Breakaway Love

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Résumé

Paris, Capucine Sabatier étouffe. Fille du Président français, sa vie n’est que protocoles et flashs de paparazzi. Privée de liberté, elle décide de tout plaquer. Elle part à Seattle sous le nom de Maeva pour vivre une année ordinaire d’étudiante. Mais dès son arrivée, son destin s'entrechoque avec celui de Jared Smith. Seattle, Université de la Baie, Jared Smith est sous tension. Capitaine des Frogs Devils, il vit sous la pression constante de son nom et du regard pesant des médias qu'il déteste. Entre les attentes d'un père légendaire et un futur en NHL tout tracé, Jared s’essouffle, perdu face à l'importance dévorante du hockey dans sa vie. Dans ce chaos intérieur, cette nouvelle étudiante française est un mystère dont il se serait bien passé. Pourtant, cette inconnue devient vite sa seule bouffée d’air frais. Parce qu’elle ne connaît rien à son sport, elle est la seule à voir l'homme derrière le masque, et non celui qu’il est censé être. Déstabilisé par celle qui lui tient tête, Jared sombre dans le déni. Il ne comprend pas pourquoi son univers vacille pour elle, ni pourquoi il cherche sans cesse son regard. Alors qu'il tombe le premier, Capucine lutte pour ne pas s'attacher. Jared ignore encore que s'approcher d’elle, c'est s'approcher du brasier. Entre déni et attraction, ils jouent un jeu dangereux. Celui de s'aimer, alors que leur temps est déjà compté.

Genre :
Romance
Auteur :
Laura
Statut :
En cours
Chapitres :
41
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1 : Nouvelle identité

Capucine

GOSSIP PRÉSIDENTIEL

« La Première Fille a encore fait parler d’elle ! Alors qu’on l’avait perdue de vue depuis plusieurs semaines, Capucine Sabatier a décidé de s’offrir une escapade loin des beaux quartiers de la capitale. Notre équipe l’a repérée dans un repaire d’étudiants du 11e arrondissement.

Alors que son père se prépare pour une campagne électorale cruciale, Capucine préfère visiblement la compagnie de ses amis d’enfance, des fréquentations un peu douteuses.

Cette sortie nocturne fait immédiatement écho au précédent du printemps dernier, où des rumeurs persistantes d’excès et de problèmes de substances avaient émergé. Son silence prolongé depuis plusieurs mois n’était-il qu’une période de “désintoxication médiatique” ? Cette nouvelle apparition publique montre-t-elle qu’elle retombe dans ses mauvaises habitudes ? »

Je balance mon téléphone sur mon lit excédée par cet article complètement absurde me concernant. C’est encore une fois du grand n’importe quoi. Des journalistes de seconde zone, voilà ce qu’ils sont. Pour ma dernière soirée parisienne, j’ai simplement voulu sortir avec mes amis d’enfance. Mais visiblement je ne peux toujours pas le faire sans que ces vautours soient à mes trousses. Ça me dégoute et surtout ça me confirme que ma décision de m’éclipser quelque temps est la meilleure chose à faire.

Parce que oui, dans quelques heures, je serai dans l’avion en direction de Seattle. Officiellement je m’accorde une année de césure pour aller faire de l’humanitaire, officieusement je pars à l’autre bout du monde pour étudier et enfin être une étudiante normale. Cette année loin de Paris, de l’agitation et de ma famille n’a rien d’exceptionnel sur le papier mais pour moi c’est juste incroyable. Je vais pouvoir retrouver cette liberté que j’avais perdue depuis trop longtemps.

Etre la fille du président français est un fardeau peu commun, j’en ai bien conscience. J’étouffe. Je ne suis plus du tout libre de mes mouvements depuis son élection il y a presque cinq ans. J’ai l’impression qu’on m’a volé la fin de mon adolescence et mon début de vie de jeune adulte. Toute ma vie est scrutée au peigne fin par les médias et c’est épuisant. Étant donné que mon père souhaite se faire réélire au printemps prochain, je sais déjà que la pression médiatique va s’accentuer dans les mois à venir. Mon départ est devenu une évidence.

