Chapitre 1 - Braquage et riz cantonais
À 11h57, Trazitor se gratta l’avant-bras. Un seul grattement, rapide. Pas vraiment gênant, pas encore. Juste la peau qui tiraille. Une légère irritation. Un rappel qu’il n’était pas fait pour porter une blouse blanche, ni pour supporter la climatisation d’une officine de centre-ville.
Il tendit une boîte de Doliprane à une mamie au regard vitreux. Elle ne disait rien depuis dix minutes, sauf pour murmurer «ça n’existait pas tout ça avant».
Il se contenta d’un sourire. Professionnel. Vide.
Puis il y eut le bip.
D’abord, il pensa que c’était le lecteur de carte. Ou un four micro-ondes dans le local. Mais le bip recommença. Et cette fois, il y avait une présence derrière.
Un type entra. Cagoule de ski mal enfilée, baskets sales, pantalon de survêt trempé jusqu’aux genoux. Et surtout :un fusil de chasse mal tenu, genre hérité du grand- père, qu’il oscillait comme une lampe torche mal réglée.
—Personne bouge! Je veux... euh... les médicaments qui font dormir et planer ! Les vrais ! Genre les trucs que les rappeurs prennent !
Trazitor pencha légèrement la tête.
— Attends... tu veux quoi exactement ? Un antidépresseur ? Un hypnotique ? Un antiépileptique en off-label ?
— J’sais pas moi, le genre de truc qui met KO ! Avecun nom chelou, un truc balèze !
Trazitor soupira, gratta machinalement son poignet sous le comptoir, puis ouvrit un tiroir.
— J’ai ce qu’il te faut, murmura-t-il. C’est costaud. Les gars dans les labos suisses ils en prennent avant de tester des trucs...
Il sortit une boîte de Slenyto. Mélatonine à libération prolongée. Parfaitement inoffensive. Prescrite aux enfants autistes pour réguler le sommeil. Mais ça, le braqueur ne le saurait pas.
— Voilà. C’est dosé. Faut pas déconner avec ça. Si t’en prends deux, tu peux dormir pendant un week-end entier.
Le braqueur hocha lentement la tête. Il n’avait pas compris. Mais il était rassuré. Il prit la boîte.
— Bien… bien. Et personne dit rien, hein ?!
Il recula, attrapa une caisse de compresses en passant, puis glissa sur le paillasson. Il s’écroula dans un présentoir de baumes chauffants avec un bruit mou. Se releva, chancela, sortit en boitant, et manqua de se prendre la porte automatique qui s’ouvrit trop lentement.
Trazitor le regarda s’éloigner, cligna des yeux, et sortit son téléphone.
TRAZI
Braquage éclaté. J’lui ai filé de la mélatonine pour gosses. Il est reparti avec des compresses. J’ai faim.
TOMATONION
Hein ??? Appelle les flics !
TRAZI
Frère je vais pas rater le buffet asiat pour un mec en jogging boueux.
AYDROW
T’as intérêt à commander des raviolis grillés. Et du wasabi.
JU
Tu prends du gingembre confit, c’est pas négociable.
TUTUR
Et du porc au caramel. Faut des protéines.
TOMATONION
Nan mais vous déconnez sérieux !
AYDROW
Merde t’as raison. Prend de la chili thaï plutôt.
Il rangea son téléphone, gratta une dernière fois l’intérieur du coude, verrouilla la pharmacie à la hâte, et quitta les lieux. Il avait des amis à retrouver. Et surtout, du riz cantonnais à avaler.








