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Innocent ? nous contre lui

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Résumé

Peu de temps après sa promotion, Gabriel est déjà confronté à sa première mission en tant qu’enquêteur. Bien que réticent, il se retrouve bientôt à devoir résoudre cette affaire des plus importantes et mystérieuses au plus vite. Il fait alors la connaissance de sa nouvelle partenaire Joyce, une petite fille pas comme les autres. Sous les airs psychopathes de cette enfant se cache une histoire bien plus complexe qu’il n’y paraît. Avec cette aide pour le moins inhabituelle, cette mission sera-t-elle un cuisant échec ? Et surtout… peut-on pardonner l’impardonnable car on a vécu le pire ? Sûrement...

Genre :
Thriller
Auteur :
NolTale_Chapters
Statut :
il y a 18 heures
Chapitres :
3
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Gabriel

Tout ce trajet me paraît long et interminable. Ma vision de la route sur le siège passager étant altérée par l’épais brouillard du soir, j’arrive à peine à apercevoir les réverbères à travers la fenêtre de la voiture. J’essaie d’oublier. Je me concentre alors sur le bruit continu de la pluie s’écrasant sur le carreau de la vitre, puis sur celui du clignotant. Le conducteur prend le second virage, sa main se posant avec fermeté sur le levier de vitesse.

Une fois arrivé, la voiture garée sur le parking, j’ouvre la portière et descends avec une lenteur délibérée. Nous marchons tous les deux sous la pluie battante, vers la porte d’entrée ornée de plusieurs affiches publicitaires.

Mes pas sont lourds, et mes yeux plissés à cause de la lumière aveuglante émanant des ampoules du fast-food.

En y entrant, son odeur familière d’huile de friture et de viande grillée emplit mes narines. L’atmosphère à l’intérieur est, à mon goût, bien trop joviale pour un lundi soir de tempête.

J’atteins en quelques enjambées la table la plus proche, pressé de me rasseoir. Là au moins, plus aucun mouvement de véhicule ne viendra perturber mon esprit déjà bien assez préoccupé.

Après quelques minutes d’attente, Ayden revient avec la nourriture, celle que je prends habituellement quand on vient manger ici. Son sourire, à la fois angélique et empreint de malice, ne semble pas vouloir quitter son visage parfaitement symétrique en cet instant pourtant si banal… ou presque. D’ailleurs, c’est souvent le cas lorsqu’on est ensemble. Pour lui, en dehors de notre travail, la vie est belle !

Bref…

Je pose mes coudes sur la table, scrutant le repas avant de tendre la main pour commencer à manger mes frites. Ayden s’étire, puis s’affale sur le dossier de la banquette.

Je le fixe d’un regard insistant, voyant qu’il est déjà en train de s’attaquer à son burger aux agrumes que j’abhorre du plus profond de mon être. Je souffle du nez, amusé malgré moi par sa faim à toute épreuve.

Il redresse subitement la tête pour me regarder, ses yeux sombres remplis d’une curiosité feinte. Malgré sa bouche pleine, il réussit à prononcer correctement sa phrase :

— T’as une sale gueule. C’est la fatigue du travail, où t’es pas content d’être avec moi ?

Il lèche la sauce présente sur ses doigts, reprenant avant que je ne puisse parler :

— Tu sais… un jour, il faudrait que je compte toutes les fois où je t’ai payé le resto pour subvenir aux petits besoins de ton estomac. Je suis sûr que depuis le temps, cet argent perdu aurait pu me rendre millionnaire.

Je hausse les épaules avec lassitude, regardant la nourriture d’Ayden se finir un peu trop rapidement.

— Ouais si tu le dis, réponds-je d’une voix morose.

— Allez détends-toi un peu Gabi. T’as fini ta journée de taf avec une super nouvelle ! Alors ne gâche pas le reste de notre soirée pour ça.

Une super nouvelle ?

