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Summary

Surement une des parties les plus heureuses du journal intime, il y a une insouciance qui se dégage des chapitres au fur et à mesure. La fille qui revient souvent dans les pages semble être son premier grand amour, il cite son collège et son nom de famille, mais ce sont des noms et prénoms très communs et il y en a presque une dizaine qui correspondent sur Insta et Facebook. J'ai écrit à toutes et n'ai reçu aucune réponse. Le compte qui me semble le plus probable est abandonné depuis longtemps. J'ai changé tous les prénoms et enlevé les noms de famille pour la publication

Status
Ongoing
Chapters
7
Rating
n/a
Age Rating
18+

199X LS-000 : Le monstre du collège


La vie, c’est comme une route, parfois c’est même juste des sentiers, souvent c’est des autoroutes aussi, ça va tout droit, parfois c’est long, parfois on avance lentement, y a des bouchons, on se fait chier, mais invariablement, on tombe toujours sur des carrefours et là, c’est à nous de décider où on veut aller.

Parfois y a des panneaux de direction, on sait où ça va, parfois on le sait pas.

Dans la cour grise du collège, c’est rare de savoir où on va. J’ai depuis un moment déjà choisi la mauvaise direction dans un des carrefours de ma vie. J’en ai pas conscience, il n’y avait pas de panneau. En plus, on a un peu poussé. Mauvaises rencontres, mauvais génies qui vous guident sur la route de votre propre perdition.

À présent, je suis de nouveau cinglé, totalement déjanté, brutal et bipolaire. Je ne suis pas tout seul là-haut, on est plusieurs dans ma tête et on n’est pas tous potes.

Je me suis pourtant amélioré dans certains domaines. Je suis passé d’un animal sauvage indompté à un gars populaire branché avant que je vire fouteur de merde invétéré. L’amour de Victoria m’a fait renaître à la vie, quand il s’est envolé je suis mort à nouveau, je suis pas allé en enfer cette fois mais j’ai atterri dans des limbes imprécises où je me suis égaré. Mes ressentiments se terrent sous une couche de haine qui suinte de moi. Elle m’a dompté pendant plus d’un an pour finir par me larguer cette année. À m’avoir apprivoisé, aimé, bien trop aimé, elle laissa ce vide immense qui m’a consumé. À présent je ne suis plus un animal sauvage, mais je suis un antagoniste parfait. Ses excuses n’ont aucun sens, on ne se calcule même plus à présent, alors que je suis sûr qu’on voudrait de nouveau se capter, on est trop fiers, et puis le temps a passé. Elle a voulu peut-être vivre une fin de rêve brisé, pour pouvoir porter des cicatrices dans son cœur vierge, alors que son corps ne l’était plus, tester un amour trop jeune dont elle ne comprenait pas bien les frontières, alors il lui a fallu tâtonner pour comprendre jusqu’où aller.

J’ai encore beaucoup de chemin à parcourir avant de me retrouver, elle était le centre de ma vie, sans elle j’ai trop dérivé et là, sans être redevenu un animal sauvage, je me suis recréé mauvais, brisé et rincé. Un voile de haine cache ma tristesse insondable, j’en veux au monde entier, sans comprendre que tout est lié.

J’ai toujours été considéré comme un monstre, là-dessus rien n’a changé, la différence, c’est qu’à présent, je suis un monstre qui n’inspire plus la pitié. Je suis tout un fatras de trucs bons à balancer, il n’y a pas de lumière à tous les étages de mon cerveau, on l’a toujours su, l’eau chaude non plus, elle ne circule pas partout. J’ai été cassé et mal recollé, de mes brisures suinte cette colère incomprise que je déchaîne, que je fais payer.

On me fuit, je ne suis pas un abruti, je suis dangereux, mais dans le genre dangereusement abruti. Je suis magnétique : j’ai un côté qui attire, l’autre qui répulse. J’ai toujours été passionné, à présent je suis une haine passionnée.

