Fall in love in eleven hours

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Summary

Suite à un mauvais coup du sort, Maxine est obligée de prendre un autre vol que celui prévu pour son départ en vacances pour le Canada. Bien qu’elle se retrouve sans sa meilleure amie, elle savoure le fait d’être surclassée. Mais sa joie est de courte durée lorsqu’elle rencontre son voisin : un homme bavard qui n’a pas l’air de vouloir la laisser tranquille. Autant dire que ces onze prochaines heures vont lui sembler bien longues... Ou pas...

Status
Complete
Chapters
8
Rating
5.0 4 reviews
Age Rating
16+

1.

Alors qu’un silence plus ou moins respecté par la quinzaine de personnes présente dans un des halls d’embarquement de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle pèse, deux jeunes femmes, affublées de masques de protection, s’agacent contre le personnel au sol.

ー Non, mais vous vous foutez de moi ? hurle la jeune femme rousse.

ー Nous sommes vraiment désolés, mademoiselle, tente de la calmer une des hôtesses également masquée, visiblement embêtée par la situation. Mais vous n’apparaissez pas sur notre listing.

ー J’ai un billet à la bonne date, à la bonne heure. J’ai tout vérifié quarante mille fois avant de venir. Même à l’enregistrement de mes bagages, ils ont dit que c’était bon. Alors qu’est-ce que c’est que ce bordel ?

ー Je vous demande de vous calmer s’il vous plaît !

ー Je suis censé monter dans cet appareil.

ー J’ai bien compris, mais votre numéro d’enregistrement ne correspond pas à notre listing.

ー Et donc ? Ça se passe comment maintenant ?

ー Je ne sais pas encore. Ce que je sais en revanche, c’est que l’avion doit décoller maintenant. Nous allons donc faire embarquer votre amie et nous pourrons remédier à votre problème ensuite. Ne vous inquiétez pas !

ー Ah, mais il y a intérêt ! Mais je fais comment pour aller au Canada si je ne peux pas monter dans cet avion ?

Neuf mois ! Neuf mois que Maxine et sa meilleure amie, Audrey, préparent ce voyage providentiel au Canada. Trois longues semaines de vacances sur la côte ouest du continent Américain. Après le confinement, elles ont décidé de s’expatrier un peu. Elles ont longtemps économisé, cherché les meilleurs horaires d’avion, tout organisé avec la famille qui doit les recevoir. Une escapade réglée comme une horloge suisse. Et ce n’est pas tant la magie de découvrir un pays étranger qui les a animés à organiser ce voyage. C’est également une réelle nécessité pour la rouquine à lunettes, l’opportunité de changer d’air.

En effet, elle traîne littéralement les casseroles de sa dernière relation qui joue encore sur son état d’esprit. Cela fait de nombreux mois que la dépression la guette, avançant telle une équilibriste sur son fil, prête à tomber d’un côté ou de l’autre. Mais cet exercice de funambulisme la fatigue. Il est temps pour elle de tourner la page et de se changer les idées. De passer un gros coup d’aspirateur dans sa tête et son cœur. Mais voilà qu’à cause de l’incompétence d’une toute jeune hôtesse de l’air au sol qui ne sait pas lire un numéro de billet, on lui refuse de monter à bord de l’avion et de commencer sa « thérapie ».

S’ajoute à cette malchance habituelle, le fait que les deux amies ont été les dernières à se présenter au guichet d’embarquement et que le système de scan des billets est tombé en panne juste à leur passage. Putain ! Les vacances commencent bien… jure intérieurement la jeune femme en perdant petit à petit sa patience. Elle se retient de pleurer. Ses mains tremblent car ses nerfs sont accablés par la bêtise de la situation. Devant le refus de l’agent d’embarquement, Maxine a tout de même insisté auprès d’Audrey pour qu’elle prenne cet avion. La famille, qui les accueille, les attend à Vancouver et ce serait vraiment malvenu et impoli de les faire attendre. De toute façon, la rousse est tellement remontée contre l’aéroport qu’ils ont intérêt pour eux de trouver une solution pour qu’elle puisse rejoindre son échappatoire thérapeutique.

L’avion a finalement fini par partir, sans elle. Max l’a regardé décoller à travers la baie vitrée de la salle d’embarquement, un peu triste de le voir s’envoler sans avoir pu être à l’intérieur. Si elle ne peut pas partir, c’est certain qu’elle va faire un scandale et littéralement péter un plomb. Accablée par un mélange de stress, de colère et d’angoisse, la rouquine s’assoie au milieu des voyageurs des vols suivants, à attendre qu’on vienne enfin lui donner quelques nouvelles sur sa situation. Sentant une boule se former au niveau de son estomac, elle presse maladivement ses mains les unes contre les autres au point d’en faire rougir sa peau. Elle ne croit pas en Dieu, pourtant à cet instant, elle prie ! Elle souhaite de tout son corps et de tout son cœur que les choses s’arrangent et qu’une solution lui soit proposée.