Levant les yeux au ciel, je ne peux m’empêcher de sourire en regardant Ayden s’empiffrer.

— Waouh, quelle classe mec ! Fais gaffe à pas t’étouffer trop vite.

Il souffle du nez, l’air faussement vexé.

Après un long échange de regards, il continue :

— J’suis pas ton mec. En tout cas moi si j’étais toi, je profiterais un peu plus, il s’essuie la bouche avec une serviette en papier. Mais tu sembles totalement dans la lune, et t’as pas du tout l’air emballé.

Pourquoi je le serais ?

Je baisse les yeux sur mon plateau quasiment vide, sans dire un mot.

Ayden se lève tout en continuant de m’observer, déplaçant son plateau à côté du mien pour s’installer près de moi. Il me pousse avec son biceps pour se faire une place, alors je me décale à contrecœur. Il reprend :

— Franchement, pour que le chef en personne te recommande à la direction afin que tu deviennes enquêteur, c’est… c’est avoir beaucoup de chance.

Je le vois hésiter. Il a compris. Pas besoin de plus pour qu’il le devine.

— Gabi, il penche sa tête sur le côté, tu as toujours voulu être enquêteur.

— Toi aussi…

— Et alors ? C’est quand même une bonne nouvelle pour toi. Si on t’a nommé comme tel, c’est parce que tu es à la hauteur pour réussir.

Pourquoi faut-il qu’il soit toujours si optimiste ?

Je secoue la tête, détournant mes yeux de lui.

— Tu es là depuis bien plus longtemps que moi, et t’es un super flic. Les autres devraient avoir autant confiance en toi qu’en moi. Malgré ça ils sont toujours…

— Je sais, je sais, il me coupe en levant les mains, m’arrêtant dans ma lancée. Mais je ne suis pas à plaindre tu sais, et puis c’est assez normal qu’ils n’aient pas une totale confiance en moi.

Mes poings se serrent et lorsque je reprends, ma voix s’élève d’un cran :

— Tu as déjà prouvé que tu étais digne de confiance et de respect, tu n’as jamais failli à ton devoir. Et puis tous les deux, on sait très bien que ce n’est pas uniquement pour cette raison que les autres au poste ne t’apprécient pas !

Ayden reste figé un instant avant de se mettre à rire, passant son bras autour de mes épaules. Il me tire doucement la joue d’un air enjoué.

— Moooh… le petit policier qui soutient son aîné. T’es adorable quand t’es en colère !

Mes joues deviennent rouges de honte, surtout lorsque je vois les gens aux alentours se mettre à nous regarder bizarrement.

— Arrête, c’est gênant ! dis-je calmement malgré tout, habitué aux pitreries de mon ami.

— Si ta copine entendait ça, elle serait sûrement jalouse, continue-t-il.

Je pousse un soupir d’exaspération tout en retirant son bras de mes épaules. Ayden se recule.

— Tu ne devrais pas t’inquiéter autant pour moi Gabi, dit-il plus sérieusement, j’ai l’habitude.

— Ça ne devrait pas en être une. Si seulement ils pensaient différemment.

Il penche sa tête sur le côté avant de murmurer :

— T’es capable de changer ma couleur de peau ?

Ma tête se tourne brusquement vers lui, surpris par sa question.

— Pardon ?

— Non. Et t’as raison, c’est à eux de changer, pas à moi. Mais... crois-moi, ils ne sont pas tous comme ça.

— Bizarrement j’en ai pas l’impression, réponds-je avec sarcasme.

Je finis rapidement mes dernières frites et ma boisson, poussant gentiment Ayden juste après pour me lever de la banquette. Une fois debout, je prends mon plateau pour le débarrasser, mais il me l’arrache subitement des mains.

— Hey, reprend-il plus doucement, ça va ?

— Ouais, je veux juste qu’on arrête de parler de ça. Merci d’avoir encore payé pour moi, les coins de mes lèvres se sont légèrement relevés.

Il rit de nouveau. Je prends mon téléphone et mes clés.

