Chapter 1
TRANSGRESSIONS
Chapitre 1 — Avant la couronne
Bien avant que son nom ne soit prononcé avec crainte dans les salles du conseil, Athanase n'était encore que le prince héritier.
À vingt-quatre ans, il avait déjà appris à sourire lorsqu'on l'observait, à se taire lorsqu'on le provoquait et à écouter sans jamais montrer ce qu'il pensait réellement.
Au palais, chaque geste avait une signification.
Un regard pouvait devenir une rumeur. Une parole pouvait devenir une arme. Un mauvais mariage pouvait faire vaciller une dynastie.
Athanase le savait.
Il savait aussi que son père vieillissait.
Le roi était encore suffisamment fort pour gouverner, mais les conseillers avaient commencé à parler de succession avec cette prudence hypocrite des hommes qui savent que la fin d'un règne peut commencer bien avant la mort d'un souverain.
Athanase devait donc être irréprochable.
Son mariage avec la princesse Éléonore était déjà décidé.
Éléonore avait vingt ans. Elle était élégante, instruite, issue d'une famille royale respectée. Leur union devait consolider deux puissantes maisons et préparer l'avenir du royaume.
Tout était parfaitement ordonné.
Puis Athanase rencontra Mara.
Elle n'était personne aux yeux de la cour.
Une servante parmi tant d'autres.
Elle travaillait dans les appartements privés du palais, se déplaçant silencieusement entre les pièces, habituée à ne jamais rester assez longtemps au même endroit pour être remarquée.
Mais Athanase la remarqua.
La première fois, ce ne fut presque rien.
Un soir, il la croisa dans un corridor désert. Elle portait un plateau et s'effaça précipitamment contre le mur pour lui laisser le passage.
— Votre Altesse.
Il continua quelques pas.
Puis s'arrêta.
— Relève la tête.
Mara obéit.
Leurs regards se rencontrèrent.
Elle avait voulu être invisible.
Elle ne le fut plus.
Les rencontres suivantes semblèrent accidentelles.
Elles ne l'étaient pas.
Athanase commença à chercher les endroits où il savait qu'elle passerait. Mara, malgré la prudence qu'elle s'imposait, finit par attendre elle aussi ces moments.
Ce qui n'était d'abord qu'une attirance devint une relation secrète.
Une relation qui n'aurait jamais dû exister.
Athanase savait qu'il allait épouser Éléonore.
Il savait également ce que le royaume attendait de lui.
Mais il continua.
Jusqu'au jour où Mara lui annonça qu'elle était enceinte.
Il resta silencieux.
Longtemps.
Mara, elle, avait les mains tremblantes.
— C'est ton enfant, murmura-t-elle.
Athanase détourna le regard.
Il pensa au mariage.
À la couronne.
À son père.
À tous ceux qui attendaient de lui qu'il devienne un roi sans tache.
— Que comptes-tu faire ? demanda-t-il.
Mara baissa les yeux.
— Je ne veux pas vous prendre votre place.
— Alors que veux-tu ?
Elle inspira profondément.
— Que mon enfant sache qui est son père.
Athanase sentit quelque chose se refermer en lui.
Il aurait pu reconnaître l'enfant.
Il aurait pu tout avouer.
Il aurait pu renoncer à son mariage.
Mais il ne voulait rien perdre.
Ni Éléonore.
Ni le trône.
Ni son avenir.
Alors il choisit le silence.
Mara, elle, choisit la vérité.
Elle écrivit une lettre.
Une lettre destinée à Éléonore.
Elle y raconta tout : sa relation avec Athanase, sa grossesse et la naissance prochaine de l'enfant.
Elle écrivit aussi qu'elle avait peur.
Parce qu'elle commençait à comprendre que le prince n'était plus seulement un homme qu'elle avait aimé.
Il était un héritier.
Et un héritier pouvait être capable de choses qu'un homme ordinaire n'aurait jamais osé faire.
La lettre fut cachée.
Mais le secret ne le resta pas.
Athanase finit par la découvrir.
Il retrouva Mara dans un couloir du palais, un soir où les torches éclairaient à peine les murs.
Elle comprit immédiatement.
