Les Échos du Passé

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Summary

Elanor Everdawn a toujours cru être une fille ordinaire. Mais lorsque des phénomènes étranges commencent à troubler son quotidien, tout bascule. Des objets qui tremblent à son passage, des visions fugaces qu'elle ne comprend pas... et ces rêves, toujours plus réalistes, comme des fragments d'un passé oublié. Ce qu'elle ignore encore, c'est qu'elle appartient à un monde dont elle ne soupçonnait même pas l'existence. Une académie cachée aux yeux du commun des mortels, où la magie est bien réelle. Une lignée disparue, effacée de l'histoire, dont elle est la dernière héritière. Mais plus elle cherche à comprendre ses pouvoirs, plus les mystères s'épaississent. Pourquoi certains semblent vouloir l'aider tandis que d'autres feraient tout pour l'arrêter ? Qui tire réellement les ficelles dans l'ombre ? Entre alliances fragiles, trahisons et un passé qui refuse de rester enterré, Elanor devra faire face à une vérité qui pourrait tout changer. 🔮 Un héritage oublié. Des pouvoirs inexplorés. Une académie où rien n'est ce qu'il paraît. Plonge dans une aventure où la magie se mêle aux secrets et où chaque choix pourrait façonner son avenir... ou le détruire. ✨📖

Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
16+

✨ Un quotidien sur le fil

L’odeur du pop-corn caramélisé flottait dans l’air tandis que la salle se remplissait peu à peu de murmures impatients. Assise entre Iris et Nathan, je laissai mon regard errer sur l’écran encore éteint, profitant du brouhaha ambiant qui donnait au petit cinéma une atmosphère presque chaleureuse.

— Je vous jure que c’est lui, chuchota soudain Iris, les yeux plissés derrière ses lunettes.

Je tournai la tête vers elle, intriguée, avant de suivre son regard vers les sièges quelques rangs plus bas. Un homme venait de s’asseoir, veste en cuir et mâchoire carrée, discutant à voix basse avec un employé du cinéma.

— Qui ça, lui ? demandai-je en attrapant mon gobelet de soda.

— Jensen Ackles, répondit-elle avec une certitude absolue.

Nathan faillit s’étouffer avec son pop-corn.

— Attends, attends... L’acteur de Supernatural ? Tu penses sérieusement qu’il est venu se perdre dans notre cinéma écossais au milieu de nulle part ?

— Pourquoi pas ? répondit-elle en haussant les épaules. Peut-être qu’il voulait fuir la célébrité. Ou alors...

Elle baissa la voix d’un ton dramatique.

— Il est ici pour traquer un vrai démon.

Je roulai des yeux.

— Ou alors, c’est juste un touriste qui aime les vieux cinémas.

— Pff, vous manquez d’imagination.

L’homme en question tourna légèrement la tête et son regard croisa brièvement celui d’Iris. Elle se figea aussitôt, agrippant son gobelet comme si sa vie en dépendait.

— Il nous regarde !

Je sentis la chaleur me monter aux joues.

— Bien sûr qu’il nous regarde, tu le fixes comme si tu voulais lire son âme !

Nathan éclata de rire, et l’homme haussa un sourcil avant de nous adresser un sourire amusé.

— Si vous voulez une photo, il suffit de demander.

Le cerveau d’Iris sembla surchauffer. Elle ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit.

Je me laissai glisser dans mon siège, mortifiée, tandis que Nathan continuait de rire à s’en étouffer.

— Bon... d’accord... peut-être que ce n’est pas lui, finit par murmurer Iris après une longue pause.

— Trop tard, le mal est fait, plaisanta Nathan en lui tapotant l’épaule.

Je pris une grande inspiration, essayant d’ignorer la vague de chaleur qui m’envahissait encore. Le film démarra enfin et, peu à peu, je réussis à me laisser happer par l’histoire, oubliant l’incident du faux Jensen Ackles.


Lorsque nous ressortîmes du cinéma un peu plus tard, la nuit était tombée sur la ville, et un vent frais s’engouffra dans mon écharpe alors que nous marchions en direction de chez moi.

— Ce film était incroyable, lança Nathan en s’étirant.

— Mouais, c’était bien, mais j’aurais aimé plus de suspense, commenta Iris.

Je laissai échapper un léger rire.

— Iris, tu as cru voir une célébrité, ce soir était déjà assez riche en émotions.

