains, ses cheveux noirs retombent le long de son dos.

Quand elle reprend la parole, je ferme les yeux, retenant mes propres larmes derrière mes paupières.

— J’en ai marre de parler à l’école et qu’ils ne fassent rien ! — dit-elle, la voix pleine de larmes et de rage. — C’était déjà assez grave quand il rentrait à la maison avec des bleus sur les côtes ou un œil au beurre noir. Mais ça ? — Elle renifle. — Il a douze ans et il a déjà tellement souffert dans sa courte vie. Il ne parle presque plus, même avec moi, et je… — Sa voix s’éteint, ses larmes étouffent ses mots.

— Tu as peur pour lui, je comprends — répond Sandra. — Rien de tout ça n’est juste, mais on va s’en sortir.

Je veux la croire, mais je suis si fatigué. Fatigué d’être seul et de ne jamais savoir à qui faire confiance. J’ai fait confiance à Lucas, regarde ce qu’il a fait. Comment pourrai-je un jour refaire confiance à quelqu’un assez pour l’appeler ami ? Comment pourrai-je ne plus jamais être seul ?

— J’ai peur que ce harcèlement ne s’arrête jamais. Pas avant qu’ils ne le tuent, ou avant qu’il ne… — elle ne finit pas sa phrase, mais je sais ce qu’elle pense. Avant que je ne fasse le choix de papa.

C’était deux jours après mon dixième anniversaire que mon père a disparu. C’était quatre jours après mon dixième anniversaire que la police s’est présentée à notre porte après avoir retrouvé son corps sur les rives de la Tamise. C’est ce même jour, me sentant totalement impuissant alors que je serrais ma mère dans mes bras tandis qu’elle gisait recroquevillée sur le sol, que ma langue a cessé de fonctionner. Je n’ai pas pu sortir les mots de réconfort que je voulais désespérément lui offrir, et je n’ai pas pu poser les questions dont j’avais vraiment besoin des réponses. C’est quatre jours après mon dixième anniversaire que ma voix a commencé à se cacher.

Toute la douleur de ce que ces garçons m’ont fait n’a pas suffi à forcer mes mots à sortir. Même quand l’odeur de ma peau brûlée a atteint mon nez et que mon corps a commencé à trembler de douleur, et qu’ils ont promis que tout ce que j’avais à faire était de dire un mot pour que tout s’arrête. Même à ce moment-là, je n’ai pas réussi à faire fonctionner ma langue comme elle est censée le faire.

Je peux parler, et je le fais. Parfois, j’aime même ça. Mais d’autres fois, surtout quand c’est vraiment important, je ne peux pas. Il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre que mon silence dérange les gens. Ça les rend nerveux. Les gens n’aiment pas ce qu’ils ne comprennent pas, c’est ce que maman disait. Et les garçons à l’école ne me comprennent pas. Alors, ils me cherchent. Ils me cherchaient bien avant que papa meure, mais sa mort et son impact sur moi ont aggravé les choses.

Un petit bizarre, un sale idiot. C’est comme ça qu’ils m’appellent. Parce que je suis calme, parce que mon père est mort, parce que je suis petit, que mes lunettes sont de travers et que mes cheveux sont en bataille. Parce que je ne suis pas comme eux.

Mais je ne suis pas non plus comme papa. Je ne veux pas mourir. Je veux juste qu’on me laisse tranquille. Je veux juste aller à l’école sans avoir peur.

Mes pensées reviennent aux événements de tout à l’heure, et je jure que je peux sentir cette horrible odeur de brûlé à nouveau, avant que mon attention ne soit captée par les mots de maman. Sa voix est plus forte maintenant, comme si elle avait oublié qu’elle essayait de ne pas me déranger.

— Je ne peux plus supporter ça, Sandra. Cette vie, c’était le rêve de Seongwo. C’était lui qui voulait vivre à Londres. J’aurais été heureuse de rentrer à la maison il y a des années, avant que Jimin ne commence l’école, mais on est restés pour lui et puis il… — elle s’arrête et je retiens mon souffle, attendant la suite. — … Je ne le ferai plus.

La chambre reste silencieuse pendant quelques battements de cœur. J’entends mon pouls dans mes oreilles, comme un tambourinement lointain. C’est Sandra qui rompt le silence, et sa voix est triste, ce qui ne fait qu’aggraver cette sensation de malaise dans mon ventre.

— Tu vas retourner en Corée. — Ce n’est pas une question, c’est une affirmation. La froide et brutale vérité.

Ma faute. Ma faute. Ma faute.

Si j’avais été plus fort, j’aurais pu me défendre. J’aurais pu arrêter les harceleurs, et alors maman ne serait pas triste, Sandra ne serait pas triste et je ne serais pas blessé.

J’ouvre les yeux à nouveau et ils croisent ceux de maman. Le même brun profond que les miens. Elle sourit, mais ce n’est pas un sourire heureux. C’est celui qu’elle fait à chaque fois qu’elle parle de papa. Je déteste qu’elle me l’adresse. Mes lèvres s’étirent en réponse, mais je n’ai pas l’impression de sourire en retour.

Maman regarde sa meilleure amie et hoche la tête.

— C’est une chance pour nous de recommencer. De s’éloigner des souvenirs d’ici, et de tout ça. — Elle agite la main autour d’elle dans la chambre. — Ce sera bien pour Jimin. Pour nous deux.

Si j’avais été plus fort, j’aurais pu me défendre et nous ne quitterions pas le pays que j’appelle mon foyer. Le pays où mon père est enterré. Si j’avais été plus fort, maman ne laisserait pas derrière elle sa meilleure amie.

Sandra s’essuie les yeux. Il y a tant de tristesse dans cette pièce, et c’est entièrement de ma faute. J’aurais dû être plus fort.