Une réservation
— J’ai bien une réservation au nom de Gwendoline Saint-Clair, pour trois nuits, la suite Blue avec vue sur la mer. C’est bien ça ?
Pourquoi ai-je la terrible sensation qu’il me déteste déjà ?
Je viens tout juste de débarquer sur l’île.
Je dois avoir marqué parisienne écrit en lettres lumineuses sur mon front !?
— Alors c’est bien ça, mais… annoncé-je.
— Mais ? Comment ça « mais » ? Parce que moi j’ai trois nuits indiquées là sur mon écran, coupe-t-il en pointant du doigt son écran.
Je n’aime pas le regard qu’il me lance.
Quelle horreur ce type !
Je me retiens de grimacer.
C’est qu’il va m’en faire tout un drame !?
— C’est tout à fait ça MAIS je souhaite prolonger ma réservation de plusieurs jours !
Il ne vas pas me faire chier !
Ma jouissance est de courte durée une fois que le… Jordan !
Mais c’est quoi ce prénom à la Dylan de Beverly Hills ?
Bref, mon sourire devient excédé quand je vois l’autre Jordy froncer les sourcils.
Et quoi encore !
— J’ai bien peur de ne pouvoir accéder à votre demande, la chambre dans laquelle vous séjournez est déjà réservée pour les jours suivants. Et comme l’auberge est complète, je ne peux rien pour vous !
Hein !
Mais c’est qu’il se fout de moi. Complet en plein mois de mars alors que les vacances scolaires viennent juste de se terminer !?
— Vraiment ? accusé-je.
— Oui ! C’est fort dommage, moque-t-il.
Il se fout de moi ! Il ne va pas s’en tirer comme ça.
Alors que j’attrape mon téléphone retranché une fois de plus au fin fond de mon sac à main, j’interromps mon action lorsque j’entends une voix féminine réprimander le Brandon.
— Jordan ! s’écrie-t-elle horrifiée. La suite est disponible toute la semaine prochaine. Laisse-moi regarder, tu as dû te tromper.
Main figée dans mon sac, je fixe une version féminine du Jordan mais en plus souriante et surtout moins irritante.
Sœur ?
—Tiens regardes, tu as mal vu et tu as lu la ligne du dessus, insiste-t-elle l’air menaçant.
Le petit merdeux.
Je ne dis rien.
J’attends.
— Veuillez excuser mon idiot de frère, il déteste tenir l’accueil. Nous sommes ravis de vous compter parmi nous plus longtemps. N’est-ce pas Jordan ?
Elle t’as coincé mon pote !
Je jubile.
Pas lui.
— Oui, oui ! C’est ça ! Passez un bon séjour. Le petit déjeuner est à sept heures précises, les retardataires ne seront pas servis. Bonne journée Madame Saint-Clair, aboie-t-il avant de quitter la pièce.
La pauvre jeune femme est mortifiée.
Moi, pas. Quand tu vis à Paris, plus rien ne te surprend.
— Je suis vraiment désolée, parfois il peut être difficile avec les gens, insiste-t-elle en tapotant nerveusement ses doigts sur le comptoir.
Elle tente un sourire.
Moi, pas.
— Il est rustre, avoué-je.
— Un peu au début, c’est vrai, ricane-t-elle. Mais il n’est pas bien méchant. Il faut apprendre à l’apprivoiser.
Elle doit lire le doute sur mon visage puisqu’elle n’insiste pas.
— Combien de nuits supplémentaires ?
— Jusqu’à dimanche, c’est bon pour vous ?
— Aucun problème. Voici les clefs de la suite. Prenez l’escalier situé à votre droite, deuxième étage, la chambre est bout du couloir. Il n’y a qu’une porte, vous ne pourrez pas la manquer. Jordan et moi-même vous souhaitons un agréable séjour dans notre charmante ville.
Je prends possession des clefs et remercie… Joséphine (ça va y a pire) et me dirige vers ma chambre. Ses indications étaient claires, je me retrouve rapidement devant la porte avec l’inscription « Blue ». L’intérieur est aussi « blue », mais c’est élégant. La suite est immense avec une salle de bain attachée… avec une baignoire. Le rêve.
Après avoir défait mes bagages et tout rangés dans le placard, je me retrouve semi consciente dans un bon bain chaud. Je suis éreintée, l’autre Dylan m’a encore plus fatiguée que les six heures de route pour arriver jusqu’à ici, à Les Portes-en-Ré.








