Faire la queue dans mon café préféré est ma façon favorite de commencer la journée. En tant qu'institutrice en maternelle, j'ai besoin de toute la caféine possible pour suivre mes quinze élèves. Je les adore de tout mon cœur, mais je n'ai pas la même énergie débordante qu'eux.
Dernièrement, je ne dors pas très bien. J'ai l'impression que quelqu'un surveille mes moindres faits et gestes. Je regarde sans arrêt par-dessus mon épaule, mais il n'y a jamais personne. Je ne sais pas si c'est mon imagination qui me joue des tours ou si je deviens paranoïaque. J'ai même pensé à prendre un chien pour ne plus être toute seule la nuit.
— Hannah ? J'ai un café pour Hannah ! s'écrie le barista.
Le son de mon prénom me pousse vers le comptoir. Avec un sourire timide, je tends la main pour prendre ma boisson.
— Merci, dis-je d'une voix douce.
— Bonne journée ! répond le serveur, comme s'il était en mode automatique.
Alors que je fais demi-tour pour partir, je percute quelqu'un et manque de tomber à la renverse. Des mains puissantes me maintiennent en place. Je lève les yeux pour m'excuser et les poils de ma nuque se hérissent. La puissance et la noirceur qui se dégagent de cet homme me paralysent sur place. Ses yeux verts me fixent avec une telle intensité que je baisse immédiatement le regard. Il faut que je m'éloigne de lui. Par pur instinct de survie, mon esprit force enfin mon corps à réagir. Je bafouille une excuse et je me décale pour le contourner.
Comme il ne lâche pas mes bras, je relève la tête. Il affiche un léger sourire, mais ce n'est pas un sourire chaleureux. Il promet le danger et les ténèbres. Je fais la seule chose qui me vient à l'esprit et je m'excuse encore.
— Je suis désolée. Je ne voulais pas vous bousculer, je ne regardais pas devant moi. Encore pardon.
Ses yeux semblent s'adoucir un peu à mes mots et il me lâche enfin. Je ne perds pas une seconde. Je le contourne pour sortir le plus vite possible.
Sa voix de baryton, profonde avec un léger accent irlandais, m'arrête net.
— Pas de souci, ma belle. On se reverra.
Je tourne seulement la tête pour le regarder. Son sourire me fait froncer les sourcils. Je regarde droit devant moi et quitte le café en marchant plus vite que je ne l'ai jamais fait.
Je ne sais pas qui est cet homme. J'ai l'impression de le connaître, ou peut-être de l'avoir déjà croisé. Il est beau, je lui accorde ça, mais mon instinct me dit qu'il ne présage rien de bon. J'espère ne jamais le revoir.