— Vous l'avez trouvée.
Athanase tenait la lettre entre ses doigts.
— Pourquoi voulais-tu lui écrire ?
— Parce qu'elle doit savoir.
— Elle ne saura rien.
Mara recula.
— Elle mérite de connaître la vérité.
Le visage d'Athanase se durcit.
— Tu ne comprends pas ce que tu risques de provoquer.
— Non. C'est vous qui ne comprenez pas.
Elle posa une main sur son ventre.
— Ce n'est plus seulement votre secret.
Le silence qui suivit fut terrible.
Quelques jours plus tard, Mara mourut.
Le palais parla d'une mort malheureuse.
Personne ne posa de question.
Athanase veilla personnellement à ce que la lettre disparaisse.
Mais il ne savait pas encore que certains secrets refusent de mourir.
L'enfant naquit quelques mois plus tard.
Une petite fille.
Athanase la regarda dans les bras d'une nourrice.
Elle était minuscule.
Inoffensive.
Et pourtant, il eut peur d'elle.
Parce qu'elle était la preuve vivante de sa faute.
La preuve qu'un jour quelqu'un pourrait lui demander :
Qui est son père ?
Il détourna les yeux.
Il avait déjà décidé de son avenir.
Cette enfant ne porterait jamais son nom.
Elle ne serait jamais présentée comme sa fille.
Elle deviendrait autre chose.
Une pupille.
La fille d'un homme mort.
Un mensonge suffisamment crédible pour traverser les années.
Mais avant cela, Athanase devait encore régler un dernier problème.
Son père avait commencé à comprendre que quelque chose n'allait pas.
Et le vieux roi avait toujours eu un défaut qu'Athanase détestait :
il connaissait trop bien son fils.
La couronne était encore sur la tête de son père.
Mais Athanase avait déjà commencé à la convoiter.
Et bientôt, pour l'obtenir, il allait franchir une seconde limite.
Une limite dont le royaume ne connaîtrait jamais la véritable histoire.
Le sang de deux hommes allait bientôt couler pour qu'un seul puisse porter la couronne.
Chapitre 2 — Le dernier obstacle
La nuit était tombée sur le palais.
Dans les appartements royaux, les flammes des chandelles vacillaient contre les murs tandis que le vieux Roi parcourait lentement les documents posés devant lui.
Depuis plusieurs jours, quelque chose le préoccupait.
Son fils.
Athanase avait changé.
Il parlait moins. Il évitait certaines questions. Et surtout, il semblait déjà porter sur ses épaules le poids d'une couronne qu'il ne possédait pas encore.
Le Roi posa finalement sa plume.
— Faites venir le prince.
Quelques minutes plus tard, Athanase entra.
Il s'arrêta devant son père.
— Vous m'avez demandé, Père ?
Le vieux souverain le regarda longuement.
— On m'a parlé d'une servante.
Athanase ne bougea pas.
Mais son silence dura une seconde de trop.
Son père le remarqua.
— Une jeune femme qui travaillait dans tes appartements.
— Beaucoup de servantes travaillent dans mes appartements.
— Ne joue pas avec moi.
La voix du Roi était devenue froide.
Athanase soutint son regard.
— Que voulez-vous savoir ?
Le vieux Roi se leva.
— Je veux savoir pourquoi cette jeune femme est morte si brusquement.
Le cœur d'Athanase se serra.
Ainsi, il savait.
Peut-être pas tout.
Mais suffisamment.
— C'était une maladie.
— Mensonge.
Le mot tomba entre eux.
Athanase sentit quelque chose se briser en lui.
Son père s'approcha.
— Tu vas épouser Éléonore. Tu vas devenir Roi. Mais avant cela, tu dois comprendre une chose : une couronne ne protège pas un homme de ses actes.
Athanase resta silencieux.
— Si ce que j'ai entendu est vrai, continua son père, cette femme portait ton enfant.
Le silence devint presque insupportable.
Le vieux Roi avait compris.
Et avec lui, le danger devenait réel.
— Où est l'enfant ? demanda-t-il.
Athanase ne répondit pas.
— Où est ton enfant ?
Le prince serra les mâchoires.
