Prologue
Aurelia Prima
La salle de naissance royale de Luminaris baignait dans une blancheur aveuglante, vibrante, presque vivante. En son centre, un berceau d’acier reflétait mille éclats de lumière. L’héritier de la maison Solarius y reposait après le premier cri poussé en quittant le ventre de sa mère, Sélène. La famille proche admirait l’enfant. La sage-femme et le prêtre se tenaient immobiles, les yeux rivés, non pas sur le nourrisson, mais sur le bras mécanique qui descendait avec lenteur, puis qui effleura la peau tendre du nouveau-né, inséra une puce biométrique. Une étincelle bleue jaillit au-dessus de la tête du prince lorsqu’elle s’activa.
Un silence dense, presque sacré, planait sur la pièce. La cour, rassemblée derrière les vitres de la salle d’accouchement, retenait son souffle. Après quelques secondes le chiffre apparut, grimpant à une vitesse folle pour stopper sur dix.
Dix, le nombre parfait atteint très exceptionnellement. On n’en comptait que cinq depuis la naissance du Culte de la beauté des siècles auparavant.
Un murmure parcourut l’assemblée puis se transforma un rugissement de joie. Les nobles les plus proches du monarque s’inclinèrent, les ecclésiastiques levèrent les bras au ciel. Le roi Orion, drapé de noir et d’or, observait son fils, sans un mot, mais son regard, clair et froid, trahissait une fierté contenue. À ses côtés, la reine Sélène, pâle et fatiguée, laissa couler des larmes silencieuses sur le drap de soie qui la couvrait et tendit la main vers Kael : L’enfant roi.
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Quelques jours après la naissance du prince, la capitale de Solaria se transforma en un théâtre de lumière. Les avenues de verre vibraient sous les chants, les tambours et les danses. Des milliers de citoyens s’étaient rassemblés pour célébrer l’événement qui marquerait l’histoire : la venue au monde d’un héritier auréolé du chiffre parfait. Sur les façades des tours d’acier qui frôlaient la coupole protectrice, les écrans géants rejouaient sans relâche la pose de la puce, l’apparition du chiffre. Chaque répétition de la scène déclenchait des acclamations enthousiastes.
Le roi Orion observait la foule de son siège installé sur les marches du palais, sa fierté glaciale affiché sur ses traits. Sa parure impériale captait chaque rayon de lumière. Sa cape, tissée de fibres luminescentes, ondulait derrière lui dans un dégradé de bleu profond et d’argent, évoquant une nébuleuse en perpétuel mouvement. Son plastron affichait l’emblème de la dynastie : un cercle fractal entourant une étoile à huit branches, fusionnant avec une spirale ascendante de filaments dorés et argentés, symbole de la beauté absolue et du rayonnement des Étoilés.
La reine se tenait à ses côtés. Sa robe épousait ses mouvements avec une fluidité presque liquide. Le corsage, finement brodé de motifs stellaires, rappelait le symbole des Etoilés, sa caste. Son 9 scintillait au-dessus d’elle
Les prêtres du Culte de la Beauté menaient la procession. Ils avançaient, présentant Kael porteur d’une tenue, symbole de perfection et de prestige royal, un vêtement d’un blanc immaculé, brodé de motifs géométriques évoquant la symétrie et l’harmonie. Les manches, longues et fluides, semblaient presque flotter autour de ses bras potelés, une ceinture en fils d’or tressé maintenait la tunique. Autour de son petit cou, un collier en cristal luminescent diffusait une douce lumière bleutée, en parfait accord avec le chiffre projeté au-dessus de sa tête. À ses pieds, des bottines d’un blanc nacré, décorées de fines gravures dorées représentant le chiffre dix, complétaient l’ensemble.
— Kael Solarius, enfant parfait, lumière des Luminaris ! Un dix est né. Le futur est assuré, scandaient les prêtres à chaque pas.
— Un Dix est né, le futur est assuré ! scandait la foule d’une seule voix.
Et pendant qu’ils avançaient, des pétales holographiques tombaient du ciel, des feux d’artifice éclataient dans la capitale et les villes de Solaria. Les Quartiers d’Or célébraient la venue de l’héritier dans l’opulence, tandis que dans les Quartiers d’Ombre, relégués à l’écart des cités, ceux des citoyens les moins bien lotis, suivaient la présentation de l’enfant-roi, certains avec un mélange d’envie, d’autres avec résignation et lassitude.
Ce jour-là, Kael fut consacré non seulement comme héritier, mais également comme symbole vivant du Culte de la Beauté… et personne n'imaginait que son destin puisse être différent









un prologue qui promet !