Partie 1
Le sable est d’un blanc de craie, si fin qu’il coule entre les orteils de Léo comme un liquide sec. Le soleil, disque parfait suspendu dans le ciel d’un bleu impossible, diffuse une douce chaleur, sans brûler la peau. Il n’y a pas de vent. Juste un souffle tiède qui porte l’odeur du sel et de la mer.
Léo court sur la plage. Ses jambes sont légères, infatigables. Il aime la sensation de l’eau fraîche sur ses chevilles, si cristalline qu’il peut voir les petits poissons qui s’écartent sur son passage.
— Maman ! Regarde, Maman !
Elle est là, assise sur une couverture immaculée. Elle porte une robe à fleurs qui flotte légèrement malgré l’absence de bise. Les rayons du soleil se reflètent sur ses cheveux blond-platine. Quand elle sourit, une boule de chaleur familière gonfle dans la poitrine de Léo. Tout est à sa place. Tout est parfait.
Il court vers elle. Elle sent la vanille et la peau propre, une odeur de dimanche matin et de sécurité. Il se jette dans ses bras doux, fermes, réels.
— Je t’aime, mon petit lion, murmure-t-elle en embrassant le sommet de son crâne.
— Moi aussi, maman. Plus que tout le sable de la terre.
Il se recule un peu, ses mains d’enfant pressées contre les joues lisses de sa mère. Ses yeux à elle sont d’un vert profond, sans une ride, sans une ombre.
— Pourquoi je ne peux pas rester tout le temps ici ? demande-t-il, une petite note d’angoisse dans la voix.
Le sourire de sa mère ne vacille pas, mais son regard parait s’assombrir une fraction de seconde, comme si un nuage passait devant le soleil.
— Je ne comprends pas, chéri. Nous sommes là, n’est-ce pas ?
Léo veut insister, lui parler de ce sentiment de fin imminente qui lui griffe le ventre, mais déjà, le monde commence à vibrer. Pas un tremblement de terre. Quelque chose de plus subtil. Le bleu du ciel perd de son intensité, tirant vers un gris déprimant. Le chant des oiseaux devient une boucle métallique, de plus en plus courte.
— Maman ?
Elle continue de sourire, mais son image se trouble, comme un reflet dans l’eau.
— Maman, ne pars pas !








