LE FAUX MARIAGE

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Summary

Asmara et James sont deux inconnus. Lorsque ces deux âmes que tout oppose, acceptent un mariage de convenance pour des raisons purement pragmatiques, elle pour sa liberté , lui pour sa paix, ils s'imaginent que cette union ne sera qu'une formalité, un arrangement sans émotions ni complications. Mais jouer le rôle de parfaits époux devant leur entourage force ces inconnus à se découvrir, à partager des instants de complicité feinte qui peu à peu deviennent étrangement authentiques. Entre les quiproquos, les disputes éclatantes et les moments volés de tendresse involontaire, une vérité inattendue s'impose : derrière les masques et le pacte initial, un véritable amour est en train de naître. Une romance pleine de passion, de rebondissements et de fragilité où l'amour, d'abord un mensonge, devient une évidence inévitable.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 01

— ASMAAAAAAAAAAAAAAA !

Je sursaute.

— Non mais maman !

— Il est l'heure de se lever !

— Je suis fatiguée, madame Richardson...

— Asma, tu es rentrée très tard, tu t'en rends compte de ton irresponsabilité parfois ?

— Sans commentaires.

Je me rallonge, espérant retrouver mon sommeil.

Elle retire mon drap et me donne une tape aux pieds. Je reste immobile. Pas de réaction. Je sais me battre contre l'oppression.

— Je ne sais plus quoi faire de toi.

— Ah mais moi, je dors.

— Tu ne vas pas finir seule, je te préviens.

— Maman, s'il te plaît...

— Ton père et moi avons pris une décision radicale, et tu vas te soumettre, Asma.

— Okay... je peux dormir maintenant ?

Une autre tape et elle disparaît.

Tellement de violence alors que je mérite tout l'amour de l'univers.

Elle croit que les hommes d'aujourd'hui sont comme ceux de son époque ? Elle ne sait pas qu'il y a des animaux sauvages dehors... se mettre avec quelqu'un, c'est un risque.

Je ne veux être avec personne d'autre que moi.

Je m'enroule dans mon drap, décidée à rester là jusqu'à l'heure où je choisirai de me réveiller. Et ce n'est pas maintenant.

Mais ...

Mon ventre proteste. Cri de famine. Je mets fin à mon sommeil sacré pour aller manger.

Je lance un chaleureux « Bonjour ! » en entrant dans la cuisine.

Après un marathon gastronomique légendaire, je m'apprête à retourner me reposer quand mon père m'appelle. Et des visiteurs sont là. Visiteurs. L'horreur.

Ah zut... je ressemble à une SDF qui vient d'engloutir tout un KFC.

— Ah voilà ! Celle qu'on attendait, dit maman.

Il y a un couple d'âgés et un jeune homme.

Le jeune homme sourit. Ok.

— Bonjour, me disent-ils.

— Asmara, tu es vraiment belle, n'est-ce pas, Josué ?

Le « Josué » hoche la tête. Ok.

Je souris, nerveuse.

Il se passe quoi ici ?

— Alors, Josué ?

Le garçon me fixe toujours en souriant. Ok.

— Votre fille est magnifique, monsieur Richardson.

Mon père hoche la tête.

Euh... je ne comprends rien.

— Josué est là pour que vous puissiez apprendre à vous connaître.

Je le regarde, perplexe.

— Asmara, je peux te parler ?

— Oui, bien sûr ! Très bonne idée. Asma, fais visiter la maison à Josué.

Le vieux monsieur sourit : « Sois courageux, fiston. Ne laisse pas sa beauté te faire trébucher. »

Ils rient tous. Ce n'est pas drôle.

Josué observe la pièce comme un inspecteur sur une scène de crime. Puis il se tourne vers moi.

— Votre maison est très belle.

— Hum...

— Comme toi.

— Hein ? Tu me compares à une maison ?

Il rougit presque.

— Non, pardon... je pensais tomber sur quelqu'un de... banal. Mais toi... tu es sublime.

— Bon... qui es-tu, toi, et pourquoi es-tu là ?

— Ah oui, je ne me suis pas présenté. Josué Santiago, je travaille dans l'immobilier.

— Et... ?

— Et quoi ?

— Pourquoi tu es là ?

— Ton père ne t'a rien dit ?

— Dire quoi ?

Il sourit.

— Je préfère que ce soit lui qui te l'annonce. Je ne veux pas que tu me coupes la tête si ça ne te plaît pas.

