Whispered Echoes par Verthandi chez Inkitt
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Whispered Echoes

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Résumé

Aelan n'était venu en Corée que pour quelques jours, le temps de faire le vide loin de sa vie en France. Il ne s'attendait pas à croiser cet inconnu, assis devant une supérette en pleine nuit, qui lui adresse une demande aussi simple qu'absurde. Un sourire qu'on n'oublie pas. Une présence qu'on ne veut plus quitter. Une évidence qu'on ne sait plus comment ignorer. Mais certaines rencontres ne se contentent pas de rester à leur place. Et quand vient l'heure de rentrer chez soi, Aelan va devoir se demander ce que "chez soi" veut vraiment dire. Une histoire sur ces liens qu'on ne choisit pas, et qu'on ne peut plus laisser partir.

Genre :
Romance
Auteur :
Verthandi
Statut :
En cours
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Chapter 1

Mon avion venait de se poser. Douze heures de vol, une éternité, même en classe affaires. Je soufflai un bon coup, soulagé de pouvoir enfin me lever. Sitôt débarqué, je filai vers la sortie : aucune valise à attendre sur le tapis roulant, seul un sac à dos m'accompagnait.

Il était dix-neuf heures lorsque je posai le pied en plein Séoul. J'avais hâte de rejoindre mon hôtel pour ressortir aussitôt et savourer ma première soirée sur le sol coréen, entre les bars et l'effervescence de la capitale.

Je hélai un taxi et indiquai l'adresse au chauffeur. À travers la vitre, je regardai le ciel s'éteindre peu à peu, cédant la place à des étoiles que la brume de la ville dérobait au regard. Les tours se succédaient, et nous atteignîmes bientôt le cœur de Séoul. J'avais délibérément choisi un hôtel au centre de cette ville qui ne dort jamais : je comptais bien profiter de chaque instant de mon voyage.

J'avais besoin de m'amuser, d'oublier tout ce que j'avais laissé derrière moi en France, le temps d'une parenthèse, au moins.

Je ne pus m'empêcher d'avoir une pensée pour Emma, avant de la chasser et de me forcer à ne penser qu'à moi. Lorsque son nom s'afficha à l'écran avec une notification, je retins mon souffle une seconde.

Je lui répondis un simple « Je suis bien arrivé », puis basculai mon téléphone en mode « Ne pas déranger ».

Une fois à l'hôtel, j'embrassai la chambre du regard avant de soupirer d'aise. Chaleureuse, pas très grande, mais amplement suffisante pour une personne seule. À la vue du lit double soigneusement préparé, je remis à plus tard l'idée d'aller célébrer mon arrivée en ville, et gagnai la salle de bain, sac à dos à l'épaule, pour m'y faire couler un bain chaud. Je n'avais pas de baignoire chez moi ; autant en profiter ici.

Pendant que l'eau montait, j'hésitai entre commander au room service et descendre dans une supérette du quartier, avant de trancher : je n'avais pas traversé la moitié du globe pour céder à la paresse dès le premier soir.

Je me chaussai donc et sortis en quête d'une petite boutique où trouver de quoi dîner. J'aimais voir tous ces gens se presser dans la rue, portés par l'envie de profiter de la nuit. Le brouhaha de la ville me faisait du bien ; je flânai sans trop savoir où mes pas me menaient. Je finirais bien par trouver mon bonheur au détour d'une ruelle.

Je n'eus pas à chercher bien longtemps. Je remplis mon panier de snacks introuvables en France, ravi de m'offrir une petite séance de découverte, et y ajoutai plusieurs canettes de sodas différents. J'hésitai un instant devant un pot de nouilles instantanées, avant de me raviser : je n'avais envie que de snacks pour le moment. Au pire, je reviendrais plus tard, le grand avantage ici étant que les magasins ne fermaient jamais.

Désireux de profiter encore un peu de l'ambiance, je m'assis sur l'une des chaises inconfortables installées devant le magasin et fouillai dans mon sachet de courses. Tant pis pour le bain bien chaud qui m’attendait, ça sera pour plus tard.

Un peu plus loin, un garçon en t-shirt blanc me fixait étrangement, la tête posée sur ses bras croisés sur la table. Je lui adressai un bref sourire avant d'ouvrir un paquet de chips vertes. Un doute me traversa : ce n'était tout de même pas au wasabi ?

