Premier jour Ă Harvard
â Ben : Tu as pris tes Ă©couteurs ?
Jâacquiesce sans parler.
â Ben : Jess, ça va faire une heure quâon roule et tu mâas dit trois mots. Si jâavais su, jâaurais laissĂ© maman et papa te conduire.
Je souffle.
â Ben : Je peux faire demi-tour tu sais, il est encore temps.
Câest la phrase qui me rĂ©veille dâun coup.
â Jess : Oh non surtout pas ! Tâimagines la honte ? Arriver sur le campus avec maman qui donnerait des ordres Ă tout le monde et papa qui serait en extase en parlant de ses souvenirs de jeunesse.
â Ben : NâempĂȘche que le fait que papa soit allĂ© Ă Harvard tâas bien aidĂ© pour y entrer.
Câest vrai quâaux USA, les universitĂ©s privilĂ©gient les dossiers des enfants dont les parents ont Ă©tĂ© Ă©lĂšves dans lâĂ©tablissement.
â Jess : Mouais, câest ça ou son gros chĂšqueâŠ
â Ben : Plains-toi petite ingrate !
â Jess : Quoi ? Tâas aimĂ© aller Ă Harvard toi ?
â Ben : Bien sĂ»r, jây ai passĂ© de belles annĂ©es. Jâai fait des rencontres sympas et le plus important, jâai eu mon diplĂŽme.
â Jess : Qui ne te sert Ă rien aujourdâhuiâŠ
â Ben : Je ne dirais pas quâil ne me sers pas.
â Jess : Ah oui ? Et en quoi un diplĂŽme dâavocat tâaide en informatique ?
Mon frĂšre ne rĂ©pond pas. Il sait que jâai raison mais il ne lâavouera jamais Ă sa petite sĆur.
â Jess : Ben ?
â Ben : Oui Jess ?
â Jess : Comment as-tu fait pour trouver ta voie ?
â Ben : Ma voie ?
â Jess : Oui, tu sais. Savoir ce que tu avais envie de faire dans la vieâŠ
â Ben : Je crois que je ne le sais toujours pas.
â Jess : Mais pourtant tu nâas pas lâair malheureux.
â Ben : Je ne le suis pas. Je considĂšre que la vie câest autre chose que se tuer Ă la tĂąche pour un mĂ©tier quâon nâaime pas juste pour avoir de lâargent.
Je rĂ©flĂ©chis Ă ses paroles mais je nâai toujours pas de rĂ©ponse Ă mes doutes.
â Jess : Et si je ne suis pas Ă ma place ici ?
â Ben : Quâest-ce que tu racontes ? Tu avais les meilleures notes au lycĂ©e. Toujours dans les premiers, tu as obtenu ton diplĂŽme haut la main.
â Jess : Oui⊠mais ce nâest pas ce que jâai voulu dire.
â Ben : Alors dis ce que tu veux dire.
â Jess : Je ne suis pas sĂ»re dâavoir choisi la bonne matiĂšre.
â Ben : Quoi ? Mais tu Ă©tais tellement sĂ»re dâaller en psycho.
â Jess : Non, jâĂ©tais surtout sĂ»re de ne pas vouloir aller en droit !
â Ben : Pourquoi ?
â Jess : Parce que⊠ça ne vous a pas servi Ă vous.
â Ben: Ce nâest pas parce que Brad et moi on a finalement changĂ© dâorientation que ça va tâarriver aussi.
â Jess : Oui mais regarde Brad. Il est acteur aprĂšs avoir Ă©tĂ© mannequin. Rien Ă voir avec le droit. Et toi ? IngĂ©nieur informatique, aucun rapport avec le droit.
â Ben : Oui mais jâai quand mĂȘme eu mon diplĂŽme !
Je ressens de la fiertĂ© dans le ton de sa voix. Mais je sais quâil nâest allĂ© au bout de ses Ă©tudes que pour faire plaisir aux parents. Et dans la matiĂšre quâils avaient choisi pour lui. Ils ont bien tentĂ© de faire la mĂȘme chose avec moi. Je ne sais mĂȘme pas comment jâai fait pour rĂ©sister.
