Chapitre 1 - Le premier jour
Le premier jour où j'ai décidé que je ne voulais en rien ressembler à mon père, j'avais neuf ans.
Je l'avais vu travailler sur une vieille BMW dans notre garage pendant l'été avant mon CM2. Au lieu d'admirer sa passion ou de penser au manque qu'il me laisserait plus tard, j'ai surtout remarqué qu'on voyait quinze centimètres de raie de ses fesses.
Ça m'a donné envie de vomir.
Avec le recul, c'était stupide, mais mon petit cerveau en a tiré une leçon : je ne voulais jamais que les gens me voient dans un état pareil. J'ai donc économisé tout l'argent que je pouvais en tondant la pelouse, en aidant à plier le linge pour récolter quelques pièces, et en fouillant dans le sac de ma grand-mère, pour m'acheter une ceinture en cadeau.
Pas pour lui, mais pour moi. Pour m'assurer que mes fesses resteraient couvertes.
La rentrée après cet été-là a été une bonne journée, elle aussi.
Les gamins de ma classe m'ont complimenté sur ma nouvelle ceinture élégante. Je déambulais dans la salle comme si elle m'appartenait, je me sentais vraiment le roi du pétrole.
C'était une bonne journée, sauf que je me souviens d'une personne qui n'a rien dit.
Valarie Wells, disait son étiquette. Elle était nouvelle.
Elle ne m'a pas fait de compliment, elle ne m'a même pas regardé jusqu'à ce que j'aille piétiner devant elle pour l'obliger à me remarquer.
Quand ses yeux marron se sont posés sur ma ceinture, j'ai cru que ça allait venir, le compliment, la lèche, mais elle a juste cligné des yeux, confuse.
Comme si il y avait de quoi être confuse.
« Je peux... t'aider ? » Sa voix était plus douce que ce que j'avais imaginé, et ça a provoqué dans mes cuisses une drôle de sensation, des picotements. « Est-ce que je suis à ta place ? Désolé, Mme Kite m'a dit de m'asseoir ici. Je peux bouger si tu... »
« Je ne suis pas venu parce que tu es à ma place, idiote », elle a sursauté, mais je l'ai à peine remarqué, « je suis venu pour te montrer ma ceinture, parce qu'il est clair que tes lunettes ne servent à rien si tu ne vois pas à quel point elle est cool. »
J'ai poussé mes hanches vers elle, les pouces dans la ceinture pour la mettre en valeur. Elle a reculé en grimaçant avec un sourire gêné, comme si son corps et son visage ne savaient pas quelle attitude adopter. « Quoi ? Tu ne trouves pas ça cool ? »
Elle a vite remonté ses lunettes, des montures métalliques fines d'un rose affreux. « Si, c'est une ceinture cool ! Je suis contente qu'elle te plaise autant. »
La réponse n'était pas condescendante, mais mon esprit l'a interprétée comme telle. « Et toi ? »
« Quoi, moi ? » a-t-elle demandé, toujours confuse avec cette voix douce.
« Tu l'aimes ? » ai-je insisté, agacé. « Est-ce que tu aimes ma ceinture ? »
« Je... » Ses grands yeux cherchaient les miens, comme si elle essayait de trouver la réponse qui me ferait plaisir. « J'adore ta ceinture, euh... »
« Caleb », ai-je soufflé pour elle.
Elle a hoché la tête avec un sourire poli. « J'adore ta ceinture, Caleb, elle te va super bien ! »
J'ai souri en coin. Elle m'avait reconnu, elle avait reconnu ma personne, et ça a flatté mon ego plus que n'importe quel autre compliment. Je ne savais pas pourquoi j'étais si heureux, mais j'ai décidé de porter cette ceinture tous les jours, rien que pour obtenir son approbation.
Ils étaient peut-être forcés, mais plus je l'y obligeais, plus elle le faisait facilement, et je vivais pour ça.
Le premier jour où j'ai décidé que je la détestais était tout aussi facile.
Pendant le cours de sport en sixième, je l'avais entendue, elle et ses copines, discuter pendant la pause déjeuner de combien elles me détestaient pendant que je courais mon kilomètre.
La garce a eu l'audace de rester là pendant que l'une d'elles disait que j'étais « égocentrique » et « un gros dur », sans dire un mot pour défendre mon honneur.
Hmph. Si elle voulait un abruti égocentrique, elle allait en avoir un.
J'ai enlevé mon t-shirt, essuyant la sueur qui coulait sur mon torse, puis j'ai fourré le tissu dans mon short, m'en servant pour éponger ma sueur de couilles avant de surgir au coin du mur où je me cachais.
