Prologue
Cassidy
Bip, bip, bip, bip,
Le moniteur continue de biper tandis que mon père, sur son lit de mort, me regarde avec un regard plein de douleur.
Je lui serre fermement sa main, reliée au moniteur.
– Ma fille... ma douce chérie... je suis désolé de t'avoir... mise dans cette... situation... Cette dette... Je regrette si... tu sais, déclare mon père d'une voix entrecoupée.
– Ça va, papa. Je ferai de mon mieux pour rembourser tes dettes. Ne pense plus à ça, papa... je t'aime, lui réponds-je, les yeux remplis de larmes.
– C'est vrai... ma… fille... tu... me... pardonnes.
– Oui, papa.
– Je te souhaite... d'être heureuse... avec un homme... qui te protègera... biiiiiiiiiiiiiiip
– Papaaaaa ! Non, ne me laisse paaaas !
Mes larmes coulent sans relâche alors que je réalise que ce sont les derniers moments avec mon père. Je n'ai pas eu de mère, elle est partie avec un autre homme quand j'avais six ans, laissant papa avec un tas de dettes.
Papa a fait de son mieux pour payer, mais il a perdu son entreprise et nous n’avons pas pu rembourser la moitié de ce qu'il devait.
Je pense à cette femme qui m'a mise au monde et qui, du jour au lendemain, a quitté mon père pour un homme riche et séduisant, l'abandonnant avec des millions de dettes à rembourser.
Peu après, un médecin et trois infirmières sont venus et m'ont demandé de sortir de la pièce. J'avais du mal à les écouter, il s'agissait tout de même de la mort de mon père, le seul parent qui me restait.
À ce moment-là, une infirmière m'a saisie par le col et m'a poussée dans le couloir. Ne sachant plus quoi faire, je me suis mise en position fœtale.
Ce fut une période difficile pour moi, car je devais faire mon deuil rapidement tout en gérant les dettes que j'avais à rembourser.
Depuis ce jour-là, j'ai arrêté mes études pour me concentrer sur mon travail dans le secteur de la restauration. Je travaille comme serveuse dans un restaurant chic le jour et comme barmaid le soir.
Je cumule deux emplois depuis six ans. Un ami, Derek, qui travaille avec moi à Sapphire Avenue, m'a recommandé le bar The Gilded Hour situé dans le même immeuble, en raison des pourboires généreux offerts aux serveuses.
Je me suis dit : « Pourquoi pas ? »
Après tout, j'ai des dettes à payer. J'ai une préférence pour le travail de jour , même si je n'ai pas le luxe de rechigner.
Comme d'habitude, je travaille au restaurant Sapphire Avenue pendant la journée. Aujourd'hui, c'est moi qui m'occupe de l'ouverture.
J'arrive à 6h45 pour une ouverture à 7h30, ce qui me laisse largement le temps d'ouvrir le restaurant, de faire le comptage de la caisse et de faire un peu de nettoyage.
Je suis habituée à travailler de manière efficace et rapide, cela ne me pose aucun problème de gérer tout cela.
Je commence par introduire la clé dans la serrure pour relever le rideau métallique, avant d'actionner l'ouverture de la seconde porte qui mène à l'intérieur du restaurant.
Je mets en marche la lampe de mon smartphone.
La lumière bleutée de mon appareil se reflète sur le carrelage, m'aidant à me repérer dans le restaurant plongé dans le silence de l’aube, interrompu uniquement par le léger bruit de mes pas.
Ensuite, je me rends à la buanderie pour rassembler le matériel nécessaire au nettoyage. Le seau, la serpillière, les produits... chaque objet a sa place et son rôle dans la routine du matin.
De retour dans la salle principale, où les tables sont agencées dans une parfaite symétrie, je retourne les chaises, une par une, un mouvement devenu mécanique avec le temps, facilitant ainsi le passage de la serpillière.
Une fois cela fait, je nettoie le sol méticuleusement, le frottement humide de la serpillière remplissant l'espace. Je patiente jusqu'à ce qu'il soit sec, avant de tout essuyer et de tout réorganiser, chaque chaise retrouvant sa place exacte.
À la dernière étape, je vérifie le contenu de la caisse, les chiffres défilant sous mes yeux, tandis que les premiers signes de vie de la journée commencent à apparaître : d'autres serveurs, les chefs cuisiniers et la gérante arrivent sur les lieux. Les voix montent, les bruits de pas se multiplient, brisant la quiétude matinale que j'avais instaurée.
Je m'applique sur ma tâche, concentré sur les billets et les pièces, lorsque cette dernière s'approche.
Le bruit sec et rythmé de ses talons résonne sur le sol fraîchement nettoyé, chaque "clac" se rapprochant, de plus en plus fort, de plus en plus distinct. Le son s'arrête net, juste devant moi.
L'air se densifie, une tension palpable s'installe dans le silence soudain. Je n'ai pas encore levé les yeux que je sens son regard peser sur moi.
Sa chevelure rousse ondulée lui arrive aux oreilles et ses yeux noisette suivent mes mouvements avec attention.
Instinctivement, je lève ma tête mon regard bleu dans le sien.
Son regard est plein de sous-entendus ; je sais déjà ce qu’elle va me reprocher sans qu’elle n'ait besoin de le dire.
– Cassidy, je vois que tu es toujours à l'heure ! Dis-moi, es-tu libre pour le service du soir ? demande-t-elle, consciente que j’ai un autre travail.
– Madame Silver, je ne peux malheureusement pas travailler le soir. Je suis au bar à chaque nuit...
– Je te double le salaire ! Ton patron du bar est au courant et il a accepté, car ce client a demandé que ce soit toi qui le serve, pas quelqu'un d'autre. Crois-moi, ce n’est pas un homme à mécontenter. Ne cherche pas d’excuses, fais ce qu’on te demande ! Très bien, à ce soir, Cassidy, lance-t-elle avec un calme apparent avant de tourner les talons pour retourner à son bureau.
Super ! voilà qu'elle me fait du chantage ! Foutue Madame Silver, pensé-je intérieurement.
Je souffle fort, m'imposant un client juste parce que Monsieur est plein aux as ! Je suis blonde, mais je ne suis pas idiote !
Mais plus important, qui est cet homme que tout le monde craint ? Est-il vraiment un monstre semblable à un diable ?