Chapitre 1
Selene
Un coup de gomme par ici, et un coup de crayon par là, et mon téléphone sonne, m’interrompant dans ma concentration. Je regarde l'écran, c’est mon père. Je grimace et hésite à répondre, avant de le laisser sonner. Je le rappellerais plus tard, le temps de tisser un nouveau mensonge.
C’est devenue la routine pour moi. Ils croient tous que je suis en deuxième année de médecine alors que je n’ai même pas réussi ma première année. J’en ai gros sur le cœur de leur mentir de cette façon mais je ne peux pas faire autrement. Je trouverais le meilleur moyen de leur annoncer mon échec mais pour le moment, je dois finir cette scène de ma BD.
Encore une autre journée qui passe et je suis dans ma chambre dans laquelle je ne suis pas sorti depuis deux jours, à faire quatre choses : dessiner, culpabiliser, dessiner encore, et reculpabiliser ! je mens à tout le monde, mes parents croient que je suis à l'école de médecine alors que non. La vérité, c'est que ça a été bien trop difficile. J'ai commencé, mais je n'ai pas réussi ma première année. C'était humiliant d'être la dernière de ma classe, surtout quand je pense à tous les sacrifices que mes parents ont faits pour financer cette école.
Après mes résultats, j'avais si peur de les décevoir que j’ai décidé de leur cacher qu’on m’a exclue de l'école pour insuffisance. Alors, à la place, j’essaie de faire ce que j’aime le plus : dessiner.
Au départ, le dessin était juste un passe-temps, un moyen d'échapper à la réalité. Mais plus j'avance dans cette voie, plus la passion me consume, jusqu'à devenir une véritable obsession. Je peux passer des heures à gribouiller, perdue dans mes pensées, oubliant tout autour de moi, sans jamais m‘en lasser.
J'ai toujours rêvé de faire de l'art, mais je sais que c'est un domaine où il est difficile d’évoluer, et en plus, il ne garantit pas un avenir stable. Du coup, j'ai suivi le chemin tracé par mes parents, en m'inscrivant à l'école de médecine pour devenir médecin. Et bien sûr, ça n’a pas fonctionné. En conclusion, je suis dans ma chambre d'étudiante incapable de savoir ce que ma vie deviendra. Mais s’il ya une chose que je sais, c’est que, j’ai besoin d’un boulot temporaire pour essayer de meubler mon temps et de survivre en attendant de trouver une solution pour ma situation.
Lorsque mon téléphone finit de sonner, je le regarde un peu rongé par la culpabilité.
pour faire passer mon etat d’esprit, je pars sur les sites de recherche d’emploi, je fais defiler les annonces, ce sont toujours les même postes; recherche d’une secretaire, d’une femme de menage, de caissiere dans un super marché, etc… j’ai besoin d’un petit boulot, quelque chose de pas très contraignant, qui me permettra de tenir le temps que je trouve une solution à mon cas. Soudain, une offre attire mon attention, recherche d’une nounou. Une offre assez bizarre, ils n’exigent rien de particulier à part d'être là demain à 11 heures pour l'entretien. Je note l’adresse en étant un peu dubitative. De toute les façons je n’ai rien à perdre en y allant demain, d’autant plus que je n’ai rien à faire demain.
Subitement, je reçois un message de Régine, ma meilleure amie depuis le lycée.
“hello Selene, j'espère que tu vas bien, j'étais chez toi hier mais tu n’y étais pas et depuis, j’essaie de te joindre mais sans succès, rappelle moi s’il te plait ” face à son message, je ressens un pincement au coeur.
En fait, j'étais dans ma chambre hier quand elle a frappé, mais, je n'ai pas juste voulu lui ouvrir. Depuis mon échec académique je me suis un peu renfermé sur moi, je n’ai pas envie de voir du monde, et quand je la vois, ça me rappelle mon échec. Certains diront que je ressens de la jalousie envers elle, car elle est en train de réussir là où j'ai lamentablement échoué mais, je ne pense pas que ce soit cela. Cependant, je n’arrive pas à m’expliquer la raison pour laquelle je m'éloigne d’elle. Pourtant nous nous connaissons depuis le lycée, nous étions inséparables,quand nous étions petites, nous avons même rêvé de nous acheter une maison toutes les deux pour y vivre ensemble, épouser des frères jumeaux et programmer nos accouchement pour avoir des enfant nés le même jour, pour qu’ils soin comme des faux jumeaux qui seront à leurs tours, les meilleurs amis du monde. Mais tout s’est effondré depuis mon échec, on s'éloigne et elle me manque énormément.
Tout de suite après son message, je reçois un autre message: c'est ma sœur, mais sérieux ils ont tous quel problème aujourd'hui ?