J’ai fait ma scolarité dans un lycée privé extrêmement sélectif, mais je m’y suis toujours sentie en décalage, loin des préoccupations et des centres d’intérêt de mes camarades. Pour mes études, j’ai négocié et obtenu gain de cause pour suivre un cursus en économie à La Sorbonne. Je ne suis plus avec les enfants de la haute société mais je reste la fille du président, celle avec son chauffeur et son garde du corps jamais bien loin. Je ne peux pas aller en soirée sans faire un scandale ou attirer les regards, et je ne peux pas me faire des amis dignes de ce nom car il y a toujours des motivations derrière. Résultat, mon quotidien se résume à aller en cours et étudier. Mes seuls amis sont mes amis d’enfance. C’est d’ailleurs pour cette raison, que je me suis autorisée à sortir la veille, je ne pouvais pas partir sans leur dire au revoir avant mon escapade aux États-Unis.

Mes parents n’étaient pas hyper emballés au début, par mon souhait de changer d’air pour une petite année mais au final ils ont compris et surtout accepté même si c’est sous certaines conditions. Mon arme de négociation a été mon anglais. J’ai un bon niveau, mais mon accent est complètement merdique, et j’ai soutenu que seule une immersion totale arrangerait mon problème. J’excelle dans l’art de la négociation car ils ont fini par accepter.

La condition la plus importante est que je parte sous une fausse identité. Ce point rassure mes parents d’un côté pour éviter tout problème de sécurité et préserver mon anonymat. Et moi, ça m’arrange particulièrement car je pourrai enfin vivre une vie classique.

Je regarde mon reflet dans le miroir en passant une main dans mes cheveux. Qui dit fausse identité dit changement de look. J’ai les cheveux très bruns presque noirs, longs et raides comme des piquets normalement, mais après un tour chez le coiffeur, ils m’arrivent aux épaules, sont légèrement ondulés et sont beaucoup plus clairs. J’aime bien, je crois que ça me donne un air un peu moins sévère et rangé. Il va juste falloir que je m’y fasse.

— Capucine, tu es prête ? demande ma mère en arrivant dans ma chambre.

— Presque ! je m’exclame toute souriante.

— Julian va arriver d’une minute à l’autre, m’explique-t-elle.

Julian travaille comme garde du corps, ce n’est pas celui que j’ai habituellement, mais c’est le plus jeune qu’ils ont trouvé pour qu’il puisse se fondre dans la masse étudiante. Il est à moitié américain donc il est parfaitement bilingue. Il m’a promis qu’il garderait ses distances et j’espère bien.

— Tu as tes papiers ? s’inquiète ma mère pour la dixième fois de la journée.

Je suis stressée, oui ce serait mentir de dire le contraire, mais ma mère … c’est pire.

— Oui, tu as en face de toi Maeva Durant ! je lance en tournant sur moi-même pour cacher le stress qui monte en moi.

Je n’en reviens pas de ce que je suis en train de faire.

— J’espère que personne ne va te reconnaître, murmure ma mère le regard rongé par l’inquiétude.

— Non, les Américains se moquent de la politique française, personne ne saura que je suis là-bas, donc aucun risque. Et puis ma teinture fait des miracles ! je la rassure en passant nerveusement une main dans mes cheveux.

— Tu es sûre que tu veux dormir en chambre universitaire ? me demande-t-elle avec insistance.

— Absolument ! Je veux vivre l’expérience la plus authentique possible.

— Au moindre problème, tu nous appelles et on te trouvera un appartement.

— Je sais maman ne t’en fais pas.

— Tu vas me manquer, dit-elle avec émotion.

Je lui fais un câlin, je comprends que ce soit dur, je n’ai jamais quitté le nid familial avant. C’est horrible à dire mais je suis tellement excitée par cette nouvelle aventure que je ne ressens aucune tristesse. J’ai juste hâte de retrouver l’anonymat. Je culpabilise légèrement car je sais que parfois elle se sent un peu seule. Mon grand frère Damien, de 3 ans mon aîné est dans la sphère politique, il a quitté la maison il y a un petit moment et ne passe pas beaucoup de temps avec elle. Mon père n’en parlons même pas, il travaille sans relâche. Leur couple est hyper médiatisé et ils ne sont jamais seuls, même pour une simple sortie.

— Mademoiselle Sabatier, votre chauffeur vous attend, m’indique l’un de nos assistants qui passe sa tête dans l’entrebâillement de la porte.

— Tu pars déjà ? s’étonne ma mère.