— M’annoncer quoi ?

— Il te dira.

On y va, alors.

Je le suis au salon. Nos parents affichent de grands sourires. Cette comédie m'exaspère.

— Je ne comprends rien... quelqu'un peut m'expliquer ?

Maman m'avertit du regard.

— Asma, tu es assez grande. Nous avons reçu monsieur et madame Santiago ainsi que leur fils Josué. Ils viennent demander ta main.

— Que-quoi ??

— Tu vas enfin te marier, Asma ! sourit maman.

Je scrute tous les coins de la pièce.

Josué... arrête de me fixer, sinon je pète un câble.

Je décide de me comporter comme une grande fille. Respirer, parler calmement.

— D'accord... je comprends. Merci pour l'explication très... explicative. Quelle surprise ! Je ne m'y attendais pas !

La dame âgée : « Comme c'est bien que la nouvelle te plaise, ma fille. »

— Oui, oui, bien sûr. Surtout que Josué est si charmant...

Il sourit fièrement.

— Donc...

— Excusez-moi, papa, je voudrais monter. Je suis un peu indisposée.

— Nous t'attendons, Asmara.

— Merci.

— Ne tarde pas.

Je monte calmement et ferme la porte derrière moi.

Nom de Dieu !

C'est un cauchemar. Je dois me réveiller, sinon je deviens folle.

Mes parents... complètement fous. Complètement !

Ils vont me rendre dingue.

Une demande en mariage ? La main de qui ? Où ? Quand ? Comment ? JAMAIS !

Je me change, me maquille légèrement, brosse mes cheveux et sors par la fenêtre.

Le gardien me regarde. Je lui glisse un billet.

— Tu n'as rien vu.

Il hoche la tête.

Je disparais de cet asile qu'est ma maison.

Mon téléphone sonne.

— Asmara !

— Maman, c'est non.

— Tu vas te marier avec lui, que tu sois d'accord ou pas ! Nous avons donné notre accord.

— Je ne veux pas me marier !

Je raccroche, balance mon téléphone dans la poubelle et file vers la liberté.

Libérée, délivrée... je ne me marie pas !

~ James Tores ~

Je travaillais tranquillement, enfin, j'essayais quand quelqu'un a décidé de venir saboter ma paix en frappant à ma porte.

Je déteste les visites inopinées. Et aujourd'hui, je n'ai vraiment pas envie de voir qui que ce soit.

— Entrez, dis-je à contrecœur.

La porte s'ouvre sur Nadia. Bien sûr.

Évidemment que c'est elle.

— Bonjour James.

— Oui, bonjour Nadia. Que veux-tu ?

— Tu travailles encore...

— J'ai des dossiers à revoir. Et je t'ai posé une question, Nadia. Sois brève, je n'ai pas que ça à faire.

Elle soupire et prend cet air dramatique dont elle a le secret. Une tragédienne en mission.

Je sens déjà la migraine poindre.

— Je t'écoute.

— C'est de plus en plus compliqué !

— C'est à propos du mariage, je présume.

— Oui ! Aujourd'hui encore, nos parents en discutaient. Mon père commence à perdre patience, il devient inquiétant.

Je pousse un long soupir d'agacement.

— Combien de fois dois-je te répéter que je vais arranger les choses ?

— Ils pensent que tu ne le feras jamais, James.

— J'ai promis que je le ferais, et je le ferai.

Elle s'empresse d'ajouter, l'air faussement ému :

— Merci pour ta compréhension. Si tu ne le fais pas, mon père n'accordera plus son accord pour Norman et moi. Il t'en voudra, ta mère aussi, tout le monde t'en voudra. Et tu seras responsable d'avoir empêché deux âmes sœurs, moi et Norman de vivre leur amour éternel. Tu comprends ? Nous devons nous marier immédiatement, James, parce que nous sommes faits l'un pour l'autre. Si mon père refuse, je n'épouserai pas Norman ! Alors... tic-tac, tic-tac, le temps presse, James !

Je la regarde, impassible.

Je hoche lentement la tête, plus pour mettre fin à son monologue que par réelle approbation.

— James, l'heure est grave, répète-t-elle avec l'air d'une diplomate en crise humanitaire.

Je ferme les yeux, exaspéré.

— J'ai dit ce que j'avais à dire. Vous patientez.

— D'accord, je te laisse travailler.

— Sage décision.

Enfin, elle s'en va. Mon espace est libre.

Mais mon esprit, lui, est saturé.

