Chapitre 1 : Le signal de fumée
La première fois que je l’ai vu, le monde n’a pas tremblé. Il n’y a pas eu d’éclairs, pas de musique de film, juste le bruit sourd de la pluie contre la vitre du café L’Interlude. C’était un mardi gris, de ceux qui vous donnent envie de disparaître dans les pages d’un livre.
Il était assis trois tables plus loin. Il ne lisait pas, il ne regardait pas son téléphone. Il fixait simplement la buée sur la fenêtre, traçant des formes invisibles du bout de l’index. Et moi, sans savoir pourquoi, j’ai arrêté de respirer.
Ce n’était pas de l’attirance, pas encore. C’était une reconnaissance. Comme si mon âme venait de retrouver une vieille amie après des siècles d’errance. Ses yeux ont croisé les miens et, pendant une seconde qui a duré une éternité, j’ai eu l’impression que nous nous étions déjà tout dit. Que nous avions déjà vécu mille vies, partagé mille secrets, et que ce café n’était qu’une escale de plus.
— Est-ce qu’on se connaît ? a-t-il demandé, sa voix étant un murmure qui a balayé toutes mes certitudes.
J’ai souri, un sourire triste que je ne me connaissais pas.
— Pas encore. Mais j’ai l’impression que c’est trop tard.