Nos mains sanglantes

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Summary

Que pourrait-il arriver de pire pendant un voyage de noces en croisière ? Sophie et Ray, meilleures amies depuis toujours, n'en avaient aucune idée. Mais lorsque les deux femmes se retrouvent impliquées dans la mort du fiancé de Sophie, la veille de leur mariage, ce qui était censée être une lune de miel idyllique se transforme bien vite en cauchemar. Partageant un lourd secret, elles vont alors devoir prendre une décision cruciale, et se rendront bien vite compte qu'elles devront se salir les mains pour survivre, car la police semble ne pas être la seule à les traquer... Entre des secrets et l'attirance qui les gagne, sauront-elles triompher de leur amour ? Ou finiront elles écorchées par la passion brûlante qui les lie ? Jusqu'où seront-elles prêtes à aller par amour ?

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

1. Tout part en vrille : premiere partie





𝐑𝐚𝐲, 1h00 du matin


Un truc me saisit à ce moment précis. L'odeur. L'odeur putride, saisissante et morbide de l'air. Une odeur qui vous donne envie de dégueuler. Une odeur qui serre votre ventre avec violence, et se faufile partout dans vos sens pour vous rendre malade. Et quand le silence assourdissant s'y mêle, un seul sentiment parcourt mon corps à la vitesse d'un coup de jus. La paralysie. Je suis gelée, comprimée, incapable de bouger le moindre membre. J'entends pourtant le bateau lâcher un coup de klaxon. Les pas et les rires d'un couple regagnant leur chambre. Mais je ne vois plus qu'une chose : le sang qui se répend sur la moquette à une allure folle.


— Qu'est ce que j'ai fait...



Trois heures plus tôt


— Tchin ! À l'amour, ma belle !


Le bruit des verres qui se bousculent entre eux me fait lever la tête. Noyés dans les rires, la musique et l'alcool coulant à flot, Isaac donne un baiser bruyant sur la joue de Sophie. Depuis les années de fac, mon pote n'a vraiment pas changé. Quand il est là, la fête est toujours au rendez vous.


Je ne suis étonnement pas de bonne humeur, ce soir. Pourtant, je ne suis pas quelqu'un de compliqué. Un peu d'alcool et de musique, et j'ai ce qu'il me faut pour passer un bon moment. Tout ce que j'ai à faire, c'est boire, et profiter du moment avec mes amis. Il n'y a aucune raison pour que ça se passe mal. Mais étrangement, je n'arrive pas être d'humeur à la fête. C'est comme si quelque chose bloquait, et j'arrive pas à savoir quoi.


Et puis, c'est l'enterrement de vie de jeune fille de ma meilleure amie. D'ailleurs, cette soirée sera probablement la seule du séjour ou je n'aurai pas à supporter le con qu'elle s'apprête à marier, alors je devrais en profiter...


Dans la salle prévue pour la soirée, la musique bat son plein. Assise à ma gauche, Sophie sirote tranquillement une pina colada, son cocktail préféré. Elle a l'air... heureuse. Ses yeux chocolat se posent sur moi, et elle me donne un sourire plein de douceur, que je lui rends.


— Merci d'être là, décroche-t-elle soudainement, en haussant le ton par-dessus la musique.


Je fronce les sourcils imperceptiblement, pas sûre de sa remarque.


— Pourquoi tu me remercies ?


— Parce que. Ça me fait plaisir que tu sois là, au vu des circonstances.


Je souffle du nez, avec un léger sourire. Il faut toujours qu'elle remercie les gens du strict minimum, elle ne peut pas s'en empêcher. Je crois que je n'ai jamais connu quelqu'un d'aussi gentil et reconnaissant qu'elle.


— Arrête, c'est rien. C'est même la moindre des choses.


Ses yeux se plantent dans les miens un instant. Et j'ai l'impression d'y voir toutes les abysses de ses yeux, la moindre ombre et la couleur dans ses moindres détails. Je la vois ouvrir la bouche, l'air de vouloir dire quelque chose mais semble se raviser en bousculant une mèche de cheveux d'un revers de main. Un sourire presque timide se peint sur les traits ronds de son visage, puis elle détourne son regard irisé, son cocktail semblant l'appeler pour qu'elle en prenne une gorgée. Elle se lève ensuite sans dire un mot et part rejoindre les autres pour danser.


En avalant une gorgée de whisky, je me permets de la détailler un peu. Son sourire rouge réhausse ses pommettes rondes, encadrées par deux mèches de ses cheveux bouclés. Son cou n'est pas nu ; un collier de perles dorées est joliment accroché autour de celui-ci, contrastant avec son teint métisse. Il dégringole doucement sur ses clavicules, un pendentif Vivienne Westwood trônant au-dessus de son décolleté. Sa robe blanche aux manches courtes bouffantes sert son bustier ainsi que sa taille.


Elle est tellement belle.