â Ben : Jess, je vois bien quâil y a quelque chose qui cloche. Parle moi franchement si tu veux que je puisse tâaider.
Je soupire et regarde par la fenĂȘtre.
â Jess : Ce nâest pas que je ne veux rien te dire. Câest que je ne sais pas comment le dire.
â Ben : Avec des mots et des phrases simples ?
â Jess : ArrĂȘte de te moquer de moi !
â Ben : Jess, je suis ton grand frĂšre mais avant tout, je suis ton meilleur ami depuis toujours. Tu sais que tu peux me faire confiance et me dire ce que tu as sur le cĆur, sans dĂ©tour. Je ne te jugerai pas comme pourrait le faire maman.
â Jess : Je sais Ben. Ce quâil y a câest que⊠je suis perdue et je ne sais pas moi-mĂȘme ce que je veux.
â Ben : LâuniversitĂ© câest fait pour apprendre, mais aussi pour faire de nouvelles expĂ©riences. Tu vas croiser des centaines de personnes intĂ©ressantes qui vont tâaider Ă avancer.
â Jess : Câest bien ce qui me fait peur.
â Ben : Je sais que tu es dâun naturel timide petite sĆur. Mais ça te passera. Sâil te faut du temps pour savoir vraiment ce que tu veux faire ou qui tu veux ĂȘtre, prends le. Et peu importe si les parents te pressent. Tu prends ton envol, câest toi qui va gĂ©rer ta vie. Ce sont tes choix qui priment sur les leurs maintenant.
Je soupire encore. Pas parce que ce quâil me dit mâennuie, mais parce que je sais quâil a raison. Câest moi qui doit prendre mes propres dĂ©cisions maintenant et ça me terrifie.
Les heures du trajet qui sĂ©parent mon passĂ© de mon futur passent Ă une vitesse incroyablement longue. Mon grand frĂšre tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment de me changer les idĂ©es mais je suis bloquĂ©e dans un torrent dâidĂ©es noires qui ne sâĂ©vaporent pas.
Lorsque nous arrivons enfin au campus, Ben mâaide Ă dĂ©charger mes affaires dans la chambre qui mâa Ă©tĂ© attribuĂ©e. Mon dortoir est sympa. Le haut du panier comme on dit. En mĂȘme temps, mes riches parents ont voulu que je sois bien installĂ©e pour me concentrer Ă fond sur mes Ă©tudes. Jâai ma propre chambre, seule pour ne pas ĂȘtre distraite par une colocataire, ma propre salle de bain. Je dĂ©couvre mon nouveau logement et je suis satisfaite de lâemplacement. Pas au centre de tout mais pas trop loin non plus.
Ben mâaide Ă porter mes cartons quâil dĂ©pose sur le sol.

â Ben : VoilĂ petite sĆur. Tout est lĂ . Tu veux un peu dâaide pour tout ranger ?
â Jess : Non merci, je ferai ça plus tard.
â Ben : Ok. Ăa va aller ?
Encore une fois, je soupire.
â Jess : Oui.
Jâessaie de paraĂźtre sĂ»re de moi mais je ne le dupe pas. Il sâavance vers moi et me prend dans ses bras.
â Ben : Tu mâappelles quand tu veux Jess. A nâimporte quelle heure du jour ou de la nuit. Je serai lĂ .
â Jess : Merci mon gros nounours.
Je le serre trĂšs fort. Je sais que je ne reverrai pas avant un moment. Il mâembrasse sur le front et me sourit tendrement.
â Ben : Tu vas y arriver. Tu es forte malgrĂ© ce que tu penses. Je crois en toi petite sĆur.
Je lui adresse un demi-sourire et le serre une derniĂšre fois contre moi avant de le laisser partir.
A la seconde oĂč il referme la porte, je me laisse tomber sur mon nouveau lit et regarde le plafond.
