Chapitre 1
— Wow ! C’est elle ! S’exclama une jeune femme dans la file de personnes venues exprès pour rencontrer une auteure.
— Elle est pas si jolie qu’on le dit, fit remarquer une autre.
— Qu’est-ce qu’on s’en fout ? Répliqua la première à son amie. C’est mon auteure préférée ! Elle peut être moche que je m’en ficherais !
Son amie soupira et la file se mit à avancer, les rapprochant d’une très longue table où étaient assis plusieurs écrivains différents, une pile de livres devant eux et des stylos, ainsi que des lettres et des cadeaux, étalés sur la table et par terre.
Quand les deux amies arrivèrent enfin devant la table, l’excitation de la première était si explosif que la femme assise devant elle ne put s’empêcher de sourire avec une certaine chaleur.
— Bonjour, mesdemoiselles, dit-elle.
— Vous êtes mon auteure préférée !
— Merci beaucoup, répondit la femme en ouvrant l’ouvrage que cette dernière lui tendait pour qu’elle le signe. Quel est ton nom, jeune fille ?
— Maria Gobon, rougit la fan.
L’écrivaine nota le nom et ajouta un petit texte, puis signa de son nom de plume. La fan lui tendit un petit sachet avec à l’intérieur des boucles d’oreilles fantasies.
— Oh ! Sourit la femme, touchée. Merci beaucoup, Maria ! Mais il ne fallait pas !
— Je sais que vous dites toujours de ne pas faire de folie, mais quand je les ai vu, j’ai immédiatement pensé à vous ! Avoua la jeune fille, le rouge aux joues.
— Merci beaucoup, elles sont magnifiques !
Les deux amies la quittèrent après un léger câlin et la file continua d’avancer.
Ce cirque dura encore une bonne heure avant que le salon n’informe qu’il allait fermer et qu’il était temps pour les visiteurs de partir.
— Eliniya ! S’exclama une femme rousse, des lunettes qui devaient dater des années 60, sur le nez.
— Madame Julia ! Répondit l’auteure en se levant.
— Je te ramène ?
— Non, merci, répondit-elle. Je vais prendre un taxi et rentrer tranquillement.
— Hm… Ok. Appelle-moi quand tu es chez toi.
— Oui, pas de souci. Bonne soirée tout le monde ! S’exclama-t-elle en agitant sa main pour saluer les autres auteurs.es présents.es avec elle et le staff qui rangeait.
— Bonne soirée, Eliniya, fais attention sur le retour ! Lui lancèrent deux trois personnes avant qu’elle ne quitte les lieux, sa canne raclant le sol pour l’aider à trouver son chemin.
Dehors, elle sortit son téléphone pour commander le chauffeur qui la ramènerait chez elle. La nuit tombante, il valait mieux ne pas trop traîner.
Une voiture klaxonna, la faisant sursauter.
— Mademoiselle Strickland ? S’exclama la voix du conducteur en quittant son véhicule pour venir lui ouvrir.
— C’est moi. Merci, Monsieur, dit-elle en entrant dans l’habitacle en cuir dont une petite odeur de sent bon lui parvint.
— Où est-ce que je dois vous amener, ma p’tite dame ? Lança l’homme, prenant place derrière son volant.
— Dans le quartier sud, s’il vous plaît.
— Oh ? Une artiste ? Dit-il en entrant l’adresse dans son GPS.
— Oui, sourit-elle, serrant ses doigts autour de sa canne qu’elle avait posée sur ses cuisses.
Geste que l’homme ne sembla pas remarquer.
Il démarra et lança le véhicule dans le trafic routier agité du soir. Durant la demi-heure de conduite, l’homme discuta avec Eliniya, même si cette dernière ne participait pas des masses, plus par peur que par vraie envie d’être tranquille. Elle n’était pas à son aise, seule avec un homme ou tout autres représentant de la gent masculine.
— Nous arrivons, la prévint-il.
— Vous pouvez me laisser ici. Ça sera difficile pour vous d’aller plus loin et de faire demi-tour.
— Vous êtes sûre de vous ? Demanda l’homme, sincèrement inquiet pour elle.
— Oui, merci. Je n’habite plus très loin.
Elle paya sa course, quitta la voiture sous le regard inquiet du chauffeur qui resta quelques instants, s’assurant sans doute qu’elle sache où aller avec l’aide de ses phares, puis quitta les lieux. Eleniya poussa un long soupir, elle était enfin tranquille. Sa canne racla le sol, butant contre des trous dans les trottoirs ou contre les marches de ces derniers. Mais à peine à une dizaine de mètres de son immeuble, elle sentit une présence derrière elle. Cette même présence qui ne cessait de la poursuivre depuis des mois. Elle accéléra le pas, faisant mine d’être pressée de rentrer pour une urgence urinaire, mais les pas derrière elle se mirent à accélérer également. Les enjambées se firent plus grandes pour la présence derrière elle. La crise arriva, sourde et vibrante. Eleniya vit les grilles de son logement et se jeta littéralement dessus pour passer son badge et ouvrir. Elle claqua la grosse grille et fonça vers l’entrée du bâtiment. Les pas se firent entendre, plus proche et la grille s’ouvrir. Était-ce un voisin ? Mais elle savait que non. Vite, elle ouvrit la porte et la ferma en forçant le mécanisme lent de faire barrage entre elle et son assaillant. Puis, elle se précipita vers le couloir où se trouvaient les ascenceurs. Elle appuya frénétiquement sur le bouton. L’une des portes s’ouvrit et son angoisse prit un cran quand elle vit plusieurs personnes en descendre. Ils allaient lui ouvrir et elle serait piégée.
