Héritage - Tome 1 L'Appel des Terres Interdites

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Summary

Plongez dans un univers de DARK FANTASY où les secrets de sang sont des malédictions, et où la quête de vérité pourrait bien réduire le monde en cendres.

Status
Ongoing
Chapters
34
Rating
n/a
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16+

Prologue - Le Cri du Sacrilège

« Il existe des péchés que même le temps ne peut effacer.

Dans un monde où la pureté du sang est l’unique rempart contre le retour des ténèbres, Vespéris guette. Depuis mille ans, la Loi reste immuable : aucune union entre les races.

Mais ce qui n’était qu’un murmure — l’ombre d’un être capable de renverser les trônes — est à présent un cri.

Dans l’ombre de l’Abîme, la traque a commencé. »


Le tonnerre gronda si fort que la terre en trembla.

Sous sa cape trempée, Syldri serrait son nourrisson contre elle. Le vent hurlait, luttant pour lui arracher son secret alors que le sentier se transformait en un fleuve de boue.

Devant elle, Eonel guidait la marche. Le poing crispé sur une épée elfique luisante sous les éclairs, il découpait l’obscurité du regard, traquant la faille où l’ennemi prendrait corps.

Le rideau de pluie s’ouvrit enfin sur une silhouette immobile sous un chêne séculaire : Ysolde. Des mèches d’argent rayaient ses cheveux bruns, encadrant un visage marqué par la sagesse. Elle serrait un bâton de bois sombre dont la gemme capturait l’éclat blanc de la foudre.

Syldri laissa échapper un souffle de soulagement. Sa mère était là.

Un guerrier à l’armure de givre se dessina dans son sillage. Silencieux, les yeux d’acier ancrés sur l’horizon, il semblait faire partie de la tempête elle-même.

Ysolde s’avança, fixant le visage livide de sa fille.

— Syldri, tu ne feras pas cent pas de plus. Ton cœur lâche, je l’entends d’ici !

Dans un geste de désespoir, la femme commença une incantation. Une lueur émeraude, faible et instable, naquit au creux de ses paumes. Elle savait que c’était une condamnation, mais l’impuissance lui était insupportable.

— Je vais tordre l’espace, murmura-t-elle, la voix brisée. Juste assez pour nous glisser dans les Sentes des Anciens...

Syldri lui broya le poignet, étouffant la lueur.

— Non ! Pas de magie ! Vespéris guette, mère. Ton pouvoir ne nous sauvera pas, il nous marquera au fer rouge dans le noir.

— Tu es à bout de forces, Syldri. Tu ne peux plus te défendre.

— Qu’importe, murmura la jeune mère en serrant le nourrisson contre son cœur. Chaque étincelle signe son existence. L’invisibilité est son seul espoir.

Elle leva un regard chargé d’effroi. Au-dessus de la canopée, le ciel se convulsait de décharges violettes.

— Son premier cri a déjà embrasé l’horizon. Vespéris nous perçoit à travers la trame. Nous ne devons plus être que des souffles perdus dans l’orage. C’est notre seule chance.

Un silence lourd s’abattit sur le groupe, aussitôt brisé par le galop sourd de sabots frappant la terre détrempée.

Syldri se figea. Le temps venait de s’épuiser.

— Ils sont là. Prends-la, mère. Pars.

Elle tourna vers Eonel un regard de pure résolution : ils allaient devenir l’unique cible.

— Syldri, non ! Je ne peux pas vous laisser... implora Ysolde.

— Elle est trop vulnérable avec nous. Si nous nous séparons, elle a une chance. Pars. Maintenant !

Le guerrier à l’armure de givre posa son gantelet sur l’épaule d’Ysolde. Un geste lourd, pour l’ancrer dans la réalité. Le regard de sa fille, lui, était sans appel.

Elle tendit le petit corps à sa mère. Au moment où les bras d’Ysolde se refermèrent sur l’enfant, Syldri ne lâcha pas prise. Ses doigts restèrent crispés dans l’épaisseur des langes, cherchant à travers le tissu l’ultime chaleur du nouveau-né.

Elle déposa un dernier baiser sur son front, alors que le vent glacé s’immisçait déjà entre elles.

Elle ne sentit plus la pluie, mais le parfum de lait et de sommeil qui émanait de son cou.

— Ma petite fleur, murmura-t-elle.

Ce ne fut pas un geste héroïque ; ce fut une déchirure à vif.