Elle me tira la langue, et nous continuâmes à marcher sous les réverbères faiblement éclairés du quartier.

Ma maison se trouvait à une dizaine de minutes de la librairie, dans un quartier résidentiel calme. C’était une petite bâtisse de pierres aux volets bleus, entourée d’un petit jardin où ma mère cultivait quelques plantes aromatiques. À l’intérieur, l’ambiance y était toujours chaleureuse, bercée par l’odeur du thé et des livres que mon père ramenait régulièrement de la boutique.

— Allez, à demain, dis-je en leur adressant un signe de la main avant d’ouvrir la porte.

Iris et Nathan me répondirent en chœur avant de s’éloigner, leurs voix s’évanouissant peu à peu dans la nuit.

À l’intérieur, une douce chaleur m’accueillit. Mon père était installé derrière le comptoir de la librairie, plongé dans un livre, tandis que ma mère triait des factures à la table du salon.

— Te voilà enfin, lance-t-elle en levant les yeux vers moi. Tout s’est bien passé ?

— Oui, très bien, répondis-je en retirant mon écharpe.

Mon père releva la tête, un sourire aux lèvres.

— Iris a encore fait une fixette sur quelqu’un, n’est-ce pas ?

Je haussai un sourcil.

— Comment tu sais ça ?

— C’est Iris, répondit-il simplement.

Je ris doucement avant de me diriger vers l’escalier.

— Je vais me coucher, bonne nuit.

— Bonne nuit, ma chérie, répondit ma mère.

Je montai à l’étage, fatiguée mais sereine. Pourtant, alors que je refermais la porte de ma chambre, une étrange sensation me parcourut l’échine.

Comme si quelque chose... m’observait.

Je me figeai, scrutant l’obscurité. Mais tout était normal.

Soupirant, je me glissai sous ma couette et éteignis la lumière, tentant d’ignorer cette impression tenace qui refusait de me quitter.


Le lendemain matin, tout sembla reprendre son cours habituel. Je me levai, pris mon petit-déjeuner en vitesse et partis pour le lycée sous un ciel encore gris.

Mais quelque chose clochait.

D’abord, il y avait cette sensation d’être épiée. Dans les couloirs, en classe, même dans la cour, j’avais cette impression étrange qu’un regard pesait sur moi.

Puis, il y avait eu ce moment en chimie.

Le professeur expliquait une réaction chimique lorsque mon regard s’attarda sur un tube à essai contenant un liquide transparent.

Une pensée absurde me traversa l’esprit :Et s’il changeait de couleur ?

À l’instant même où l’idée m’effleura, le liquide vira au bleu électrique.

Je sursautai si violemment que je faillis renverser mon cahier.

— Quelqu’un a mis un réactif ? demanda le professeur, interloqué.

Les autres élèves secouèrent la tête, tout aussi perplexes.

Moi, je restai figée, fixant le tube avec incrédulité.

Ce n’était pas possible.

Et pourtant...

Le soir même, je trouvai refuge dans la librairie. L’endroit avait toujours été mon havre de paix, un cocon où le monde extérieur n’avait plus d’emprise sur moi.

Mais ce soir-là, alors que je parcourais distraitement les étagères, une étrange sensation me parcourut à nouveau.

Un courant d’air glacial effleura ma nuque.

Je me retournai brusquement.

Rien.

Un silence total régnait, seulement troublé par le bruit lointain de la rue. Pourtant, j’aurais juré...

Je secouai la tête et attrapai un livre au hasard, tentant de me concentrer sur autre chose.


Le lendemain matin, je me réveillai en sursaut au son strident de mon réveil. Je grognai en l’éteignant d’un geste las avant de me tourner sous ma couette, savourant ces dernières secondes de chaleur. L’odeur du café fraîchement préparé flottait déjà dans l’air, signe que ma mère était debout depuis un moment.

Je finis par me lever et me traînai jusqu’à la salle de bain. Mon reflet dans le miroir me renvoya une image légèrement brouillée par la buée : cheveux en bataille, yeux fatigués. Rien de bien glorieux. Je passai rapidement de l’eau sur mon visage, tentant de me donner un semblant d’énergie avant d’attraper une tenue confortable.

En descendant les escaliers, je trouvai mon père déjà installé derrière le comptoir de la librairie, un livre à la main, comme toujours. Il leva à peine les yeux en entendant mes pas.