— Elle est vivante.
Le regard de son père se durcit.
— Alors tu dois faire ce qui est juste.
Athanase eut un rire bref, sans joie.
— Ce qui est juste ?
— Oui.
— Et si ce qui est juste détruit tout ce que j'ai construit ?
Le Roi le fixa.
— Alors tu devras vivre avec les conséquences.
Athanase baissa les yeux.
Pendant quelques secondes, il sembla hésiter.
Puis son visage redevint impassible.
— Je comprends.
Son père posa une main sur son épaule.
— Je veux croire que tu es encore capable de faire le bon choix.
Athanase quitta la pièce.
Il traversa les couloirs du palais sans regarder les domestiques qui s'inclinaient sur son passage.
Chaque pas le rapprochait d'une décision.
Son père voulait qu'il avoue.
Le conseil pourrait l'écarter de la succession.
Éléonore pourrait annuler le mariage.
Le royaume pourrait apprendre qu'il avait eu un enfant avec une servante.
Et la petite fille deviendrait la preuve vivante de son scandale.
Non.
Athanase ne laisserait pas cela arriver.
---
Trois jours plus tard, le vieux Roi mourut.
La version officielle parla d'une défaillance soudaine.
Le royaume porta le deuil.
Les cloches sonnèrent pendant plusieurs heures.
Et tandis que le peuple pleurait son souverain, Athanase demeurait immobile devant le cercueil.
Personne ne pouvait lire son visage.
Éléonore se tenait à quelques pas de lui.
Elle était encore princesse.
Bientôt, elle serait reine.
Elle posa doucement une main sur son bras.
— Tu vas bien ?
Athanase tourna la tête vers elle.
— Oui.
Elle le regarda dans les yeux.
— Tu sembles différent depuis quelques jours.
Il lui prit la main.
— Beaucoup de choses vont changer.
Elle esquissa un sourire triste.
— Tant que nous les affronterons ensemble.
Athanase regarda la femme qu'il allait épouser.
Pendant un instant, une pointe de culpabilité traversa son regard.
Puis elle disparut.
Le lendemain, le royaume annonça officiellement la succession.
Athanase devint Roi.
Éléonore devint Reine.
Et le palais célébra leur union comme le début d'une nouvelle ère.
Personne ne savait que la nouvelle couronne reposait déjà sur deux morts.
---
Quelques mois plus tard, une nourrice entra dans les appartements de la Reine.
Dans ses bras dormait un bébé.
Une petite fille de huit mois.
Éléonore leva les yeux.
— Qui est-elle ?
Athanase répondit avant même que la nourrice ne puisse parler.
— La fille de mon meilleur ami.
Éléonore se tourna vers lui.
— Ton conseiller ?
— Oui.
Il avait choisi cet homme parce qu'il était mort récemment et ne pouvait plus contredire son histoire.
Athanase poursuivit :
— Il m'avait demandé de veiller sur elle s'il lui arrivait quelque chose.
Éléonore regarda l'enfant.
Son visage s'adoucit immédiatement.
— Pauvre petite...
Elle s'approcha.
La nourrice lui tendit l'enfant.
Éléonore la prit contre elle.
La petite fille remua légèrement avant de se rendormir.
La Reine embrassa son front.
— Elle restera ici.
Athanase la regarda.
Il avait obtenu exactement ce qu'il voulait.
La petite fille serait élevée au palais.
Elle serait protégée.
Elle serait proche de lui.
Mais elle ne serait jamais appelée sa fille.
— Comment s'appelle-t-elle ? demanda Éléonore.
Athanase marqua une pause.
Puis il prononça le prénom qu'il avait choisi.
— Naïra.
Éléonore sourit.
— Naïra...
Elle regarda l'enfant avec tendresse.
— Alors bienvenue dans ta nouvelle famille.
Athanase détourna les yeux.
Parce qu'il savait qu'il venait de faire entrer son plus grand secret dans sa propre maison.
Et qu'un jour, cette enfant pourrait être celle qui détruirait tout ce qu'il venait de construire.
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Quelques mois après l'arrivée de Naïra, le palais connut une nouvelle naissance.