— Faut pas que je rentre trop tard, je ne veux pas inquiéter Rebecca.

Ayden hausse les épaules puis hoche la tête avant de me répondre :

— D’accord le canard, m’appelle-t-il d’un air moqueur.

Il débarrasse nos plateaux et les repose avant de s’éloigner vers la sortie. Il rajoute :

— Vu que tu n’habites pas loin d’ici, je te laisse retourner chez toi comme un grand. Bonne chance pour demain… inspecteur, il me fait un clin d’œil.

Sur ces dernières paroles, il sort de l’établissement et se dirige vers sa voiture. Dehors, la pluie avait cessé de battre.

J’attends quelques secondes devant la porte vitrée, sans bouger ni parler, observant Ayden quitter les lieux.

Je me sens déjà un peu mieux.

Après être sorti du restaurant, je marche tranquillement afin de rentrer chez moi, ralentissant le pas pour sortir mon téléphone et l’allumer. Je cherche le nom de Rebecca dans mes contacts puis l’appelle, collant l’appareil à mon oreille en attendant qu’elle me réponde.

— Allô chéri ? sa voix semble agitée.

— Salut mon cœur, tu vas bien ? Je voulais juste te dire que j’arrive bientôt. Je mangeais un bout avec Ayden.

— Tant mieux alors. Et oui, je vais bien, répond-elle promptement. Ta journée s’est bien passée ?

J’interromps ma marche.

— Oui, d’ailleurs j’ai reçu une… bonne nouvelle, j’hésite encore sur le « bonne » nouvelle, même c’était objectivement le cas. Je suis enquêteur à présent !

— Génial ! Depuis le temps que tu en parles, on pourra fêter ça quand tu rentreras.

— Il est peut-être un peu tard pour-, je n’ai pas le temps de finir qu’un bruit sourd me coupe en pleine phrase.

— Chéri ? Tout va bien ?

— Oui je… à tout à l’heure.

Je raccroche immédiatement et range mon téléphone dans la poche de ma veste.

Ça venait de la ruelle, me dis-je.

Je m’avance silencieusement le long de celle-ci. Le bruit était étrange. Je tends l’oreille et m’arrête lorsque je perçois un autre son. Ce bruit était différent du précédent, qui était bien plus lourd et bref.

M’appuyant contre le mur froid en pierre, j’essaie de comprendre à quoi il correspond. Ma main se pose sur mon arme de service accrochée à ma hanche par réflexe.

Le bout de la ruelle débouche sur deux intersections. Des deux côtés, c’est celle de droite où j’entends une sorte de frottement à même le sol. Comme si on traînait quelque chose… ou quelqu’un.

N’y tenant plus, j’avance d’un pas rapide et me tourne sur la droite, sortant mon arme pour la pointer sur la source du bruit.

— Police ! Qui est-, je me crispe violemment, mes mots se meurent dans ma bouche.

Le temps semble se pétrifier lorsque je distingue le corps inerte d’un homme, dont le visage pâle et dénué de vie me fait frissonner. Et près de lui ? Une silhouette à peine visible. Tirant le cadavre à l’aide d’une corde nouée autour de son cou. Certainement pour ne pas laisser d’empreintes. Est-ce que cette personne aurait tué cet homme ? Pourtant, je ne vois aucune trace de sang à proximité.

Mon corps refuse de réagir à cet instant. Je fixe simplement l’inconnu sans rien dire. Celui-ci arrête brusquement sa lutte en me remarquant. Puis sans prévenir, il se penche vers le cadavre. Il dénoue alors la corde du macchabée et la récupère, l’attachant ensuite à son poignet. Je n’arrivais pas à discerner son physique à cause de la pénombre, ainsi que de son manteau noir ample à capuche. Mais son corps a l’air frêle, il ne semble représenter aucune menace.

