Épilogue
Archives de Stabilisation — Version officielle Sidhe
Les humains se considéraient comme le centre de toute chose.Ils se pensaient indispensables.
Ils ne l’étaient pas.
Leur espèce s’était développée sans limite, consommant les sols, les eaux, l’air, et jusqu’à ses propres membres. Ils avaient bâti un système fondé sur la possession et l’accumulation, sur la circulation abstraite de richesses détachées du vivant. Le pouvoir s’y concentrait entre quelques mains, et pour le préserver, ils s’entretuaient. Méthodiquement. À grande échelle.
Ils appelèrent cela le progrès.
Lorsque leurs conflits cessèrent d’être locaux pour devenir globaux, lorsqu’ils conçurent des armes capables de rendre la planète inhabitable, lorsque la destruction du vivant devint un paramètre acceptable, l’équilibre fut rompu. Les cycles se désagrégeaient.
Les dragons de glace avaient disparu depuis des siècles, laissant derrière eux un vide que les mécanismes naturels de régénération ne parvenaient plus à combler.
Il fallut intervenir.
Les Sidhes et les faes franchirent de nouveau les portails, non pour conquérir, mais pour corriger. La décision ne fut ni impulsive ni arbitraire. Elle répondit à une nécessité. Une onde de neutralisation fut déployée afin d’anéantir toute technologie avancée, toute arme, toute infrastructure industrielle humaine. L’effondrement fut rapide. Les pertes furent inévitables.
L’ère humaine prit fin ce jour-là.
Les survivants furent recensés, classifiés et placés sous tutelle. Leur reproduction fut suspendue afin d’éviter toute récidive. Des zones de confinement furent établies, administrées et surveillées. L’espèce humaine devait subsister sans jamais retrouver un seuil critique.
La paix ne pouvait être assurée par la seule contrainte. Elle exigeait une mémoire contrôlée.
Les archives furent corrigées.
Les récits harmonisés.
Les chants réécrits.
Les légendes ajustées.
Les humains apprirent qu’ils avaient été sauvés.
Que leur réduction était un mal nécessaire.
Que la stabilité du monde justifiait leur dépossession.
Un système judiciaire strict fut instauré afin de prévenir toute déviance. Les peines devaient être dissuasives. Définitives. Les espèces inférieures — humaines ou assimilées — ne pouvaient se permettre l’erreur.
Le monde entra alors dans une ère nouvelle.
Stable. Régulée. Prévisible.
Le vivant recommença à prospérer.
Les Sidhes veillèrent à ce que nul ne se souvienne de ce qu’il avait fallu détruire pour atteindre cet équilibre.
Il n’existait, officiellement, aucune exception.








