Soft RockđŸ€˜ Soft Love ❀

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Summary

Jessica Matthews, 18 ans, entre Ă  l'universitĂ© d’Harvard sans grande conviction sur son avenir. AccompagnĂ©e de sa meilleure amie Lindsay, Jess, d'un naturel discret, va ĂȘtre confrontĂ©e Ă  la vie Ă©tudiante et aux nombreuses personnes prĂ©sentes Ă  travers le campus. Va-t-elle enfin pouvoir dĂ©passer sa timiditĂ© et oser se tourner vers ce qu'elle aimerait vraiment ĂȘtre, sans pouvoir vraiment se l'avouer ? Sa premiĂšre rencontre va bouleverser son avenir dans la prestigieuse universitĂ© et va changer sa vie Ă  jamais. Cette histoire est un spin off de "Hard Rock đŸ€˜ Hard Love ❀ il n'est pas nĂ©cessaire d'avoir lu la premiĂšre histoire, mais vous risquez de vous faire spoiler Ă  certains moments. Huit chansons ont Ă©tĂ© spĂ©cialement Ă©crites et composĂ©es pour cette histoire. Les chansons sont disponibles gratuitement sur toutes les plateformes musicales, un lien YouTube sera ajoutĂ© pour que vous puissiez l'Ă©couter en mĂȘme temps. Les paroles sont en anglais, mais la traduction française est proposĂ©e en mĂȘme temps. Si vous souhaitez Ă©couter les chansons, vous pouvez chercher mon nom d'artiste sur les plateformes: Shelyn Foxy Je suis Ă©galement sur Instagram: shelyn_foxy Bonne lecture, bonne Ă©coute et n'hĂ©sitez pas Ă  me laisser un commentaire ou un message Merci 💜

Status
Complete
Chapters
35
Rating
5.0 3 reviews
Age Rating
18+

Premier jour Ă  Harvard

— Ben : Tu as pris tes Ă©couteurs ?

J’acquiesce sans parler.

— Ben : Jess, ça va faire une heure qu’on roule et tu m’as dit trois mots. Si j’avais su, j’aurais laissĂ© maman et papa te conduire.

Je souffle.

— Ben : Je peux faire demi-tour tu sais, il est encore temps.

C’est la phrase qui me rĂ©veille d’un coup.

— Jess : Oh non surtout pas ! T’imagines la honte ? Arriver sur le campus avec maman qui donnerait des ordres à tout le monde et papa qui serait en extase en parlant de ses souvenirs de jeunesse.

— Ben : N’empĂȘche que le fait que papa soit allĂ© Ă  Harvard t’as bien aidĂ© pour y entrer.

C’est vrai qu’aux USA, les universitĂ©s privilĂ©gient les dossiers des enfants dont les parents ont Ă©tĂ© Ă©lĂšves dans l’établissement.

— Jess : Mouais, c’est ça ou son gros chùque


— Ben : Plains-toi petite ingrate !

— Jess : Quoi ? T’as aimĂ© aller Ă  Harvard toi ?

— Ben : Bien sĂ»r, j’y ai passĂ© de belles annĂ©es. J’ai fait des rencontres sympas et le plus important, j’ai eu mon diplĂŽme.

— Jess : Qui ne te sert à rien aujourd’hui


— Ben : Je ne dirais pas qu’il ne me sers pas.

— Jess : Ah oui ? Et en quoi un diplîme d’avocat t’aide en informatique ?

Mon frĂšre ne rĂ©pond pas. Il sait que j’ai raison mais il ne l’avouera jamais Ă  sa petite sƓur.

— Jess : Ben ?

— Ben : Oui Jess ?

— Jess : Comment as-tu fait pour trouver ta voie ?

— Ben : Ma voie ?

— Jess : Oui, tu sais. Savoir ce que tu avais envie de faire dans la vie


— Ben : Je crois que je ne le sais toujours pas.

— Jess : Mais pourtant tu n’as pas l’air malheureux.

— Ben : Je ne le suis pas. Je considĂšre que la vie c’est autre chose que se tuer Ă  la tĂąche pour un mĂ©tier qu’on n’aime pas juste pour avoir de l’argent.

Je rĂ©flĂ©chis Ă  ses paroles mais je n’ai toujours pas de rĂ©ponse Ă  mes doutes.