— Tu es en retard.

— Je sais, marmonnai-je en bâillant.

Ma mère, elle, était dans la cuisine, un bol de thé fumant devant elle. Elle me jeta un regard entendu avant de désigner une assiette où trônaient quelques tartines.

— Dépêche-toi, ou tu n’auras même pas le temps d’avaler une bouchée.

Je m’installai à table et croquai rapidement dans une tartine, tout en consultant mon téléphone. Une notification d’Iris s’afficha :

Iris : Je parie que tu es encore en retard.

Je roulai des yeux avant de lui répondre.

Moi: Presque. Je suis sur le point de sortir.

— Iris et Nathan t’attendent ? demanda ma mère en sirotant son thé.

— Oui, comme d’habitude.

Mon père referma son livre et se leva, attrapant sa tasse de café.

— Ils sont bien patients avec toi.

Je lui lançai un regard faussement outré.

— Je ne suis pas toujours en retard.

— C’est vrai, parfois tu es juste absente, ajouta-t-il en esquissant un sourire moqueur.

Je finis mon petit-déjeuner en vitesse et attrapai mon sac avant d’embrasser ma mère sur la joue.

— Je file ! À ce soir.

— Ne traîne pas trop après les cours, me rappela-t-elle alors que je franchissais la porte.

L’air frais du matin me réveilla un peu plus alors que je rejoignais le trottoir. La rue était encore calme, les premières lueurs du soleil peignant les façades de la ville d’un ton orangé.

Au bout de la rue, Iris et Nathan m’attendaient déjà, adossés au mur d’une boulangerie. Iris me fit de grands gestes en me voyant arriver.

— On a failli partir sans toi, lança Nathan en croisant les bras.

— Je suis là, pas besoin d’exagérer.

— Deux minutes de plus et on t’aurait laissée à ton triste sort, ajouta Iris d’un ton dramatique.

Nous prîmes le chemin du lycée ensemble, comme toujours. Le trajet était court, à peine dix minutes à pied. Nous discutions de tout et de rien, plaisantant sur les derniers ragots du lycée, échangeant des anecdotes sans importance.

— Au fait, dit Nathan en ajustant son sac sur son épaule. Vous avez vu le message du groupe de littérature ? Il y a une sortie prévue à la bibliothèque de la ville pour une expo sur les ouvrages anciens.

— Oh, ça pourrait être intéressant, répondit Iris avec enthousiasme.

Je hochai la tête, bien que mon esprit soit ailleurs. Il y avait quelque chose d’étrange dans l’air ce matin, une sensation difficile à décrire. Comme si un détail m’échappait.

Mais je chassai rapidement cette impression et me concentrai sur notre discussion alors que nous arrivions devant les grilles du lycée.

Comme tous les matins, une foule d’élèves se pressait devant l’entrée, certains encore ensommeillés, d’autres en pleine conversation animée. Nous nous faufilâmes à travers la masse pour rejoindre notre salle de classe.

La journée se déroula sans encombre. Les cours s’enchaînèrent à un rythme habituel, entre devoirs et interrogations surprise, discussions en chuchotements et soupirs ennuyés face aux longues explications des professeurs.

À la pause de midi, nous nous installâmes sous un arbre dans la cour, profitant des rares rayons de soleil qui perçaient à travers les nuages. Iris mordait distraitement dans un sandwich en consultant son téléphone, tandis que Nathan griffonnait quelques notes sur son carnet.

— J’ai hâte d’être en week-end, soupirai-je en m’étirant.

— Tu dis ça alors qu’on est mardi, fit remarquer Nathan en levant les yeux vers moi.

— Les week-ends devraient durer plus longtemps, ajoutai-je en croisant les bras.

— Ou alors, tu devrais juste mieux dormir, répliqua Iris.

Nous continuâmes à discuter ainsi, la conversation dérivant sur les projets du week-end, les devoirs à rendre, et les derniers potins qui circulaient dans les couloirs.

Tout était normal.

Et pourtant, cette sensation étrange persistait. Comme une ombre tapie dans un coin de mon esprit.

Mais je choisis de l’ignorer, encore une fois.

Le reste de la journée s’étira à un rythme monotone. L’après-midi fut marqué par un cours d’histoire particulièrement soporifique où le professeur nous détailla les conflits européens du XVIIIe siècle avec une passion que nous ne partagions visiblement pas.