J'ai calculé mon coup pour qu'elle me voie arriver, et j'ai jeté le t-shirt sur sa tête, en le frottant vigoureusement contre son visage. « Tu aimes la sueur de mes couilles sur ton visage ? ! » J'ai hurlé de rire alors qu'elle criait en essayant de se débattre. « Oh, quoi ? Tu aimes ça dans la bouche comme une bizarre ? ! »
Mes doigts habillés ont étouffé ses cris quand je les ai enfoncés dans sa bouche, la faisant s'étouffer. C'était abusé, je le savais, mais les gens autour riaient, et ça m'a donné envie d'aller plus loin. Je n'ai arrêté que lorsqu'elle a vraiment commencé à avoir des hauts-le-cœur.
« Beurk, dégueu ! Ne vomis pas sur moi ! » ai-je dit avec mépris en reculant. « T'es infecte, Valarie, c'est quoi ton problème ? T'es emo ou quoi ? Tu aimes vomir toute ta bouffe ? »
Le visage de Valarie était rouge et tacheté de honte, ses yeux étaient grands ouverts, choqués, blessés, puis les larmes ont coulé. Ça ne m'a pas fait de peine pour elle, ça a juste fait rire les autres encore plus.
Les autres enfants m'ont écarté en criant : « Mec, tu l'as fait pleurer ! Fuis avant qu'on te dénonce ! Fuis ! » On a ri tout le reste du kilomètre. Je n'ai pas revu Valarie ce jour-là, mais j'ai appris que j'aimais autant la voir pleurer, si ce n'est plus, que ses compliments.
Deux choses que j'avais obtenues par la force.
Deux choses que j'avais orchestrées.
Elles n'étaient que pour moi.
Le premier jour où j'ai décidé que je ferais tout pour la faire pleurer à nouveau... eh bien, c'était un jour sombre.
Parce que oui, je l'avais fait pleurer, mais pas de la manière dont je l'avais surprise en train de sangloter dans les toilettes des filles après les cours en seconde.
Je voulais savoir pourquoi. Je voulais savoir qui l'avait fait pleurer comme ça. Je voulais intervenir, parce que ces larmes, dans mon esprit, m'appartenaient, et elle les gaspillait pour quelqu'un d'autre.
Quelqu'un d'autre.
Ça ne m'a pas plu. Cette idée m'a retourné l'estomac, surtout quand j'ai appris via des sources bien informées qu'elle discutait avec un connard d'un lycée de la ville voisine.
Il lui avait dit que ses dents étaient trop petites pour son appareil dentaire et qu'elle avait l'air stupide.
Le connard n'avait pas tort, je devais l'admettre.
Ses dents étaient petites. Les bagues étaient bien trop grosses pour elles. Et elle avait l'air stupide à chier.
Mais c'était lui qui avait fait pleurer Valarie, pas moi, et ça, ce n'était pas possible.
Le premier jour où j'ai cherché qui l'avait blessée, il ne m'a pas fallu longtemps pour trouver qui il était, son lycée, et l'université qu'il visait, vu que ce connard était dans ses abonnements les plus récents.
C'était un peu du harcèlement, je l'admets, mais il fallait que cet enfoiré sache clairement à qui il s'en prenait : mon ennemi juré, ma Valarie, ma raison de me lever le matin et de vivre comme le gros dur égocentrique que j'étais.
Ses pneus ? Fini. Les quatre, lacérés proprement, et du sucre dans son réservoir pour rendre les choses un peu plus douces.
Puis j'ai attendu.
Deux heures.
Quand il est enfin sorti du boulot à minuit, jetant des déchets dans une poubelle derrière le steakhouse où il faisait la plonge, j'ai décollé mon talon de sa voiture de merde et je me suis dirigé vers lui.
C'était sa routine habituelle : jeter les poubelles, fumer une clope, rentrer chez lui. Ce soir, il ne ferait qu'une de ces trois choses, et il ne pourrait même pas le faire tout seul quand j'en aurais fini.
« Hé ! » ai-je crié, faisant pivoter le connard après qu'il eut jeté son sac. « C'est toi Will Tolbeski ? »
« Ouais, mec, qu'est-ce que... uuh ! » Mon poing a percuté son ventre avant même qu'il termine sa phrase, l'air s'échappant de ses poumons, mais je ne l'ai pas laissé récupérer. J'ai fracassé son visage contre mon genou quand il s'est plié, le projetant en arrière avec un jet de sang sortant de son nez. « Ah ! C'est quoi ton problème, bordel ? ! Tu veux de l'argent ? J'en ai, mec, prends-le ! Prends-le ! »
Il a sorti son portefeuille d'une main tremblante, mais je l'ai pris et je l'ai jeté à la poubelle. J'ai ensuite attrapé ses doigts pour les plier en arrière, le faisant hurler de douleur. « Gah ! Putain ! Qu'est-ce que tu veux ? ! S'il te plaît, je ferai n'importe quoi. N'importe quoi ! »
Eh bien, c'était facile. Je pensais vraiment qu'il faudrait plus de persuasion et de coups de pied, vu que ce connard était une star du baseball, mais ça ferait l'affaire.