— Jess : Et si je ne suis pas à ma place ici ?

— Ben : Qu’est-ce que tu racontes ? Tu avais les meilleures notes au lycĂ©e. Toujours dans les premiers, tu as obtenu ton diplĂŽme haut la main.

— Jess : Oui
 mais ce n’est pas ce que j’ai voulu dire.

— Ben : Alors dis ce que tu veux dire.

— Jess : Je ne suis pas sĂ»re d’avoir choisi la bonne matiĂšre.

— Ben : Quoi ? Mais tu Ă©tais tellement sĂ»re d’aller en psycho.

— Jess : Non, j’étais surtout sĂ»re de ne pas vouloir aller en droit !

— Ben : Pourquoi ?

— Jess : Parce que
 ça ne vous a pas servi à vous.

— Ben: Ce n’est pas parce que Brad et moi on a finalement changĂ© d’orientation que ça va t’arriver aussi.

— Jess : Oui mais regarde Brad. Il est acteur aprĂšs avoir Ă©tĂ© mannequin. Rien Ă  voir avec le droit. Et toi ? IngĂ©nieur informatique, aucun rapport avec le droit.

— Ben : Oui mais j’ai quand mĂȘme eu mon diplĂŽme !

Je ressens de la fiertĂ© dans le ton de sa voix. Mais je sais qu’il n’est allĂ© au bout de ses Ă©tudes que pour faire plaisir aux parents. Et dans la matiĂšre qu’ils avaient choisi pour lui. Ils ont bien tentĂ© de faire la mĂȘme chose avec moi. Je ne sais mĂȘme pas comment j’ai fait pour rĂ©sister.

— Ben : Jess, je vois bien qu’il y a quelque chose qui cloche. Parle moi franchement si tu veux que je puisse t’aider.

Je soupire et regarde par la fenĂȘtre.

— Jess : Ce n’est pas que je ne veux rien te dire. C’est que je ne sais pas comment le dire.

— Ben : Avec des mots et des phrases simples ?

— Jess : ArrĂȘte de te moquer de moi !

— Ben : Jess, je suis ton grand frĂšre mais avant tout, je suis ton meilleur ami depuis toujours. Tu sais que tu peux me faire confiance et me dire ce que tu as sur le cƓur, sans dĂ©tour. Je ne te jugerai pas comme pourrait le faire maman.

— Jess : Je sais Ben. Ce qu’il y a c’est que
 je suis perdue et je ne sais pas moi-mĂȘme ce que je veux.

— Ben : L’universitĂ© c’est fait pour apprendre, mais aussi pour faire de nouvelles expĂ©riences. Tu vas croiser des centaines de personnes intĂ©ressantes qui vont t’aider Ă  avancer.

— Jess : C’est bien ce qui me fait peur.

— Ben : Je sais que tu es d’un naturel timide petite sƓur. Mais ça te passera. S’il te faut du temps pour savoir vraiment ce que tu veux faire ou qui tu veux ĂȘtre, prends le. Et peu importe si les parents te pressent. Tu prends ton envol, c’est toi qui va gĂ©rer ta vie. Ce sont tes choix qui priment sur les leurs maintenant.

Je soupire encore. Pas parce que ce qu’il me dit m’ennuie, mais parce que je sais qu’il a raison. C’est moi qui doit prendre mes propres dĂ©cisions maintenant et ça me terrifie.

Les heures du trajet qui sĂ©parent mon passĂ© de mon futur passent Ă  une vitesse incroyablement longue. Mon grand frĂšre tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment de me changer les idĂ©es mais je suis bloquĂ©e dans un torrent d’idĂ©es noires qui ne s’évaporent pas.


Lorsque nous arrivons enfin au campus, Ben m’aide Ă  dĂ©charger mes affaires dans la chambre qui m’a Ă©tĂ© attribuĂ©e. Mon dortoir est sympa. Le haut du panier comme on dit. En mĂȘme temps, mes riches parents ont voulu que je sois bien installĂ©e pour me concentrer Ă  fond sur mes Ă©tudes. J’ai ma propre chambre, seule pour ne pas ĂȘtre distraite par une colocataire, ma propre salle de bain. Je dĂ©couvre mon nouveau logement et je suis satisfaite de l’emplacement. Pas au centre de tout mais pas trop loin non plus.

