Chapitre 1
Le point de vue de Hugo
La lune brillait entre les nuages menaçants de la nuit. Un vent violent faisait danser les arbres à son rythme. Je surveillais attentivement les alentours tout en respirant l'odeur de chêne qui flottait dans les bois. Sous ma forme de loup, j'ai sauté d'un rebord rocheux. Mes pattes ont griffé le sol humide avant que je ne m'élance vers le cœur de la forêt.
À l'approche de la pleine lune, je sentais l'énergie changer dans mon corps.
Retrouver Izzy était ma seule obsession. Je courais aussi vite que mes pattes me le permettaient. En suivant son odeur, j'ai fini par la trouver. Elle attendait devant la maison de sa meute. Après avoir repris forme humaine, je me suis enveloppé dans la vieille couverture sale qui traînait au sol. Du coin de l’œil, j'ai remarqué le père d'Izzy. Il fermait la porte avec une expression de mépris en grognant.
Mais je m'en fichais. Je voulais la voir, elle.
« Izzy ! » l'ai-je appelée.
— Oh, tant mieux, tu es là. J'avais peur de ne pas pouvoir te dire au revoir, a-t-elle répondu.
— Tu pars vraiment, n'est-ce pas ? ai-je réussi à articuler. Je comprenais enfin qu'il n'y avait plus rien à sauver dans notre relation.
— Cette ville n'est plus sûre, Hugo. Je pars avec ma meute. Et si tu étais malin, tu ferais la même chose ! a-t-elle dit d'un ton ferme.
La froideur d'Izzy me laissait perplexe, alors je me suis contenté de la regarder. Après lui avoir couru après pendant deux ans, j'acceptais enfin la réalité. Elle n'avait aucune envie d'être avec moi. Elle m'avait toujours considéré comme un simple ami, rien de plus.
— Je ne peux pas quitter cet endroit. C'est chez moi, ai-je répondu doucement, la suppliant du regard de rester.
— On sait tous les deux que tu n'as plus ta place ici, Hugo. Ta maison est devenue un cimetière. Je préférerais ne pas t'y voir. Ses mots m'ont coupé le souffle. Ça faisait mal, mais au fond de moi, j'espérais qu'elle voulait mon bien. Même si toute ma meute avait péri, je gardais l'espoir qu'un jour nous serions ensemble. Je rêvais qu'elle soit ma compagne et que nous élevions de beaux louveteaux.
Mais je ne pourrais jamais être l'homme qu'il lui fallait. En tout cas, pas à ses yeux.
— Peut-être que je pourrais... venir avec toi ? À peine les mots prononcés, je me suis préparé au choc. Même si Falcon Valley était mon foyer, je l'aurais suivie si elle me l'avait demandé. Cependant, je réalisais peu à peu que je passais simplement pour un homme désespéré.
— Non, Hugo. J'en ai ras le bol que tu sois toujours en demande. Tu n'as aucun trait dominant. Je parie que tu ne pourrais même pas me protéger contre des omégas en colère. Et pour être tout à fait franche, c'est pathétique pour un bêta. Où sont passés ta passion, ta colère et ton instinct animal ? Tu n'arrives même pas à protéger tes propres sentiments, alors une famille... Tu n'as pas ce qu'il faut pour fonder un foyer.
Je continuais à la fixer, comme si quelqu'un venait de me broyer le cœur. Je me suis mordu la lèvre pour empêcher mes larmes de couler. Mais c'était trop tard. En baissant les yeux, j'ai senti les larmes rouler sur mes joues.
— Je me doutais que tu allais pleurer. Ça prouve exactement ce que je dis, Hugo. Je sais que tu me tournais autour, mais mon père, l'Alpha Theodore, n'aurait jamais accepté notre union. J'espère que tu accepteras mon rejet. Elle s'est détournée, puis s'est arrêtée comme si elle avait autre chose à ajouter. Je me sentais fragile et le cœur brisé face à elle.
— Je te conseille vivement de quitter Falcon Valley ce soir, Hugo. On raconte que les bêtas meurent les uns après les autres dans différentes villes. Et tout ça à cause de cet Alpha. Je surveillerais mes arrières si j'étais toi, a-t-elle murmuré avant de s'enfoncer dans les bois avec sa meute.
Me couvrant le visage de mes mains, je suis tombé à genoux. Je croyais sincèrement qu'Izzy était mon âme sœur. Mais ses paroles m'ont transpercé comme une lame. Je ne suis pas assez viril pour elle parce que j'ai des émotions ? Une partie de moi aurait aimé ne pas être aussi sensible. J'aurais aimé que mon loup soit plus colérique, destructeur, voire toxique. Mais ce n'est pas moi.
Je m'appelle Hugo Shaw. Je suis un loup Bêta sans famille, sans compagne et sans foyer. Peut-être qu'Izzy avait raison. Peut-être que je ne mérite pas d'être aimé ou d'avoir ma propre famille.
À petits pas, je suis retourné dans les bois. J'entendais des murmures lointains. Je savais qu'une meute n'était pas loin. Même si j'étais un étranger, je voulais voir s'ils accepteraient d'abriter un loup solitaire pour quelques jours.
— Qui est là ? Un homme de grande taille a surgi devant moi.
— Hé, je ne suis pas une menace. Juste un loup solitaire qui cherche un abri. J'ai levé les mains et j'ai avancé vers lui.
— Désolé, on ne prend pas les traînards, a lancé un autre homme en apparaissant.
— Oh, tant pis. Ne vous en faites pas, je m'en vais. J'avais au moins essayé. Je m'attendais à ce que cette nuit soit difficile. C'est chacun pour soi, surtout quand un tueur en série court toujours. Qui étais-je pour leur reprocher de protéger leur meute ? Alors que je n'avais même pas pu protéger la mienne.
— Attends ! a lancé une voix. Le grand homme m'a tapoté l'épaule et m'a dirigé vers leur chef.
— Viens par ici, le solitaire. On veut bien que tu restes avec nous pour la nuit. L'Alpha de la meute s'est levé de son siège.
— Euh, d'accord, merci, ai-je répondu en entrant prudemment sur leur territoire. J'entendais des grognements de désapprobation venant du reste de la meute alors que j'approchais de leurs tentes.
— Tu as un nom, le solitaire ? a demandé l'Alpha.
— Hugo, ai-je marmonné entre mes dents. Shaw. J'ai ressenti un pincement au ventre en prononçant ce nom.
— Ah, les Shaw. Tu es le dernier survivant, hein. Ne t'inquiète pas, Hugo. La Meute Kaos va s'occuper de toi pour la nuit. Je suis l'Alpha Xander, au fait. Son sourire était à la fois agressif et bienveillant. Je me demandais si venir ici était vraiment une bonne idée en observant le reste de ses troupes. « Ravi de vous rencontrer. Merci de m'accueillir », ai-je réussi à dire.
— Eh bien, chanceux sont les bêtas qui ne seront pas enlevés par l'Alpha affamé à chaque pleine lune. Nous devons nous mettre à l'abri, veiller les uns sur les autres et affronter la tempête ensemble. Ses paroles m'ont donné des frissons.
Ce qu'Izzy avait dit était vrai. À chaque pleine lune, un Alpha kidnappe un Bêta. Aucun n'est jamais revenu vivant pour raconter ce qui s'était passé, donc personne ne sait vraiment pourquoi.
J'avais besoin de toute la protection possible pour survivre à cette nuit.
Mais sans meute à moi, je me sentais seul et terrifié.