PROLOGUE

Certains prénoms ont le pouvoir de tout raviver.
Le sien, je l’avais soigneusement enterré. Jusqu’à ce soir.
Lorenzo arrive au moment où j’enfile une chemise blanche. Il s’adosse au cadre de la porte, un sourire en coin.
— Ben t’es tout beau ! Prêt pour cette soirée ?
— Ouais, super motivé, rétorqué-je d’un ton peu convaincant.
— Arrête de grimacer. Là où je t’emmène, l’ambiance est top. Un pub irlandais très sympa, parfait pour se changer les idées. T’es pas obligé de partir avec une nana.
— Ça tombe bien, je cherche pas.
— T’en es vraiment pas drôle quand tu t’y mets. Et si tu veux te sortir cette fille de la tête, c’est peut-être un bon moyen. À moins que tu aies d’autres projets.
— Genre ?
— Te réconcilier avec Veronica.
Je hausse les épaules, agacé.
— Toi aussi ? Ma mère me bassine avec ça depuis des mois.
— Maman Cerrar a peut-être pas tort. Ça te rendrait moins grincheux.
— Ça commence à me gonfler. Elle n’a toujours pas fait le deuil de notre relation.
Je saisis mon téléphone pour envoyer un SMS rapide à Carlita, son auxiliaire de vie ; un rituel obligatoire dès que je rentre tard.
[Bonsoir, Carlita, tout va bien pour ma mère ?]
Pendant que je tape, Lorenzo ne lâche pas l’affaire.
— Toi non plus.
Inutile qu’il en mette une couche. Je le sais mieux que personne et je tremble de crainte de la croiser même si Bordeaux est une grande ville, mais le monde est petit.
— Si ça se trouve, elle s’est casée, mariée, avec trois mioches, pendant que toi tu vis dans cette histoire passée.
Une pointe de jalousie pure et viscérale me traverse l’estomac. Visualiser Veronica avec un autre homme, une alliance au doigt, me donne une impression d’étouffement immédiate.
— Houlà, ne fais pas cette tronche ! Je plaisantais.
— On y va, lancé-je en le poussant dehors au lieu de répondre.
Vingt minutes plus tard, nous franchissons les portes du St. John’s. L’ambiance feutrée me détend instantanément : briques rouges, fauteuils vert canard et vieux tonneaux en bois. Le patron, un pote de Lorenzo prénommé Dick, nous installe à la meilleure table, juste au pied de la petite scène, deux pintes de Guinness à la main.
— La chanteuse de ce soir va booster mon chiffre d’affaires, nous glisse Dick avec un clin d’œil. Un style extraordinaire, vous m’en direz des nouvelles.
Le brouhaha du pub s’éteint soudain lorsque les lumières se tamisent. Un speaker s’empare du micro.
— Mesdames, messieurs, le St. John’s est ravi de vous accueillir pour un évènement musical exceptionnel avec la talentueuse Dana !
Un guitariste égraine les premières notes d’une mélodie mélancolique. Puis, une voix se fait entendre de la scène. Rauque. Chaude. Vibrante. Les premiers mots me percutent de plein fouet. Cette manière de traîner sur les fins de phrases, ce vibrato si particulier... Mon cœur rate un battement et se remet à cogner furieusement contre mes côtes.
Lorenzo se penche vers moi, les yeux brillants.
— Son timbre est incroyable. Je suis impatient de la voir.
Je ne peux pas répondre. Une sueur froide me glace la nuque. Je connais cette voix. Je la connais par cœur.
La silhouette sort enfin de l’ombre. Le projecteur s’allume, baignant son visage d’une lumière crue. Mon univers s’effondre en une seconde lorsque des soupçons deviennent certitudes.
Veronica.
Elle est là. À quelques mètres de moi, transfigurée par la scène, plus belle encore que dans mes plus douloureux souvenirs. L’air se raréfie dans mes poumons. Le souffle me manque
Lorenzo, inconscient du cataclysme qui me détruit, pivote vers moi.
— Je crois que je tombe amoureux ! lâche-t-il, sans se rendre compte dans un premier temps de la bombe qui vient de me percuter. Eh, Coco, ça va ? Tu es livide, réagit-il enfin.
— Non. Non, pas du tout.
Dans un réflexe de survie, je me lève si brusquement que ma chaise se renverse dans un fracas métallique. Sans un regard pour Lorenzo, ni pour la scène, je bouscule les clients et me précipite vers la sortie.
L’air frais de la nuit me fouette le visage, mais l’asphyxie ne passe pas. Le karma vient de me revenir en pleine face comme un boomerang. Je cours presque sur le parking, hagard, jusqu’à ce qu’une main agrippe fermement mon bras pour me stopper net.
— Coco, attends ! Qu’est-ce qui te prend ?









Le début est trop long, du coup, j'arrête de lire
Bonjour je t'invite à lire au moins les chapitres suivants pour te faire une idée, le début pose les bases, merci quand même pour ton commentaire j'en prends note ☺️
J'aime déjà beaucoup