M&M’s Colocs Malgré Eux by Genaydre at Inkitt
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M&M’s Colocs malgré eux

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Summary

Ils ne devaient pas se retrouver sous le même toit. La cohabitation n’était qu’un simple compromis… jusqu’à ce que la proximité forcée change leur regard l’un sur l’autre. Les choix en amour peuvent faire mal… mais peuvent aussi faire du bien.

Genre
Romance
Author
Genaydre
Status
Complete
Chapters
26
Rating
4.8 5 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1


Je crois que je n’ai jamais autant regardé une pièce avant de la quitter.

Ma chambre chez mes parents n’a pourtant rien d’exceptionnel. Les murs sont blancs, un peu jaunis par endroits, avec des traces minuscules laissées par des cadres que j’ai déplacés mille fois sans jamais vraiment décider de leur place. Le parquet craque toujours au même endroit, juste à côté du lit, comme s’il voulait me rappeler chaque matin que je suis encore là, que rien n’a vraiment changé. Et pourtant, aujourd’hui, quelque chose est différent. Aujourd’hui, je pars.

Je suis debout au milieu de la pièce, une valise ouverte à mes pieds. Elle n’est pas énorme. J’aurais pu en prendre une plus grande, mais je n’en ai pas vu l’utilité. Je ne déménage pas toute une vie. Juste ce dont j’ai besoin pour vivre ailleurs.

Des vêtements, essentiellement.

Je commence toujours par les choses simples. Les t-shirts d’abord. Je les prends un par un dans l’armoire, pliés plus ou moins soigneusement selon mon humeur des jours précédents. Certains sont vieux, déformés, mais je les garde quand même. Ils ont survécu à trop de lavages pour que je les abandonne maintenant. Je les plie mécaniquement, sans réfléchir, les empile dans la valise. Le tissu contre mes doigts est familier, rassurant. Ça me donne l’impression de garder un lien avec ce que je connais.

Ensuite viennent les pulls. Ceux que je porte rarement, mais que je n’arrive pas à jeter. Je me dis toujours qu’ils pourront servir. Un jour plus froid. Une soirée imprévue. Une flemme de faire une lessive. Ils prennent plus de place, alors je les compresse un peu, sans trop me soucier de les froisser. Après tout, personne ne va vérifier comment je range mes affaires.

Je m’arrête un instant. Je m’assois sur le bord du lit. Le matelas s’enfonce exactement comme il l’a toujours fait, épousant mon poids sans surprise. J’ai dormi ici pendant des années, parfois avec l’impression d’étouffer, parfois avec celle d’être protégé. C’est étrange comme un même endroit peut contenir des sentiments aussi contradictoires.

Déménager, pour moi, ce n’est pas une fuite. C’est une nécessité.

Mon travail est trop loin. Deux, parfois trois heures de route selon la circulation. Se lever à l’aube, rentrer épuisé, recommencer le lendemain. Mes parents disent souvent que je suis courageux. Moi, j’appelle ça surtout de la fatigue accumulée. Une lassitude qui s’installe sans faire de bruit. Alors quand j’ai trouvé ce logement, proche de mon travail, j’ai dit oui presque trop vite. Meublé, en plus. Une chance. Moins de choses à transporter, moins de décisions à prendre.

Je n’emporte donc que mes habits… et quelques bidouilles.

Mon sac à dos est posé contre le mur. Dedans, je mets les objets que je ne veux pas perdre de vue. Mon chargeur, évidemment. Une multiprise un peu usée. Mon casque audio, avec une oreillette qui grésille parfois si je le plie mal. Un carnet presque vide, que je traîne depuis des mois sans jamais vraiment écrire dedans. Je le garde quand même. Il représente une intention plus qu’une réalité.

Je prends aussi cette petite boîte en métal, cabossée sur un coin. Dedans, il y a des vis, des câbles inutiles, une clé USB dont je ne sais plus ce qu’elle contient. Rien d’important, mais tout me semble soudain nécessaire. Comme si laisser ces objets derrière moi revenait à abandonner une partie de moi-même.

Je ferme le sac, le repose.

Ma mère passe devant la porte ouverte. Elle s’arrête, me regarde sans rien dire pendant quelques secondes. Je sens son regard, même sans tourner la tête.

— Ça avance ? demande-t-elle finalement.

Je hoche la tête. — Oui. J’ai presque fini.

C’est vrai. Il ne reste plus grand-chose. Quelques pantalons, mes vestes, mes chaussures. Les chaussures, je les laisse pour la fin. Elles sont alignées sous le bureau, un peu en désordre. Certaines portent encore de la terre séchée sur la semelle. Je les secoue légèrement avant de les glisser dans un sac à part. Je me dis que je les nettoierai plus tard. Pas maintenant.

Je n’ai pas envie de me presser.

Ce déménagement, je le fais tranquillement. Personne ne me pousse. Personne ne me dit que je dois aller vite. Et pourtant, je sens une forme d’urgence sourde, comme un battement sous la peau. Pas une panique. Plutôt une conscience aiguë que quelque chose commence.

Je regarde autour de moi encore une fois. Le bureau, avec sa surface rayée. La chaise qui grince. L’étagère à moitié vide, maintenant que j’ai retiré quelques livres. Ceux-là, je les ai laissés ici. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce qu’ils appartiennent plus à cet endroit qu’à moi.

Je referme la valise. Le zip fait un bruit sec, définitif. Je pose la main dessus un instant. C’est lourd, mais pas trop. Un poids raisonnable. Comme si ma vie, réduite à ce que j’emporte, avait trouvé un équilibre acceptable.

Je la tire jusqu’à la porte. Les roulettes protestent un peu sur le parquet. Je fais attention à ne pas heurter les murs. Un vieux réflexe, sûrement. Je n’ai jamais aimé faire trop de bruit, ici.

Dans le couloir, mon père est en bas de l’escalier. Il me demande à quelle heure je pars. Je lui réponds que je vais encore vérifier deux ou trois choses, puis que je prendrai la route. Il acquiesce, comme s’il s’attendait à cette réponse.

Je retourne une dernière fois dans la chambre. Juste pour être sûr. Je regarde sous le lit, dans les tiroirs. Rien. Tout est là où ça doit être. Ou plutôt, tout ce qui compte est déjà ailleurs.

Je prends une inspiration profonde. L’air sent le linge propre et le bois ancien. Une odeur familière, presque rassurante. Je la garde en moi quelques secondes, comme si je pouvais l’emporter aussi.

Puis je sors.

En descendant l’escalier avec ma valise, je ressens le poids dans mes bras, dans mes épaules. Un effort physique simple, concret. Ça m’ancre dans le moment. Je ne pense pas à l’appartement qui m’attend. Je pense juste à ne pas rater une marche.

La porte d’entrée s’ouvre. L’air extérieur est plus frais. Je pose la valise près de la voiture, ouvre le coffre. Elle rentre sans problème. Encore un signe que je n’ai pas trop pris.

Je referme le coffre. Le bruit résonne dans l’allée. Je reste immobile quelques secondes, les mains dans les poches, à regarder la maison. Elle est toujours là. Elle le sera encore demain, et après-demain. Ce n’est pas un adieu dramatique. C’est un déplacement.

J’ai dit au revoir à mes parents.

Je monte dans la voiture. Le siège est réglé comme toujours. Je mets la clé, démarre. Le moteur vrombit doucement. Je jette un dernier coup d’œil dans le rétroviseur.

Puis je pars.



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