Tout le monde me connaît dans toutes les classes et tous les échelons. Je suis le monstre, l’enfoiré populaire qui hante et arpente le collège dont je connais les moindres recoins. J’ai poussé le curseur de la connerie sur 11. Impossible de tout lister.

Tous mes coups fourrés sont comme autant de trophées sombres qui s’ajoutent à mon cursus déjà bien torturé. Un Machiavel de pacotille qui exerce son art dans un champ très restreint, mais je suis infiniment malsain.

De tous mes méfaits, certains me rendent très fier, célèbres aussi. Ma connerie est ingénieuse et peut prendre des formes très élaborées,

Cette année, tout l’établissement s’est régalé de ma saga audio sur cassette mettant en scène un « mec » de ma classe.

Je dis « mec » parce que le type est un pédé boutonneux, genre folle flamboyante à petites chaussettes rose pale toutes de dentelle, toute la gestuelle d’une fille, mais apprise plutôt qu’instinctive.

Il n’est pas pédé parce qu’il aime sucer des bites, il est pédé parce qu’il se rêve en fille. Sucer des queues, c’est secondaire, il ne le fait que parce que c’est ce qu’une fille ferait.

Aucun ami, personne ne peut l’encadrer, il suinte le malaise et passe son temps à traîner avec les deux boudins de la classe, se prenant pour la troisième mochetée. Il est malade, c’est pas de l’homosexualité, c’est des soucis mentaux bien barrés, c’est du proto LGBétiste, un cinglé.

Personne ne leur adresse la parole, ni à lui ni à elles. Elles sont invisibles, lui, il inspire mon envie de faire chier, comment ne pas résister franchement, il est con, moche, ostracisé, dégueulasse... une cible toute désignée.

J’adorais la série des Elm Street et ma saga audio n’en est qu’une version trash débridée, où le Freddy Krueger a troqué sa main à rasoir pour sa bite dégueulasse à laquelle il a greffé un mixeur. Il ne vit plus dans les rues des Hormes, mais habite notre collège, un démon gay et lubrique, un serial enculer qui viole les élèves mâles à la sortie de l’école. L’histoire est très imagée, c’est plein d’aventures complètement barrées, très très, très osées.

Enregistré sur K7 audio avec un grand renfort d’effets spéciaux, 19 épisodes de 30 minutes d’aventures loufoques et violentes, un investissement étonnant pour un bon à rien comme moi. Ma haine peut être méticuleuse et appliquée.

L’épisode 10 spécial Noël a eu un gros succès. Le scénario de saison y est pour beaucoup, Freddy se rend au pôle Nord pour violer à mort le Père Noël dans le but de prendre sa place et de faire la tournée de Noël pour offrir des sextoys aux enfants mâles et les violer à mort en bas de leur cheminée... tout un programme.

Je donne seulement une cassette unique à 5 de mes potes qui se la prêtent. Pourtant, il y a des copies qui circulent dans toutes les classes. J’ai aucune idée d’où elles sortent, générations magnétiques spontanées, il y a des copies de copies de copies, avec un son complètement dégénéré.

Ce putain de Freddy est un hit. Avoir un truc hors de contrôle comme ça, c’est juste la réussite absolue. L’aboutissement ultime d’un monstre qui s’acharne sur tout le monde, le faible comme le fort, le beau comme le laid, rien ne m’échappe, mes angles d’attaque sont mouvants, ma haine est protéiforme et je n’ai peur de rien.

Je suis adulé, je suis ce branleur ultime qu’on adore aimer. Je suis le mal le plus pur aussi, alors on me hait, j’ai cassé des dents, j’ai poussé au suicide, j’ai poussé du balcon du premier étage, ton sang séché sur le ciment gris. C’est un des monuments que l’on peut contempler pour se rappeler que je ne suis pas une légende. Je ferais couler sang et larmes pour de vrai.

Je déchire les âmes des égarés pour oublier les lambeaux de la mienne.

J’ai tout fait et je suis toujours là, invivable. Ma colère a l’air d’être éternelle, ma haine omniprésente supure de tous les murs de ce collège que je hais tout en étant prisonnier.