Ăa y est jây suis. Ma nouvelle vie. Seule. Sans parentâŠ
Mon tĂ©lĂ©phone sonne, lâĂ©cran affiche âMamanâ.
Ils ne sont jamais loinâŠ
Je décroche sans attendre.
â Jess : Salut mamâ comment ça va depuis 5 heures ?
â Maman Betsy : Jessica sâil te plait, ne mâappelle pas comme ça. Câest dĂ©jĂ assez agaçant que vous raccourcissiez vos prĂ©noms avec tes frĂšres !
â Jess : Pardon maman⊠papa est avec toi ?
â Maman Betsy : Attends, je mets la camĂ©ra.
â Papa Jefferson : Ma chĂ©rie, tu es arrivĂ©e ?
â Jess : Oui il nây a pas longtemps.
â Maman Betsy : Benjamin a conduit prudemment ?
â Jess : Oui, câest dâailleurs pour ça quâon a mis si longtemps. Il vient de repartir.
â Maman Betsy : Il tâas aidĂ© Ă dĂ©faire tes cartons ?
â Jess : Non. Je le ferai plus tard. Je vais aller rejoindre Lindsay.
â Papa Jefferson : Elle est dĂ©jĂ arrivĂ©e ?
â Jess : Oui. Je vais essayer de la retrouver.
â Maman Betsy : Vous allez faire quoi ?
â Jess : On voulait faire le tour du campus et aller au forum des associations.
â Maman Betsy : TrĂšs bonne idĂ©e ma chĂ©rie. Tu vas rejoindre quels clubs ?
â Papa Jefferson : Je te conseille les mathlĂštes !
â Jess : Ceux qui font des compĂ©titions de calcul ? Certainement pas !
â Maman Betsy : Alors le club de lecture ?
â Jess : Je ne crois pas non plus.
â Maman Betsy : Mais tu adores lire !
â Jess : Oui maman⊠je verraiâŠ
â Maman Betsy : Dâaccord, tiens nous au courant, je te rappelle demain. Bisous ma chĂ©rie.
â Papa Jefferson : Bisous ma grande.
Je ne peux mâempĂȘcher de soupirer. Ăa ne fait que cinq heures que je suis partie et jâai encore lâimpression dâĂȘtre Ă la maison.
Je prends mon tel pour envoyer un message Ă Lindsay.
đ± Lind tâes oĂč ? Je suis arrivĂ©e. Je vais me perdre si je sors, viens me chercher !!
Sa réponse ne se fait pas attendre.
đ± Je suis lĂ dans 5 minutes.
Cinq minutes câest le temps de vĂ©rifier que jâai pas lâair dâun Ă©pouvantail aprĂšs ce long trajet en voiture.
Je me rafraĂźchis vite fait dans la salle de bain. Mes cheveux noirs, pourtant longs, sont toujours attachĂ©s en chignon, avec deux trois mĂšches qui encadrent mon visage. Mon pĂšre dit que je suis jolie â Ă©videmment, câest mon pĂšre. Moi, je me trouve beaucoup trop maigre, trop petite, trop pas assez bien. Mon nez est trop court, mes joues sont trop creusĂ©es, mes doigts sont trop fins. Les seules choses que jâaime chez moi sont mes yeux bleus et ma bouche, lĂ©gĂšrement pulpeuse, mais pas trop pour ĂȘtre traitĂ©e de âbouche Ă pipesâ â oui, jâai dĂ©jĂ entendu des filles se faire appeler comme ça.
Jâinspecte ensuite ma tenue. Jean un peu trop grand pour moi, top noir recouvert dâune chemise Ă carreaux manches courtes, je ressemble pas Ă grand chose. Bof. De toute façon mes vĂȘtements sont encore dans les cartons. Pas le temps de faire mieux, Lindsay tape Ă ma porte. Je mây prĂ©cipite et ouvre pour la prendre dans mes bras.
â Lindsay : Jess ! Tâes enfin lĂ !!
