Chapitre 1 — Je voulais un Isekai... pas ça
À dix-sept ans, Alfred avait déjà découvert une vérité fondamentale sur la vie :
un programme ne fonctionne jamais du premier coup quand on en a besoin.
— Allez...
Il fixait l'écran de son téléphone depuis plusieurs secondes.
Une ligne de code.
Une erreur.
Puis une autre.
Alfred plissa les yeux.
— Je t'ai créé.
Silence.
— Je t'ai nourri.
Il fit défiler le code.
— Je t'ai donné des heures de ma vie.
Il inspira profondément.
— Et toi...
Il pointa l'écran du doigt.
— Tu me réponds avec une erreur rouge ?
Le programme resta parfaitement silencieux.
Alfred hocha lentement la tête.
— Très bien.
Il posa son téléphone.
— C'est personnel maintenant.
Il reprit immédiatement son travail.
C'était le genre de personne qu'il était.
Lorsqu'un problème apparaissait, il pouvait difficilement passer à autre chose avant de l'avoir compris.
Pas forcément parce qu'il aimait souffrir.
Enfin...
pas volontairement.
Mais parce qu'il détestait ne pas savoir.
Il voulait comprendre comment les choses fonctionnaient.
Les systèmes.
Les programmes.
Les machines.
Les nouvelles technologies.
Tout ce qui pouvait être construit, démonté, analysé puis amélioré attirait son attention.
Et lorsqu'il ne programmait pas...
il regardait des anime.
Beaucoup d'anime.
Beaucoup trop, selon certaines personnes.
Alfred, lui, appelait ça de la recherche scientifique.
---
Après plusieurs minutes, il trouva enfin l'erreur.
Il corrigea une ligne.
Relança le programme.
L'application fonctionna.
Alfred resta immobile.
— ...
Puis il leva les deux mains.
— YES !
Il se redressa sur son lit.
— Qui est le meilleur développeur du monde ?
Personne ne répondit.
Il regarda autour de lui.
— Vous êtes vraiment silencieux ce soir.
Il se rassit.
Son téléphone affichait maintenant une heure qu'il aurait probablement préféré ne pas regarder.
02:43.
Alfred fixa l'heure.
— Ah.
Il réfléchit.
— Je devrais dormir.
Il verrouilla son téléphone.
Le posa.
Ferma les yeux.
...
Trois secondes.
Il les rouvrit.
— J'ai oublié de sauvegarder.
Il attrapa son téléphone.
---
Une dizaine de minutes plus tard, il avait enfin terminé.
Cette fois, il posa réellement son téléphone.
Il s'allongea.
Le silence de la chambre lui permit enfin de réfléchir à autre chose.
Son regard se perdit dans le plafond.
Puis un sourire apparut.
— Si seulement je pouvais vraiment aller dans un autre monde...
Il aimait les histoires d'Isekai.
Un personnage ordinaire.
Un autre monde.
Des pouvoirs.
Une civilisation inconnue.
Des aventures.
Il avait déjà imaginé plusieurs fois ce qu'il ferait si cela lui arrivait.
— Première chose...
Il leva un doigt.
— Je vérifie mes statistiques.
Deuxième doigt.
— Je comprends les règles du monde.
Troisième doigt.
— Je ne fais confiance à personne trop rapidement.
Il réfléchit.
— Et si une fille mystérieuse apparaît dans une forêt...
Il prit une voix grave.
— « Bonjour, étranger. Viens avec moi. »
Il secoua immédiatement la tête.
— Non.
Il pointa le plafond.
— Je cours.
Un sourire amusé apparut.
— J'ai suffisamment regardé Re:Zero pour savoir comment ça finit.
Il pensa à Subaru.
— Franchement, Subaru...
Il soupira.
— Tu as vraiment choisi le niveau de difficulté maximum.
Il resta silencieux.
Puis il ajouta :
— Moi, je ferais mieux.
Une seconde passa.
— Enfin...
Il regarda le plafond.
— J'espère.
Il rit doucement.
Puis ferma les yeux.
Cette fois, il allait dormir.
Il ne savait pas encore qu'il venait de prononcer une phrase qu'il regretterait probablement toute sa vie.
---
BZZZT.
Alfred ouvrit les yeux.