Ben m’aide Ă  porter mes cartons qu’il dĂ©pose sur le sol.

— Ben : Voilà petite sƓur. Tout est là. Tu veux un peu d’aide pour tout ranger ?

— Jess : Non merci, je ferai ça plus tard.

— Ben : Ok. Ça va aller ?

Encore une fois, je soupire.

— Jess : Oui.

J’essaie de paraĂźtre sĂ»re de moi mais je ne le dupe pas. Il s’avance vers moi et me prend dans ses bras.

— Ben : Tu m’appelles quand tu veux Jess. A n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Je serai là.

— Jess : Merci mon gros nounours.

Je le serre trùs fort. Je sais que je ne reverrai pas avant un moment. Il m’embrasse sur le front et me sourit tendrement.

— Ben : Tu vas y arriver. Tu es forte malgrĂ© ce que tu penses. Je crois en toi petite sƓur.

Je lui adresse un demi-sourire et le serre une derniĂšre fois contre moi avant de le laisser partir.

A la seconde oĂč il referme la porte, je me laisse tomber sur mon nouveau lit et regarde le plafond.

Ça y est j’y suis. Ma nouvelle vie. Seule. Sans parent


Mon tĂ©lĂ©phone sonne, l’écran affiche “Maman”.

Ils ne sont jamais loin


Je décroche sans attendre.

— Jess : Salut mam’ comment ça va depuis 5 heures ?

— Maman Betsy : Jessica s’il te plait, ne m’appelle pas comme ça. C’est dĂ©jĂ  assez agaçant que vous raccourcissiez vos prĂ©noms avec tes frĂšres !

— Jess : Pardon maman
 papa est avec toi ?

— Maman Betsy : Attends, je mets la camĂ©ra.

— Papa Jefferson : Ma chĂ©rie, tu es arrivĂ©e ?

— Jess : Oui il n’y a pas longtemps.

— Maman Betsy : Benjamin a conduit prudemment ?

— Jess : Oui, c’est d’ailleurs pour ça qu’on a mis si longtemps. Il vient de repartir.

— Maman Betsy : Il t’as aidĂ© Ă  dĂ©faire tes cartons ?

— Jess : Non. Je le ferai plus tard. Je vais aller rejoindre Lindsay.

— Papa Jefferson : Elle est dĂ©jĂ  arrivĂ©e ?

— Jess : Oui. Je vais essayer de la retrouver.

— Maman Betsy : Vous allez faire quoi ?

— Jess : On voulait faire le tour du campus et aller au forum des associations.

— Maman Betsy : TrĂšs bonne idĂ©e ma chĂ©rie. Tu vas rejoindre quels clubs ?

— Papa Jefferson : Je te conseille les mathlùtes !

— Jess : Ceux qui font des compĂ©titions de calcul ? Certainement pas !

— Maman Betsy : Alors le club de lecture ?

— Jess : Je ne crois pas non plus.

— Maman Betsy : Mais tu adores lire !

— Jess : Oui maman
 je verrai


— Maman Betsy : D’accord, tiens nous au courant, je te rappelle demain. Bisous ma chĂ©rie.

— Papa Jefferson : Bisous ma grande.

Je ne peux m’empĂȘcher de soupirer. Ça ne fait que cinq heures que je suis partie et j’ai encore l’impression d’ĂȘtre Ă  la maison.

Je prends mon tel pour envoyer un message Ă  Lindsay.

đŸ“± Lind t’es oĂč ? Je suis arrivĂ©e. Je vais me perdre si je sors, viens me chercher !!

Sa réponse ne se fait pas attendre.

đŸ“± Je suis lĂ  dans 5 minutes.

Cinq minutes c’est le temps de vĂ©rifier que j’ai pas l’air d’un Ă©pouvantail aprĂšs ce long trajet en voiture.