Nathan, assis à côté de moi, tentait désespérément de rester concentré tandis qu’Iris griffonnait distraitement dans la marge de son cahier. Je l’observai du coin de l’œil et remarquai qu’elle dessinait une petite caricature du professeur en train de s’endormir sur son bureau.

— T’es pas discrète, murmurai-je en cachant mon sourire.

— C’est artistique, nuance, chuchota-t-elle en retour.

Nathan, lui, secoua la tête avant de s’affaisser légèrement sur sa chaise.

— Je jure qu’une sieste serait plus instructive que ce cours.

Je levai les yeux au ciel, mais je ne pouvais qu’être d’accord. L’après-midi s’éternisa et, lorsque la cloche sonna enfin, mettant un terme à notre supplice, nous fûmes parmi les premiers à sortir de la classe.

Le temps s’était rafraîchi depuis le matin. Le vent jouait avec les feuilles mortes qui s’accumulaient dans les coins de la cour, annonçant l’arrivée imminente de l’automne. Je resserrai un peu plus mon écharpe autour de mon cou en quittant l’enceinte du lycée aux côtés d’Iris et Nathan.

— On passe à la librairie avant que tu rentres ? proposa Iris.

— Pourquoi pas,répondis-je.

Nathan nous suivit sans protester. Il savait que la librairie de mes parents était un peu comme un deuxième chez-moi. Nous marchâmes d’un pas tranquille à travers les ruelles pavées du centre-ville, nos discussions oscillant entre les devoirs à rendre et les projets du week-end.

Lorsque nous arrivâmes devant la boutique, les grandes vitres laissaient entrevoir les lumières tamisées et les étagères remplies de livres soigneusement alignés. J’ouvris la porte et la clochette tinta doucement. L’odeur familière de papier vieilli et d’encre nous enveloppa aussitôt.

Mon père était derrière le comptoir, plongé dans un livre, mais il leva immédiatement les yeux en nous voyant entrer.

— Ah, la jeunesse lettrée est de retour.

— Ne nous flattez pas trop, vous risquez de nous donner de l’ambition, plaisanta Nathan en posant son sac sur une chaise.

Iris se dirigea immédiatement vers l’étagère des nouveautés pendant que je rejoignais mon père au comptoir.

— Comment s’est passée ta journée ? demanda-t-il en marquant sa page d’un signet.

— Rien de bien palpitant. Des cours, du blabla, et une lutte acharnée contre l’ennui.

Il esquissa un sourire.

— Tu devrais écrire tes journées comme un roman. Avec ton ton dramatique, ça pourrait être un best-seller.

Je roulai des yeux avant d’attraper un livre au hasard sur l’une des piles. Mes doigts effleurèrent la couverture rugueuse, et une étrange sensation me parcourut.

Un frisson, fugace mais bien réel.

Je fronçai les sourcils en regardant mes mains, mais tout semblait normal.

— Quelque chose ne va pas ? demanda mon père, remarquant mon hésitation.

— Non, tout va bien, répondis-je rapidement avant d’ouvrir le livre pour me plonger dedans.

Mais même en lisant, je ne pouvais m’empêcher de sentir que quelque chose m’échappait.

Iris et Nathan s’étaient installés dans un coin de la librairie, feuilletant des livres tout en échangeant à voix basse. De mon côté, je tentais de me concentrer sur ma lecture, mais l’étrange sensation qui m’avait traversée quelques instants plus tôt refusait de me quitter. C’était subtil, presque imperceptible, comme un murmure à l’arrière de mon esprit.

Je refermai doucement le livre et le remis à sa place, tentant de me persuader que mon imagination me jouait des tours.

— Bon, je crois que je vais prendre celui-là, déclara Iris en brandissant un roman policier.

— Un livre de plus qui finira sur ta pile sans être lu ? plaisanta Nathan.

— Eh ! Je vais le lire, c’est juste que j’aime avoir des options.

Mon père leva les yeux vers elle et sourit.

— Je devrais peut-être vous proposer un abonnement mensuel. À ce rythme, vous allez finir par avoir toute la librairie chez vous.

Iris haussa les épaules avant de déposer son livre sur le comptoir.

— C’est une bonne idée. Tu devrais y penser, Elanor, imagine toutes les réductions qu’on pourrait avoir.

Je souris à moitié en sortant mon portefeuille pour payer mon propre livre.