Éléonore donna naissance à un garçon.
Le royaume célébra la nouvelle pendant plusieurs jours.
Le petit prince fut présenté au peuple comme l'héritier de la couronne.
Athanase le prit dans ses bras.
Pour la première fois depuis longtemps, il sentit une véritable fierté.
Un fils.
Un héritier.
Son sang.
Son avenir.
Puis son regard se posa sur Naïra, qui dormait dans les bras d'une nourrice.
Deux enfants.
Un père.
Deux vérités différentes.
Le petit garçon porterait son nom.
La petite fille porterait son secret.
Et personne, ce jour-là, ne pouvait imaginer que leurs destins finiraient par se croiser d'une manière que le Roi lui-même n'aurait jamais pu prévoir.
HChapitre 3 — Deux enfants, un secret
Les années passèrent sans que le palais ne sache ce qu'il abritait réellement.
Athanase devint un roi respecté.
En public, il était l'image même de l'autorité. Sa voix suffisait à faire taire une salle entière et son regard ne laissait presque jamais deviner ce qui se cachait derrière ses pensées.
Éléonore, elle, s'était habituée à son rôle de reine.
Elle aimait son mari.
Elle aimait son fils.
Et, avec les années, elle s'était attachée à Naïra comme si elle l'avait portée elle-même.
Pour elle, cette petite fille était devenue une enfant de la maison royale.
Elle ne faisait aucune différence entre elle et Kaël.
Mais Athanase, lui, faisait cette différence chaque jour.
Kaël était son héritier.
Naïra était son secret.
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Kaël grandissait sous le regard permanent de la cour.
À cinq ans, on lui enseignait déjà les règles du palais.
À huit ans, il suivait ses premières leçons de stratégie.
À dix ans, ses précepteurs lui parlaient de gouvernance, d'histoire et de diplomatie.
On lui répétait qu'un jour, il serait roi.
Naïra, elle, grandissait différemment.
Elle avait accès au palais, aux jardins, aux bibliothèques et aux salles d'apparat, mais elle savait qu'elle n'était pas exactement comme Kaël.
Elle n'avait pas de couronne.
Elle n'était pas héritière.
Pourtant, Éléonore lui donnait une affection presque maternelle.
Et Kaël, enfant, ne voyait aucune différence.
Pour lui, Naïra était simplement sa sœur.
Ils couraient dans les jardins.
Ils se disputaient pour des choses insignifiantes.
Ils se réconciliaient quelques minutes plus tard.
Lorsque Kaël tombait, Naïra accourait.
Lorsque Naïra pleurait, Kaël cherchait immédiatement à savoir qui l'avait blessée.
Le Roi les observait souvent de loin.
Il aurait voulu croire que tout cela pouvait durer éternellement.
Mais il savait que les enfants grandissent.
Et que les enfants posent des questions.
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À seize ans, Naïra était devenue une jeune femme remarquée dans toute la cour.
Elle avait hérité de l'élégance d'Éléonore et d'un caractère beaucoup plus difficile à contenir.
Elle savait qu'elle était belle.
Elle savait également que les regards se tournaient vers elle lorsqu'elle entrait dans une pièce.
Depuis son enfance, certaines femmes de la cour lui avaient appris à maîtriser son apparence, ses gestes, sa manière de parler.
Elle avait appris à comprendre l'effet qu'elle produisait.
Mais malgré son statut particulier, elle restait attachée à sa famille.
Surtout à Kaël.
Kaël avait dix-huit ans désormais.
Il était devenu un jeune homme sérieux, ambitieux et discipliné.
Il passait une grande partie de son temps à étudier les affaires du royaume.
Il voulait être un bon roi.
Il voulait être différent de son père.
Cette dernière pensée, il ne l'avait jamais dite à voix haute.
Mais elle existait déjà en lui.
---
Un soir, Kaël traversa la bibliothèque royale.
Il s'arrêta en apercevant Naïra près d'une fenêtre.
Elle lisait.
— Encore ici ?
Elle leva les yeux.
— Et toi ?
— Je travaille.
— Tu travailles toujours.
Il sourit.
— Quelqu'un doit bien le faire.