Pas le temps, elle s’engouffra dans la cage d’ascenseur et appuya sur un étage inférieur au sien, tentant de piéger son poursuivant. Elle finirait à pied. Le petit groupe la regarda étonné, ajoutant des commentaires sur son attitude étrange, tout en marchant vers la sortie. Eliniya arriva enfin chez elle, bloquant la porte pour enfin se sentir en sécurité. Elle put souffler légèrement.
Mais c’est en allumant la lumière de chez elle que la crise de panique la terrassa. Son logement était dans un état incroyable. Quelqu’un s’était battu ici ou alors avait fouillé pour tenté de la voler. Des coups frénétiques furent portés contre le panneau renforcé derrière lequel elle s’était laissée tomber.
Elle mit les mains sur ses oreilles, pleurant, tremblante, incapable de penser à quoi que ce soit. Puis, dans un dernier élan de lucidité avant de se laisser consumer, elle prit son portable et composa un numéro d’urgence que sa manageuse lui avait donné. « en cas de besoin », lui avait-elle dit après les premiers évènements étranges des précédentes semaines. Mais là… C’était tout autre chose.
— Service de protection, Kael Everland, j’écoute ?
— À… l’aide… souffla-t-elle alors que les coups se firent plus fort et qu’un rire la fit trembler. A… Aidez-moi… Pitié…
[…]
Il venait à peine de finir une garde quand son téléphone sonna.
Kael Everland, un homme d’une carrure large à la taille étroite, un bon mètre quatre-vingt-dix-sept, il était un agent de sécurité qu’on envoyait pour les cas assez exceptionnels. Une garde rapprochée, un secours pour demoiselle en détresse ou un détective pour une affaire dans le besoin, son palmarès était assez impressionnant.
Après avoir terminé de régler son compte à un mari infidèle qui avait engagé un tueur pour réduire sa femme au silence, il était rentré à l’agence pour se reposer un peu avant de rentrer chez lui. Mais à peine s’était-il posé dans la salle de pauser que son portable personnelle avait retentit. Il n’attendait aucun appel, mais son instinct lui dicta d’y répondre.
— Kael Everland, j’écoute ?
Des pleurs à travers des coups violent et un rire hystérique lui répondit.
— À… l’aide… Par… Pitié…
Son corps se raidit.
Cette voix n’était pas celle d’une demoiselle en détresse, mais de quelqu’un qui risquait de mourir dans les secondes à venir. Il se redressa d’un coup et tenta de la faire parler pour lui demander son adresse et qui elle était, mais sa voix était trop chaotique et les coups derrière elle semblaient redoubler de force. Il fit signe à plusieurs de ses collègues de le suivre.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Code Brutus, dit-il.
Immédiatement, le groupe se mit en place. Armes en mains, protection par balles sous leurs tenues, oreillettes en place, ils grimpèrent dans un SUV massif et sombre, direction le sud de la ville.
— J’arrive, petite, dit-il à la femme de l’autre côté qui tentait de faire le moins de bruit possible. Je suis là dans moins de cinq minutes.
— Pi… Pitié, l’implora-t-elle.
— Votre nom ?
— E… Eliniya, murmura-t-elle tremblante.
— Ok, Eliniya. Est-ce que vous pouvez vous planquer quelque part ?
— O… Oui…
— Vous pouvez vous lever ?
— N… Non…
Puis un grand bruit de vitre brisée la fit hurler de terreur dans le téléphone.
Merde, pensa l’homme.
— Gabin, accélère. Si on percute quelqu’un ça sera pour moi, ordonna-t-il.
— Entendu, chef.
— Eliniya ! Je suis là ! S’écria-t-il quand la voiture freina dans le couloir étroit de la rue.
Le groupe descendit de la voiture et s’avança, tel un commando spécial.
Il regarda les noms sur l’interphone et lui demanda de lui ouvrir. La jeune femme tendit fébrilement sa main vers le combiné accroché à son mur et appuya sur une touche.
— J’entre, l’informa-t-il. Allez, on avance !
Le groupe se précipita dans les étages pour arriver devant la porte de la jeune femme. L’homme pris la fuite.
— Esteban !
Un homme massif s’élança à sa poursuite, mais le manqua quand il disparut dans la nuit.
— Eleniya, je suis derrière la porte. Je vais m’accroupir et donner trois coups.
La jeune femme terrorisée n’arrivait presque plus à respirer, puis comme il l’avait dit, trois coups assez discret furent portés tout contre son dos. Il était là. C’était lui, n’est-ce pas ? Si elle ouvrait, elle serait en sécurité, n’est-ce pas ?
— Périmètre de sécurité en place ! Entendit-elle derrière la porte.
Des pas résonnèrent, précis, ordonnés, comme s’ils savaient ce qu’ils avaient à faire et qu’ils étaient habitués. Elle se leva à peine, tendit la main vers la poignée et ouvrit.
Kael se poussa pour voir une jeune femme à terre, complètement tétanisée. Derrière elle un véritable champ de bataille. Il s’accroupit devant elle et dit avec une certaine douceur.
— Eliniya ? Je suis Kael. Vous êtes en sécurité, jeune fille.
Eliniya leva vers lui un regard larmoyant, effrayé et sur le point de s’évanouir.
— Je vous tiens, murmura-t-il face à elle, tendant une main tatouée recouverte de bagues imposantes. Vous ne risquez plus rien.
Elle le dévisagea et sentit quelque chose la secouer, puis, plus rien. Elle perdit connaissance dans les bras d’un Kael inquiet, mais professionnel.
— J’ai besoin d’une équipe médicale d’urgence !
***