Je me rafraĂźchis vite fait dans la salle de bain. Mes cheveux noirs, pourtant longs, sont toujours attachĂ©s en chignon, avec deux trois mĂšches qui encadrent mon visage. Mon pĂšre dit que je suis jolie — Ă©videmment, c’est mon pĂšre. Moi, je me trouve beaucoup trop maigre, trop petite, trop pas assez bien. Mon nez est trop court, mes joues sont trop creusĂ©es, mes doigts sont trop fins. Les seules choses que j’aime chez moi sont mes yeux bleus et ma bouche, lĂ©gĂšrement pulpeuse, mais pas trop pour ĂȘtre traitĂ©e de “bouche Ă  pipes” — oui, j’ai dĂ©jĂ  entendu des filles se faire appeler comme ça.

J’inspecte ensuite ma tenue. Jean un peu trop grand pour moi, top noir recouvert d’une chemise Ă  carreaux manches courtes, je ressemble pas Ă  grand chose. Bof. De toute façon mes vĂȘtements sont encore dans les cartons. Pas le temps de faire mieux, Lindsay tape Ă  ma porte. Je m’y prĂ©cipite et ouvre pour la prendre dans mes bras.

— Lindsay : Jess ! T’es enfin là !!

Lindsay. Ma meilleure amie depuis qu’on a deux ans. Nos parents sont voisins et on a grandi cĂŽte Ă  cĂŽte. Toujours dans les mĂȘmes classes Ă  l’école, on partait en vacances ensemble. C’est la sƓur que je n’ai jamais eue.

Niveau physique, on ne se ressemble pas du tout. Lindsay est grande, Ă©lancĂ©e, elle a des formes comme il faut lĂ  oĂč il faut. C’est toujours vers elle que les regards se tournent quand on entre dans une piĂšce. En mĂȘme temps, avec ses cheveux rouges colorĂ©s, on ne voit qu’elle ! Ses yeux noisettes dorĂ©s resplendissent au soleil. Elle est magnifique, parfaite Ă  tous les niveaux et si j’étais un mec, je tomberais amoureux de sa beautĂ©.

— Jess : Ouais, Ben a roulĂ© comme un papy alors ça a pris plus de temps que prĂ©vu. T’es arrivĂ©e quand ?

— Lindsay : Ce matin. J’ai pas encore dĂ©ballĂ© mes valises, je suis sortie tout de suite pour visiter. C’est immense ! J’arrive pas Ă  croire que je suis enfin ici !

Oui enfin


Lindsay, c’est la fille qui sait ce qu’elle veut, tout l’inverse de moi. Elle a planifiĂ© genre les 30 prochaines annĂ©es de sa vie et ça depuis ses 10 ans
 Middle school, high school (collĂšge et lycĂ©e aux USA), elle Ă©tait la premiĂšre dans tous les domaines et toutes les matiĂšres. Elle savait dĂ©jĂ  qu’elle entrerait Ă  Harvard en droit. Et elle y est, comme elle l’avait dit. AprĂšs avoir obtenu son diplĂŽme, et elle l’aura sans souci, elle sait dĂ©jĂ  qu’elle intĂ©grera un petit cabinet et se spĂ©cialisera en dĂ©fense des femmes et des enfants. Et encore aprĂšs quelques annĂ©es, elle sera Juge Ă  la Cour SuprĂȘme. Je ne m’en fais pas pour elle. Son rĂȘve se rĂ©alisera et elle y arrivera avec une facilitĂ© dĂ©concertante.

Je reprends sa phrase avec nonchalance.

— Jess : Ouais, on y est.

— Lindsay : Je t’attendais pour aller au forum des assos mais faut se grouiller sinon y aura plus de place pour nous.

Si vous n’ĂȘtes pas familiarisĂ© avec les pratiques aux États-Unis, sachez qu’il est de bon ton d’intĂ©grer une ou plusieurs “organisations Ă©tudiantes” lors des Ă©tudes. Ce sont des sortes de clubs extra-scolaires plus ou moins prisĂ©s et reconnus.

A Harvard, la plus prestigieuse et aussi la plus ancienne est la Signet Society. On y parle principalement d’art et de littĂ©rature. Mais il y a aussi de plus petits clubs, pour tous les goĂ»ts. Sport, journalisme, religion, politique, arts, culture
 je crois qu’il y en a plus de 400 diffĂ©rents Ă  travers les neuf facultĂ©s que compte Harvard. Certains clubs sont trĂšs fermĂ©s et les places sont chĂšres. Certaines n’acceptent qu’aprĂšs candidature ou font passer des auditions.