Ses mains finirent par s’ouvrir, mais ses paumes restèrent brûlantes, gardant l’empreinte de cette absence comme une douleur fantôme.

Un éclair zébra le ciel, révélant le visage paisible de l’innocente.

Syldri recula d’un pas, puis d’un autre, chaque mouvement scellant son abandon dans la boue.

Eonel s’avança à son tour, laissant une main minuscule se refermer sur son doigt. Un lien dérisoire. Il se tourna vers son frère — le guerrier de givre. Tout passa dans ce regard : l’adieu et la transmission du fardeau.

— Pour elle, j’ai trahi tout le reste…  murmura-t-il à voix basse.

Il ferma les yeux une seconde, cherchant la force d’accomplir ce dernier devoir.

Dévastés, Syldri et lui s’enfoncèrent dans les futaies. L’étreinte du noir se referma sur eux.


Le martèlement des sabots s’arrêta net. Les cavaliers mirent pied à terre, leurs pas étouffés par la mousse.

La chasse se faisait silencieuse.

Le guerrier pressa Ysolde contre l’écorce du colosse de bois. Ils restèrent immobiles, tandis que les ombres des poursuivants s’étiraient entre les troncs comme des griffes.

— Que faisons-nous ? murmura Ysolde. Mon village ne l’acceptera jamais…

D’un doigt, elle écarta les mèches du nourrisson. À la lueur d’un éclair, la pointe délicate de ses oreilles trahit son sang.

— Elles verront ce qu’elle est.

Le guerrier posa une main ferme sur l’épaule de la femme. Ses traits se détendirent face au nouveau-né.

— Alors je veillerai sur elle. Mon frère m’a confié son bien le plus précieux. Je saurai honorer ce serment.

Il marqua une pause, les yeux fixés sur les cheveux sombres du bébé, si étrangers parmi les siens.

Un hurlement déchira la nuit.

À quelques pas, deux spectres émergèrent des ténèbres, leurs visages de suie encadrés de chevelures d’un blanc électrique. Ils avançaient avec une lenteur prédatrice, dents effilées et regard vide.

Eonel, qui s’éloignait déjà, se ravisa. La proie était flairée.

D’une course lourde, il se jeta entre les monstres et le chêne protecteur.

— Venez donc ! hurla-t-il. Votre traque s’arrête ici ! Affrontez l’acier !

Profitant de la diversion, le guerrier et Ysolde s’enfoncèrent dans l’épaisseur des bois. Avant de se fondre dans l’obscurité, la mère effleura une dernière fois la joue de l’enfant :

— Quand tu seras prête, tu viendras vers moi.

Désormais seul avec sa protégée, le guerrier ne sentit pas le nourrisson s’agiter contre lui.

Une main minuscule s’échappa des langes et vint se poser sur le tronc massif. Sous ce contact, une onde de chaleur parcourut l’ancêtre végétal jusqu’à sa cime. Les feuilles vibrèrent dans un soupir de reconnaissance.

Troublé par ce frémissement, le guerrier risqua un regard en arrière.

À travers le déluge, la réalité le percuta : Eonel ne se relevait pas. Près de son corps, l’un des spectres avait été fauché, mais le second dominait le massacre.

C’était Vornar.

Sa peau d’ébène tranchait avec sa chevelure de craie. Une cicatrice lui barrait le visage, ouvrant son œil droit sur une bille vitreuse.

La rage brûla les veines du survivant. Sous ses bottes, la terre frissonna — une pulsation sourde, trop profonde pour n’être qu’un écho de bataille. Les troncs se turent.

Quelque chose retenait son souffle.

La chaleur contre son torse le ramena à l’essentiel. Ce n’était pas son combat. Pas encore.

Il s’arracha au massacre, disparaissant dans le lointain.

Dans la clairière, Vornar esquissa un sourire face au cadavre d’Eonel. Lentement, il tourna la tête vers la forme fuyante qui disparaissait parmi les arbres.

Il leva la main, signal muet pour ses rabatteurs. Mais avant qu’un ordre ne puisse franchir ses lèvres, la sylve se cabra.

Un grondement sourd remonta des profondeurs. Ce n’était pas un séisme, mais le râle d’un bois immense qui se déploie. Sous ses pieds, la terre se souleva, labourée par des forces invisibles.

La forêt ne subissait plus l’intrusion ; elle y répondait.