« Laisse Valarie Wells tranquille », ai-je exigé, la voix sombre et impitoyable sous ma cagoule. « Supprime-la de tous tes trucs, Will, et si tu as des photos d'elle, efface-les, bordel. Je te tuerai si j'entends dire que tu lui reparles. Tu m'entends ? Je te tuerai. »
La menace semblait naturelle sur mes lèvres, et la peur que je voyais dans ses yeux ne faisait que rendre la chose meilleure.
Will crachait du sang et de la salive. « Val-Valarie W-Wells ? » Sa question ressemblait trop à une demande d'oubli, et je n'étais pas là pour jouer, alors j'ai tordu son index jusqu'à entendre un craquement net. Il a grogné de douleur. « Putain, putain... OK mec ! Je la supprime, je la supprime ! Je le jure ! S'il te plaît, laisse-moi juste mes doigts pour que je puisse le faire ! »
J'ai lâché un soupir quand j'ai balancé sa main, le regardant s'effondrer sur lui-même. « T'as intérêt, ou tu le regretteras plus tard, mec », ai-je ricané en me tournant vers le parking, déterminé à laisser Will avec le goût du sang dans la bouche et le regret d'avoir un jour parlé à Valarie Wells. « Et dis à ton patron d'installer des caméras de surveillance, peut-être de mettre en place un système de binômes », ai-je lancé par-dessus mon épaule. « Ça aiderait vraiment pour la sécurité du personnel ici. »
Les gémissements de Will résonnaient derrière moi quand il a réalisé qu'il était en sécurité, que je n'allais pas le tuer, mais il n'aurait pas dû se sentir trop à l'aise. Je n'avais jamais ressenti un tel pouvoir, un tel calme auparavant. Pas avant que Valarie ne débarque et ne me donne un avant-goût de cette drogue. J'étais accro. Tout ce que je faisais pour elle me donnait encore plus l'impression d'être aux commandes, plus confiant, plus important. Putain, ça me rendait même plus intelligent.
Enfin, je pensais connaître les filles.
Le mot clé était pensais, au cas où vous ne l'auriez pas capté.
C'était jusqu'à ce que j'apprenne tout ce qu'il y avait à savoir dans un livre de biologie après que Valarie soit revenue de vacances d'été en seconde avec des nichons de la taille de sa tête, chacun.
J'étais sidéré quand elle est arrivée avec le même uniforme qu'on était obligés de porter ; les boutons de sa chemise étaient fermés, mais ils... explosaient littéralement.
C'était distrayant, c'était dégoûtant qu'elle laisse tout le monde la voir comme ça, et je le lui ai fait savoir.
« Je ne savais pas qu'on avait une nouvelle pute dans le coin ! Montre-nous tes nichons, Valarie ! T'es presque prête, baby girl », ai-je lancé alors qu'elle arrivait devant les portes. « Allez, sucres d'orge, donne aux garçons un petit numéro pour la rentrée ! »
Elle a immédiatement viré au rouge. « J-je n'avais rien d'autre à mettre. Il fallait bien que j'aille à l'école. »
Devin, un élève de terminale à l'époque, a ri à côté de moi. « Je pense qu'on aurait préféré qu'elle n'ait rien du tout. Pas vrai, Caleb ? »
J'ai gloussé en croisant les bras contre les casiers. « Bof, c'est pas mon type. Trop banale, je parie même qu'elle est vierge. »
Les yeux de Valarie se sont agrandis à cette accusation et elle a dégluti visiblement. « Je ne pense pas que ce soit tes affaires de spéculer là-dessus. »
La gamine avait du répondant ? Oh. Je pouvais lui faire faire beaucoup de choses avec cette bouche, la plupart peu ragoûtantes pour une coincée comme elle, mais je me fichais de son confort. C'était moi qui comptais ; à quel point j'aimais entendre sa petite voix, à quel point j'aimais la faire se sentir assez mal pour qu'elle en pleure... c'était comme une dose de came pour moi.
Cependant, j'ai juste souri en regardant la fille et ses seins proéminents quand j'ai décidé que ce jour-là, cet instant précis, était le début de mon obsession totale et complète pour elle. « Tout dans cette ville est mon affaire », ai-je fait un clin d'œil, « et ça inclut toi, sucres d'orge. »