Prologue
Ammar freina doucement lorsqu'il arriva à sa hauteur.
Amaya attendait le bus parmi une trentaine d'étudiants qui sortaient de leur cours du matin. Elle portait des lunettes de soleil, un habillement simple et ce charme qui la rendait si spéciale.
Son prochain cours commençait dans un quart d'heure. Ammar le savait.
Et pourtant, quelque chose en lui refusait de laisser passer cette chance.
Il ne l'avait aperçue qu'une ou deux fois sur le campus, mais depuis, elle habitait ses pensées, s'imposait dans ses rêves, dans ses moments d'absence.
Alors il inspira et fit descendre la vitre de sa voiture
Il fit un petit signe de la main dans sa direction, un geste discret.
Mais la fille qui se tenait juste à côté d'Amaya leva aussitôt la tête, persuadée qu'il s'adressait à elle. Avant qu'Ammar ait le temps de rectifier, elle s'avança d'un pas trop enthousiaste et ouvrit la portière.
Elle s'installa sur le siège passager comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.
Ammar resta un instant figé, incapable de masquer la grimace qui traversa son visage. À travers la vitre, il aperçut Amaya qui, en voyant la scène, s'éloignait légèrement. Elle baissa les yeux dans son livre, l'air indifférent, comme si tout cela ne la concernait pas — ou pire, comme si cela l'ennuyait.
Il inspira, tenta de retrouver un semblant de calme, puis tourna la tête vers l'intruse.
— Euh... désolé, mais j'attends quelqu'un, dit-il d'une voix neutre, presque froide.
La fille le fixa, confuse, cherchant une explication dans son regard.
— Ah... je pensais que tu me faisais signe, répondit-elle avant d'ouvrir brusquement la portière. Désolée.
Elle sortit en claquant un peu trop fort, vexée, et s'éloigna d'un pas rapide.
Ammar laissa échapper un soupir long. Son regard glissa vers Amaya. Elle était à quelques mètres, toujours plongée dans son livre, comme si la scène n'avait été qu'un bruit de fond.
Alors il redémarra doucement, fit quelques mètres, et s'arrêta juste à côté d'elle, sa fenêtre ouverte donnant directement sur elle.
— Ça va ? demanda-t-il.
Elle répondit d'un mouvement de la tête, avec un regard glaciale derrière ses lunettes.
— Tu vas vers où ? continua-t-il, lui offrant un sourire charmeur.
— Nulle part, répondit-elle du même ton distant.
Elle fit encore quelques pas de côté pour s'éloigner.
Ammar sourit davantage. Ce n'était pas une gifle. Au contraire, cette froideur lui donnait encore plus envie de comprendre ce qu'elle incarnait.
Il avança sa voiture à sa hauteur. Puis il se plaça devant elle, lui barrant subtilement le passage.
— Tu as l'air d'attendre, dit-il doucement. Tu peux monter, une belle créature comme toi mérite plus un chauffeur personnel qu'un bus qui lui perd son temps.
— Je t'ai dit que je vais nulle part, répondit-elle, la voix sèche, pleine d'impatience.
— Très bien, dit-il avec un sourire amusé. Comme tu vas nulle part... moi aussi je vais rester ici. Avec toi. On va nulle part ensemble.
Elle s'arrêta, l'observa un instant comme s'il venait de dire la chose la plus absurde du monde.
— Tu vois pas le problème ? lâcha-t-elle. Tu peux passer. Je t'ai dit que je ne suis pas intéressée.
— Non, répondit-il calmement. Je reste. Jusqu'à ce que tu décides de partir. Et quand tu partiras... on partira ensemble.
Elle leva les yeux au ciel, visiblement agacée.
Elle consulta son smartphone, jeta un nouveau coup d'œil vers la voie où le bus devait apparaître... rien.
Un soupir. Puis enfin :
— Dis-moi ce que tu veux. Qu'on en finisse.
Ammar sentit un sourire léger étirer ses lèvres.
— Nous y voilà... J'attendais que tu me le demandes...