Lindsay. Ma meilleure amie depuis quâon a deux ans. Nos parents sont voisins et on a grandi cĂŽte Ă cĂŽte. Toujours dans les mĂȘmes classes Ă lâĂ©cole, on partait en vacances ensemble. Câest la sĆur que je nâai jamais eue.
Niveau physique, on ne se ressemble pas du tout. Lindsay est grande, Ă©lancĂ©e, elle a des formes comme il faut lĂ oĂč il faut. Câest toujours vers elle que les regards se tournent quand on entre dans une piĂšce. En mĂȘme temps, avec ses cheveux rouges colorĂ©s, on ne voit quâelle ! Ses yeux noisettes dorĂ©s resplendissent au soleil. Elle est magnifique, parfaite Ă tous les niveaux et si jâĂ©tais un mec, je tomberais amoureux de sa beautĂ©.
â Jess : Ouais, Ben a roulĂ© comme un papy alors ça a pris plus de temps que prĂ©vu. Tâes arrivĂ©e quand ?
â Lindsay : Ce matin. Jâai pas encore dĂ©ballĂ© mes valises, je suis sortie tout de suite pour visiter. Câest immense ! Jâarrive pas Ă croire que je suis enfin ici !
Oui enfinâŠ
Lindsay, câest la fille qui sait ce quâelle veut, tout lâinverse de moi. Elle a planifiĂ© genre les 30 prochaines annĂ©es de sa vie et ça depuis ses 10 ans⊠Middle school, high school (collĂšge et lycĂ©e aux USA), elle Ă©tait la premiĂšre dans tous les domaines et toutes les matiĂšres. Elle savait dĂ©jĂ quâelle entrerait Ă Harvard en droit. Et elle y est, comme elle lâavait dit. AprĂšs avoir obtenu son diplĂŽme, et elle lâaura sans souci, elle sait dĂ©jĂ quâelle intĂ©grera un petit cabinet et se spĂ©cialisera en dĂ©fense des femmes et des enfants. Et encore aprĂšs quelques annĂ©es, elle sera Juge Ă la Cour SuprĂȘme. Je ne mâen fais pas pour elle. Son rĂȘve se rĂ©alisera et elle y arrivera avec une facilitĂ© dĂ©concertante.
Je reprends sa phrase avec nonchalance.
â Jess : Ouais, on y est.
â Lindsay : Je tâattendais pour aller au forum des assos mais faut se grouiller sinon y aura plus de place pour nous.
Si vous nâĂȘtes pas familiarisĂ© avec les pratiques aux Ătats-Unis, sachez quâil est de bon ton dâintĂ©grer une ou plusieurs âorganisations Ă©tudiantesâ lors des Ă©tudes. Ce sont des sortes de clubs extra-scolaires plus ou moins prisĂ©s et reconnus.
A Harvard, la plus prestigieuse et aussi la plus ancienne est la Signet Society. On y parle principalement dâart et de littĂ©rature. Mais il y a aussi de plus petits clubs, pour tous les goĂ»ts. Sport, journalisme, religion, politique, arts, culture⊠je crois quâil y en a plus de 400 diffĂ©rents Ă travers les neuf facultĂ©s que compte Harvard. Certains clubs sont trĂšs fermĂ©s et les places sont chĂšres. Certaines nâacceptent quâaprĂšs candidature ou font passer des auditions.
â Jess : Tu sais dĂ©jĂ laquelle tu veux rejoindre ?

Je pose la question alors que nous arpentons les sentiers du campus. Je sais dĂ©jĂ exactement ce quâelle va me rĂ©pondre. Le Harvard-Radcliffe Dramatic ClubâŠ
â Lindsay : Le club de théùtre bien sĂ»r !
Bah voilĂ âŠ
â Lindsay : Je veux ĂȘtre sur la scĂšne mais aussi en dehors. Pouvoir diriger, organiser et Ă la fois ĂȘtre acclamĂ©e par le public.