— Non, je vais voir Zoé et je reviens te dire au revoir avant d’aller à l’aéroport.

Zoé est l’une de mes amies les plus proches, elle fait partie de mon cercle d’amis proches. J’étais avec elle hier au bar, accompagnée de nos deux acolytes de toujours, Hugo et Julie. On se connaît tous depuis l’enfance à l’époque où je n’étais pas sous le feu des projecteurs. Notre amitié est sincère et même si au lycée nous n’avons plus fréquenté les mêmes établissements, notre amitié est restée forte. Je suis la plus réservée de tous. Hugo est le plus déjanté et Julie est la plus passionnée. Zoé quant à elle, rayonne et passe sa vie à voyager. Elle sait et comprend à quel point il est devenu vital pour moi de prendre le large. Elle est l’une des rares à être dans la confidence de cette fausse identité et de ma réelle destination.

Cinq minutes plus tard, je prends place dans la voiture et salue Patrick, mon chauffeur attitré. Il va me manquer lui aussi.

— Salut Pat.

— Bonjour Capucine, prête pour le grand départ ?

C’est ça que j’adore avec Patrick, il m’appelle par mon prénom et pas par mon nom de famille. Il ne m’appelle pas encore Capu mais pour moi c’est déjà un bel effort. Beaucoup mieux que cet immonde « mademoiselle Sabatier ».

— Oui, j’ai trop hâte ! je réponds pleine d’enthousiasme.

— On va chez Zoé c’est ça ?

— C’est bien ça.

Il se doute de ma destination car après des années, il commence à me connaître. C’est simple, je vais soit en cours ou soit chez Zoé. Un garde du corps nous suit derrière en moto. J’ai arrêté de rager en disant que ce n’est pas nécessaire. Je n’ai juste pas le choix. J’ai déjà essayé de les semer à plusieurs reprises, mais ils sont très forts, ou alors c’est moi qui suis très nulle.

Nous discutons un peu avec Patrick tandis que j’observe les rues de Paris défiler. Je connais la ville par cœur. Pendant mon enfance, on habitait dans le 11ᵉ arrondissement. Puis suite à l’élection, nous nous sommes installés dans un hôtel particulier se situant dans un quartier snob et sans vie. Les balades à pied me manquent. Les rues de Paris défilent et je me dis que même ces trajets avec mon chauffeur vont me manquer. Lorsque je suis dans cette voiture, je peux observer les gens sans être vue. Il faut voir le bon côté des choses.

Quelques minutes plus tard, nous arrivons devant l’immeuble où l’appartement familial de Zoé se trouve. Patrick me dépose, je cache ma nouvelle coiffure sous une casquette XXL au cas où et je sonne à l’interphone. Aucun paparazzi ne nous a suivis aujourd’hui et c’est une bonne chose car elle met de longues minutes à m’ouvrir. Je monte ensuite les escaliers de son immeuble et j’ouvre la porte en arrivant sur son palier.

— Capu !! Désolée j’étais sous la douche, m’accueille-t-elle toute désolée.

— C’est pas grave ! Il n’y avait pas les vautours cette fois, je souffle, en enlevant cette horrible casquette.

— Belle gosse ! Cette coiffure te va à la perfection !

— Tu trouves ? je grimace en observant mon reflet dans le miroir.

— Tellement ! J’ai toujours dit que les boucles t’iraient bien, ajoute-t-elle avec un sourire éclatant.

— Ce n’est pas moi, c’est tout …

— Tu vas t’y faire ! Parlons sérieusement … tu vas me manquer, déclare-t-elle en prenant un air dramatique.

— Toi aussi, t’as intérêt à venir me voir.

— Absolument ! promet-elle en souriant et je sais qu’elle fera tout pour venir.

— Je commence à flipper … je lui confie légèrement stressée.

— Ça va aller Capu ! D’ailleurs tu vas t'appeler comment ?

— Maeva Durant.

— Et Maeva, tu vas raconter quoi sur ta vie ? se moque-t-elle.

— Que je suis parisienne, que j’ai 21 ans et que ma meilleure amie s’appelle Zoé. C’est la partie simple sans mensonge.

— Contente d’en faire partie !

— Mes parents sont journalistes et mon frère est banquier.

— Facile ! approuve-t-elle.

— Je pense que oui …

— Et Julian ?