Naïra referma son livre.
— Père dit que tu devrais bientôt commencer à assister aux réunions du conseil.
Le sourire de Kaël disparut légèrement.
— Je sais.
Elle l'observa.
— Tu n'es pas heureux ?
— Je ne sais pas.
— Tu veux vraiment devenir roi ?
Kaël regarda les jardins plongés dans l'obscurité.
— Je veux être digne de l'être.
Naïra resta silencieuse.
Elle ne savait pas pourquoi, mais cette réponse lui sembla différente de toutes celles qu'elle entendait habituellement au palais.
Kaël se tourna vers elle.
— Pourquoi tu me regardes comme ça ?
— Parce que tu as changé.
— Toi aussi.
Un silence passa.
Puis Naïra sourit.
— Peut-être que nous avons simplement grandi.
Kaël lui rendit son sourire.
Ils ne savaient pas encore à quel point cette phrase était vraie.
---
Quelques semaines plus tard, un événement allait bouleverser leur vie.
Kaël devait assister pour la première fois à une réunion privée du conseil.
Athanase l'avait convoqué seul.
Lorsque le jeune prince entra dans le bureau royal, il remarqua immédiatement quelque chose d'étrange.
Son père était debout devant un coffre ancien.
Le coffre était ouvert.
— Père ?
Athanase referma brusquement le couvercle.
— Tu es en retard.
— De quelques minutes.
— Un roi n'est jamais en retard.
Kaël s'approcha.
— Pourquoi m'avez-vous fait venir ?
Athanase le regarda longuement.
— Parce que tu dois commencer à comprendre certaines choses sur cette famille.
Kaël sentit une tension étrange dans la pièce.
— Quelles choses ?
Athanase ne répondit pas immédiatement.
Son regard glissa vers le coffre.
Puis vers son fils.
— Il existe des vérités qu'il vaut mieux ne jamais chercher.
Kaël fronça les sourcils.
— Pourquoi me dites-vous cela ?
Le Roi s'approcha.
— Parce que certaines découvertes peuvent détruire une famille entière.
Kaël resta silencieux.
Il ne le savait pas encore, mais son père venait de commettre une erreur.
En lui disant de ne pas chercher...
il venait de lui donner une raison de chercher.
Et dans les semaines qui suivirent, Kaël allait commencer à remarquer des choses qu'il n'avait jamais remarquées auparavant.
Des conversations interrompues lorsqu'il entrait dans une pièce.
Des regards échangés entre certains anciens serviteurs.
Des silences lorsqu'il posait des questions sur la naissance de Naïra.
Et surtout...
un nom.
Un nom que personne ne voulait prononcer.
Mara.
Kaël l'entendit pour la première fois dans une vieille aile du palais.
Il s'arrêta derrière une porte entrouverte.
Deux serviteurs âgés parlaient à voix basse.
— Elle avait laissé quelque chose...
— Tais-toi.
— La lettre...
— Tais-toi !
Kaël recula.
Son cœur venait de s'accélérer.
Une lettre.
Mara.
Naïra.
Son père.
Pour la première fois, trois éléments venaient de se rejoindre dans son esprit.
Et il comprit que le secret de Naïra était peut-être beaucoup plus ancien qu'il ne l'avait imaginé.
Cette nuit-là, Kaël ne dormit presque pas.
À l'aube, il prit une décision.
Il découvrirait la vérité.
Même si cette vérité devait détruire sa famille.
HChapitre 4 — La lettre
Kaël passa les jours suivants à chercher sans donner l'impression de chercher.
Il posait des questions anodines aux domestiques.
Il observait les réactions de son père.
Il retournait dans les anciennes ailes du palais lorsqu'il savait les couloirs déserts.
Plus il avançait, plus il avait la sensation que quelqu'un avait passé des années à effacer les traces d'une histoire.
Mais les palais ont une mémoire.
Une porte condamnée.
Un registre incomplet.
Un portrait retiré d'un mur.
Un nom murmuré par un vieil homme.
Les indices étaient partout.
Il fallait seulement savoir les regarder.
Un après-midi, Kaël se rendit aux archives royales.