— Fait vite, je n'aime pas trop bavarder sur la rue, avec... des gars comme toi, interrompit elle en le toisant.
Il la fixa, étonnée par cette remarque mais sourit et sortit son téléphone.
— D'accord, je voudrais juste ton numéro, si ça ne te dérange pas. Ainsi on pourrait parler et pas dans la rue. +227...?
Elle détourna le regard, déclama d'un ton neutre :
— ... 84******, termina-t-elle.
Il tapa les chiffres rapidement, puis leva un œil vers elle.
— Je t'enregistre sous quel nom ?
— Assia, répondit-elle sans aucune conviction.
— Merci beaucoup. Tu doit pas rester trop près du goudron. Y en a qui conduisent mal ici. Je voudrai pas qu'on touche à ta sante.
— Je peux prendre soin de moi-même, dit-elle, d'un ton sec.
L'impatience vibrait dans sa voix, dans sa posture, dans son regard.
Ammar sourit, puis démarra après lui avoir fait un signe d'aurevoir. Tout cela lui paraissait irréel, lui Ammar Zayd Babban-gida, il avait l'habitude de voir les filles tombées devant lui. Or, il s'en foutait de donner l'impression de courir derrière celle-ci. Elle dégage cette chose unique qui le rend accro et toute autre fille insignifiante à ces yeux... désormais.
***
Deux jours.
Deux jours à chercher son visage dans chaque couloir, à scruter la sortie des amphis, à tourner autour de la cafétéria comme un fantôme affamé.
Et enfin, il la trouva. Après des dizaines d'appel vers un numéro qui n'avait jamais existé.
Amaya était assise à une table, à côté de Fatima. À vrai dire, elle n'était venue ici que parce que son amie l'y avait tirée. Le Seven, un petit restaurant dans l'université, pour elle, était le repaire des gosses de riches, des playboys parfumés, des filles trop maquillées. Un endroit où elle ne se sentait jamais à sa place.
Elle scrollait sur son téléphone, recroquevillant presque sur sa chaise. Le Seven de l'Université Ahmadu Bello grouillait de monde, remplie du brouhaha habituel : éclats de rire, chants étouffés des haut-parleurs, discussions animées autour des examens à venir. L'air sentait le jollof-rice, le thé sucré et l'agitation. Et cela n'arrange rien dans son humeur maussade, pour une raison particulière.
Ammar, lui, n'hésita pas une seconde.
Il s'assit à leur table sans invitation, sans même réfléchir, porté par un mélange de détermination et de fierté.
— Salut, Fatima, dit-il vaguement, les yeux rivés sur Amaya.
Elle ne releva même pas la tête.
Il se pencha légèrement, un sourire victorieux accroché aux lèvres.
— Tu penses que c'est parce que tu m'as donné un faux numéro que je n'allais pas te retrouver, Assia... ou plutôt Amaya ?
Le nom claqua dans l'air comme une petite gifle.
Elle releva les yeux, surprise malgré elle.
— Tu sais, dit-il avec une assurance tranquille, les Hausa disent que le pays de l'être aimé n'est jamais loin, et qu'on finit toujours par y arriver.
Il posa son coude sur la table, comme s'il venait de gagner quelque chose.
Amaya posa brusquement son smoothie, attrapa son sac et le remit sur son épaule.
— Fatima, s'il te plaît, quittons cet endroit, dit-elle, la voix tendue.
Fatima leva les yeux vers elle, confuse.
— Attends juste deux minutes, laisse-moi finir de manger...
— Non, Fatima. On y va maintenant.
Ammar se redressa, l'observa, un mélange étrange de frustration et d'admiration dans les yeux.
— Pourquoi, Amaya... pourquoi tu me fais ça ? dit-il, presque dans un souffle. J'ai jamais fait ça à une autre fille.
Son regard se fit grave, sincère, brûlant.
— Des centaines voudraient être à ta place.
— Fatima... quand tu fini ; rejoins-moi, dit-elle simplement.
Amaya quitta la pièce sans un mot de plus, ses pas rapides résonnant sur le carrelage.