Il faut dire qu'elle est très apprêtée, comme toujours. Sophie a toujours été très coquette, contrairement à moi. Non pas que je ne prenne pas soin de moi, mais je ne suis juste pas à l'aise du tout avec la féminité. J'ai toujours préféré les vêtements larges aux robes, et jamais aimé la sensation du maquillage.


— Est ce que ça va ?, me demande Isaac.


— Nickel, je me force à sourire. Pourquoi ça irait pas ?


A coté de moi, Isaac me regarde d'un air soucieux. Même à travers la faible luminosité, j'aperçois ses yeux noirs maquillés d'un liner holographique me détailler. Il m'offre une expression blasée, l'air de dire "tu sais très bien de quoi je parle."


— Non, je veux dire pour de vrai. Comment tu vas réellement ?


Je lève les yeux au ciel intérieurement. Il m'énerve à toujours y voir aussi clair. Même Sophie n'a pas cette clairvoyance avec moi alors qu'on se connaît depuis la primaire. C'est pas pour rien qu'il est médium.


— Mais je vais bien, je te jure, m'enfonce-je dans mon mensonge. Pourquoi tu me demandes ça ?


— Peut-être parce qu'elle va se marier. Et je me soucie pour toi, on est amis. Comment tu te sens par rapport à ça ?


Je ferme les yeux, saoulée de cette conversation. Car je sais très bien où il veut en venir. Et ça me met hors de moi. Oui, j'ai eu le béguin pour Sophie à un moment donné. Est ce qu'on va me foutre la paix avec ça un jour, bordel? C'était il y a longtemps. J'ai grandi depuis, et j'ai imprimé l'idée qu'elle et moi, ça n'arrivera jamais. Alors pourquoi est-ce qu'il ramène cette histoire sur le tapis ?


—Combien de fois je vais devoir te dire que c'est fini ? C'était il y a une éternité. Lâche moi, je dis sur la défensive.


— Je n'appellerais pas quelques mois une éternité...


— Ça me fait une belle jambe.


— C'est juste que...


— Je t'en prie, arrête, le coupé-je. Mêle toi de ton plan cul qui ne veut pas de toi au lieu de m'inventer des sentiments. T'y connais rien.


Je comprends que j'ai été beaucoup trop loin quand Isaac me lance un regard blessé, et lâche sèchement :


— Je crois que tu ne te mettrais pas dans des états pareils si tout ça te passait au-dessus comme tu le dis. Et je crois que tu le sais.


J'ouvre la bouche pour m'excuser mais il me fait un signe de la main pour me stopper dans mes élan, attrape sa boisson et se lève pour aller danser. Et en une seconde, je me retrouve seule, entassée sur le velours du canapé rouge, mon whisky à la main. La couleur brune du liquide tournoie dans son conteneur à mesure que les glaçons s'y claquent, s'entrechoquant à l'image de la musique forte qui percute mes oreilles. Je l'avale cul sec, et claque mon verre sur la table, avant de m'en resservir un autre, éprise de la douce chaleur qu'il provoque dans le fond de ma gorge.


Je me sens soudainement bien seule. Il faut reconnaître qu'à l'heure actuelle, tout le monde est levé pour danser, et je suis la seule assise ici comme un fantôme. Je m'efforce pourtant d'envoyer des sourires tous plus faux les uns que les autres aux invitées qui m'adressent des regards. Je reprends une gorgée de whisky, me terrant un peu plus dans le brouillard de l'ivresse.


Au bout du troisième verre avalé, je pense à boire au goulot de la bouteille. D'ailleurs, je sais exactement ce qu'il me faut. Une cigarette. Voilà ce dont j'ai besoin.


Je cherche dans une poche de mon blazer pour dégoter mon briquet et mes Marlboro. J'en coince une entre mes lèvres et m'apprête à allumer le briquet, jusqu'à ce qu'une main me l'arrache du bec et me pique mon briquet, avec la rapidité d'un guépard.


Je tourne la tête pour voir le responsable, un sentiment hagard au ventre. Mais quelque chose en moi s'adoucit en voyant Sophie, un sourire malicieux scotché au visage, avachie sur la banquette. Et je connais ce sourire entre mille. Quand elle sourit comme ça, avec des yeux aussi étincelants, ça ne veut dire qu'une chose : elle est complètement bourrée. Je souffle en fermant les yeux, car je sais ce qui va arriver.


Quand elle est bourrée à ce point, c'est une vraie gamine. Elle se transforme en enfant qui rit pour tout et rien, peu importe la connerie qu'elle a fait, aussi grosse soit-elle, c'est impossible de s'énerver et de garder son sérieux en voyant son air enfantin.


Je fais un geste pour lui reprendre, mais elle l'évite de justesse.


— Sophie, sérieux. Allé, rends moi ça, j'esquisse un sourire en voyant qu'aucun de mes mouvements n'atteint sa cible.


— Hum-hum, fait elle en niant négativement de la tête, un grand sourire toujours scotché aux lèvres. Tiens, moi aussi, je vais m'en faire une.


