La promesse : Récit de Lagarden

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Summary

Lisa, une jeune chercheuse en intelligence artificielle, entre dans le monde professionnel avec des rêves plein la tête. Cependant, sa vie prend un tournant inattendu lorsqu'elle croise le chemin de Guilhem, un commandant militaire, qui lui propose de participer à un projet secret pour la mystérieuse cité de Lagarden, se trouvant au Pérou. Déchirée par le doute, Lisa se retrouve confrontée à des événements hors du commun : une déclaration d'état d'urgence aux États-Unis, une pandémie mondiale qui sévit, et le début du chaos. Contrainte de suivre les exigences de Guilhem, elle se lie à Gale, un soldat ambitieux de Lagarden. Aidée par ce dernier, elle tentera de découvrir la vérité sur son nouveau travail. Lisa se retrouve ainsi plongée au cœur d'une conspiration qui pourrait bien sceller le destin de l'humanité tout entière. TW : Violence ; Maladie ; Guerre

Status
Ongoing
Chapters
12
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 : Les trompettes de l’apocalypse


Berceau de l’indépendance américaine, Boston vibrait d’une histoire qui fascinait Lisa. C’est là qu’elle choisit de poursuivre ses études, attirée par la prestigieuse Boston University et son programme d’ingénierie quantique, l’un des meilleurs du pays.

Issue d’un milieu modeste, loin des bourgeois qui composaient la plupart de ses camarades, Lisa avait obtenu une bourse d’études au prix de sacrifices importants. Sa vie sociale, ses loisirs, son sommeil et même sa santé mentale avaient été mis à rude épreuve. Mais ses efforts acharnés payèrent : devenant major de sa promotion et sa thèse sur les intelligences artificielles fut saluée par la presse scientifique. Sa carrière démarrait sous les meilleurs auspices.

Cependant, le destin allait lui réserver un défi bien plus grand que la réussite académique. Ses talents allaient non seulement lui ouvrir de nombreuses portes, mais aussi, et elle allait le découvrir, lui permettre de sauver sa vie et celle de sa famille.

Toutes les grandes entreprises du secteur se bousculaient pour l’embaucher, prêtes à lui offrir des salaires mirobolants. C’est simple, dès que Lisa ouvrait sa messagerie, une tonne de courriels l’attendaient. La recherche d’emploi n’était donc pas son souci. Un sentiment bien plus profond la rongeait : la nostalgie de sa famille.

Huit longues années d’études, cloîtrée dans cette immense ville, l’avaient éloignée des siens. Elle désirait maintenant retrouver le Montana. Leur vie simple, à mille lieues de l’agitation urbaine, lui semblait soudain d’une infinie beauté, elle qui adolescente se plaignait sans cesse du manque d’activité de son patelin, le regrettait désormais. Son père, garde-chasse depuis trente ans, et sa mère, aide-soignante à la clinique du coin, avaient consenti d’énormes sacrifices pour la laisser partir. Eux qui n’avaient jamais quitté le comté d’Helena, une petite commune de trente mille âmes, avaient vu leur fille s’envoler vers un destin extraordinaire.

Néanmoins, le réalisme de la vie la foudroyait, elle avait certes pu conquérir la première place, mais une dette colossale de 300 000 dollars l’attendait à la banque. Alors, même qu’elle y songeait, elle dut se résigner à revenir chez elle cet été-là. Elle demeurait bloquée dans la fourmilière urbaine.

C’est dans un géant de la tech, à la pointe des dernières innovations, bien connu de tous, que Lisa débuta sa carrière. Embauchée à un poste junior, elle quitta enfin sa chambre étudiante pour un appartement en centre-ville.

Les journées s’avéraient longues et répétitives. Lisa rentrait chez elle chaque soir, la nuit déjà tombée. Loin de se plaindre de l’effort, elle n’avait pourtant jamais imaginé le monde du travail si monotone. Pire encore, après avoir payé son loyer et son prêt étudiant, il ne lui restait plus rien pour épargner. Le rêve d’une vie meilleure, d’une indépendance financière, s’effritait peu à peu. La routine s’installait, étouffant ses ambitions et ses aspirations. Un sentiment de frustration grandissait en elle, nourri par l’impression de ne pas exploiter son plein potentiel.

Alors forcément, si vous rencontriez le diable à ce moment-là pour pactiser avec lui, vous tomberiez à coup sûr dans le piège. Il s’appelait Guilhem, Lisa le croisa un matin à l’accueil de son entreprise. Elle salua le réceptionniste avant de prendre la direction de son bureau au deuxième étage comme à son habitude. Cependant, son collègue la retint.