— Jess : Tu sais dĂ©jĂ  laquelle tu veux rejoindre ?

Je pose la question alors que nous arpentons les sentiers du campus. Je sais dĂ©jĂ  exactement ce qu’elle va me rĂ©pondre. Le Harvard-Radcliffe Dramatic Club


— Lindsay : Le club de théùtre bien sĂ»r !

Bah voilà


— Lindsay : Je veux ĂȘtre sur la scĂšne mais aussi en dehors. Pouvoir diriger, organiser et Ă  la fois ĂȘtre acclamĂ©e par le public.

Je ne sais pas comment elle fait pour trouver toute cette Ă©nergie. Je l’écoute m’expliquer avec passion la façon avec laquelle elle va rĂ©volutionner le club. Mais je ne peux m’empĂȘcher de penser Ă  ce que moi je vais faire. Rejoindre le club de lecture comme voudrait ma mĂšre ? Tenter d’intĂ©grer la troupe de théùtre pour ĂȘtre avec Lindsay et faire comme mon grand frĂšre Brad qui bosse maintenant Ă  Hollywood ?

Alors que nous arrivons aux différents stands, mes yeux vadrouillent de droite à gauche.

Qu’est ce que je veux vraiment ?

Lindsay continue son monologue mais je ne l’écoute plus.

Je sais ce que je veux. Mais mĂȘme Ă  moi, je n’ose me l’avouer. Ma passion cachĂ©e, mon plaisir inavouĂ©. Le secret enfoui bien profondĂ©ment au fond de mon cƓur.

La musique.

Alors oui, je suis musicienne. Ma mĂšre a bien veillĂ© Ă  mon Ă©ducation musicale Ă  base de musique de chambre et autres trucs classiques bien chiants. J’ai appris le piano dĂšs l’ñge de 4 ans. J’ai dĂ» me produire pour des rĂ©citals au milieu de salles de concerts parfois immenses Ă  mes yeux de petite fille. Et j’ai dĂ©testĂ©. Je ne dĂ©teste pas la musique classique ou l’instrument
 Ce que je n’aime pas c’est ĂȘtre au centre de l’attention. En plein milieu d’une piĂšce ou tous les regards sont braquĂ©s vers moi.

Ce que je veux vraiment c’est Ă©crire. Composer de la musique, Ă©crire des chansons pour que les autres les chantent Ă  ma place. Le problĂšme c’est que comme personne ne connaĂźt mon secret, je ne peux proposer mes Ă©crits Ă  personne.

Je chasse cette idée de mon esprit et continue de suivre Lindsay. Elle se dirige tout droit vers le prestigieux club de théùtre.

Je reste en retrait et regarde Lindsay faire du grand Lindsay. DĂšs qu’elle arrive, elle ne peut s’empĂȘcher d’attirer toute l’attention sur elle. Elle discute avec tout le monde, prend des flyers, parle de son cursus, de ce qu’elle veut faire, de ce qu’elle est. Une star. J’ai dĂ©jĂ  vu cette scĂšne mille fois. Et je ne m’en plaint pas. De cette façon, je reste dans l’ombre, personne ne vient me parler et j’observe de loin.

Lindsay se tourne vers moi pour m’inciter Ă  m’approcher mais je reste Ă  ma place. Elle hausse les Ă©paules et me fait un signe de la main pour que je continue Ă  visiter.

Je poursuis ma route, flĂąnant au milieu des allĂ©es sans jamais vraiment m’approcher d’un stand.

— Mec chelou : Salut ! Tu veux rejoindre le groupe de cosplay ?

je regarde le type devant moi, il porte un “maillot de bain” une piùce vert fluo qui lui moule les hum hum
 parties en bas
 et qui se divise en deux bretelles en haut.

— Jess : Heu
 t’es dĂ©guisĂ© en quoi lĂ  ?

— Mec chelou : En Borat ! Je suis Sacha Baron Cohen. T’as jamais vu le film ? Il est un peu vieux mais bon


— Jess : Heu
 non merci.

Quel déglingué celui-là !

Il y a vraiment de tout ici. Cuisine, natation, peinture, golf


— Jess : Poterie Ă©rotique ??