Fatima la suivit du regard, de la lassitude dans les yeux. Puis elle posa sa cuillère et se leva à son tour. Elle prit son sac à main, se retourna vers Ammar et tenta un sourire poli.
— Excuse-moi. Je sais pas ce que tu as fait ou pas fait, mais elle n'aime vraiment pas ce genre de situation.
Il leva les yeux vers elle comme si elle venait de lui annoncer une catastrophe.
Il ouvrit la bouche, une détresse légère glissant dans sa voix.
— S'il te plaît... dis-lui qu'elle me plait vraiment.
Son regard se troubla.
— Que son indifférence me fait mal.
Fatima resta immobile un instant.
Elle ne s'attendait pas à ça. Pas à cette sincérité nue, sans arrogance. Elle le connaissait lui et son groupe de populaires, elle ne s'attendait pas à cela venant de lui.
— Euh... commença-t-elle doucement.
Mais il secoua la tête, pour lui couper la parole.
— Je ne te demande rien d'autre. Juste... dis-le-lui. Même si elle s'en fiche.
Il inspira.
— Je veux qu'elle sache.
Fatima baissa les yeux devant l'intensité qu'il projetait.
— Je lui dirai... murmura-t-elle finalement, avant de rejoindre son amie.
Ammar se souleva lassement et ce dirige vers la table où ce trouvaient ses amis, tous membres de l'équipe universitaire de basquet Ball.
C'est au fond de la salle, là où les ventilateurs fatigués brassaient l'air sans efficacité, Sofian Waziri, jambes étendues, trônait comme si la table lui appartenait ,totalement absorbé par son smart phone. Fadel, Kamal et Ahmad, eux, discutaient de tout les sujets normaux et possibles: le dernier clip de Cardi B, le cul de la nouvelle prof de langue, le basquet, les filles...
Ammar s'installa en face de lui, montre reluisante, attitude de prince héritier de Kano. Il avait ce air qui disait je peux tout avoir, sauf... sauf une chose qui le hantait.
Amaya.
— Wallahi, elle m'ignore encore, annonça Ammar en lâchant son téléphone sur la table comme une défaite.
Tous les garçon de la table éclatèrent de rire, sauf lui qui fixait un point invisible, là où Amaya venait de traverser le café.
Sofian leva à peine les yeux de son téléphone, sans savoir vraiment de quoi parlaient ses amis.
— Mon frère, si une fille t'ignore, c'est qu'elle a du goût, lança-t-il avec un sourire amusé et plein de sous-entendus.
Encore des rires à la table. Ammar leva un sourcil agacé, mais ignora l'attaque de Sofian.
— Vous savez quoi... elle ne quitte plus ma tête.
— Courage mec, elle est peut être très réservée mais elle finira par lâcher comme les autres, dit Fadel d'un ton mi amusé, mi réconfortant.
— Elle n'est pas comme les autres frère..., répondit Ammar fermement.
— Elle est quand même canon, elle me tente moi aussi..., dit Ahmad provocateur.
Ammar lui lança un regard qui dit "T'a perdu la tête".
— Eh Mad! Epargne toi de ça, et toi Ammar comme tu parait loin on te souhaite bon courage, Fadel répondit en sirotant son jus d'ananas.
— Dudes dites, cette fille dont vous parlez, j'espère qu'elle n'est pas humaine, ne me mettez en PLS à parler d'une fille comme d'une perle précieuse ou d'un gros trésor en bitcoins.
— Elle est humaine, juste qu'elle est différente, presque inaccessible, expliqua Ammar.
— Je le jure, aucune fille ne peut résister éternellement aux hommes, si elle repousse un, un autre saurait la faire flancher, répondit Sofian d'un air détaché mais totalement convaincu.
— Hum, si Ammar dit qu'elle est insaisissable je croit qu'elle l'est, retorqua Kamal.
Sofian posa enfin son téléphone, croisa les bras derrière sa tête et prit un air fier.
