1 | Routine
Alice
Comme chaque matin, je suis à la bourre. Mon réveil a sonné à l’heure, six heures trente. Je l’ai entendu mais j’ai eu l’audace de refermer les yeux pour quelques secondes.
Résultat : il est six heures quarante-cinq, il me reste quinze minutes pour être à l’arrêt de bus. Je saute du lit, essayant de mettre en route mon cerveau en me rappelant l’organisation de ma journée.
Ce matin, mes cours commencent par du droit belge. Je grimace. À quel moment ai-je cru que c’était une bonne idée de prendre cette option ? En plus, le prof n’est pas le plus intéressant, sa voix morne m’endort plus qu’autre chose.
Je pourrais, comme beaucoup d’amis de ma promo, rater les cours, mais j’ai trop peur de perdre ma bourse. Je m’accroche à cette idée, j’en ai besoin. « Ne pas flancher, jamais ».
Dans la salle de bain, c’est à dire la minuscule douche pas loin de ma pièce de vie, séparée par un simple paravant. Je manque de m’étaler sur le carrelage glissant. Je peste en me rappelant qu’hier, je n’ai rien essuyé.
Rentrée beaucoup trop tard après mon service au bar, j’ai eu la flemme de ranger, de donner un petit coup de propre derrière moi. Je me fustige d’être aussi nulle en ménage.
Je me glisse sous la douche. Bien entendu, je n’ai pas le temps d’attendre que l’eau devienne tiède.
Je râle en sentant le jet froid ruisseler sur mon corps, ce qui me donne des frissons désagréables. J’en tremble.
Rapidement, je me lave et me rince en un rien de temps. J’enfile mon jean sur mon corps encore légèrement humide ; bien entendu, ça coince.
Je grogne.
J’en ai ras le bol d’être moi.
Je fouille dans mes placards pour récupérer un pull propre.
Bon sang. Je n’en trouve aucun !
Je vais avoir besoin de descendre au sous-sol de l’immeuble, ce soir.
Je déteste me rendre dans ce lieu, j’ai l’impression qu’un tueur en série pourrait surgir à tout moment. Je tremble rien que d’y penser.
Quelle idée d’avoir mis les machines à laver de nos appartements étudiants à cet endroit !
Comme elles sont collectives, il y a des avantages, mais les inconvénients font que je tarde à chaque fois à laver mes affaires.
Je regarde ma montre : sept heures moins deux.
Merde. Je n’aurai jamais mon bus. J’enfile à la hâte une vieille chemise chiffonnée.
Je me grouille en récupérant mon sac posé sur la plaque électrique.
Je mets rapidement mes chaussures, sans oublier de prendre mes clés sur la petite étagère de l’entrée.
Je claque la porte derrière moi et descends les marches avec une rapidité qui me surprendra toujours.
Je n’ai jamais aimé le sport, je n’en pratique pas, mais depuis que je vis ici, ma course effrénée du matin dans les escaliers travaille mon cardio.
C’est essoufflée que j’arrive à l’abribus, juste au pied de l’immeuble.
Je suis soulagée le bus et là, sauf que les portes sont fermés, Le chauffeur me fait un signe de tête pour que je monte. Les portes s'ouvrent ni une, ni deux. Je grimpe.
— Merci, lui dis-je.
Il me sourit.
— Avec plaisir. J’étais un peu en avance, m’informe-t-il.
Je file m’asseoir au fond, comme toujours.
Je mets mes écouteurs, calibre le son et lance ma playlist.
Je peux enfin souffler jusqu’au terminus. Je pose le front contre la vitre tout en regardant la ville défiler sous mes yeux.
Le bus s’arrête, je tourne la tête vers l’extérieur. Je remarque que je suis arrivée. Je regarde l’heure, pile à l’heure.
Je jette un coup d’œil rapide autour de moi : je suis la seule, comme souvent.
— Terminus, mademoiselle, s’amuse le chauffeur.
— Désolée, je ne suis pas très réveillée ce matin.
— Ça se comprend, répond-il.
— Merci, bonne journée !
Je quitte le bus en prenant la direction du métro. Encore trente minutes de trajet ; je serai légèrement en retard, comme souvent.
Je descends les quelques marches. Les portes s’ouvrent, les passagers descendent et je monte dans la rame.
Je repère une place disponible et je m’y installe. Mon sac sur les genoux, je bâille. Ce soir, je travaille encore, et cela m’épuise déjà par avance.
Il me faut trouver du temps pour réviser mes partiels, ça devient compliqué.
Les partiels approchent et je ne suis pas en avance. Rien que d’y penser, ma migraine me rattrape.
Si seulement je n’avais pas à me démener pour financer mon appartement et pour manger, je me sentirais moins stressée. C’est ce que je me force à penser.
Je me lève, la prochaine sortie est celle de la fac. Enfin ! En me levant, je bouscule un jeune homme dans le passage.
— Désolée.
Je lève les yeux sur un regard sombre qui me dévisage.
Je le détaille légèrement, surtout les tatouages qu’il arbore au niveau de son cou. Ce n’est pas la première fois que nous nous rencontrons.
Je me reprends en réalisant que si je ne sors pas maintenant, je vais être réellement en retard.
Je sors en trombe sans demander mon reste.
En arrivant aux abords de la fac, je regarde au-dessus de mon épaule ; j’ai cette sensation d’être suivie depuis que je suis sortie du métro. Mes yeux se posent sur lui. Ses cheveux, cette mèche rouge sur le dessus... C’est clair que c’est le même type, son look est si unique qu’il est repérable.
Je remets en place la anse de mon sac sur mon épaule, comme si de rien n’était. Je reprends mon chemin d’un pas légèrement plus pressé.
— Alice !
Je me fige, Je pivote la tête sur la droite : mon amie Naomie me rejoint en courant.
Je verifie rapidement d’un simple coup d’œil si le type me suit encore. Plus personne. Tant mieux !
— Tout va bien ? demande mon amie.
Mon attitude d’hyper-vigilance a du la surprendre.
Je la rassure, et c’est bras dessus, bras dessous que nous avançons vers la fac.
Pendant le cours, je ne cesse de penser au gars que j’ai bousculé. Cela fait quatre fois qu’il se trouve sur mon chemin : ce matin dans le métro, hier soir au bar, avant-hier dans ma rue et, la semaine d’avant, dans la boutique où je bosse et qui n’a pourtant rien à voir avec son style vestimentaire. J’y vends des fringues pour femmes.
— À quoi penses-tu ? chuchote Naomie.
Je secoue légèrement la tête, comme pour effacer mes pensées suspicieuses.
— À rien, laisse tomber.









Intéressant tout ça, on va voir ce que ça donne :3
<3