“Sélène, s’il te plait, rappelle papa dès que possible j’en peu plus de l’entendre se plaindre que tu ne décroche pas à ses appels, même si tu es occupé, fais un effort ça nous fera des vacances”
Il ne manquait plus que ça ! okay, je vais attendre quelques heures avant de le rappeler
Tu parles d’une étudiante en médecine, bordel je suis en train de foutre ma vie en l’air. Qu’est ce que je vais faire ? Mon Dieu ! bon du calme Selene, tout va bien se passer.
Le lendemain matin, je me réveille en sursaut, il est 2 heures du matin. La pièce est plongée dans une obscurité presque totale, à peine troublée par la lueur bleutée de mon ordinateur portable encore allumé. Je me lève de mon lit, les jambes un peu engourdies, et me dirige vers ma table de bureau, où mes dessins sont éparpillés
Je replonge dans ma bande dessinée, qui raconte une histoire de meurtre, où le héros possède des pouvoirs surnaturels lui permettant de lire dans les pensées des autres. Les traits de mon crayon dansent sur la page, et je suis absorbée par l'univers que je crée. Les heures passent sans que je m’en rende compte, et lorsque je lève enfin la tête, je constate qu'il est déjà 8 heures du matin. Je me lève de mon bureau, me dirige vers ma kitchenette, pour me préparer un café.
Une fois le contenu de ma tasse avalé, je regarde ma chambre qui est dans un désordre total, je n’ai jamais été rangé mais je crois que cette fois ci, c’est le capharnaüm. Je me mets à faire le rangement, une fois fini, je pars prendre une douche.
Après la douche, je me prépare pour me rendre à cet entretien, Allez, Selene ! Faire la nounou, c'est temporaire. C'est juste un tremplin jusqu'à ce que tu trouves ce que tu veux vraiment faire de ta vie.
Je choisis une robe à la fois sobre et élégante, parfaitement adaptée à un entretien d'embauche pour un poste de nounou. Je sais que je dois inspirer confiance tout en restant accessible. La robe, évasée et cintrée à la taille, met en valeur ma silhouette sans être trop provocante. Je coiffe mes cheveux en un chignon simple, sans aucune fantaisie superflue. Aux pieds, je glisse des chaussures à talons — juste ce qu'il faut pour me donner de la hauteur, mais pas assez pour compromettre mon confort.
Pour ajouter une touche d'élégance, je noue un petit foulard en forme de nœud papillon autour de mon cou. Mon maquillage est léger, juste de quoi rehausser mes traits sans en faire trop. Je me regarde dans le miroir, ajustant un dernier détail ici ou là. Ok, c’est parfait !
Un coup d'œil à l'horloge, 10 heures. Le temps presse. Je sors de chez moi, et me dirige vers la route. Une fois là, je hèle un taxi et lui indique l’adresse. Le trajet se déroule sans encombre, mais je ressens une légère nervosité en pensant à l’entretien.
Trente minutes plus tard, le taxi me dépose devant un portail majestueux, dans l’un des quartiers les plus huppés de la ville. Je regarde autour de moi, un peu dubitative. Les maisons qui m’entourent sont impressionnantes, et je me demande si le chauffeur n’a pas fait erreur. Peut-être que je ne suis pas vraiment à ma place ici.
Pour m'assurer que je suis au bon endroit, je m’approche du portail, le cœur battant, c'est alors qu'un homme hyper bien habillé, en costard sort de nulle part,
— Vous désirez ?
— Je suis là pour le poste de nounou, hésité-je un peu dubitative.
— Entrez ! dit-il d’un ton naturel
J’entre un peu impressionné, L’homme en costume, avec son air affable, me guide à travers des jardins luxuriants, bondé de fleurs éclatent de couleurs vives, tandis qu’un paysagiste, concentré sur sa tâche, taille une haie au loin, la scène dégage une sérénité presque irréelle. Nous avançons vers la maison, et lorsque je franchis le seuil, je suis émerveillée. L’intérieur est d’une opulence qui me laisse sans voix : des lustres qui brillent, des murs ornés d’œuvres d’art, et des meubles raffinés qui respirent le luxe.
Soudain, une femme déboule à toute vitesse, les larmes aux yeux et me bouscule. Elle ne prend même pas le temps de se retourner pour s'excuser avant de disparaître, ce qui me laisse un peu perplexe. L’homme en costume ne semble pas s’en émouvoir et continue de m’emmener vers le salon.
Dans le salon, je découvre cinq autres filles, ou plutôt des femmes, assises dans les fauteuils. Leur attitude trahit une certaine nervosité, et je devine qu'elles sont là pour la même raison que moi. La concurrence s’annonce rude. Je prends place à côté d'une femme au regard perçant et à l'allure stricte. Elle dégage une aura de sérieux, le genre de personne qui doit être d'une rigueur sans faille, sans tolérance pour les erreurs. En gros, le genre de femme qui doit être à cheval sur ses principes et ses regles !
Je me sens un peu décalée dans cet environnement. En vérité, je n'espère plus trop obtenir ce boulot. Si je suis prise, tant mieux. Si je ne le suis pas, tant pis.