Horrible visite. Motif encore plus horrible.

Cette histoire de mariage tourne à la farce, et j'en ai marre d'en être le clown principal.

Impossible de me reconcentrer sur mes dossiers. Elle a vidé mon cerveau de toute motivation.

Je regarde mes papiers, puis je les pousse de côté. À quoi bon ? Je n'ai plus d'inspiration. Plus rien.

Tout ça à cause d'un mariage dont je ne veux même pas.

Bon... qui vais-je épouser, moi ?

Là, maintenant, tout de suite ?

Je ne serais pas contre une Ève de service, juste pour m'extirper de ce cirque familial.

Je lève les yeux vers le ciel, las.

— Seigneur, si tu m'entends, fais-moi un signe.

Ma côte est prête, il ne te reste qu'à m'envoyer ma moitié.

Parce que, sincèrement, j'en ai ras-le-bol.

Si j'entends encore une fois le mot mariage, je demande le divorce... d'avec la vie sociale.

Quelques minutes plus tard, je prends une grande inspiration, comme pour annoncer une catastrophe imminente.

— Je dois vous annoncer quelque chose.

Je soupire, long, théâtral.

— C'est décidé... je vais me marier.

Un silence choque mes oreilles. Je les observe, mes compagnons, figés comme des statues en cire.

— Avec qui ? demande Maël, taquin.

— Avec un arbre, Maël... sérieusement, tu crois vraiment que je plaisante ?

Son regard m'évalue, comme s'il cherchait un indice sur ma santé mentale.

— Incapable de répondre, hum ?

Je roule des yeux, lassé de devoir me justifier.

— Une femme, évidemment. Que je n'ai malheureusement pas encore trouvée.

— Alors on se marie quand on la trouve ! dit Maël avec ce sourire naïf et catastrophiquement optimiste.

— Oui... je sais.

Clovis, lui, ne peut s'empêcher de rire :

— Tu n'as pas l'air très emballé, mon petit Jamesou.

— Ai-je l'air d'avoir envie de passer à la mairie ? Bien sûr que ça ne m'emballe pas. Je ne veux pas me marier, mais... je suis coincé. Obligé. Prisonnier du protocole familial et de toutes leurs attentes absurdes.

Maël insiste, obstiné :

— Avec qui exactement ?

Je soupire encore, long, lourd.

— Je n'ai pas encore trouvé celle qui...

— Celle qui va briser la glace ! complète Maël avec un enthousiasme désarmant.

— Briser quoi ? Je suis impénétrable. Il me faut juste une femme... prête à jouer le jeu.

— Ce n’est pas un jeu James ! Le mariage, c'est sérieux. Sacré.

Je lève les yeux au ciel. Le sérieux... ces mots sonnent faux dans ma bouche, comme une chanson triste.

— Je ne veux pas me marier. Je ne prendrai jamais ça au sérieux. Tout ça n'est qu'une mascarade... et l'amour ? Une vaste blague.

Clovis, malicieux et infâme, enchaîne :

— Notre chère Morgan peut en témoigner... l'as-tu frappée récemment, mon petit James ?

Je rigole, sec et amer :

— La ferme, Clovis.

Maël lève son verre :

— À ton mariage précipité, James !

On trinque. Clovis, fidèle à lui-même, ajoute :

— Et Miss Punching-Ball, alias Morgan Duval ? Tu comptes faire quoi d'elle ?

— Aucune idée... pour l'instant.

— Tu ne vas pas la frapper toute ta vie...

— Elle aime ça. C'est une maso.

Maël pousse un soupir désespéré.

Après des heures de conversation stérile, je décide de fuir. Besoin de solitude. Besoin de respirer. Besoin de me rappeler que je suis un homme libre... au moins quelques minutes.

Je prends la voiture et roule jusqu'à un coin calme, l'un de ces lieux que je parcours chaque matin pour mon jogging. Je me gare, descends et commence à marcher, les mains dans les poches, le regard perdu dans le vide.

Je fais le tour, respire profondément, comme si l'air pouvait dissoudre mes chaînes invisibles. La pression familiale me pèse sur les épaules comme une pierre. Rien n'est pire que cette obsession de vouloir me voir "heureux", alors que je n'ai jamais cru à ce mot.

Mon téléphone vibre. Morgan. Je l'ignore. L'écran reste noir. Elle peut bien hurler, crier, supplier... je ne suis pas d'humeur.