Il a fallu un long moment à l’agent d’embarquement pour revenir avec son responsable, qui, derrière sa visière en plastique, s’est tout de suite confondu en excuses. Apparemment, la jeune employée a mal tapé le numéro du billet d’avion et c’est pour cela qu’elle ne l’a pas trouvé dans la fameuse liste des passagers. Non, mais quelle cruche ! Je vous jure ! Maxine lève les yeux au ciel en respirant bien fort pour calmer ses nerfs qui ne font que monter en pression.

ー Vous êtes en train de me dire que si je n’ai pas pu prendre mon avion, c’est à cause de l’incompétence de cette femme qui ne sait pas faire la différence entre un huit et un trois ?

ー Comprenez-la, s’il-vous-plaît, l’erreur est humaine.

ー L’erreur est humaine, mais la connerie porte son nom ! enchaîne la trentenaire en pointant du doigt une pauvre employée accablée par son erreur.

ー Mademoiselle, pour nous excuser de ce désagrément, nous vous proposons d’avoir une place sur le prochain vol. Et vous serez surclassée en première pour nous excuser de tout ce malentendu. Est-ce que cela vous convient ? fini par proposer l’homme prêt à tout pour éviter la mauvaise publicité de son service et de sa compagnie.

ー Je n’ai pas le choix, je crois ! Vu que c’est à cause de vous que je n’ai pas pu partir. Mais à quelle heure décolle l’avion ?

ー Dans une heure. Par contre, ne soyez pas étonnée. Ce ne sera pas là même compagnie aérienne, mais nous nous chargerons de toutes les modalités qui seront liées à ce désagrément, s’empresse de justifier le responsable. Et évidemment, tous les frais sont à notre charge.

ー Parfait ! lâche sèchement la rousse, visiblement agréablement surprise de la réactivité de l’équipe et de la générosité de l’offre. Oui, merci. C’est très bien.

ー L’embarquement se fera porte cinquante-trois. Je vous rends votre passeport. Mon collègue va vous accompagner jusqu’à la porte d’embarquement et nous vous fournirons vos nouveaux billets là-bas.

ー Et bien, je vous remercie vivement.

ー Je vous en prie, c’est normal. L’erreur vient de nous. Je vous souhaite un bon voyage, mademoiselle.

ー Merci beaucoup !

Attrapant le document cartonné, la grande femme est encouragée à suivre un Stewart métissé dans les dédales de couloirs du terminal. Son cœur bat encore bien vite et fort dans sa poitrine et le coup de stresse lui a rendu les mains moites. Elle se sent tremblante. Un coup de pression supplémentaire l’accable lorsqu’elle se souvient soudainement d’avoir oublié de demander à son amie Audrey de récupérer ses bagages lors de son arrivée à l’aéroport de Vancouver et espère que cette dernière y pensera.

L’arrivée à la porte cinquante-trois ne permet toujours pas à Maxine de se calmer. Encore moins lorsqu’elle voit l’homme glisser à l’oreille du nouvel agent d’embarquement quelques mots. L’employé, équipée elle aussi d’une visière en plastique qui laisse apparaître son visage, la regarde aussitôt sévèrement mais s’empresse d’arborer un sourire forcé pour l’accueillir. Super ! souffle la trentenaire, persuadée qu’il a dû la présenter comme une casse-couille de service. Tentant de faire bonne figure également, elle sourit à la grande blonde en lui tendant son document officiel. Cette fois-ci, tout fonctionne ! La rouquine peut monter à bord. Ouf !

L’ambiance dans l’appareil est bien différente de ce qu’elle a pu voir dans les couloirs de l’aéroport. Une hôtesse de l’air brune aux traits asiatique l’accueille très chaleureusement en se présentant : Marie. La tendresse de son regard rassure quelque peu la rouquine qui avait peur d’être traitée comme une paria tout le long du voyage. Mais il n’en est rien. L’employée, qui dégage un calme voluptueux, l’accompagne vers l’avant de l’appareil. Elle écarte un rideau gris et laisse apparaître un espace spacieux aux couleurs apaisantes. Il y a beaucoup moins de fauteuils que dans le reste de l’avion. Chaque siège est équipé de nombreuses options accentuant le confort des passagers et la surface pour étendre ses jambes est plus que luxueuse.

