Prologue
I found- Amber run
Un marshmallow grésillant sur le feu, je regardais Solal par dessus les flammes. C’était un jeu silencieux auquel nous jouions souvent pour nous occuper lors de soirées trop silencieuses comme celle-ci. Nous ne nous quittions du regard que lorsque nous voyons nos friandises flamber.
Il avait dix ans, moi neuf et, l’un comme l’autre, nos pieds ne touchaient pas la sol sur les grandes chaises de jardin de sa mère. Ses cheveux bouclés retombaient sur son front et la lueur orangé du feu se reflétait dans ses yeux. Ses yeux qui me fixait. Son regard en disait bien plus que de prime abord. C’était un garçon étrange, même pour moi. Il passait son temps à se rouler par terre, surexcité, ou à observer des grenouilles dans son jardin. La minute d’après, il vous fixait comme s’il voulait vous dire quelque chose sans y parvenir.
Soudain, un rire fusa dans l’air.
Comme un grondement de tonnerre.
Comme le claquement d’une gifle.
Nous tournions tous les deux la tête vers ce bruit inattendu dans l’ambiance étrange qui créait dans le petit jardin un sentiment mêlant le déchirement et l’appréhension.
Ma mère, assise sur le canapé en osier, avait un grand sourire plaqué sur le visage. C’était assez inhabituel lors de ces soirées. Je la dévisageais brièvement. Nous partagions nos boucles brunes et nos taches de rousseurs. Mais ses yeux étaient d’un bleu cristallin, à la différence des miens, couleur orage.
Un gris violent, colérique.
Retournant à notre jeu, Solal et moi tournions vivement la tête l’un vers l’autre. Aucun de nous deux n’aurait voulu avouer que nous avions perdu.
Mais à la vue de ma friandise qui s’enflammait, je lâcha un juron -pas bien méchant du haut de mes neuf ans- et abandonna le jeu pour souffler avec force de grognement sur mon bonbon.
Ajoutant le plus de chocolat possible pour masquer le goût de brûlé persistant, j’aperçus le sourire victorieux que m’adressait Solal. Je lui tirai la langue en ignorant la chaleur dans ma poitrine.
Quelques heures plus tard, mon dos s’enfonçait pratiquement dans le sol tellement le matelas pneumatique était inconfortable. Après une soirée pleine de karaoké mélancoliques, nos mères avaient finis par nous mettre au lit. On entendais encore les échos de leurs voix résonnant dans le salon. Je me retournais et mon front rencontrait un main qui pendait du lit au dessus de moi. Le souffle profond de Solal m’apaisait profondément.
⁃ Tu ne dors pas ? Me demandait-il.
⁃ J’y arrive pas.
Sa main se rapprochait encore un peu du sol et il tendit les doigts en une invitation silencieuse. Je serais sa main et sentit la paix se répandre dans mes veines.
Le sommeil me happa presque aussitôt.
Et ce fut, de près ou de loin, ma dernière interaction avec Solal.