Je retourne vers ma voiture. Ma mère m'appelle. Je décroche.

— Allô ?

— Où es-tu ?

— Dehors.

— Comme d'habitude...

— Que veux-tu ?

— J'ai parlé avec Nadia. Vas-tu vraiment le faire ?

— J'ai déjà dit ce que j'avais à dire.

— James... tu deviens comique. C'est lamentable.

— Nous en reparlerons plus tard. Je ne suis pas d'humeur.

— Ton domaine d'excellence, ce sont les fausses promesses, n'est-ce pas ?

— Je vais raccrocher.

— Si tu oses, je te disputerai tous les jours jusqu'à la fin de ma vie.

— Ce ne serait pas nouveau.

— C'était une bonne nouvelle tout de même... j'espère que tu étais sincère... et que tu seras moins égoïste.

— On peut toujours espérer.

Elle raccroche. J'aurais dû ignorer. Mais je suis faible face à ce mélange de reproches et d'inquiétude maternelle.

À quelques mètres, une dispute éclate. Des voix s'élèvent, aiguës et inutiles. Je les observe un instant, détaché. Puis je reprends mes pas, seul, l'air frais m'agace autant que tout le reste. Même l'air, aujourd'hui, semble vouloir me provoquer.

Et je marche. Je marche, parce que bouger est la seule façon de ne pas exploser.

Quelques minutes plus tard, en revenant vers ma voiture, je tombe nez à nez avec une femme assise... contre le capot.

Contre le capot de ma voiture.

Je m'arrête, interloqué. Un instant, j'ai cru à une hallucination.

— Mademoiselle ?

— Oui ?

Elle lève les yeux vers moi avec un calme déroutant.

— Un problème ?

Je fronce les sourcils.

— Vous êtes littéralement appuyée sur ma voiture.

Elle arque un sourcil, imperturbable.

— Je t'ai vu nous fixer tout à l'heure. Tu serais pas un voyeur ?

— Je ne faisais que regarder.

— Parce que ?

— Vous étiez dans mon champ de vision.

— C'est ça...

Et voilà qu'elle s'allonge tranquillement contre le capot.

Seigneur. Ma voiture.

— Ce n'est pas un lit, mademoiselle.

— Je suis fatiguée. Laisse-moi tranquille. Et si tu continues, je casse ta vilaine voiture.

Est-elle folle ?

J'ouvre la bouche, prêt à la virer sans ménagement... mais je reste figé. Trop stupéfait. C'est la première fois qu'on m'agresse depuis ma propre voiture.

— Descendez de là.

— Je t'interdis de me dire quoi faire ! J'en ai marre qu'on me donne des ordres !

— Vous pouvez descendre ou vous préférez que je vous pousse ?

Elle me fixe, les bras croisés, puis fait une moue enfantine.

— Excusez-moi, dis-je en essayant de garder un semblant de politesse, mais avec toute la courtoisie du monde, pourriez-vous quitter ma voiture afin que je puisse partir ?

— Non. J'ai envie de parler.

— Parler ? À moi ? Non merci, je...

— Trop tard. Reste là, l'ami.

— Je ne suis pas votre ami.

— Bon. Je t'explique. Mon frère et ma belle-sœur me faisaient la morale tout à l'heure. D'après eux, je suis irresponsable. D'après eux, hein.

Je soupire. Très bien. J'ai hérité d'une bavarde.

— Mademoiselle, vraiment, je...

— Mon frère croit qu'il est le mec le plus parfait du monde juste parce qu'il est marié. Tu es marié, toi ? Tu crois que ça fait de toi le roi de l'univers ?

Je retiens un rire. Ou peut-être un cri. Difficile à dire.

— Non, je ne suis pas marié. Mais je dois le devenir... bientôt. Enfin, j'espère.

Et me voilà en train de discuter avec une inconnue probablement dérangée, allongée sur le capot de ma Ferrari. J'ai touché le fond.

Elle pousse un rire amer.

— Toi, au moins, tu espères encore tranquillement. Moi, on m'a déjà passée à la corde.

— Qu'est-ce que vous voulez dire ?

— Aujourd'hui même, un gentil monsieur, une gentille dame et leur fils, trop souriant, trop poli bref ils sont venus demander ma main. Enfin, prendre ma main, plutôt, puisque mes parents ont déjà donné leur accord. Alors que je suis contre.

Elle éclate d'un petit rire nerveux, puis se tait brusquement.