Le sol explosa. Des racines jaillirent de la fange. Vornar plongea, l’épaule percutant une souche, tandis que le chaos balayait ses rangs. Des lianes sifflèrent, se nouant aux gorges pour briser les soldats contre les fûts rugueux.

Ce n’était plus une mission, c’était un massacre.

Sous les pieds des fuyards, la menace se faisait organique. Des serres ligneuses happaient les chevilles ; les corps tombaient, avant d’être engloutis par la terre broyée.

Le tumulte redoubla alors que le dédale des fûts réorganisait sa propre architecture.

Devant eux, les arbres pivotèrent, leurs branches s’entrelaçant dans une plainte de fibres suppliciées. Derrière l’exilé, une herse d’écorce et d’épines se verrouilla.

En quelques battements de cœur, le manteau vert s’était soudé, ne laissant derrière lui qu’un mur impénétrable.

Le calme revint. Les arbres se figèrent, sentinelles de bois tordu dressées au milieu du carnage.

La forêt avait choisi son camp.

Tournant le dos aux quelques survivants qui s’extirpaient du bourbier, le tueur ne prêta aucune attention à la perte de ses hommes.

D’un geste lent, il essuya sa lame sur sa cuirasse. Pour lui, ce n’était qu’une étape. Son regard se perdit dans l’épaisseur de la nuit où l’exilé s’était dérobé.

Désormais, il était l’ombre qui s’attacherait à leurs pas.


Dans les racines de l’Abîme, là où la lumière n’était qu’un souvenir, Vespéris attendait. Elle ne regardait pas la pierre ; elle suivait les flux de son empire comme des fils de soie invisibles.

Des heures plus tôt, une décharge avait frappé sa conscience, brutale : la naissance d’un hybride.

Depuis cet instant, la souveraine sentait cette faille dans ses propres fondations. Si cette lignée survivait, son pouvoir vacillerait.

Elle avait jeté ses traqueurs dans la nuit avec un ordre unique : étouffer ce sacrilège.

Le fracas des portes rompit le silence.

Vornar franchit le seuil, suivi d’une poignée de Myrkals. L’air de la salle était saturé d’une odeur de musc rance qui brûlait la gorge. À la vue de son général, Vespéris comprit. La trame ne lui renvoyait pas l’écho d’une mort, mais celui d’une fuite.

Le récit fut sec, haché par le souffle court des survivants.

L’hybride était libre.

La forêt avait frappé.

Vornar mentionna les sceaux d’Alasvyr portés par le traître, mais les mots semblèrent s’évanouir dans la pièce.

Vespéris se redressa. Huit appendices frappèrent le sol avec une régularité mécanique, scandant le glas des arrivants.

Son buste conservait l’ébène profond d’une myrkale de haut rang, mais sous la taille, son corps s’évasait en un opisthosome colossal ; sa cuticule de jais, renvoyait des reflets froids et tranchants, palpitant au rythme d’une rage sourde.

Des poils sensitifs, raides comme des aiguilles de fer, hérissaient ses pattes et vibraient à chaque spasme de terreur qui agitait les hommes.

La peur devint une émanation physique.

Un soldat chancela, l’instinct de proie brisant sa volonté de guerrier. Vespéris ne cria pas. Elle n’avait pas besoin de mots.

Avec une fulgurance inhumaine, elle faucha.

Ses pattes chitineuses jaillirent. Un craquement sourd d’os broyés emplit la nef. Le soldat fut soulevé, ses vertèbres éclatant sous la force des pointes, avant d’être rejeté comme une mue inutile sur le marbre froid.

L’odeur ferreuse de l'atrocité envahit l'antre, fondue à l’exhalaison âcre de son venin.

Seul Vornar resta debout, immobile sous les éclaboussures pourpres.

Vespéris le fixa, ses pupilles éclatées en mille facettes de haine. Une fissure venait d’entailler son règne.

Dans son esprit, il n’y avait plus de doute : l’hybride appartenait aux Sorcières. Nulle autre main n’aurait osé la soustraire à sa toile. Elle tourna son regard vers les confins brumeux et retrancha le reste du monde de sa pensée. Il était déjà conquis. Une poussière ne menace pas une déesse.

Mais la Reine n’oublie rien. Sa fureur se fit patience.

Alasvyr brûlerait. Ce peuple paierait pour avoir brisé les chaînes du sang.

Elle attendrait.

Deux décennies ne sont qu’un battement pour une immortelle. Et lorsque viendra l’hallali, le sang lavera l’affront.

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