Cette cour grise est comme mon purgatoire, je suis collé tout le temps... Alors mon temps... trop de mon temps passe à y être enfermé.

Quand je suis retenue, je perds mes matinées dans des endroits désaffectés de l’établissement que tout le monde a oubliés.

Je suis censé suivre le concierge, il a des tâches à me confier, mais il me laisse vagabonder, lui aussi a abandonné.

Je découvre des salles fermées portant des noms de saints, la salle Sainte-Catherine contient une montagne de bureaux oubliés, une salle sans nom contient les bouquins de classe des générations passées tous bien rangés dans des étagères en bois foncé. La salle Saint-Ange tout en haut avec ses poutres apparentes est incroyable, ses murs sont constellés de posters de culs mal punaisés ou collés sur les murs de pierre.

Les images sont d’un autre temps, les filles ont des pubis avec des buissons géants qu’elles ont pas taillés. J’y ai laissé des copies de ma saga audio Freddy, à même le sol en bas de cette fresque murale obscène en papier glacé. J’ai l’impression que c’est le bon lieu pour ça, une sorte de cathédrale du vice et de la lubricité où tout est abandonné mais reste figé pour l’éternité.

Je suis un fantôme autant qu’une réalité, je suis la malédiction de cet endroit... Je suis une âme damnée qui erre dans un collège privé qui a vu de meilleurs jours. Comme un spectre, je ne peux m’échapper.

J’effraie au niveau le plus viscéral, je suis celui dont on parle aux parents, comme une créature presque imaginaire. Je suis ta terreur nocturne, je suis un psychopathe, il y a une guerre dans ma tête tout le temps et les victimes bien réelles de mes combats intérieurs ne sont que des dommages collatéraux. Certains prient sûrement agenouillés le soir les coudes sur la couette de leur lit pas encore défaits de ne pas être le lendemain mon ennemi sur lequel je vais tomber.

Je suis responsable de tellement de tourments, la boule au ventre le matin de bien des collégiens. C’est moi, le premier mot infect ou lubrique le matin quand il fait encore noir sous les préaux, c’est moi, celui qui bouscule, les corps et les esprits, c’est moi aussi. Jour et nuit, si j’ai un type ou une conasse dans le collimateur, je lâche pas. Je n’ai aucune émotion positive, Victoria disait que je ne ressentais rien, pourtant je hais avec une ferveur bouillonnante et démesurée.

Je suis la violence sourde et froide, mentale et physique. Je suis une sauvagerie pure, contrôlée la plupart du temps, mais si j’explose, je suis un danger, un danger que le monde encore bien propre sur lui des collégiens n’appréhende pas forcément. Pour ceux qui n’ont pas compris, pour ceux qui testent, ils ne le font qu’une fois... J’ai déjà payé pas mal de premières virées à la case urgence de l’hôpital de notre petite ville.

Je vois tout, je vois en eux, je vois qui ils sont et ce qu’ils cachent, je connais les peurs et les faiblesses et les souffrances qu’ils ont dispensées. Je ne suis pas un simple « bully », je suis une infection aussi gratuite que précise. Je hais, et je broie les autres pour ne pas voir cette noirceur en moi qui, elle, me broie, me lamine sans fin. Je souffre, j’ai le cœur brisé... La haine est la méthadone de substitution pour une affliction à laquelle je n’ai pas encore pourtant laissé mon âme succomber, c’est la solution à la tristesse à laquelle je ne veux pas me laisser aller. Je n’arrive pas à faire mon deuil de cette fille que j’ai aimée, pourtant je veux oublier, oublier que j’ai aimé, que j’ai baisé, si tôt, si fort, je veux oublier qu’elle m’a laissée. Alors c’est la seule solution que mon âme a enclenchée, je suis pas si malin au final et très paumé. Palliative de merde à mon âme déchirée, c’est pas moi qui prends cher, c’est mes autres que je fais payer, c’est illusoire autant qu’injuste mais j’ai rien eu d’autre à proposer.


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