— Je ne veux pas de ça, murmure-t-elle. Je ne veux pas être avec quelqu'un.

Je passe une main dans mes cheveux. Cette fille est folle... mais pas tant que ça. Étrangement, je me reconnais dans ses mots.

— Eh bien, nous avons plus en commun que je ne le pensais.

— Ah oui ?

— Je dois me marier expressément pour que mon frère puisse, lui aussi, se marier. Question de tradition familiale idiote. Sans moi, rien ne se fait.

— Quelle horreur. Et pourquoi tu ne veux pas ?

— Parce que je ne suis pas intéressé. Le mariage, c'est une comédie dont je connais déjà la fin.

Elle hoche lentement la tête.

— Moi, j'ai des projets, mais mes parents n'en ont rien à faire. Ils ne comprennent pas que je veux choisir ma vie. Si je prends encore du temps, ils me colleront un mari de force. Ce qu'ils ont déjà fait pour mon frère. Nos familles sont infernales.

— Je vous l'accorde.

— On mérite quand même un peu de liberté, non ? Ce petit bonheur de pouvoir dire non.

Je la regarde. Oui, on mérite ça. Mais dans ma famille, le "non" n'existe pas.

— Le temps est compté, dis-je doucement.

— C'est vrai... c'est vrai...

Elle se met soudain à rire, un rire qui sonne plus fou que joyeux.

— Vous trouvez ça drôle ?

— Non ! Enfin... si. J'ai une idée folle.

— Descendez d'abord, on verra après.

— Attends, tu ne veux pas savoir ?

— Ça me concerne ?

— Oui !

— Alors je ne veux pas savoir. Descendez.

— Imaginons... que toi et moi, on se marie. Tadaaa !

Je la fixe, interdit.

Je crois que je viens d'atterrir sur une autre planète. Une planète où les inconnues squattent les Ferrari et proposent des mariages arrangés à des types qu'elles viennent d'accuser de voyeurisme.

Et, pour une raison que j'ignore encore, cette idée folle me fait sourire.

— Quoi ?!

— Attends, je n'ai pas fini ! On se marie... pour de faux. Je vois souvent ce genre de scénario dans les films.

— Nous ne sommes pas dans un film, que je sache.

— Oui mais la vie nous appartient, non ? Et quand elle nous offre une issue, il faut la saisir. Et là, on peut !

— Hum... je crains le pire.

— Regarde : tous nos problèmes disparaissent enfin presque. Le matin, on annonce nos fiançailles : toi, tu peux sauver l'honneur de ton frère et accomplir ton fameux devoir de grand frère parfait, et moi, j'échappe au mariage forcé. Mes parents seront ravis, je pourrai enfin souffler, et quand ton frère se sera marié, on se sépare gentiment, en adultes responsables. Simple, efficace.

Elle rit, d'un rire clair et presque euphorique.

— Je sais, c'est fou.

— Très fou, même.

— J'adore le cinéma, je me fais souvent des films... en fait, tout le temps.

— Votre idée est folle, du jamais vu.

— Alors on se lance ? Qu'est-ce qu'on perd ? On ne se connaît pas, mais on a un but commun : avoir la paix.

C'est totalement irréaliste. Et pourtant... je sens quelque chose. Un déclic.

Peut-être la curiosité. Peut-être la lassitude.

Ou simplement le goût du risque.

Je me surprends à penser que cette inconnue culottée pourrait bien être l'Eve que j'attendais sans le savoir.

— Soyez sûre de votre décision, dis-je lentement, parce que nous ne reculerons pas.

— Tu es d'accord ? Dis-moi que tu es d'accord !

Je la regarde, un sourire en coin.

— Je suis d'accord.

Elle pousse un cri de triomphe.

— Parfait ! Nous allons nous marier ! Je vais me marier avec toi, l'inconnu !

Je secoue la tête, à la fois exaspéré et amusé.

— Je sens que cette histoire ne va pas être de tout repos.

— Mes parents vont me couper la tête, dit-elle en riant. J'ai pris la fuite.

— J'ai besoin d'une femme entière, alors gardez votre tête.

— Je dois trouver un hôtel pour dormir. Je ne peux pas rentrer chez moi, ni aller où mes détracteurs peuvent me retrouver. Tu peux me déposer quelque part ? Non, en fait tu vas me déposer, point.

Je la fixe, incrédule.

— Vous avez un sacré culot.