Je la vois ensuite qui s'allume ma cigarette devant mon regard médusé, et fait un geste pour la porter à sa bouche. Je l'arrête avant qu'il ne soit trop tard pour faire marche arrière.


— Je te déconseille de faire ça. Tu vas le regretter, crois moi.


Elle se lève d'un coup, et s'éloigne un peu de la table, puis se retourne vers moi. Elle me fixe, gloussant à moitié, et dit avec un air de défi :


— Empêche moi de le faire, alors.


Elle tourne sur elle-même avec les mains dans le dos comme une enfant, pleine de malice. Je lève les yeux au ciel, certaine que la soirée s'annonce longue avec ses bêtises. Quand je rouvre les yeux, elle n'est plus là. Je me retourne dans les sens, la cherchant du regard dans la salle, pour la trouver près de la porte menant aux couloirs. Quand je l'aperçois, nos regards se percutent, et elle ouvre la porte en riant, comme si elle attendait que je la trouve avant de partir.


Je me lève, décidée à récupérer ce qui m'appartient, quitte à rentrer dans son jeu.


Je la suis le couloir, et ses rires résonnent au rythme de sa course, créant une mélodie noyée dans l'ivresse de nos bêtises. On court toutes les deux à une allure folle, et je fais de mon mieux pour la rattraper, en vain. Elle a même le temps de ralentir à la porte de sa chambre pour l'ouvrir que je suis encore loin derrière. Quand j'arrive dans la chambre, essoufflée au possible, j'ai tout juste le temps de la voir se précipiter sur le balcon et de jeter ce qui m'appartient dans l'océan.


— Oups, j'ai pas fait exprès, dit-elle à moitié morte de rire.


Le pire, c'est que je devrais m'énerver, vu le prix que ça coute, mais j'en suis incapable. Sophie a cette capacité de faire oublier la colère de n'importe qui avec ses yeux angéliques et sa mine amusée. Ce serait comme essayer de s'énerver contre un chiot.


— Alors là, t'es morte, feigné-je l'énervement.


Mais je convainc personne, et même pas moi. Il n'y a pas une seule pointe d'agacement chez moi, en cet instant. Sophie rigole de plus belle, et fait mine de me fuir en retournant dans la chambre. Contrairement à tout à l'heure, je la rattrape par l'avant bras et la fait tomber sur le lit à la renverse, et je l'imite, complètement claquée de cette mini course.


J'atterris juste au-dessus d'elle et de son hilarité qui embaume la pièce d'un air euphorique. Je me soutiens à l'aide de mes bras pour être juste au de sa tête, et nos rires cessent de plus en plus, s'envolant dehors comme des pétales de pissanli dans le vent. Peu à peu, l'air se charge d'un calme uniquement rythmé par notre proximité et nos respirations qui se synchronisent. Le silence règne pendant quelques minutes, et ni elle ni moi ne bouge, soudainement trop happée par l'alcool qui embue nos cerveaux.


Quand je prends conscience de notre position, mon visage s'échauffe, et je me décale à sa droite pour me laisser tomber sur le côté, en me pinçant les lèvres.


— J'ai une idée de jeu dit-elle en se levant.


J'ai du mal à me reconnecter au monde réel. Sa voix me paraît comme lointaine, floutée. Je l'aperçois se lever pour rejoindre le mini frigo quand je me redresse sur mes coudes.


— Pourquoi je sens qu'il craint ?


— Mais non ! C'est super soft. C'est même un truc qu'on faisait quand on était gamines. En gros, dit-elle en grimpant à califourchon sur Ray. On se dessine des trucs, et l'autre doit deviner ce que c'est. Mais si on perd, on boit, termine-t-elle en agitant une petite fiole de vodka.


— Il pue la merde, ton jeu.


— Allé, tu commences.


Elle me tend le marqueur, et dispose ensuite les différents mini bouteille d'alcool à côté de nous. Je ne me foule pas pour le dessin.


— Faciiiile, exagère-t-elle en basculant la tête en arrière. C'est un cœur. A moi.


Je me sens bizarre quand elle n'hésite pas une seconde à se mettre à califourchon sur moi. Le feutre à la main, elle semble hésiter un instant avant d'enlever le capuchon et se pencher sur mon visage. Je l'observe être concentrée sur sa tâche. Nos visages sont bien trop proches à l'heure actuelle, ses yeux bien trop profonds et mon sang, bien trop alcoolisé pour que je puisse m'apercevoir des limites de ce jeux. Elles m'ont l'air bien trop floues.


Soudainement, la porte s'ouvre en grand dans un bruit fort, nous faisant toutes les deux sursauter. Dans l'encadrement de la porte, Dean se tient, la mine hagarde et les yeux colériques. Il rive ensuite ses yeux sur nous. Sur notre position. Et quelque chose me dit dans ses sourcils qui se froncent durement et sa mâchoire qui se sert que quelque chose de mauvais se prépare.