Prologue.
Ciudad Juárez.
Mexique.
02:57.
La fumée reste coincée dans mes poumons. C’est le quatrième mégot que j’écrase.
J’attrape mon paquet de clope et en tire une autre.
Une heure s’est déjà écoulée. Pas moyen de bouger sans avoir trouvé un terrain d’entente. Verres en main, ils s’éclatent à plein gosier autour des blagues dont ils sont les seuls à déceler l’humour. Enfoirés de gringos. Si ça ne tenait qu’à moi, je leur aurais offert du plomb sans hésitation.
Je peine à me concentrer entre chaque discours, mes paupières se font de plus en plus lourdes. Je n’ai pas le droit de flancher, pas aujourd’hui en tout cas. Nous sommes sur le point de lancer l’une des missions les plus importantes, il est hors de question que tout parte en l’air après deux putains de mois à bosser dessus.
Je ne compte plus les nuits blanches à cause de ces fils de putes. Coup foireux, détournement des marchés et j’en passe, ces fumiers nous l’ont bien mis profond. Peu importe la stratégie, ils avaient deux longueurs d’avance. Même trois. Ils ont infiltré l’organisation, foutu le bordel, tout cela grâce à ce clébard de Miguel. Mais je suis loin d’avoir dit mon dernier mot. Je compte tout prendre : Tijuana, Tepito et, dans quelques heures, Celaya. Ils auraient dû me tuer quand ils en avaient l’occasion, car je ne leur ferai pas de fleurs.
Ne jamais nourrir un chien errant comme dit Tio Pablo. Il n’était rien. J’en ai fait un membre de la famille. Maintenant, il me trahit, et ne s’est pas arrêté là. Moi non plus, je ne me suis pas juste arrêté à le démasquer. L’état pitoyable dans lequel il est ne fait que renforcer mon envie de terminer mon œuvre. C’est à peine si on peut le reconnaître, il est couvert de sang, mais ce ne sont encore que de petites écorchures.
–... ¿Qué opinas de esto ?
Je recrache lentement l’épaisse brume de tabac avant de jeter ma clope encore intacte dans le verre de Juan qui attend ma réponse.
– C’est bon, cassez-vous !
J’ai eu ma dose. Une minute de plus à devoir supporter leur rire gras de pédophiles et mon doigt pressera naturellement la détente sur leurs tempes.
–Pero n...
– À moins que tu veuilles contester le bout de ta langue pendu sur cette table, ta gueule.
Juan se rehausse dans son siège sans rajouter un mot de plus, les autres séniles se taisent tous en s’échangeant des regards désapprobateurs. Le message est bien passé. Un à un, ils finissent par foutre le camp non sans marmonner quelque chose.
Les muscles de mon dos se détendent, je ferme les yeux et profite du calme qui règne désormais dans la pièce. S qui n’est pas parti s’avance et tire un siège en face de moi.
– Nous l’avons retrouvé.
J’ouvre instinctivement les yeux à sa voix comme pour l’inciter à poursuivre.
– Elle se trouve à Los Angeles. La mère vit à l’ouest de la ville au 39 Westminster Avenue et la fille loue un appart au 1223 Federal Avenue.
Je prends mon verre et le finis d’une traite, mon sang ne fait qu’un tour. Après deux années de recherche, je l’ai enfin trouvé.
– Tiens.
Il laisse tomber un dossier sur la table que je m’empresse de feuilleter. Toutes les informations y sont, celles qui m’intéressent le plus. Elle n’a pas changé, toujours autant sur ses gardes.
– Dis à Julio que nous ferons un tour à L.A.
– Considère qu’c’est fait. Du coup, on fait quoi d’lui ?
Il se retourne et désigne Miguel du menton.
Je pivote la tête dans sa direction. J’avais fini par l’oublier. Je me relève brusquement et avance vers lui.
–Escucha por favor...
Commence-t-il entre ses gémissements.
– Garde ta salive. Je le coupe aussitôt.
Ma main agrippe son visage, ce qui l’oblige à grimacer.
– No es lo que piensas. Nunca te traicionaría, pero por favor entiéndeme.Dit-il, des larmes hypocrites ruisselant le long de son visage enflé.
Je connais cette chanson par cœur. Ils débitent tous le même discours lorsqu’ils sont dos au mur, malheureusement pour eux, c’est auprès de la mauvaise personne qu’ils s’égosillent.
– Les actes parlent plus que des mots.Considérate afortunado de no enterrarte con tu hermana.
– No puedes hacer eso, sabes muy bien que somos huérfanos y que mi hermana no tiene a nadie más que a mí para cuidarla. Por favor San...
J’enfonce ma lame sous son menton avant qu’il n’ait le temps de terminer sa phrase. Ses yeux s’écarquillent de surprise, il essaye de prononcer quelque chose sans y parvenir correctement. J’achève ce que j’ai commencé et lui tranche la gorge d’un coup sec.
J’ai mieux à faire.
– Tu hermana solo va a ser una puta más del montón.
J’essuie le sang sur lui et tourne le dos. Son corps sera livré à ses commanditaires en guise de remerciement.
Los Angeles, à nous deux.









c'est un très bon prologue qui permet de bien présenter le protagoniste masculin. Les différents enjeux et le fait qu'il a soif de vengeance. Par contre ce serait bien qu'il y ait des traductions des parties qui sont en espagnol 🤗