— La vie appartient aux courageux, monsieur l'inconnu. Et puis, je suis ta future fausse femme, non ? Alors t'as intérêt à faire ce que je te demande.

Je reste un instant sans voix. Quelle audace !

Et contre toute logique, je suis à la fois scandalisé... et charmé.

Un léger sourire m'échappe.

— Très bien. Je vous propose de passer la nuit dans un endroit confortable. Je passerai tôt demain pour qu'on discute sérieusement de... notre projet.

— D'accord, ça me va.

— Suivez-moi.

J'ouvre la portière. Elle s'installe avec un naturel déconcertant.

— Merci, dit-elle, avant de s'enfoncer dans le siège, comme si elle montait dans sa voiture.

Je soupire, puis referme la portière.

Bon sang.

Dans quelle histoire ai-je encore mis les pieds ?

~ Asmara Richardson ~

Qu'est-ce que je suis en train de faire ?

Des choses incroyables, comme d'habitude.

Ce type est littéralement un inconnu. Il pourrait être un tueur en série, un espion, ou pire... un mec marié qui fait semblant d'être célibataire afin d' assouvir ses plus sombres fantasmes. Et pourtant, je suis assise là, tranquille, dans sa voiture de luxe, totalement à l'aise. Trop à l'aise même.

J'ai presque hâte d'arriver à destination, alors que je pourrais être en train de foncer droit vers le danger absolu.

Asmara, un peu de prudence !

Mais la prudence, franchement... quel fardeau !

S'il fallait être raisonnable pour survivre, je serais déjà morte dix fois.

Le trajet se déroule dans un silence presque cérémonieux. Je jette des coups d'œil furtifs vers lui, discrète comme un chaton maladroit.

Et plus je le regarde, plus je trouve ça drôle : il est tellement grand qu'on dirait qu'il rapetisse dans sa propre voiture. C'est absurde. Hilarant. Et franchement séduisant.

Quand on s'arrête enfin, les lumières de la devanture illuminent tout et moi, par la même occasion. Et là... oh mon Dieu.

Mon nouveau chauffeur, non, mon futur faux mari n'est pas juste beau.

Il est scandaleusement, outrageusement, illégalement beau.

J'ai caché ma stupéfaction du mieux que j'ai pu, mais intérieurement, j'étais à deux doigts de m'évanouir sur place.

Il est méchamment beau. Un crime contre l'humanité.

— Pourquoi vous me regardez ainsi ?

— Pourquoi toi aussi ?

Il détourne les yeux, gêné. Ces yeux bleus, clairs, profonds. Le genre d'yeux qui te jugent, te déshabillent et t'hypnotisent à la fois. Il fronce les sourcils, sûrement irrité, mais même fâché, il est irrésistible.

Je suis foutue.

Sérieusement, de quel monde vient-il ? Ce n'est pas un robot que le gouvernement américain a envoyé pour m'espionner ? Ou alors je suis la cible d'un complot international ? Intergalactique, peut-être ?

Il se tourne vers moi avec calme.

— Vous pouvez aller, tout a été préparé pour vous. C'est sur ma note.

— On se dit au matin ?

— Oui, je serai là. Votre nom ?

— Asmara. Mais tout le monde m'appelle Asma.

— Asma... enchanté. Je suis James.

On se serre la main. Sa paume est chaude, ferme.

— Enchantée aussi.

— Bien.

— Bon, eh bien... bonne nuit, James.

— À tout à l'heure, Asma.

Il s'éloigne, digne, assuré, classe à mourir.

Je le regarde partir avec un petit sourire.

Alors c'est toi, mon futur faux mari ? Intéressant.

— Madame, vous êtes l'invitée de monsieur James.

— Oui, c'est exact.

Le réceptionniste m'accompagne jusqu'à une suite digne d'un magazine de voyage.

— Voulez-vous quelque chose, madame ?

— Non, merci.

Il me sourit, aimable.

— Si vous avez besoin de quoi que ce soit, appelez. Je viendrai aussitôt.

— D'accord, merci.

— Bonne soirée.

Je ferme la porte.

Et soudain, tout paraît irréel. Je suis dans un film. Moi, Asmara Richardson, actrice principale d'une comédie romantique improvisée.

Je m'allonge. Les draps sont doux, les lumières se tamisent.

Mes paupières se ferment doucement, mon esprit flotte.

Un dernier mot glisse entre mes lèvres, presque un soupir :

— James...

Et je m'endors, comme une héroïne qui ignore qu'elle vient de changer de destin.,