Son téléphone venait de vibrer.
Il tendit la main.
L'écran était noir.
— Hein ?
Il appuya sur le bouton.
Rien.
Il recommença.
Toujours rien.
— Batterie ?
Il regarda l'indicateur.
87 %.
Alfred fronça les sourcils.
— Très drôle.
Il posa le téléphone.
Puis l'écran s'alluma.
Tout seul.
Une lumière blanche.
Aucune notification.
Aucune application.
Seulement un fond complètement vide.
Alfred se redressa.
— ...
Un petit symbole apparut au centre de l'écran.
Il ne le reconnaissait pas.
Il ressemblait vaguement à une étoile.
Ou peut-être à quelque chose de beaucoup plus complexe.
Alfred rapprocha son visage.
— C'est quoi, ça ?
Il toucha l'écran.
Rien.
Il recommença.
Toujours rien.
— J'ai jamais installé ça.
Il essaya de revenir en arrière.
Impossible.
Puis l'écran devint noir.
Alfred resta immobile.
— ...
Une lumière apparut sous son lit.
Il baissa lentement les yeux.
— Hein ?
La lumière s'étendit sur le sol.
Un cercle.
Puis un deuxième.
Des lignes apparurent entre eux.
Alfred descendit de son lit.
Il observa le phénomène.
Son cerveau cherchait immédiatement une explication.
Projection ?
Panne électrique ?
Dispositif défectueux ?
Mais aucune réponse ne semblait correspondre.
La lumière grandit.
Alfred recula.
— Attends...
Son cœur commença à battre plus vite.
Il regarda autour de lui.
— Non.
Le cercle continua de s'étendre.
— Non, non...
Un sourire nerveux apparut sur son visage.
— Ne me dites pas que...
La lumière monta autour de lui.
Alfred ouvrit grand les yeux.
— Non mais attendez !
Il leva les mains.
— Je rigolais quand je disais que je voulais un Isekai !
La lumière explosa.
— JE N'AI MÊME PAS PRÉPARÉ MA VALISE !
---
Il n'y eut plus rien.
Ni chambre.
Ni téléphone.
Ni sol.
Ni plafond.
Alfred ne savait même plus s'il avait encore un corps.
Il était suspendu dans quelque chose qu'il ne pouvait ni voir ni comprendre.
Puis des voix apparurent.
Lointaines.
Déformées.
— ...stable.
Une autre voix répondit :
— Non.
— Les paramètres sont pourtant corrects.
— Alors pourquoi cette anomalie ?
Silence.
Puis :
— Quelque chose a changé.
Alfred voulut ouvrir les yeux.
Impossible.
Il voulut parler.
Impossible.
Il voulut bouger.
Rien.
Une sensation étrange traversa alors son esprit.
Comme s'il tombait.
Pas vers le bas.
Dans une direction qu'il ne connaissait pas.
Très loin.
Très rapidement.
Puis—
BOUM !
Alfred heurta quelque chose.
— Aïe !
Il inspira brutalement.
Ses poumons fonctionnaient.
Son corps aussi.
Il ouvrit les yeux.
Une lumière blanche l'aveugla.
Il posa une main au sol.
Respira plusieurs fois.
Puis releva la tête.
Des dizaines de personnes l'observaient.
Des hommes et des femmes vêtus de blanc.
Certains tenaient des appareils inconnus.
D'autres regardaient des écrans holographiques.
Autour d'eux, de gigantesques machines entouraient le cercle lumineux sur lequel Alfred venait d'apparaître.
Plus loin, des soldats armés montaient la garde.
Alfred regarda à gauche.
Puis à droite.
Puis au-dessus de lui.
Il resta silencieux.
Son cerveau analysait tout.
Je ne connais rien de cet endroit.
Les machines sont trop avancées pour être simplement décoratives.
Les personnes semblent organisées.
Les soldats sont clairement là pour protéger quelque chose.
Et ce cercle...
Il regarda sous ses pieds.
Ce cercle vient de m'amener ici.
Un homme vêtu de blanc s'approcha.
— Ne bougez pas.
Alfred leva les mains.
— Je ne bouge pas.
Il regarda autour de lui.
Puis demanda :
— Je suis où ?
L'homme ne répondit pas immédiatement.