Rapidement, je reprends mes esprits et lève l’arme vers l’étranger. Mes mains paraissent lourdes et tremblent sous l’effet d’un afflux d’adrénaline qui me parcourt.

— Ne bougez plus et levez les mains en l’air ! j’ordonne d’une voix plus forte que je ne le pensais, résonnant à travers la ruelle.

Il s’exécute, les mains levées.

— Éloignez-vous du corps !

Il le fait, mais commence soudainement à s’avancer dans ma direction, ses pas lents.

Je recule tout en l’observant de la tête aux pieds, mon corps raidit par une tension insoutenable. Seulement là, je me rends compte de notre différence de taille plutôt évidente.

— J’ai dit ne bougez plus ! Ou je n’hésiterai pas à tirer !

Mais l’inconnu continue de s’approcher. Puis d’un coup, il se précipite vers moi le bras levé, essayant de me mettre un coup de poing. Mes yeux se plissent et j’esquive facilement son attaque en pivotant sur le côté. J’agrippe fermement son poignet de ma main libre, puis tords son bras derrière son dos.

— Trop faible…, je rétorque avec une arrogance qui me surprend moi-même.

Je fais pencher son corps vers l’avant afin de le plaquer au sol et tenter d’apercevoir son visage. Le suspect n’émet aucun son. Il décale simplement son corps vers la droite de manière à libérer son bras coincé contre le bitume. Avec une force surprenante, il m’assène un violent coup de coude dans le ventre avant que je ne puisse le neutraliser complètement. Un gémissement de douleur s’échappe alors de mes lèvres.

Je me suis bien gouré ! Ce type est bien plus fort que je ne le croyais.

Ma prise se desserre légèrement, juste assez pour qu’il puisse en profiter. Alors, il se retourne complètement, me donnant un autre coup encore plus puissant dans l’une de mes côtes. Sa poussée lui permet ainsi de s’échapper de mon emprise.

— Espèce... de connard ! grondé-je en essayant de me redresser, à bout de souffle.

Je récupère à toute vitesse mon arme tombée au sol, me relevant difficilement. Étant déjà loin, je ne prends pas la peine de courir pour le rattraper. Je tends alors mon pistolet et tire dans le coin sombre où il s’est enfui. J’espérais peut-être l’atteindre d’ici. Je soupire mes mots, essoufflé à cause de la douleur :

— Fais chier !

J’abaisse mon arme et la replace dans mon holster, mes mains ont enfin arrêté de trembler. Je me tourne vers le cadavre et m’accroupis près de lui pour chercher son pouls. Évidemment qu’il est mort ! Pourquoi penser l’inverse alors que je le traite de macchabée depuis tout à l’heure ?

En l’examinant, plusieurs détails flagrants me sautent aux yeux. À première vue, il n’a aucune blessure apparente. Aucune trace de sang sur lui comme je l’avais constaté. Il est habillé d’un costume noir de cérémonie. Mais le plus saisissant, c’est que tout son corps est recouvert de terre sèche. A-t-il été exhumé ?

Je saisis mon téléphone et compose le numéro du commissariat. J’attends quelques minutes avant que quelqu’un ne prenne l’appel.

— Commissariat de Jeunil, j’écoute.

— Bonsoir, ici Gabriel Kevann, policier hors service. Je vous appelle pour signaler qu’un individu non identifié est en fuite. Il traînait un cadavre et a tenté de m’agresser à mains nues. Je ne constate aucune blessure apparente sur le corps. Je me trouve actuellement à Jeunil, au 14 rue de l’Ornids.

— Bien reçu, j’envoie des renforts sur place ainsi qu’une équipe de police scientifique. Ils arriveront d’ici 10 minutes.

— Très bien, je les attends. Merci.

Je raccroche, gardant mon téléphone serré dans ma main, tandis que je reste auprès de mon nouvel ami. Mon regard scrute les alentours, surveillant les lieux et le corps. Après quelques secondes à attendre immobile, je grogne avec frustration :

— ... Journée de merde.

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