— Si elle tient tête à Ammar, elle peut pas le faire avec moi; et pour être insaisissable; bah aucune meuf ne l'est.
— Tu pense que tu peux faire mieux que moi espèce de loser? Vociféra Ammar exaspéré, il haussa la voix ce qui attira l'attention à leur table.
"Loser" un nom que Sofian détestait au plus haut degré, Ammar le savait.
— Moi ? Aucune fille ne peut me résister. Toi, tu forces, tu achètes. Moi, je charme. Répondit Sofian sans hésiter, en contrôlant sa colère croissante.
Ses potes se mirent à siffler, à lancer des "ehhh, big talker !".
Ammar croisa les bras. Il sourit, mais pas un sourire amusé. Un sourire d'homme qui tient une idée dangereuse.
— Très bien. Démonte ta grande théorie. Fais-la tomber.
Un silence intéressé tomba sur la table.
Les regards se tournèrent vers Sofian, comme si un spectacle venait de commencer.
Sofian éclata d'un rire bref et sec.
— Faire tomber une fille, c'est pas lui demander l'heure.
— Donc t'as perdu par forfait, je m'en doutait. D'ailleurs que peut faire un mec comme toi là où je pas réussi. Annonça Ammar, orgueilleux; avec brin de soulagement à peine dissimilé.
Sofian lâcha un soupir agacé il n'appréciait pas spécialement Ammar, qui était aussi son cousin. Il a comprit les sous-entendus. Son caractère de gosse de riche l'exaspérait, d'autant plus que Ammar ne ratait jamais l'occasion d'affirmer son statut de mum's boy blindé.
— Comme tu veux. Elle ne t'as jamais calculé mais je te garantis que dans peu de temps, elle me parlera; me sourira et tu pourras ravaler ton orgueil à deux balle. Retorqua Sofian, sans parvenir à cacher sa colère.
Ammar pencha la tête avec un air de défi dans les iris.
— Je parle pas d'un sourire. Je parle d'une déclaration. Une vraie. D'ici un mois. Si tu y arrives...
Il claqua des doigts, comme un marchand concluant une affaire.
— ... ma Mercedes-Benz CLA 2025 est à toi.
Les yeux de Sofian s'écarquillèrent légèrement. Il essayait de rester impassible, mais l'idée de rouler autre chose qu'une voiture qui toussait comme un vieil homme l'électrisa intérieurement. Son épave l'abandonnait presque chaque semaine au garage. Une Mercedes... c'était la liberté. Le respect. La revanche.
— Et si tu gagne pas alors tu reconnais devant tout le groupe que t'es juste un parleur, un incapable... un loser comme le pense... enfin tu connais qui.
Les garçons éclatèrent de rire, Ahmad et Kamal tapaient sur la table en anticipation. Les affrontement entre Ammar et Sofian n'étaient pas rares et étaient toujours intéressants.
Sofian inspira, redressa son dos son cœur et en ébullition.
Son ego vibrait, grandissait, lui murmurait : Montre-leur. Tu ne perds jamais.
Inaccessible, avait dit Ammar.
Un mot qui ne faisait qu'alimenter le feu dans la poitrine de Sofian.
Il se leva, sa chaise grinçant derrière lui.
« Marché conclu. »
Il tendit la main à Ammar.
« Prépare les clés. Dans un mois, je reviendrai avec le cœur de la fille. »
Ammar serra sa main avec un sourire moqueur. Il cachait son inquiétude savant Sofian tenace.
Sofian ne savait pas encore que ce pari, né d'ego et d'arrogance, allait le mener plus loin qu'il ne l'avait jamais imaginé.
Plus loin que la CLA 2025, que la fierté, que le jeu.
Il entrait dans une histoire dont il ne contrôlait rien.
Un mois.
Une fille qui ne croit plus au bonheur.
Et un pari qui démarre tout et qui changerait tout.
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Salut voici le prologue!! Un peu trop long mais nécessaire pour instaurer le décor.
Avez-vous aimez?
J'attends vos votes et vos commentaires!!!