Je ne sais pas comment elle fait pour trouver toute cette Ă©nergie. Je lâĂ©coute mâexpliquer avec passion la façon avec laquelle elle va rĂ©volutionner le club. Mais je ne peux mâempĂȘcher de penser Ă ce que moi je vais faire. Rejoindre le club de lecture comme voudrait ma mĂšre ? Tenter dâintĂ©grer la troupe de théùtre pour ĂȘtre avec Lindsay et faire comme mon grand frĂšre Brad qui bosse maintenant Ă Hollywood ?
Alors que nous arrivons aux différents stands, mes yeux vadrouillent de droite à gauche.
Quâest ce que je veux vraiment ?
Lindsay continue son monologue mais je ne lâĂ©coute plus.
Je sais ce que je veux. Mais mĂȘme Ă moi, je nâose me lâavouer. Ma passion cachĂ©e, mon plaisir inavouĂ©. Le secret enfoui bien profondĂ©ment au fond de mon cĆur.
La musique.
Alors oui, je suis musicienne. Ma mĂšre a bien veillĂ© Ă mon Ă©ducation musicale Ă base de musique de chambre et autres trucs classiques bien chiants. Jâai appris le piano dĂšs lâĂąge de 4 ans. Jâai dĂ» me produire pour des rĂ©citals au milieu de salles de concerts parfois immenses Ă mes yeux de petite fille. Et jâai dĂ©testĂ©. Je ne dĂ©teste pas la musique classique ou lâinstrument⊠Ce que je nâaime pas câest ĂȘtre au centre de lâattention. En plein milieu dâune piĂšce ou tous les regards sont braquĂ©s vers moi.
Ce que je veux vraiment câest Ă©crire. Composer de la musique, Ă©crire des chansons pour que les autres les chantent Ă ma place. Le problĂšme câest que comme personne ne connaĂźt mon secret, je ne peux proposer mes Ă©crits Ă personne.
Je chasse cette idée de mon esprit et continue de suivre Lindsay. Elle se dirige tout droit vers le prestigieux club de théùtre.
Je reste en retrait et regarde Lindsay faire du grand Lindsay. DĂšs quâelle arrive, elle ne peut sâempĂȘcher dâattirer toute lâattention sur elle. Elle discute avec tout le monde, prend des flyers, parle de son cursus, de ce quâelle veut faire, de ce quâelle est. Une star. Jâai dĂ©jĂ vu cette scĂšne mille fois. Et je ne mâen plaint pas. De cette façon, je reste dans lâombre, personne ne vient me parler et jâobserve de loin.
Lindsay se tourne vers moi pour mâinciter Ă mâapprocher mais je reste Ă ma place. Elle hausse les Ă©paules et me fait un signe de la main pour que je continue Ă visiter.
Je poursuis ma route, flĂąnant au milieu des allĂ©es sans jamais vraiment mâapprocher dâun stand.

â Mec chelou : Salut ! Tu veux rejoindre le groupe de cosplay ?
je regarde le type devant moi, il porte un âmaillot de bainâ une piĂšce vert fluo qui lui moule les hum hum⊠parties en bas⊠et qui se divise en deux bretelles en haut.
â Jess : Heu⊠tâes dĂ©guisĂ© en quoi lĂ ?
â Mec chelou : En Borat ! Je suis Sacha Baron Cohen. Tâas jamais vu le film ? Il est un peu vieux mais bonâŠ
â Jess : Heu⊠non merci.
Quel déglingué celui-là !
Il y a vraiment de tout ici. Cuisine, natation, peinture, golfâŠ
â Jess : Poterie Ă©rotique ??
Celui-ci mâintrigue. Non pas que je sois particuliĂšrement intĂ©ressĂ©e par lâart du moulage. Mais quâest ce que lâĂ©rotisme vient faire ici ? Je mâapproche lĂ©gĂšrement, me plaçant derriĂšre une fille plus grande que moi et je comprends tout de suite. Au lieu de faire des pots, ils sculptent des corps. Une fille montre fiĂšrement un corps masculin dâune soixantaine de centimĂštres, entiĂšrement nu et particuliĂšrement bien membrĂ©.