Alfred attendit.
— ...
Puis il ajouta :
— C'est une question assez importante, quand même.
L'homme finit par répondre :
— Tu as été invoqué.
Alfred cligna des yeux.
— ...
Il regarda l'homme.
Puis le cercle.
Puis les machines.
Puis de nouveau l'homme.
— Vous venez de dire...
Il posa une main sur sa poitrine.
— Invoqué ?
— Oui.
Alfred resta parfaitement immobile.
Puis son visage s'illumina.
— ...
Il se retourna vers les machines.
— JE LE SAVAIS !
Les soldats sursautèrent.
Alfred leva les bras.
— JE SAVAIS QUE LES ISEKAI EXISTAIENT !
Personne ne semblait partager son enthousiasme.
Alfred regarda les visages autour de lui.
Silence.
Il baissa lentement les bras.
— ...
— Vous êtes un public difficile.
Un soldat détourna légèrement la tête.
Alfred jura avoir vu ses épaules bouger.
Il sourit.
— Ah.
Il désigna le soldat.
— Lui, il a failli rire.
— Non.
— Si.
— Non.
— Vous avez bougé.
— J'ai respiré.
— Avec vos épaules ?
Le soldat ne répondit plus.
Alfred sourit.
Puis son attention fut attirée par une gigantesque structure métallique située derrière eux.
Ses yeux brillèrent.
— Attendez...
Il s'approcha.
— C'est de la technologie ?
L'homme en blanc répondit :
— Oui.
Alfred se retourna.
— Vous avez de la technologie ?
— Oui.
— Et de la magie ?
L'homme marqua une pause.
— Oui.
Alfred resta silencieux.
Puis il murmura :
— ...
Son sourire s'élargit.
— Je retire ce que j'ai dit.
Il regarda les machines.
— Ce monde est incroyable.
Mais à cet instant...
un des écrans holographiques derrière l'homme en blanc se mit à clignoter.
Une seule fois.
Personne ne sembla le remarquer.
Une série de symboles apparut.
Puis disparut.
Alfred, lui, ne vit rien.
Il était beaucoup trop occupé à regarder autour de lui.
Il venait de trouver quelque chose qu'il avait toujours voulu voir.
Un monde différent.
Un monde qu'il ne comprenait pas.
Un monde rempli de choses qu'il pourrait découvrir.
Il sourit.
— Je peux poser une autre question ?
L'homme soupira légèrement.
— Oui.
Alfred pointa les immenses portes situées au fond de la salle.
— Vous avez dit que j'étais invoqué...
— Oui.
— Alors...
Il se redressa.
— Je suis le héros, c'est ça ?
L'homme ne répondit pas.
Pour la première fois depuis son arrivée, son expression changea légèrement.
Pas beaucoup.
Juste assez pour qu'Alfred le remarque.
Un silence étrange s'installa.
Puis l'homme dit :
— Tu devras le découvrir devant le roi.
Alfred cligna des yeux.
— ...
Il sourit.
— D'accord.
Il regarda les immenses portes.
Elles commencèrent lentement à s'ouvrir.
Une lumière provenant de l'autre côté envahit la salle.
Alfred inspira profondément.
Il ne savait pas ce qui l'attendait.
Il ne connaissait pas ce royaume.
Il ne connaissait pas ses lois.
Il ne connaissait pas ses habitants.
Et il ne savait absolument pas pourquoi lui avait été invoqué.
Mais une chose était certaine.
Il venait d'entrer dans un monde complètement différent.
Alfred ajusta ses vêtements.
Puis il murmura :
— Bon...
Il sourit.
— Voyons voir si cet Isekai mérite vraiment cinq étoiles.
Il franchit les portes.
Derrière lui, le cercle d'invocation s'éteignit.
Et pendant une fraction de seconde...
dans le silence de la salle désormais vide...
quelque chose apparut sur l'un des écrans.
Une ligne impossible à interpréter.
Puis elle disparut.
Comme si elle n'avait jamais existé.
![The Moon's Weapon : the cursed mate [ MOVING TO GALATEA]](https://cdn-gcs.inkitt.com/vertical_storycovers/ipad_123f31099804e79c6de11657975bcaae.jpg)







