Le chant des cendres

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Résumé

Dans le royaume brisé d’Elarion, où les anciens dieux ont été renversés et les vivants s'accrochent à l'espoir comme à une lanterne vacillante, surgit un homme aux yeux couleur nuit : Kael Morwen, nécromancien banni, dernier héritier d’un art oublié. Accusé d’avoir causé la Peste des Os, Kael fuit les cités et trouve refuge dans les terres mortes. Là, guidé par une entité oubliée, il découvre un secret enseveli : les âmes des rois défunts attendent un héraut pour marcher de nouveau. Kael devra faire face à l’Inquisition de la Flamme Pure, à des spectres anciens, et à sa propre humanité, tout en levant une armée de morts dans un but qui transcende la guerre : restaurer l’équilibre brisé entre la Vie et la Mort.

Genre :
Fantasy
Auteur :
Vivian
Statut :
En cours
Chapitres :
4
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Prologue — Segment I : La Genèse des Cendres

Il fut un temps où rien n’avait encore de nom.

Pas même le silence.

Le monde n’était qu’un souffle suspendu, une immensité sans chair où le feu et l’ombre se cherchaient comme deux amants qui s’ignorent encore.

Puis, de ce vide vibrant, naquit un cri.

Un cri sans bouche, sans écho.

Et ce cri devint le Premier Feu.

Ce feu ne brûlait pas : il rêvait.

Ses flammes tissaient la lumière et la douleur, enfantant les premières formes, les premiers dieux, et les premiers mensonges.

Ils étaient sept, faits d’étincelles et de néants, et leur souffle forgea les continents d’Elarion, les mers de verre, et le ciel des mille lunes.

Mais aucun d’eux n’était complet.

Car le feu, seul, ne crée pas : il dévore.

Alors vint Verra-Nok.

Le huitième.

Né de l’ombre rejetée par le Feu Premier, façonné dans la cendre des astres morts.

Ses yeux n’étaient ni or ni nuit, mais la jonction des deux : la frontière entre la fin et le commencement.

Là où les autres dieux chantaient la création, lui chuchotait l’équilibre.

Là où ils bâtissaient des trônes, lui traçait des tombes.

Et dans ces tombes, il voyait des promesses.

Car Verra-Nok comprit ce que les autres ignoraient :

que toute lumière sans ombre finit par se consumer elle-même.

Alors il façonna la Mort — non comme un châtiment, mais comme un souffle de repos.

Une porte entre deux flammes.

Un lieu où même les dieux pourraient dormir.

Les sept s’en indignèrent.

Ils virent en lui une faille, une hérésie née de la poussière.

Et pourtant, c’est de cette poussière que naquirent les premiers hommes.

Faibles, tremblants, mais doués d’un don que même les dieux avaient perdu : le doute.

Les dieux contemplèrent leur œuvre.

Et dans le regard des hommes, ils virent leur propre fin.

Alors commença l’Âge des Scories, quand les cieux se fendirent sous les guerres des immortels.

Le Feu Premier se scinda en sept fragments, chacun portant la marque d’un dieu —

le Sceau du Souffle, le Cœur du Verre, la Lame du Néant, et tant d’autres dont les noms furent avalés par le temps.

Verra-Nok, lui, ne prit rien.

Il refusa la lumière et la gloire.

Il garda pour lui les cendres — ce qui reste quand tout a brûlé.

Les autres dieux le maudirent, craignant qu’il ne détourne les mortels de la foi.

Ils dressèrent contre lui les Chœurs Solaires, légions d’anges forgés dans le feu pur.

Pendant mille ans, le ciel fut une forge ouverte.

Et sur la terre, les océans devinrent des cimetières.

Les montagnes se changèrent en colonnes de suie.

Le monde apprit le goût du sang.

Mais Verra-Nok ne cherchait pas la victoire.

Il cherchait l’équilibre.

Et dans la nuit des derniers jours, alors que les cieux crachaient des étoiles mortes, il fit un geste interdit :

il donna son feu aux hommes.

Non pas le Feu Premier, mais la flamme intérieure — celle qui se rallume même dans la tombe.

Le Souffle des Cendres.

Ce fut la naissance du Chant, bien avant qu’il ne prenne forme dans la chair de Kael Morwen.

Une vibration ancestrale, douce comme une prière, terrible comme un glas.

Les morts commencèrent à rêver.

Les vivants, à se souvenir.

Et dans le cœur du monde, quelque chose s’ouvrit.

Les dieux hurlaient.

Car la mort leur échappait.

Car les hommes pouvaient désormais parler à ce qu’ils perdaient.

Et dans leurs murmures, dans leurs veillées, dans les pleurs des mères et les serments des rois, le nom de Verra-Nok revint comme un secret qu’on ne peut plus taire.

Alors les sept se réunirent dans le ciel, et leur verdict fut clair :

Verra-Nok devait être effacé.

Ils l’enchaînèrent dans les racines du monde, sous l’Arbre des Âmes, là où le temps ne respire plus.

Ils scellèrent sa conscience dans mille fragments, que les âges nommeraient plus tard « reliques », « fragments », ou « couronnes ».

Et avant de sombrer, Verra-Nok prononça ces mots :

> « Je brûlerai encore.

Car la cendre est mémoire,

et la mémoire ne meurt jamais. »

Alors le silence retomba.

Les dieux se retirèrent.

Et le monde, orphelin de son ombre, commença lentement à oublier.

Mais au fond de la terre, sous les couches de siècles et de sang,

quelque chose battait encore.

Un cœur fait de poussière.

Une promesse sans voix.

Ce cœur avait un nom.

Et ce nom, un jour, se relèverait dans la chair d’un homme.