CE QUE LE COEUR N'OUBLIE JAMAIS

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Summary

Élise vit hantée par ses rêves, ces fragments d’une vie qu’elle n’a jamais vécue mais qui semblent plus vrais que tout. Lorsqu’elle rencontre enfin Maël dans une librairie, celui-ci ignore tout d’elle. Ensemble, ils vont naviguer entre mystère et émotion, découvrant un secret de famille, des souvenirs enfouis et une promesse d’amour qui transcende le temps. Entre la magie d’un passé fantôme et la douceur d’une renaissance, ils apprennent que le cœur ne perd jamais ce qu’il a aimé, même quand la mémoire s’efface.

Genre
Mystery
Author
Livatiana
Status
Complete
Chapters
17
Rating
5.0 1 review
Age Rating
16+

Chapitre 1 – Le dormeur du seuil

Élise se réveilla dans l’obscurité bleu nuit, le cœur battant contre ses côtes comme s’il cherchait à sortir.

Une fraction de seconde, elle fut encore là-bas — dans ce monde doux et flou, cet ailleurs où l’attendait lui. Sa peau, sa voix, ses mains sur sa joue. Mais la lumière grise de l’aube filtrait déjà entre les lames du volet, et la réalité, cette garce, reprenait ses droits.

Il n’était plus là.

Il n’avait jamais été là.

Et pourtant… chaque matin depuis un an, elle se réveillait avec cette étrange sensation d’avoir perdu quelqu’un qu’elle n’a jamais connu.

Le rêve avait été plus intense cette nuit. Plus net.

Elle sentait encore le grain de sa chemise contre sa peau nue, l’odeur de bois brûlé dans la pièce, le murmure de ses lèvres dans son cou.

Il avait dit son prénom.

Pas juste « Élise », mais « Mon Élise ».

Elle se redressa lentement, les draps en désordre autour d’elle comme les vestiges d’un amour invisible. Elle posa les pieds sur le parquet froid, frissonna. Pas à cause du froid. Mais à cause du vide. Le genre de vide que seule une absence trop réelle peut laisser.

Dans la cuisine, elle fit couler le café comme un automatisme.

Pas besoin d’y penser. C’était toujours pareil.

Réveil. Manque. Vertige.

Elle était lucide : ce n’était qu’un rêve, évidemment. Elle ne croyait pas aux âmes sœurs tombées du ciel, ni aux souvenirs d’une vie antérieure.

Mais chaque nuit, elle retournait vers lui.

Chaque nuit, il l’attendait.

Chaque nuit, ils reprenaient leur histoire là où elle s’était arrêtée.

Il s’appelait Maël.

Il ne disait pas son nom souvent, mais quand il le faisait, c’était comme si le monde s’arrêtait autour d’elle. Il n’y avait plus que lui. Et cette tendresse dans ses yeux — une tendresse que personne, jamais, ne lui avait offerte ici.

Il était devenu son secret. Son autre monde.

Ses amies pensaient qu’elle était simplement un peu "ailleurs" ces temps-ci.

La vérité, c’est qu’elle était amoureuse d’un homme qui n’existait pas.

Ou plutôt… qui n’existait que là-bas.

Ce jour-là, elle décida de sortir.

Peut-être pour fuir le rêve qui la poursuivait même éveillée.

Peut-être dans l’espoir, fou et silencieux, de croiser un éclat de lui quelque part.

Un détail. Un parfum. Une sensation familière.

Elle traversa la ville comme on marche dans un souvenir qu’on n’a jamais vécu.

Elle se laissa porter.

Les pavés sous ses pieds. Le vent tiède.

Et cette étrange impression que quelque chose allait arriver.

C’est une vitrine ancienne qui attira son regard.

Un petit magasin coincé entre deux cafés trop bruyants. Une librairie de livres oubliés.

Elle poussa la porte. Un tintement discret. Une odeur de papier vieilli, d’encre et de poussière.

L’air avait la consistance du silence.

Elle flâna entre les rayons, frôlant les reliures du bout des doigts.

Et c’est là qu’elle le vit.

Lui.

De dos, penché sur une étagère.

Même silhouette. Même port de tête.

Il leva légèrement la main pour attraper un livre sur l’étagère du haut.

Et quand il se retourna…

Elle crut que son cœur allait s’arrêter.

Ses yeux.

Son visage.

Sa bouche.

C’était Maël.

Ici.

Maintenant.

Mais quelque chose clochait.

Il fronça légèrement les sourcils en la voyant. Un regard neutre. Presque distant.

Pas d’éclat de reconnaissance.

Pas de chaleur dans les yeux.

Il la regardait comme on regarde un visage croisé dans le métro. Pas comme on regarde la femme que l’on aime dans tous ses rêves.

Élise recula d’un pas. Un vertige.

Il passa à côté d’elle. Poliment. Silencieusement.

Comme un inconnu.

Mais elle, elle sentit ses genoux faiblir.

Elle connaissait son odeur.

Elle connaissait la petite cicatrice au-dessus de sa lèvre.

Elle connaissait le grain de sa voix quand il disait « viens ».

Et lui…

ne la connaissait pas.

Le rêve ne s’était pas arrêté.

Il avait simplement... changé de lieu.