— Je doute que mes parents me laissent distribuer des livres gratuits à mes amis.

— Ce serait pourtant une belle initiative, insista Nathan avec un clin d’œil.

Après avoir payé, nous quittâmes la librairie, et l’air frais du soir nous fit frissonner. La nuit tombait plus tôt à cette période de l’année, enveloppant la ville d’une atmosphère feutrée. Les lampadaires s’allumaient un à un, projetant des halos orangés sur les pavés humides.

— Tu retournes directement chez toi ? me demanda Iris en remontant son écharpe sur son nez.

— Ouais, j’ai quelques devoirs à finir.

— On se retrouve demain alors, dit Nathan en nous saluant d’un signe de la main avant de s’éloigner dans sa rue.

Je regardai Iris partir à son tour, puis je me mis en route vers chez moi. La librairie étant située en plein centre, il me fallait traverser quelques rues avant d’arriver à la maison.

Les rues étaient calmes, juste troublées par le bruit lointain d’une voiture qui roulait sur les pavés. Je marchais d’un pas tranquille, profitant du silence, jusqu’à ce qu’une nouvelle sensation étrange me traverse.

Un frisson me parcourut la nuque.

J’accélérai légèrement le pas, jetant un regard par-dessus mon épaule. Rien d’anormal. Juste des rues désertes et quelques devantures éclairées.

C’était stupide. J’avais l’habitude de rentrer seule, ce n’était pas la première fois que la ville était aussi silencieuse à cette heure-ci. Pourtant, cette impression persistait, comme une présence invisible tapie quelque part.

Je resserrai mon écharpe autour de mon cou et secouai la tête, me forçant à ignorer cette idée absurde.

Lorsqu’enfin j’atteignis la maison, la lueur chaude filtrant à travers les rideaux me rassura instantanément. Je montai les marches du perron et entrai, refermant la porte derrière moi avec un léger soupir.

— Te voilà enfin, lança ma mère depuis la cuisine.

Je retirai mon manteau et posai mon sac près du vestibule avant de la rejoindre.

Elle était en train de préparer quelque chose sur la table, une tasse de thé fumante à ses côtés. Une odeur sucrée flottait dans l’air, et je remarquai un plat de biscuits tout juste sortis du four.

— Tu veux manger quelque chose avant le dîner ? demanda-t-elle en poussant légèrement le plat vers moi.

— Tentant, mais si je commence, je vais tout engloutir, répondis-je avec un sourire en attrapant un biscuit malgré tout.

Je croquai dedans et pris place à table tandis qu’elle continuait à ranger des papiers.

— Ça s’est bien passé, la journée ?

— Oui, plutôt tranquille, répondis-je en jouant distraitement avec un coin de la nappe.

Elle leva les yeux vers moi et haussa un sourcil.

— Vraiment ? Tu as l’air un peu ailleurs.

Je haussai les épaules, hésitant. Je pouvais lui parler de cette impression étrange qui me suivait, mais c’était sans doute ridicule.

— Je suis juste fatiguée, répondis-je finalement en sirotant une gorgée de thé.

Elle ne répondit pas immédiatement, se contentant de m’observer avec cette douceur maternelle qui en disait long.

— Tu travailles trop, finit-elle par dire. Tu passes ton temps entre les cours, la librairie et tes bouquins... Prends un peu de temps pour toi aussi.

— Tu veux dire : faire autre chose que lire ? plaisantai-je en esquissant un sourire.

Elle rit doucement.

— Exactement.

Nous continuâmes à discuter de choses légères, et peu à peu, l’étrange tension qui m’habitait s’effaça.

Un peu plus tard, alors que la nuit s’installait complètement, mon père rentra enfin de la librairie. Je l’entendis refermer la porte avant qu’il ne fasse son entrée dans la cuisine, frottant ses mains l’une contre l’autre pour les réchauffer.

— Ah, ça fait du bien de rentrer au chaud.

Je levai la tête vers lui, surprise.

— Tu n’étais pas là ?

— Non, j’ai eu un appel d’un de nos fournisseurs et j’ai dû passer chez lui pour récupérer quelques commandes. Rien d’excitant, mais ça m’a pris plus de temps que prévu.

Ma mère lui tendit une tasse de thé qu’il accepta avec gratitude avant de s’installer à son tour.