— Lisa, le type là-bas te demande.

— Hein ? Moi ? répondit-elle, surprise.

— Il a réclamé Lisa Taylor expressément, peut-être l’un de tes clients.

— Un de mes clients ? elle fronça les sourcils. Marvin, je bosse au développement, je ne suis pas commerciale. Je n’ai pas de clients.

— Ha... Désolé. Tu peux aller le voir, j’ai pas envie de passer pour un abruti...

— Lisa soupira avant de se résigner, déçue que Marvin ne se souvienne pas de son poste, alors qu’elle était l’une des seules à le saluer le matin.

— Ok. Mais fais gaffe la prochaine fois, dit-elle avant de se diriger vers l’homme.

Il s’était installé dans la zone d’attente où l’entreprise avait disposé des sofas et des fontaines à eaux pour accueillir au mieux prospects et associés. Au vu de l’heure matinale, il était isolé dans cet espace, ce qui pour une raison étrange angoissa Lisa. Du fait de l’agencement de la pièce, elle ne demeurait plus dans l’angle de vision de Marvin. Cela dit, chose rassurante, l’homme ne paraissait en rien agressif et vêtu d’un onéreux costume. Il devait avoir la cinquante à vue d’œil, se disait-elle, néanmoins, elle pouvait se tromper au vu de la condition athlétique de l’homme. Elle s’approcha et se dota de son plus grand sourire.

— Bonjour monsieur, en quoi puis-je vous aider ?

Il se retourna vers elle d’un mouvement bref.

— Lisa ! Parfait, je croyais devoir attendre davantage.

— Il ne me semble pas vous connaitre ? répliqua-t-elle, légèrement anxieuse.

— Excusez mes manières ! Si vous saviez combien de personnes comme vous j’ai rencontrées. Je me présente, Guilhem, pour vous servir. J’œuvre sur un projet d’intelligence artificielle et j’ai étudié votre profil de très près.

— Ah, je vois, répondit-elle en détournant le regard.

Lisa avait dû décliner bon nombre d’offres de chasseurs de têtes après le succès de l’article de presse sur sa thèse. Elle ne pensait pas qu’un d’entre eux serait capable de venir jusqu’à son travail actuel.

— Navré Guilhem, mais je bosse déjà ici, je ne suis pas à l’écoute des requêtes des chasseurs de têtes, dit-elle sur un ton amer.

— Oh, eh bien, je n’en suis pas un, je ne fais pas partie d’une compagnie, mais de quelle chose de plus grand.

— C’est-à-dire ? Le gouvernement ?

—Plus ou moins, c’est compliqué. L’endroit ne s’y prête pas trop et au vu de vos réticences, je préfère vous tendre ceci, ma carte est à l’intérieur. N’hésitez pas à me joindre.

Guilhem lui confia une enveloppe Craft de la taille d’une feuille, avant de tourner les talons. Lisa avait rencontré par le passé son lot d’étrangetés au fil de ses balades en ville ou au détour des bars avec ses amis, mais ça, c’était une nouvelle anecdote à rajouter à son tableau bostonien.

La journée de Lisa se déroula comme à l’accoutumée, rythmée par sa routine familière. Ce n’est qu’en rentrant chez elle, en déballant ses affaires, que l’enveloppe resurgit. À l’intérieur, la carte de visite du mystérieux homme : Commandant Guilhem. Un militaire, donc. Mais un détail intriguant attira l’attention de Lisa : le mot “Lagarden” inscrit en haut de la carte. Un terme inconnu, ne correspondant à aucun drapeau ni territoire sur internet. Un mystère s’épaississait autour de ce personnage énigmatique.

Elle s’attaqua alors aux autres documents, une sorte de contrat de travail. Élément surprenant, son nom y figurait déjà et surtout, la somme du contrat était telle qu’elle lui permettrait de rembourser sa dette étudiante dès la première année, tout en ayant un train de vie tout à fait confortable. Il y avait forcément un loup quelque part. En parcourant le contrat, elle comprit finalement. Le travail devait s’effectuer au Pérou et aucune ville n’y figurait. « J’ai pigé, c’est un groupe de cyberterroristes, ne va pas plus loin Lisa », se disait-elle.

Elle reposa le contrat sur son buffet avant d’aller dormir. Le problème, c’est qu’après avoir vu autant de zéros, impossible de les sortir de sa tête. Elle saisit alors son téléphone puis composa le numéro de Guilhem. Il répondit presque immédiatement, et ce malgré l’heure tardive.