— Julian se fera passer pour un étudiant, il va dormir dans la chambre à côté de la mienne. Il m’a promis qu’il serait discret.

— Ça me semble être un bon plan ! Mais vraiment personne ne sera au courant ?

— Non personne … sauf le doyen, c’est le seul au courant. Ah, et aussi je dois inventer une tante vivant à Seattle. Si jamais il y a un souci et que je dois être mise à l’abri, ce sera mon excuse, j’explique en me remémorant tout ce que la sécurité m’a expliqué.

— Tout m’a l’air bien rôdé ! Reste plus qu’à espérer que tu ne tombes pas amoureuse d’un Américain ! s’exclame-t-elle avec un léger rire.

— Arrête ! N’importe quoi, je réplique en soufflant.

Ma vie sentimentale se résume à un désert total. J’en ai beaucoup trop honte, Zoé le sait très bien. Impossible pour moi de faire confiance car j’ai toujours l’impression qu’on m’approche par intérêt. Mais clairement je n’ai pas prévu de tomber amoureuse de qui que ce soit à Seattle, je n’y vais pas pour ça et avec mon accent pourri, je risque d’en faire fuir plus d’un.

— Ça se contrôle pas ça ma chère Capu, raille-t-elle en me faisant un clin d’oeil.

Je secoue la tête et mon alarme sonne. C’est le signal. Zoé ne peut retenir ses larmes.

— Et fais attention aux ours, j’ai regardé un documentaire sur l’État de Washington, il parait qu’il y en a partout dès qu’on sort de la ville, ajoute-t-elle sur le ton de la rigolade.

Je rigole légèrement, elle sait très bien que je ne suis pas une grande aventurière pour ce qui est de la nature, et que cette histoire d’ours peut réellement me faire flipper. Heureusement, je n’ai pas prévu d’aller me faire de sortie en forêt. On s’enlace en se promettant de s’appeler au moins une fois par semaine. Puis je remets ma casquette et sors du bâtiment à la hâte.

Il me reste trois heures avant le départ, juste le temps de repasser chez moi. Lorsque j’arrive, mon père est avec ma mère dans le salon. Il se lève et m’enlace comme s’il ne m’avait pas vue depuis des mois.

— J’avais peur de louper ton départ, j’avais une conférence téléphonique qui n’en finissait pas.

J’adore mon père. Nous avons toujours été proches, même si depuis son élection, il court après le temps. Sa vie est devenue folle, et la nôtre aussi par la même occasion.

— Tu nous appelles quand tu arrives ? me demande ma mère.

— Oui, promis.

— Même si c’est à quatre heures du matin, renchérit mon père.

— Je sais Papa, tu ne dors jamais, je m’amuse.

Je ne rigole pas quand je dis qu’il travaille non-stop.

— Et j’ai appelé la compagnie pour que tu sois en première classe ! m’informe mon père.

— Non Papa, j’avais dit non, je veux vivre normalement.

— Au moins tu seras tranquille ! On risque de te reconnaître à Paris. Ce n’est pas si exceptionnel d’être en première, non ?

Il est complètement en dehors des réalités. C’est pour ça que je veux partir aussi avec ce besoin de me rappeler ce que c’est que de vivre dans le monde réel.

— Tu en connais beaucoup, des étudiants qui voyagent en première classe ?

— Tu ne seras pas embêtée par de potentiels journalistes, tente ma mère pour défendre mon père.

— Est-ce que j’ai le choix ?

— Pas vraiment non, on ne peut pas prendre le risque que ta couverture soit grillée. Tu pars faire de l’humanitaire officiellement; si on te voit dans un avion pour les États-Unis, ça ne va pas aller. Mais à ton arrivée à Seattle, tu auras une vie complètement normale, argumente mon père.

L’art de la négociation, c’est un truc de famille.

— Promis ?

— Promis, assure-t-il d’un ton solennel en m’enlaçant une dernière fois.

J’embrasse ma mère qui a les larmes aux yeux. C’est une première, car elle ne laisse jamais rien paraître. Je leur rappelle que je reviendrai deux semaines pour Noël tandis que Patrick prend mes bagages. Après leur avoir fait un dernier signe de la main, je monte dans la voiture. Je laisse mon ancienne vie sans âme et imprévus derrière moi. Une nouvelle ère sans protocole m’attend et je compte bien profiter de chaque instant.