Je pouffe de rire et ne peux mâempĂȘcher de lancer.
â Jess : Tâas pas tombĂ© en panne de glaise aprĂšs avoir fait son machin ?
Elle me lance un regard noir, je tourne immĂ©diatement les talons et mâĂ©loigne sans me retourner.
Des bruits attirent mon attention alors que je change de sentier.
Musique.
Je mâagglutine Ă la troupe de badauds rĂ©unis autour dâun piano et murmure.
â Jess : Mozart, sonate numĂ©ro 16.
La fille Ă cĂŽtĂ© de moi me regarde en fronçant les sourcils comme si je lâavais dĂ©rangĂ©e. Je me dĂ©cale sur lâautre cĂŽtĂ© du stand pour lâĂ©viter et recule pour nâĂȘtre Ă proximitĂ© de personne. CollĂ©e au stand que jâobserve, se trouve un autre club dĂ©diĂ© Ă la musique. Je jette un rapide coup dâĆil mais je ne vois ni banderole ni flyer. Il nây a rien Ă part une planche en bois sur deux trĂ©teaux.
Sur la table, une feuille blanche arbore un seul mot:
ROCK !
Je regarde derriĂšre la table improvisĂ©e et vois un mec assis sur une chaise, lisant un livre sans se soucier des potentiels adhĂ©rents. Il a lâair concentrĂ©, nullement dĂ©rangĂ© par la personne en train de massacrer la composition pourtant facile de Mozart.
Il porte une veste en cuir, un jean trouĂ© et de grandes boots noires. Ses cheveux noirs tombent en cascade sur son visage hĂąlĂ© que je ne peux voir entiĂšrementâŠ
⊠JusquâĂ ce quâil relĂšve les yeux, se sentant visiblement Ă©piĂ©.
Je dĂ©tourne le regard et repasse de lâautre cĂŽtĂ© du stand de piano.
Un gars jovial sâapproche alors de moi.
â Henry : Salut ! Je mâappelle Henry. Ăa fait deux minutes que je te vois tourner. Tâes intĂ©ressĂ©e ?
â Jess : Vous ĂȘtes quoi exactement ?
â Henry : On fait partie de la Harvard Musical Association.
â Jess : Et vous faites ?
Je ne sais pas pourquoi mais je jette un Ćil derriĂšre le gars qui me parle pour voir si lâautre lĂ -bas est toujours en train de lire.
â Henry : Des reprĂ©sentations Ă travers lâannĂ©e. On a un orchestre complet et on se produit pour partager la musique classique Ă travers les facultĂ©s. On fait appel Ă nous pour lâambiance musicale lors des galas, des remises de rĂ©compenses ou pour des Ă©vĂ©nements particuliers.
Ambiance musicale, je vois le genre. On dirait que je suis de retour chez ma mĂšre.
â Henry : Alors tâes intĂ©ressĂ©e ?
Je lui montre le mec seul du stand à cÎté.
â Jess : Il est dans votre asso lui ?
â Henry : Tyler ? Oh non. Il Ă©tait dans un groupe de rock lâannĂ©e derniĂšre. Mais ses membres ont eu leur diplĂŽme et il est tout seul maintenant.
Jâobserve le type mais Henry insiste.
â Henry : Alors tâes intĂ©ressĂ©e ?
Il nâattend pas ma rĂ©ponse et me prend la main.
â Henry : Toi, tâes pianiste, ça se voit tout de suite. Viens faire un essai.
Encore une fois, je regarde vers le stand vide derriĂšre. Henry me conduit au piano mâassoit de force. Ăvidemment je deviens rouge comme une tomate. Heureusement lâattroupement sâest dispersĂ© depuis que la personne qui jouait avant a fini. Un regard furtif Ă gauche. Il lit toujours. MaisâŠ
Quâest-ce que je fous ici ?