Chapitre 1 partie 1
Adrien
J’arrive aux portes du lycée pour mon année de seconde, un peu intimidé par le monde. Je rejoins mes amies qui me saluent en me voyant :
— Adrien ! Trop sexy aujourd’hui ! me lance Milia, ma meilleure amie depuis le primaire.
— T’aurais pas un snap, mon chou ? dit Oria sur un ton séducteur, continue Honorine.
— Une beauté éblouissante, ma vie, me dit enfin Victoire.
— Vous aussi, trop sexy mes girls, je réponds en m’intégrant au groupe qui s’est formé en troisième l’année dernière.
C’est des blagues entre nous, on aime bien faire semblant de se draguer, même si elles le font aussi avec leurs copains alors que moi, je n’ai aucun garçon à draguer. Mais bon, ça fait depuis deux ans maintenant que j’ai un crush sur le même garçon à qui j’ai très peu parlé : Victor. J’aimerais tellement flirter avec lui…
D’ailleurs, je repère déjà sa chevelure blonde au loin. Il est facile à repérer, il est grand, blond et musclé. Je ne l’ai pas vu de toutes les vacances et le voir présent me donne une bouffée de chaleur et mon cœur accélère. Les filles parlent à côté de moi mais je ne les écoute pas, trop occupé à observer ce garçon qui représente tout ce que je demande dans la vie.
Soudain, des doigts claquent devant mes yeux, me faisant sursauter, et Victoire me siffle :
— Hé, monsieur est occupé à observer Victor ? T’es vraiment piqué, toi !
— Tu changeras donc jamais hein, il est hétéro, tu mérites un gars qui puisse t’aimer en retour ! Oria me dit ça en me prenant la main droite dans les siennes. Je suis sûre que tu trouveras un mec bien ici, le lycée est énorme et j’ai moi-même repéré plein de mecs sexy sachant qu’il n’y a que les secondes aujourd’hui, dans cet océan de garçons il y en a forcément qui te voudront, c’est sta-ti-stique.
— Mais laissez-moi tranquille ! Je ne suis pas dérangé qu’il soit hétéro ! Juste l’observer me convient !
Je leur ai menti, oui, peut-être, mais je ne veux pas qu’elles s’inquiètent pour moi. Je ne veux pas leur avouer que, après avoir vu que la copine de Victor est fine comme un fil, je ne mange presque plus et que je ne dors plus la nuit car, dès que je l’imagine, sa copine apparaît dans mes pensées, me rappelant que je ne suis personne…
La sonnerie du lycée retentit et déjà des surveillants ouvrent les portes. Je reste collé à mon petit groupe d’amies, n’étant jamais entré ici, j’ai peur de me perdre et de devoir demander mon chemin, je suis extrêmement timide…
Nous entrons lentement dans le bâtiment, fondus dans la marée d’élèves qui se poussent pour accéder aux écrans géants dans le foyer affichant les compositions des classes. Je cherche mon prénom et je trouve rapidement « Adrien Mésange : 203 » :
— Je suis en 203.
Puis Victoire continue :
— Moi en 206.
— Moi aussi !
— Et moi aussi !
Soudain, c’est comme si le sol s’effondrait sous mes pieds. Je sens déjà une crise d’angoisse monter, amplifiée par la foule. Je sens la chaleur me parcourir le corps et ma respiration s’accélérer.
Je sens la main d’Oria se poser sur mon épaule :
— Ma vie…
Elle me prend dans ses bras et je sens les autres filles faire de même.
Une personne prend la parole dans les haut-parleurs du lycée :
— Veuillez vous rendre dans vos salles respectives.
Je me sépare des filles et j’essaie de me repérer seul dans le lycée pour trouver ma salle. Plus j’avance, plus ma crise d’angoisse empire. Les couloirs se ressemblent tous, les voix résonnent, et je comprends vite que je suis complètement perdu.
Je finis par m’arrêter dans un couloir un peu à l’écart, plus sombre que les autres. Je m’adosse contre un mur et ferme les yeux quelques secondes pour respirer. Inspirer. Expirer. Encore.
— Ça va ?
Je sursaute et ouvre les yeux.
Devant moi se tient un garçon bien plus grand que moi, au moins deux têtes de plus. Il a les cheveux roux coupés très courts et un corps musclé, athlétique. Il me regarde avec une expression neutre, légèrement inquiète.
— Oui… je réponds, même si ma voix me trahit un peu.
— Ok… par hasard, tu es en quelle classe ?
Je ne sais pas pourquoi je lui réponds. Peut-être parce qu’il n’a pas l’air pressé, ni agacé.
— En 203.
Son visage s’éclaire aussitôt.
— Sérieux ? Moi aussi.
Il sourit. Un sourire simple, sans arrière-pensée. Je prends le temps de le regarder plus attentivement : une mâchoire bien dessinée sans être trop dure, des taches de rousseur sur les joues et le nez, et des yeux bleus très clairs.
Il est beau.
— En fait… je suis un peu perdu, j’avoue.
— Haha, moi aussi. On peut chercher ensemble, si tu veux.
Je hoche la tête.
On avance côte à côte dans le couloir, sans parler. Le silence n’est pas gênant. Il est même plutôt rassurant. Je sens ma respiration se calmer peu à peu.
Malgré moi, mon esprit dérive ailleurs. Je me rends compte que je n’ai même pas regardé la classe de Victor ce matin. Quelle idiot… Je vais encore devoir demander discrètement autour de moi, en faisant comme si ça n’avait aucune importance.
— La salle est là, annonce le garçon en s’arrêtant devant une porte.
Avant de frapper, il tourne la tête vers moi, toujours avec ce même air tranquille.
— Au fait, moi c’est Aaron. Et toi ?
— Adrien.
Il hoche la tête, puis frappe à la porte.