Celui-ci m’intrigue. Non pas que je sois particuliĂšrement intĂ©ressĂ©e par l’art du moulage. Mais qu’est ce que l’érotisme vient faire ici ? Je m’approche lĂ©gĂšrement, me plaçant derriĂšre une fille plus grande que moi et je comprends tout de suite. Au lieu de faire des pots, ils sculptent des corps. Une fille montre fiĂšrement un corps masculin d’une soixantaine de centimĂštres, entiĂšrement nu et particuliĂšrement bien membrĂ©.

Je pouffe de rire et ne peux m’empĂȘcher de lancer.

— Jess : T’as pas tombĂ© en panne de glaise aprĂšs avoir fait son machin ?

Elle me lance un regard noir, je tourne immĂ©diatement les talons et m’éloigne sans me retourner.

Des bruits attirent mon attention alors que je change de sentier.

Musique.

Je m’agglutine Ă  la troupe de badauds rĂ©unis autour d’un piano et murmure.

— Jess : Mozart, sonate numĂ©ro 16.

La fille Ă  cĂŽtĂ© de moi me regarde en fronçant les sourcils comme si je l’avais dĂ©rangĂ©e. Je me dĂ©cale sur l’autre cĂŽtĂ© du stand pour l’éviter et recule pour n’ĂȘtre Ă  proximitĂ© de personne. CollĂ©e au stand que j’observe, se trouve un autre club dĂ©diĂ© Ă  la musique. Je jette un rapide coup d’Ɠil mais je ne vois ni banderole ni flyer. Il n’y a rien Ă  part une planche en bois sur deux trĂ©teaux.

Sur la table, une feuille blanche arbore un seul mot:

ROCK !

Je regarde derriĂšre la table improvisĂ©e et vois un mec assis sur une chaise, lisant un livre sans se soucier des potentiels adhĂ©rents. Il a l’air concentrĂ©, nullement dĂ©rangĂ© par la personne en train de massacrer la composition pourtant facile de Mozart.

Il porte une veste en cuir, un jean troué et de grandes boots noires. Ses cheveux noirs tombent en cascade sur son visage hùlé que je ne peux voir entiÚrement



 Jusqu’à ce qu’il relĂšve les yeux, se sentant visiblement Ă©piĂ©.

Je dĂ©tourne le regard et repasse de l’autre cĂŽtĂ© du stand de piano.

Un gars jovial s’approche alors de moi.

— Henry : Salut ! Je m’appelle Henry. Ça fait deux minutes que je te vois tourner. T’es intĂ©ressĂ©e ?

— Jess : Vous ĂȘtes quoi exactement ?

— Henry : On fait partie de la Harvard Musical Association.

— Jess : Et vous faites ?

Je ne sais pas pourquoi mais je jette un Ɠil derriùre le gars qui me parle pour voir si l’autre là-bas est toujours en train de lire.

— Henry : Des reprĂ©sentations Ă  travers l’annĂ©e. On a un orchestre complet et on se produit pour partager la musique classique Ă  travers les facultĂ©s. On fait appel Ă  nous pour l’ambiance musicale lors des galas, des remises de rĂ©compenses ou pour des Ă©vĂ©nements particuliers.

Ambiance musicale, je vois le genre. On dirait que je suis de retour chez ma mĂšre.

— Henry : Alors t’es intĂ©ressĂ©e ?

Je lui montre le mec seul du stand à cÎté.

— Jess : Il est dans votre asso lui ?

— Henry : Tyler ? Oh non. Il Ă©tait dans un groupe de rock l’annĂ©e derniĂšre. Mais ses membres ont eu leur diplĂŽme et il est tout seul maintenant.

J’observe le type mais Henry insiste.

— Henry : Alors t’es intĂ©ressĂ©e ?

Il n’attend pas ma rĂ©ponse et me prend la main.

— Henry : Toi, t’es pianiste, ça se voit tout de suite. Viens faire un essai.

Encore une fois, je regarde vers le stand vide derriĂšre. Henry me conduit au piano m’assoit de force. Évidemment je deviens rouge comme une tomate. Heureusement l’attroupement s’est dispersĂ© depuis que la personne qui jouait avant a fini. Un regard furtif Ă  gauche. Il lit toujours. Mais


Qu’est-ce que je fous ici ?