Chapter 1: La dette
PDV ESTRELLA
Tout a commencé à six heures du matin, dans la favéla. Le soleil commençait tout juste à se lever et tout le monde dormait encore paisiblement à la maison. C’était le calme complet, jusqu’à ce que des coups violents soient frappés contre notre porte.
Je n’ai même pas eu le temps de comprendre ce qui se passait que la porte s’est ouverte à la volée. Environ cinq hommes armés sont entrés en courant et en criant dans tout l'appartement. Seul le dernier est entré tranquillement, d’un pas lent. Un des hommes m’a brutalement attrapée par le bras et m’a traînée de force jusqu'au salon. Mon père et ma mère sont arrivés juste après, tout aussi malmenés que moi. Derrière moi, ma petite sœur et mes deux petits frères jumeaux pleuraient à chaudes larmes. Terrorisés, ils se sont tout de suite blottis contre moi, cachant leur visage dans mes vêtements. En tant qu'aînée, j'ai essayé de les serrer fort contre moi pour les protéger, même si je tremblais de tout mon corps.
— À genoux, les mains sur la tête ! Je veux voir vos mains sur la tête ! a hurlé un des hommes.
J’ai tourné les yeux vers ma mère. Elle avait les larmes aux yeux et, comme moi, elle ne comprenait rien.
L’homme qui était entré calmement s’est assis sur l’un de nos fauteuils, juste en face de nous. Il nous a jaugés un moment, puis son regard s'est arrêté sur moi.
— Belle famille, Juan, dit-il d'une voix traînante. Surtout ton aînée. Elle a des yeux bleus incroyables.
— Je... je vais te rembourser, Zayd. Je te le promets... a bafouillé mon père.
— Chut. J’en ai marre d’entendre tes mensonges, Juan. Ça fait déjà trois mois que j’attends. Je veux mon argent. — Sa voix s'est durcie d'un coup.
— Je n’ai pas l'argent pour l’instant...
— Hum. Et ta famille est au courant de combien tu nous dois ?
Zayd a tourné la tête vers moi en posant la question. Je sentais que mon cœur allait exploser. Je savais que mon père était souvent absent. Il travaillait dur, il partait tôt et rentrait tard, mais je l'avais aussi déjà surpris plusieurs fois en train de cacher des cachets dans ses tiroirs. J'avais peur de ce que j'allais apprendre.
— Non, ils ne savent pas, a avoué mon père en baissant la tête. Je suis désolé.
— Monsieur Juan nous doit 144 000 €, annonça Zayd. 144 000 € de dettes qu'il a préférés passer dans sa consommation de fentanyl et a des jeux d’argent .
Ma mère s’est mise à pleurer plus fort. Un des hommes a immédiatement levé son fusil vers elle pour la faire taire, mais Zayd a levé la main pour lui faire signe de le baisser.
— Je vais te rembourser, Zayd, je te le promets, a répété mon père, la voix tremblante.
— Quoi ? Qu'est-ce que tu dis, Juan ? Je n’entends pas, approche.
Mon père s'est levé et s'est approché, chancelant. Zayd s'est dressé à son tour. Il était grand, imposant, musclé. Rien à voir avec mon père qui semblait si fragile en face de lui.
— Je disais que j’allais...
Mon père n’a pas eu le temps de finir sa phrase. Zayd lui a asséné un violent coup de poing en plein visage. Ma mère a poussé un cri. Zayd s'est jeté sur lui et a commencé à le battre au sol. Mon père essayait de se débattre, mais Zayd était beaucoup trop fort. Les petits hurlaient contre moi, et j'ai fermé les yeux en me pressant contre eux, n'entendant que les bruits sourds des coups et les gémissements de mon père.
Quand Zayd s’est enfin relevé, il avait les poings en sang et des taches rouges sur son visage basané et sa chemise blanche. Il s'est rassis sur le fauteuil comme si de rien n'était et m'a regardée droit dans les yeux. J'ai dégluti difficilement.
— Tu es prêt à faire affaire ? a-t-il demandé à mon père.
Mon père a grogné de douleur au sol.
— Alors lève-toi.
Mon père s'est exécuté, le visage complètement déformé. J'ai dû détourner le regard. Un des hommes de main a tendu une feuille et un stylo à Zayd, qui s'est mis à écrire.
— Comme je suis un homme bon et que tu as une grande famille, je te laisse jusqu’à la fin de l'année pour tout me rembourser, soit 144 000 €, d’accord ? En revanche, comme je sais que tu ne tiendras pas ta parole et que tu vas essayer de fuir, il me faut une garantie. — Il a levé la tête et son regard s'est ancré sur moi. Un sourire terrifiant a étiré ses lèvres.
— Ta fille.
Mon sang s'est glacé. Ma mère s'est remise à pleurer de plus belle, suppliant Zayd.
— Non, s'il te plaît, Zayd ! Je te promets qu'il ne va pas s'enfuir ! Ne l'emmène pas !
— Tu crois que tu as le choix, Juan ? C’est ma condition. Sinon, je te bute tout de suite et je me sers sur le reste de ta famille pour récupérer mon fric. — Il s'est tourné vers moi.
— Tu es d’accord, n’est-ce pas ?
Tout le monde me regardait. Mes frères et sœurs me serraient les bras. Je n’avais pas le temps de répondre, et de toute façon, je n'avais pas d'autre choix si je voulais qu'ils restent en vie.
— Parfait. Alors on y va ? a dit Zayd en se levant.
Mais la terreur m'avait complètement paralysée, je n'arrivais plus à décoller du sol.
Un homme alors s’approcha de moi et me tira par l’épaule pour lever. Ma mère s'est jetée à mes pieds, s'accrochant à moi en sanglotant.
— S’il te plaît, Estrella, tu ne peux pas... Il doit y avoir une autre possibilité !
— Malheureusement non, madame, a dit Zayd.
— S’il te plaît, maman, lâche... Tout va bien se passer, ai-je murmuré pour essayer de la rassurer, même si ma voix tremblait.
— Oui, ne vous inquiétez pas, a ajouté Zayd d'un ton narquois. Si vous me remboursez avant la fin de l’année, je vous la rendrai vivante.
L’ homme me tira vers la sortie, m'éloignant de ma mère. Zayd a refermé la porte derrière nous en jetant un froid : « Bonne journée ».
On a descendu les escaliers de la favéla à toute vitesse. Je me laissais presque traîner, complètement sous le choc. On me poussa sur la banquette arrière d'une voiture noire, et les portières se sont verrouillées dans un clic sinistre. Zayd est monté à l'avant. Qu’est-ce qui venait de se passer ?