Maxine s’étonne du peu de personne présente dans le compartiment. Laissant presque le choix total de s’installer où bon lui semble. Pourtant, l’hôtesse lui indique un fauteuil au centre de l’appareil, imbriqué entre l’allée et un second siège. Lorsqu’elle s’assoit, elle est surprise par le confort de l’assise. Remerciant l’employée, la rouquine s’installe à ses aises. Rangeant son sac dans le compartiment prévu à cet effet dans la séparation avec le siège voisin. Elle découvre avec joie l’écran qui se trouve devant elle et consulte les renseignements sur ce nouveau voyage. Un peu plus de dix heures de vol sont annoncés sur le plan, de quoi bien profiter du luxe auquel elle a droit. Tout comme de la liste des films mis à disposition qu’elle découvre par la même occasion. Elle s’amuse même à prendre quelques photos afin de montrer à Audrey ce qu’elle a la chance de vivre. Elle s’affale pour profiter du moelleux de l’assise, teste les boutons pour allonger son fauteuil en mode lit et relever ses jambes. Après son réveil à une heure ce matin pour prendre la route pour Roissy et arriver avec un timing rassurant pour leur vol programmé à 8h26, un tel confort lui sera favorable pour récupérer. Maxine se réjouit déjà du sommeil qu’elle va pouvoir rattraper et s’assurer ainsi une forme olympique pour son arrivée sur le sol canadien. Et ce, malgré le décalage horaire !

Une nouvelle hôtesse, brune également, vient lui proposer une boisson avant le décollage. Se redressant, la rouquine accepte une coupe de champagne. Dégustant son breuvage, elle observe l’effervescence qui commence à animer la cabine. Elle comprend alors que l’embarquement est en train de se terminer et que les derniers passagers font rapidement leur entrée avant la fermeture des portes. Ça y est, elle va partir ! Enfin ! L’euphorie du moment ne fait pas totalement disparaître le stress de l’épisode précédent, mais il apaise cependant quelques angoisses, redonnant à la jeune femme un sourire de satisfaction.

Juste avant que le bruit lourd de la porte se verrouillant ne se fasse entendre, un homme, grand avec une casquette sur la tête, un masque médical noir et des lunettes de soleil, entre dans la première classe, précédé d’un Stewart. Ils s’arrêtent devant la place accolée à celle de Max. La jeune femme, observe négligemment ce nouvel arrivant, ne voulant pas paraître indiscrète ou trop curieuse. Pourtant, c’est avec délice qu’elle aperçoit les jolies courbes musclées de sa taille lorsque son voisin ôte son sweat avant de s’asseoir. Se sentant rougir, elle baisse rapidement la tête et cache son regard avec sa main. Il s’approche de la paroi de séparation pour ranger son bagage à main et profite de la proximité pour saluer la rouquine, toujours gênée par ce qu’elle vient de voir. Interpelée par la voix grave et mélodieuse de l’homme, elle lève les yeux vers lui pour lui répondre. Leurs regards se croisent, les faisant sourire de politesse. Puis chacun se place correctement dans son fauteuil pour les consignes de sécurité que le personnel de bord s’applique à expliquer avant le décollage. Les ceintures sont alors bouclées, les tablettes relevées. Les moteurs vrombissent de longues minutes, faisant trembler l’appareil. Enfin, il se met en mouvement. Sous les commentaires de l’équipe de bord, les passagers de ce vol à destination de Vancouver reçoivent enfin la puissance nécessaire au décollage de leur appareil.

Une fois l’appareil stabilisé, les alertes donnant l’autorisation de détacher sa ceinture de sécurité se mettent à sonner. Maxine essaye de prendre ses aises pour tenter de dormir un peu. En plus de son masque chirurgical, elle s’affuble d’un masque de nuit et enfonce des boules Quies dans chacune de ses oreilles. Mais c’est sans compter sur sa nervosité encore présente. Elle est encore agacée de ses péripéties et ne peut s’empêcher de ruminer plein de choses qui la travaillent constamment ces derniers temps. Il faut avouer qu’elle n’est pas moralement au top de sa forme ces derniers temps. Sa santé mentale l’amène à devoir supporter des moments plus difficiles que d’autres. Et à cette heure-ci, la fatigue ne l’aide pas du tout. Elle ne fait que gigoter sur son siège, cherchant la position la plus agréable. Et lorsqu’elle trouve enfin un moment de répit, elle se sent émue. Des petites larmes perlent au coin de ses yeux. Elle a beau les effacer du bout des doigts lorsqu’elles glissent sous le tissu de son masque, elle se sent gênée. Confuse de s’afficher au milieu de tous ces inconnus.

Alors, pour penser à autre chose, elle s’essaye à la lecture. Ôtant son masque de nuit, elle attrape un pavé à couverture verte depuis son sac de voyage. C’est une autre des résolutions qu’elle a prises pour ces vacances, prendre le temps de lire quelques livres qui s’accumulent à côté de son lit. Pourtant, chaque soir elle se dit qu’elle doit prendre le temps de bouquiner tranquillement avant de se coucher… Mais évidemment, elle ne le fait jamais ! Préférant traîner devant la télé, ou sur son téléphone. Sauf que cette fois, elle ne se laisse pas trop le choix. Si seulement, sa concentration n’était pas restée au sol.