Perplexe, j'en saisis une avec précaution et la portai doucement à ma bouche. Impossible d'identifier le goût, mais ce n'était pas si terrible. Légèrement épicé, très salé. Pas mal.

Je hochai la tête avant de m'adosser plus confortablement au dossier de ma chaise, ouvrant une canette au hasard dans la foulée. C'est en la portant à mes lèvres que je croisai de nouveau le regard du jeune homme en face de moi. Il me fixait toujours, un sourire en coin aux lèvres cette fois, et semblait me détailler des pieds à la tête.

Lorsqu'il s'aperçut que je l'avais surpris, il détourna vivement les yeux et tourna la tête de l'autre côté, hors de ma vue. Je souris avant de sortir mon téléphone.

« Emma — Dis-moi quand tu es bien arrivé ? Profite bien, je t'aime. »

Tout en enfournant une poignée de chips, je lui envoyai une réponse expéditive :

« Bien arrivé. Je vais me coucher. Bonne nuit. Je t'aime. »

En reposant mon téléphone, je constatai que l'inconnu m'observait encore. Cette fois, je fronçai les sourcils et lui lançai, dans un coréen un peu rouillé :

— Tu veux quelque chose ?

Ses yeux s'écarquillèrent et il se redressa d'un coup, comme sous le choc.

— Tu parles coréen ? Je pensais que tu étais un étranger.

Je pouffai devant sa réaction.

— Je le suis. Mais j'ai vécu en Corée quelque temps, autrefois, pour mes études.

Il hocha la tête, semblant réfléchir à toute allure. Je continuai de grignoter mes chips tout en le détaillant à mon tour. T-shirt blanc, jogging noir : un style des plus basiques, mais il ne paraissait ni drogué ni ivre. Puis il reporta son attention sur moi et me lança un regard si sérieux que je me redressai légèrement sur ma chaise, un peu plus alerte.

— Dors avec moi.

Je manquai de m'étouffer, me recroquevillant presque sur moi-même, et le dévisageai, ahuri.

— Pardon ?

Il se leva brusquement, tira la chaise voisine de la mienne et s'y installa, me faisant si complètement face que son genou effleura ma jambe. Je me reculai légèrement, encore surpris.

— Dors avec moi. Non. Fais une sieste avec moi.

Je m'écartai encore un peu, les sourcils cette fois franchement froncés.

— Non mais ça ne va pas ?

— Je ne veux rien d'autre. Enfin, je veux dire… je ne veux pas coucher avec toi. Je veux juste dormir. Dors avec moi. Je t'assure que je suis quelqu'un de bien.

Je clignai plusieurs fois des yeux, le détaillant une nouvelle fois de haut en bas avant de m'attarder sur son visage. Il semblait me supplier du regard, le corps penché en avant, les mains jointes sur ses genoux.

— Mais… pourquoi ? On ne demande pas ça à un inconnu !

Il se renfrogna légèrement et se recula, comme si ma question lui déplaisait. Son regard m'échappa, divagua sur le paquet de chips, puis sur les passants autour de nous. Je dus tendre l'oreille lorsqu'il marmonna :

— C'est parce que tu as l'air normal…

— Quoi ?

Il fit la moue et répéta, un peu plus fort :

— C'est parce que tu as l'air normal.

Je haussai les sourcils. Il poursuivit, les yeux toujours perdus sur la foule :

— Je ne peux pas demander à mes amis, je ne peux pas demander à ma famille, et les gens dans la rue… soit ils ne m'inspirent pas confiance, soit ils s'imaginent que je veux coucher avec eux.

Il croisa mon regard. Je levai un sourcil, perplexe.

— Je ne veux pas de sexe. Je veux juste dormir.

— Avec un inconnu.

— Avec quelqu'un.

Je poussai vers lui le paquet de chips qui semblait aimanter son regard malgré lui, et l'invitai du menton à se servir quand il me lança un air perdu. C'est avec une timidité qui m'étonna, vu la ferveur de sa proposition quelques instants plus tôt qu'il finit par piocher dedans.

Entre deux poignées, il reprit :

— Je veux juste tenir quelqu'un dans mes bras. Ou que quelqu'un me tienne dans les siens. Un humain, c'est plus chaud et plus confortable qu'un coussin pour dormir. C'est réconfortant, aussi.

— Mais on ne peut pas dormir avec n'importe qui comme ça. Tu sais que c'est dangereux ?

Il me lança un regard blasé qui me prit de court, comme si ma remarque était d'une rare stupidité.

