Prologue
Prologue
Comment sortir de l’eau quand on a un boulet au pied ? Quand les mains sur nous nous tirent vers le fond ? Quand les voix nous assaillent de leurs critiques cruels ? La vérité, c’est qu’on ne peut pas en sortir. On ne peut pas les vaincre. On ne peut pas quitter cette mer de tourment. On peut essayer de lutter. On peut essayer de se persuader que tout va bien, que le temps effacera nos blessures. Mais c’est complètement, immuablement… faux. La vie à est comme une mer. Une mer déchainée. Elle tente de nous tirer vers le bas. Elle envoie des vagues vers nous pour nous enfoncer dans ses abysses sombres, dénués de l’espoir de pouvoir remonter à la surface. Les vagues, c’est les personnes qui croisent notre route. Elles peuvent parfois être dans des eaux calmes et simplement passées ou rester un peu. Et puis il y a celle qui nous engloutissent, nous font partir à la dérive et parfois même, nous noient. Et pourtant, le plus étrange n’est pas la violence des vagues. Le plus étrange, c’est qu’au fond de cette mer déchaînée, nous continuons malgré tout à avancer. Chaque coup reçu laisse une marque. Chaque parole cruelle devient une pierre de plus attachée à nos chevilles. Chaque déception ouvre une brèche dans la coque fragile que nous avons passée des années à construire.
Alors l’eau s’infiltre lentement en silence. Jusqu’au jour où l’on ne sait plus si l’on est encore en train de nager ou simplement de couler plus lentement que la veille. Les autres regardent depuis le rivage. Ils aperçoivent à peine notre tête émerger entre deux flots. Ils nous disent de tenir bon. De sourire encore. De faire un effort car apparemment, on n’en fait pas assez. Comme s’ils pouvaient comprendre la fatigue qui brûle nos muscles après des années passées à lutter contre un courant invisible.
Car le véritable ennemi n’est pas toujours la mer. Parfois, c’est cette voix qui naît en nous. Cette voix qui murmure que nous sommes trop faibles pour atteindre la côte. Qu’aucun phare ne nous attend dans la nuit. Que les tempêtes qui nous frappent sont méritées. Elle se nourrit de nos échecs, grandit dans nos silences et résonne plus fort encore lorsque le monde détourne les yeux. Alors les jours passent. Les tempêtes deviennent des saisons. Et l’on finit par croire que l’océan est tout ce qui existe. Que les nuages ont toujours recouvert le ciel. Que la lumière n’était qu’un mensonge raconté par ceux qui n’ont jamais connu les profondeurs.
Mais la mer possède une vérité que peu de naufragés découvrent immédiatement :
Aucune vague, aussi immense soit-elle, ne demeure éternellement dressée. Elle finit toujours par retomber. Et lorsque le fracas cesse, ne serait-ce qu’un instant, on aperçoit parfois quelque chose au loin. Non pas la promesse d’un bonheur parfait. Non pas une terre miraculeuse où toute souffrance disparaît. Seulement une direction. Et parfois, lorsqu’on est perdu au milieu des ténèbres, une direction suffit pour continuer à nager.