— Vous parliez de quoi ? demanda-t-il en nous regardant tour à tour.

— De ma capacité incroyable à ne pas décrocher le nez de mes livres, répondis-je avec un sourire taquin.

Il hocha la tête, faussement grave.

— Ah, oui, je suis au courant. Un jour, elle sera absorbée dans un roman et on ne pourra plus la récupérer.

— Ce sera votre faute, répliquai-je en croisant les bras. Après tout, vous êtes les libraires de la famille.

— Une tragédie de notre propre fabrication, admit-il en riant.

La soirée continua paisiblement, et bientôt, ma mère se leva pour préparer le dîner. Je l’aidai à mettre la table pendant que mon père finissait de ranger quelques papiers liés à la librairie. L’odeur réconfortante des légumes mijotés emplit bientôt la cuisine, et mon estomac grogna légèrement, me rappelant que mon biscuit volé plus tôt ne suffirait pas à me caler.

— J’ai l’impression que ce plat devient une tradition du mardi soir, remarquai-je en observant ma mère remuer la sauce avec application.

Elle haussa les épaules en souriant.

— Quand quelque chose fonctionne, pourquoi changer ?

— J’approuve, intervint mon père en venant s’asseoir à table. Surtout si ça m’évite de cuisiner.

Je ris doucement en déposant les couverts devant lui.

— Tu sais très bien que maman préfère ne pas prendre de risque avec tes expériences culinaires.

— Hé ! protesta-t-il, faussement vexé. J’ai fait des progrès.

— Ouais, si on oublie la fois où tu as failli faire fondre la bouilloire...

Il fit mine de ne pas entendre, et je lançai un regard complice à ma mère, qui cachait mal son amusement.

Nous nous installâmes enfin à table, et le dîner se déroula dans une atmosphère chaleureuse et légère. Nous parlâmes de tout et de rien, des clients curieux passés à la librairie aujourd’hui, du dernier livre que ma mère avait dévoré en une soirée, et des anecdotes de mon père sur ses tentatives ratées de rangement dans la boutique.

— Et sinon, comment va Iris ? demanda ma mère en prenant une gorgée d’eau.

— Toujours aussi convaincue que notre ville est un point stratégique pour des événements surnaturels, répondis-je avec un sourire amusé.

Mon père leva les yeux au ciel.

— Et qu’est-ce qu’elle a repéré cette fois ?

— Un acteur hollywoodien qui serait venu chasser des démons dans notre cinéma, répondis-je, mi-exaspérée, mi-amusée.

Ma mère éclata de rire.

— J’adore son imagination.

— Ne l’encourage pas, marmonnai-je en secouant la tête.

Nous continuâmes de manger, la conversation dérivant sur les nouvelles du quartier et les projets du week-end.

— Tu travailleras à la librairie samedi ? me demanda mon père en servant le dernier morceau de pain.

— Je peux, si vous avez besoin d’un coup de main.

— Ce serait bien, oui. On attend une nouvelle livraison, et je suis sûr que ta mère aimerait un peu d’aide pour trier les ouvrages.

— Avec plaisir.

Le dîner se termina tranquillement, et nous restâmes quelques instants à discuter après avoir fini de manger. Puis, ma mère se leva pour débarrasser, et je me joignis à elle.

— Je peux m’en occuper, proposai-je.

— C’est bon, je vais le faire, répondit-elle en me lançant un regard affectueux.

— Tu veux dire que tu ne me fais pas confiance pour laver correctement les assiettes ?

Elle rit doucement.

— Je veux dire que tu es fatiguée et que tu devrais monter te reposer.

Je roulai des yeux, mais un bâillement me coupa dans mon élan de protestation.

— D’accord, d’accord, je vais me coucher.

Je souhaitai une bonne nuit à mes parents avant de monter à l’étage.

Une fois dans ma chambre, je refermai doucement la porte derrière moi. Le silence régnait, seulement perturbé par le vent qui soufflait légèrement contre la fenêtre.

Je me changeai rapidement avant de me glisser sous mes draps, savourant la chaleur qui m’enveloppait.

Tout était paisible.

Tout était normal.

Et pourtant, alors que mes paupières s’alourdissaient, une ombre fugace sembla effleurer mon esprit.

Comme une présence tapie dans un coin de mon subconscient.

Une voix, à peine un murmure.

Mais avant que je ne puisse y prêter attention, le sommeil m’emporta.