— Bonsoir, c’est Lisa, je suis navrée. Je sais qu’il est tard, dit-elle avec la voix tremblotante.

— Vous avez lu le contrat ?

— Oui. Mais, il me faut des explications, que faites-vous au Pérou ?

— Un nouvel état, affirma-t-il sereinement. Cela s’appelle Lagarden et j’ai besoin de personne comme vous Lisa pour y arriver. La crème de l’humanité, les êtres les plus intelligents, mais dénués d’arrogance.

— Un nouvel État... répliqua-t-elle pensive. C’est absurde, pourquoi vouloir créer cela ?

— Une menace plane sur la planète et c’est le moyen que nous avons trouvé pour l’arrêter ou du moins la ralentir.

— C’est un peu surréaliste, ce que vous me dites là. Quelqu’un a déjà cru à votre histoire ?

— Je conviens que cela peut sembler étrange comme requête, sachez toutefois, que 500 000 personnes nous ont d’avance rejoints. Je vous propose quelque chose, Lisa ! Je vous laisse quinze jours. Quinze jours pour saisir l’opportunité de votre vie.

— D’accord, ça me va...

— Une dernière chose, votre famille pourra également vous accompagner.

Le combiné raccroché, Lisa se sentait oppressée. Une boule d’angoisse se nouait dans son ventre. La rencontre avec cet homme, Guilhem, la troublait profondément. Son cœur s’était emballé sans raison, et elle chercha à calmer son trouble en allumant la télévision.

Mais le hasard cruel fit que la première chaîne diffusait un journal télévisé. Des images de guerre, de conflits meurtriers, défilaient à l’écran, entrecoupées de reportages sur une maladie naissante en Afrique. Lisa, bien qu’elle sût qu’il était préférable pour son anxiété de changer de canal, ne pouvait s’empêcher de regarder ces horribles images. Une question lancinante lui brûlait l’esprit : “Et si c’était ça, la menace dont Guilhem me parlait ?”

Elle repoussa aussitôt cette pensée, la jugeant improbable. La guerre contre le bloc de l’est touchait à sa fin, et l’OTAN était sur le point d’en sortir victorieuse. Quant à la maladie, une ONG puissante du nom d’United, spécialisée dans le domaine médical, mettait en œuvre des moyens colossaux pour la combattre. Lisa n’avait aucune raison de s’inquiéter. C’était bien connu, ces chaînes d’information ne cherchaient qu’à dramatiser la réalité. Finalement, elle changea de programme et s’endormit quelques minutes après, l’esprit toujours troublé par les images qu’elle avait vues.

Le lendemain, elle fut éprise d’un profond malaise, en cauchemardant toute la nuit au sujet des actualités vues la veille, le retour au boulot s’avérait bien compliqué. À son arrivée, Marvin se jeta presque sur elle.

— Lisa, réunion exceptionnelle avec tout le personnel à neuf heure ! Va au premier étage, lui expliqua-t-il.

Ce n’était pas le moment, mais Lisa n’avait pas le choix et dut se plier aux exigences de sa direction. Cet ordre du jour était directement orchestré par le PDG de la boîte. Mis à part quelques employés turbulents, tous attendaient en silence pour l’écouter. Tout le personnel théorisait. Un événement nécessitant l’appui du PDG restait rarissime, c’était d’ailleurs la première fois que Lisa le voyait.

— Merci à tous d’être venu, je ne pensais pas avoir à traverser une telle crise, lorsque j’ai pris les rênes de l’entreprise, commença-t-il.

Tout le monde se tut à présent, allait-il annoncer des licenciements tant redouter par tous ?

— Tout ce que je vais vous dévoiler aujourd’hui est soumis au secret professionnel. Je tiens à vous le rappeler. Vous avez sans doute entendu parler de la maladie frappant de plein fouet les pays d’Afrique. Le CDC a confirmé il y peut qu’il s’agissait d’un prion hautement létal. Et malheureusement, le prion a fini par arriver sur notre sol. Nous allons donc mettre toutes nos ressources au service de l’ONG « United » qui élabore en ce moment même un remède efficace. Aussi, je vais vous demander de rentrer chez vous et de vous confiner. Nous allons vous fournir votre set de télétravail. De toute manière, le gouvernement annoncera sans doute l’état d’urgence dès ce soir. Bon courage à tous et que Dieu protège l’Amérique.