Les trois chevaliers (1)
Promyël s’inquiétait pour sa mère. La jeune femme tremblait de colère, serrant fortement la main de l’enfant dans la sienne. Elle finit par s’accroupir devant lui, le visage crispé :
-Écoute bien. Ils ne sont pas ta famille. Ce ne sont pas tes frères. Ils te voleront tout. Tu m’entends ? Tu n’auras plus rien.
Le garçon songea avec horreur à sa salle de jeu. Allaient-ils la vider pour tout donner à ces deux inconnus ? Le majordome de son père entra dans la pièce où ils patientaient et annonça :
-Vous pouvez le rejoindre.
Sa mère se releva, la mâchoire serrée, le regard dur. Dans le grand hall, deux femmes se tenaient près de son père. Celui-ci lui fit signe d’approcher :
-Viens. Je te présente tes belle-mères. Les mères de tes frères.
Promyël jeta un regard à sa mère qui s’évertuait à fixer la large porte qui menait à l’extérieur. Le garçon se répéta ce qu’elle venait de lui apprendre. Quoique son père puisse dire, les deux garçons n’étaient pas ses frères et ils ne lui prendraient pas ses affaires. Il s’en assurerait. Le petit garçon salua à peine les deux femmes qui ne firent pas l’effort de lui accorder un regard. A dire vrai, la présence du petit Alpha semblait les rendre malade.
-Les garçons sont dans la salle de jeux. Va les rencontrer pendant que l’on discute.
Promyël se précipita dans l’escalier monumental aussi vite que ses petites jambes pouvaient le lui permettre. Pas mes jouets, pas mes jouets. Comme sa mère l’avait prédit, il avait à peine mis un pied dans la pièce qu’il vit un garçon aux cheveux rouges jouer avec ses petits chevaliers.
-Non ! T’as pas le droit !
Libérant ses phéromones d’Agression, il courut sur lui pour le pousser violemment. Ce n’est que lorsqu’il leva vers lui des yeux embués de larmes que Promyël réalisa qu’il s’agissait d’un Oméga. Le danger ne vient pas de lui, mais l’autre. Il sentit le Parfum d’un Alpha supérieur et fit volte-face, près à l’attaque… pour se retrouver face à un garçon encore plus jeune que le premier, trop jeune pour être capable de contrôler ses phéromones. Promyël réprima les siennes, perplexe. C’est eux qui vont tout me prendre ? Il revint à l’autre qui, au moins, semblait en âge de parler pour découvrir qu’il s’était empressé de ranger tous les jouets, exactement là où il les avait trouvé. Jetant des regards effrayés vers Promyël, il recula dans un coin de la pièce pour s’asseoir sagement. Son cœur se serra en le regardant faire. Un Oméga ne pouvait pas être une menace pour un Alpha supérieur comme lui. Son père le lui avait dit. Le garçon observa les jouets. Il n’en manquait pas et rien n’avait été abîmé, alors l’enfant s’en voulu de la violence de sa réaction. Sans compter qu’il semblait être le plus âgé des trois et sa mère lui avait dit de ne jamais s’en prendre à plus petit que soi. Calmé et culpabilisant, Promyël expliqua d’une petite voix :
-Tu peux pas les prendre comme ça. Il faut demander la permission, tu comprends ?
L’Oméga hocha la tête, mais ne bougea pas.
-Tu veux jouer avec le chevalier ?
Comprenant que le garçon n’avait pas l’intention de bouger de son coin, il lui rapporta les figurines :
-Tiens. Tu prends celui-là et moi, celui-là…
Il se tourna vers le dernier garçon qui venait vers eux en riant.
-Toi, celui-là.
Le petit saisit l’objet en bafouillant des paroles qu’il ne comprit pas.
-Vous vous appelez comment ?
Détendu depuis qu’il avait le jouet en main, l’Oméga répondit :
-Sechiral.
-Et toi ?
Le petit était trop concentré à faire tenir le jouet debout pour s’occuper de ce qui se raconter. L’Oméga répondit pour lui :
-J’ai entendu sa mère l’appeler Terumas.
-Terumas ?
Le garçon leva la tête pour lui sourire. Très bien. Retrouvant son ton autoritaire, il déclara :
-Bon, vous pouvez jouer avec mes jouets, mais c’est moi le capitaine.
-Capitaine ?
-Oui.
-C’est pas pour les bateaux les capitaines ?
-Non, c’est aussi pour les chevaliers.
-Ah ?
Promyël le fusilla du regard :
-Si t’es pas d’accord, tu peux me rendre…
Sechiral leva le bras pour mettre le jouet hors de portée :
-Non, non. C’était juste une question.
Promyël se tourna vers Terumas :
-C’est compris toi ?
Un sourire. C’est un oui. Ils jouèrent un moment avant qu’un des serviteurs n’entrent dans la pièce :
-Messieurs. Vos mères vous attendent.
Les deux grands se levèrent, mais s’arrêtèrent en se demandant que faire du petit. Le serviteur entra pour le prendre dans ses bras et les autres coururent dehors. Promyël repéra sa mère alors qu’elle montait l’escalier et se jeta sur elle. La femme eut un léger rire, mais son visage s’assombrit en voyant les deux autres. Elle retint son souffle et grimaça lorsque Sechiral passa près d’elle. Comme lui et le serviteur s’éloignaient, Promyël rassura sa mère :
-Ne t’inquiètes pas. Je leur ai parlé, tu sais, je leur ai dit que c’était moi le capitaine et ils ont compris. Tout va bien. Et puis, tu sais, c’est juste des petits.
Les yeux de sa mère s’agrandirent un instant avant qu’elle ne retrouve le sourire :
-Tu as peut-être raison.








