Tempête En Mer D'iroise by Pessac at Inkitt
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Tempête en mer d'Iroise

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Summary

Assistante sociale, Léa prend en charge Tom, jeune ado perturbé, malgré la sourde opposition de son frère aîné Titouan qui réagit brutalement à l’irruption de la jolie jeune femme dans leur vie. La jeune femme va réussir à amadouer le garçon mais quand sera-t-il de son frère ? Tom est-il le seul à avoir subi un traumatisme ? Léa parviendra-t-elle à se rapprocher de Titouan ?

Genre
Erotica
Author
Pessac
Status
Complete
Chapters
6
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

L'ingérence 1

Le vent de novembre fouettait le visage de Léa lorsqu’elle frappa à la porte en bois écaillé. La maison, perchée au-dessus de la Grève Blanche, semblait lutter de toutes ses forces sous les assauts du vent de noroît.

La porte s’ouvrit brusquement. Titouan Le Goff occupait tout l’encadrement. Il portait un pull marin reprisé et une odeur tenace de gazole et de marée l’enveloppait.

— C’est pourquoi ? grogna-t-il, la voix grave comme le roulement des galets.

— Bonjour, Monsieur Le Goff. Je suis Léa Moretti, des services sociaux. Nous avons rendez-vous pour le suivi de Tom.

Titouan soupira en haussant les épaules, exhalation longue et exaspérée. Il s’écarta sans un mot, la laissant entrer dans son antre. L’intérieur de la maison était chaotique : des casiers à homards dans le salon, une pile de vaisselle dans l’évier, et Tom, assis par terre, dessinait sur un carnet sur la table basse du salon.

— Je vous ai dit au téléphone que tout allait bien, lança Titouan en tournant le dos pour retourner à la réparation d’un filet étalé sur la table monastère.

— L’école ne dit pas la même chose, M. Le Goff. Tom s’endort en classe. Il est arrivé trois fois en retard cette semaine.

Léa s’approcha de Tom et s’accroupit, ignorant la poussière sur son manteau beige.

— Salut, Tom. C’est un chalutier que tu dessines ?

L’adolescent leva les yeux, surpris par la douceur de la voix.

Titouan, lui, observait la scène du coin de l’œil, méfiant : il avait l’habitude des gens qui venaient juger, pas de ceux qui s’accroupissaient. Il ne l’aurait jamais reconnu mais cette jeune femme lui était sympathique.

La nuit suivante, sur son bateau, patientant avant de remonter ses filets, son esprit était envahi par l’image de l’assistante sociale. Bien sûr, elle était jolie comme un cœur avec ses cheveux brun acajou bouclés tombant en cascade sur ses épaules, son petit nez légèrement pointu, ses grands yeux presque noirs, son teint ambré de méditerranéenne. Bien sûr. Mais il y avait aussi sa voix flûtée, charmeuse, légèrement voilée, fêlée. Une voix qui tournait dans sa tête. Oui, cette fille lui était sympathique. Et puis surtout, il avait vu, abasourdi, Tom tomber instantanément sous son charme, abandonner en une seconde ses réserves, ses défenses. À peine avait-il sursauté lorsqu’elle avait caressé ses cheveux. Cette jeune femme était-elle une fée ou une sorcière pour l’amadouer ainsi ? Une bien jolie sorcière en tous cas.

Titouan sentait un profond changement s’opérer en lui, quelque chose venait d’éclore, de se réveiller. Lui qui depuis quatre ans ne vivait que pour son frère, travaillant obstinément pour lui donner un peu de confort, au moins le minimum car son métier ne lui permettait pas d’en offrir davantage, lui qui travaillait quatorze-quinze heures par jours, lui, il réalisa brusquement qu’il s’était oublié, qu’il s’était perdu, qu’il avait mis sa propre existence sous l’éteignoir.

Ce constat le fit frissonner. Une sorcière ? Non, cette jeune femme était un ange.

Lorsqu’elle était revenue deux jours plus tard, la béatitude extasiée de Titouan s’était évanouie, la tension était montée d’un cran : Léa était revenue avec un plan d’action structuré, des horaires, des propositions d’aide aux devoirs. Titouan s’était senti acculé.

— Je n’ai pas besoin de votre charité, explosa-t-il, claquant sa main large sur la table. Je travaille quinze heures par jour pour qu’il ne manque de rien !

— Il ne manque pas de nourriture, M. Le Goff, il manque de présence ! avait répliqué la travailleuse sociale, pour la première fois haussant le ton.

Sa voix tremblait légèrement, mais elle ne recula pas. Titouan se figea. Il la regarda attentivement. Il comprit qu’elle n’était pas juste une bureaucrate avec un dossier ; elle était une femme qui se tenait debout face à un homme deux fois plus costaud qu’elle, fière et tenace parce qu’elle se souciait réellement du gamin. Une bien jolie femme qui décidément ne le laissait pas indifférent, réalisa-t-il.

— Je ne peux pas arrêter la mer, dit-il, la voix soudainement brisée. Si je ne sors pas, on ne mange pas. Le crédit du bateau… c’est lourd.

— Je sais, lui répondit Léa sur un ton adouci. Laissez-moi vous aider sur le reste. Laissez-moi gérer l’administratif, trouver un périscolaire pour Tom. Vous n’êtes pas obligé de tout porter tout seul.

Il y eut un silence, seulement troublé par le sifflement du vent dehors.

— Mon café est dégueulasse, prévint le marin en se dirigeant vers la cuisine. Mais je peux vous en servir une tasse.

C’était sa façon à lui de dire merci. Léa sourit discrètement en l’observant.

Dans le haut de l’escalier, Tom avait entendu les échanges entre son frère et l’assistante. L’inquiétude le taraudait.