— Bien sûr que je le sais. Ça fait longtemps que je cherche, que j'analyse les gens. Il me faut un garçon qui ait l'air propre sur lui, et pas d'un pervers. Idéalement pas trop musclé, au cas où ça tournerait mal et que je doive me défendre. C'est très compliqué. C'est réfléchi.

Un sourire en coin m'échappa.

— Très réfléchi… permets-moi d'en douter.

Il sourit à son tour en me regardant.

— Pense ce que tu veux. En tout cas, je sais que tu es la bonne personne. Regarde : tu as été choqué par ma proposition, et ensuite tu m'as mis en garde contre le danger. Tu es sûrement quelqu'un de bien. ça me va.

Je me mordis la lèvre à ces mots. Quelqu'un de bien ? Je n'en étais pas si sûr...

Je soupirai. Une semaine de vacance, ce n'était pas assez…

— S'il te plaît ?

Je m'apprêtais à refuser lorsque je fronçai les sourcils.

— Attends un peu… tu n'es pas un peu trop familier avec quelqu'un que tu viens tout juste de rencontrer ?

Il se recula, un peu surpris, avant de pouffer, les yeux brillants.

— Je te demande de dormir avec moi, et toi, tu t'étonnes que je ne te vouvoie pas ?

Je pris une inspiration avant de renoncer. Il avait raison : c'était un combat perdu d'avance, et je n'avais franchement pas l'énergie d'y réfléchir maintenant. Je reportai mon attention sur lui lorsqu'un léger rire parvint à mes oreilles. Je lui adressai mon regard le plus sévère.

— Je ne vais pas dormir avec toi.

C'est exactement ce que je lui avais dit, avant que son sourire ne s’agrandisse avec un air insolent tronant sur son visage.

Alors qu'est-ce que je faisais là, à gravir cette horrible pente, mon sac de courses battant contre mes jambes, pour rejoindre son appartement ?

À l'entrée, mon hôte retira prestement ses chaussures, m'invitant du regard à faire de même. Une fois à l'intérieur, j'inspectai brièvement les lieux. C'était un simple studio, petit mais agréable ; des affaires traînaient un peu partout dans une sorte de désordre organisé, sans doute imposé par le manque de place. L'ensemble restait étonnamment propre pour le logement d'un jeune homme vivant seul. Une odeur de citronnelle flottait dans l'air, évoquant ces anti-moustiques qui reviennent avec la saison chaude.

Son lit occupait l'autre bout de la pièce, collé au mur, sous la fenêtre qui donnait sur la ville. C'était bien l'avantage de vivre tout en haut d'une fichue pente : la vue valait mieux que celle du centre-ville.

Sans un mot, il gagna son lit et s'allongea, un avant-bras glissé sous sa tête, avant de tendre l'autre vers moi, m'invitant à le rejoindre.

Je restai perplexe. Rien, dans cette situation, n'était normal. Voulait-il réellement, simplement, dormir ? Je me préparai malgré tout mentalement à détaler au moindre geste suspect de Suki.

C'était peut-être la première fois, depuis que j'avais dit oui à cet homme, que le doute me rattrapait. Les documentaires sur les tueurs déments qui tournent en boucle à la télévision n'étaient donc pas des avertissements suffisants pour m'inciter à la prudence en compagnie d'un parfait inconnu, dans un pays étranger, qui plus est. J'avais presque envie d’en rire.

Au moment où j'esquissai un pas en arrière, les yeux toujours rivés sur l'homme allongé face à moi, je croisai son regard. Il fit une moue plus innocente qu'elle n'aurait dû l'être ; ses yeux semblaient me supplier à nouveau, presque déçus, comme s'il devinait mes pensées.

Je me sentis presque coupable de vouloir l'abandonner ainsi. Alors je fis quelque chose d'aussi peu réfléchi que tout le reste : je m'approchai de lui et m'allongeai dans ses bras.

Je n'aperçus que brièvement son regard soulagé et son petit sourire timide, le temps que ma tête se pose sur son bras. Il referma l'autre autour de mon corps et, en se replaçant légèrement, laissa échapper un petit soupir d'aise. Découvrant la chaleur de son corps, je faillis en faire autant et me retins. Ce n’était pas souvent que je pouvais être celui qui était tenu.

C'était étrange, à quel point cela pouvait être agréable. Comme si le temps s'était arrêté.

Cela me changeait de ma vie parisienne, où je courais partout, entre le travail, Emma, ma famille.

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