« Mais qu’est-ce qu’elle veut cette nana ? Me caser dans un foyer, dans une famille d’accueil ? Je suis bien ici avec mon frère. C’est la seule personne en qui j’ai confiance. En lui ! Et en Yvanne aussi. Bien sûr ! »

Titouan lui avait parlé avant la venue de l’assistante, expliqué la démarche de cette femme, parlé des risques pour eux deux.

— Tom, il faut que je puisse compter sur toi ! Il faut que tes résultats scolaires s’améliorent et surtout que tu arrêtes l’école buissonnière, que tu sois à l’heure tous les matins. L’école, c’est la première chose que Mademoiselle Moretti va scruter. Si tu continues à t’en foutre, elle pourrait nous séparer et ça je ne le supporterais pas. Pas plus que toi je pense ?

L’ado avait bien compris le message et pour la première fois depuis qu’ils vivaient tous les deux, il était allé se serrer tout contre son frère. Pour lui clamer que lui non plus ne supporterait une séparation. Titouan était resté raide comme un piquet, n’avait pas tenté de le serrer aussi, de lui caresser les cheveux et de cela, Tom lui était reconnaissant : c’était déjà un énorme effort de sa part que venir câliner son frère, endurer des caresses aurait été de trop.

Il allait faire des efforts à l’école. Facile, il se savait capable d’obtenir des bonnes notes. Il lui suffirait d’écouter les professeurs, de se concentrer, de travailler un minimum aussi. Un max s’il le fallait. Il aurait de bonnes notes et tant pis si les blaireaux de sa classe le regarderaient alors d’un mauvais œil. Ça ne changerait pas beaucoup d’aujourd’hui. Il prendrait sur lui et ne répondrait plus aux provoc’ de Mathis, ce grand con ignare.

Il voulait faire plaisir à Titouan. À Léa aussi. Parce qu’elle était sympa l’assistante sociale. Et jolie. Il avait bien vu les regards en coin de Titouan : il avait compris, déjà, lui, que cette femme lui plaisait…

« Ben au moins, s’il flashe sur cette meuf, il ne regardera pas Yvanne ! »

####

L’hiver breton ne pardonne pas. Une tempête, nommée Carla, frappa la côte en pleine nuit. L’électricité fut coupée dans tout le secteur.

Léa, inquiète pour Tom et sachant la maison isolée au milieu des résidences secondaires vides en cette saison, brava les routes inondées pour venir voir s’ils avaient besoin de bougies ou de couvertures. Lorsqu’elle arriva, elle trouva Titouan dans le jardin, sous une pluie battante, essayant désespérément d’arrimer le toit de l’appentis qui menaçait de s’envoler.

Sans réfléchir, Léa accourut pour l’aider.

— Tenez ça ! hurla-t-elle à travers le vent en saisissant une bâche qui claquait furieusement.

Titouan la regarda, stupéfait, ses cheveux trempés collés au visage.

— Rentrez ! Vous allez vous tuer !

— Tais-toi et tire !

Ensemble, trempés jusqu’aux os, ils luttèrent contre les éléments pendant plusieurs minutes. Une fois l’abri sécurisé, ils rentrèrent en courant, ruisselants d’eau salée et de pluie.

Dans la cuisine éclairée à la bougie, Tom les avait regardés, les yeux ronds. Titouan et Léa étaient hors d’haleine, frissonnants. Titouan éclata soudain d’un rire nerveux, un son rare et profond.

— Vous êtes complètement folle, Moretti !

— Léa, moi, c’est Léa, dit-elle en essorant ses cheveux. Et vous êtes très malpoli de ne pas m’avoir proposé une serviette.

Titouan attrapa une serviette (rêche) et s’approcha d’elle. Au lieu de la lui lancer, il la posa maladroitement sur ses épaules. Ses doigts effleurèrent le cou de Léa. L’air dans la pièce devint soudain bien plus chaud que ne le permettaient les simples bougies.

Titouan fit un signe de tête à son jeune frère.

— Il est temps de te coucher Tom.

Le pêcheur suivit l’ado, l’accompagna à sa chambre à l’étage. Avec des gestes maladroits, il borda le gamin, se pencha vers lui pour lui déposer une bise mais sans que ses lèvres ne touchent le front de l'adolescent.

Dans l’encadrement de la porte, Léa, attendrie, avait observé la scène. Redescendue dans la cuisine, l’assistante sociale ne put s’empêcher de remarquer :

— Il me semble que Tom refuse les contacts directs. Je l’ai vu se hérisser lorsque j’avais passé ma main dans ses cheveux l’autre jour.

— Tom ressent tout contact physique comme une intrusion, une menace. Même moi, je limite mes gestes envers lui.

— Une idée du pourquoi de ces réactions ?

— Oui, répondit sourdement Titouan.

Son visage était grave, reflétant une immense colère mais Léa le vit se fermer comme une huître. Elle n’insista pas, imagina mille raisons et son esprit s’embruma au souvenir de ses propres démons.

####

Les semaines suivantes marquèrent un changement subtil. La maison était plus propre, mieux rangée. Yvanne, la jeune voisine continuait à assurer la permanence de nuit lorsque le grand frère était en mer et elle contrôlait les devoirs de Tom.

Un « Tom » qui avait remonté ses notes grâce au soutien scolaire organisé par Léa, l’aide d’Yvanne et surtout parce qu’il bossait à fond.

Un « Tom » qui riait même parfois, avec son frère, avec Yvanne ou Léa.

Un « Tom » déjà très attaché au chien que lui avait offert l’assistante sociale.

Quant à Titouan ?

Titouan se rasait avant les visites du jeudi !

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