Il connaissait suffisamment les lieux pour savoir que personne ne viendrait l'y chercher avant plusieurs heures.
Il parcourut les registres de succession, les actes de naissance et les documents concernant les anciens membres du palais.
Puis il trouva quelque chose.
Un dossier portant une date correspondant à l'année de naissance de Naïra.
Il l'ouvrit.
Quelques lignes avaient été arrachées.
Kaël sentit son estomac se nouer.
Il continua.
Une mention apparaissait encore sur une page :
« Enfant confiée à la protection de Son Altesse Royale. »
Aucun nom de père.
Aucun nom de mère.
Seulement une référence à un ancien conseiller du Roi.
Le meilleur ami d'Athanase.
Kaël relut la phrase plusieurs fois.
Pourquoi son père aurait-il pris sous sa protection la fille d'un conseiller mort ?
Il referma le dossier.
Puis il remarqua une petite marque sur le bois de l'étagère.
Une serrure.
Derrière une rangée de vieux documents se trouvait un compartiment dissimulé.
Son cœur se mit à battre plus vite.
Il trouva la clé quelques minutes plus tard dans une boîte oubliée.
La serrure céda.
À l'intérieur se trouvait une enveloppe jaunie.
Son nom n'était pas inscrit dessus.
Mais une phrase, écrite d'une main tremblante, apparaissait sur le devant :
« À celle qui deviendra reine. »
Kaël resta immobile.
Il comprit immédiatement.
La lettre n'était pas destinée à lui.
Elle était destinée à sa mère.
À Éléonore.
---
Il attendit la nuit avant de l'ouvrir.
La chambre de Kaël était plongée dans l'obscurité.
Une seule lampe éclairait le papier.
Il déplia la lettre.
L'écriture était ancienne.
Fragile.
Mais lisible.
«« Princesse Éléonore,
Si cette lettre vous parvient, c'est que je n'ai plus la possibilité de vous parler moi-même.
Je vous demande de me croire, car ce que je vais vous révéler concerne l'homme que vous allez épouser.
Le prince Athanase est le père de mon enfant.
La petite fille qui naîtra de notre relation est sa fille.
Il m'a promis qu'il la protégerait.
Mais depuis que je lui ai annoncé ma grossesse, je ne reconnais plus l'homme que j'aimais.
J'ai peur.
Si quelque chose m'arrive, cherchez l'enfant.
Ne croyez pas ceux qui vous diront qu'elle est la fille d'un autre homme.
Elle est du sang d'Athanase. »»
Kaël lâcha presque la lettre.
Il resta plusieurs secondes sans respirer correctement.
Puis il reprit la lecture.
La dernière partie était plus difficile à déchiffrer.
«« Je vous en supplie, ne laissez pas mon enfant grandir dans le mensonge.
Son père doit répondre de ce qu'il a fait.
Et vous devez savoir que votre mariage repose sur une vérité qu'on cherche à vous cacher.
Pardonnez-moi de vous confier cela.
Mara. »»
Kaël sentit ses mains devenir froides.
Mara.
La servante.
La femme dont il avait entendu parler.
Il relut la première phrase.
Athanase est le père de mon enfant.
Puis une pensée terrible lui traversa l'esprit.
Naïra.
Il se leva brusquement.
Il quitta sa chambre.
---
Il trouva Naïra dans les jardins.
Elle était assise près d'une fontaine, un livre posé sur ses genoux.
Lorsqu'elle aperçut Kaël, elle sourit.
— Tu as l'air étrange.
Il ne répondit pas.
— Kaël ?
Il la regarda.
Pour la première fois de sa vie, il ne vit pas simplement sa sœur.
Il vit une jeune femme qui avait grandi dans le même palais que lui.
Une jeune femme dont l'existence reposait sur un mensonge.
Et soudain, une question terrible lui vint :
Depuis combien de temps mon père sait-il ?
— Qu'est-ce que tu as ? demanda Naïra.
Kaël détourna les yeux.
— Rien.
Elle se leva.
— Tu mens mal.
Il eut presque envie de tout lui dire.
Mais il ne pouvait pas.
Pas encore.
Il avait besoin de preuves.
Il avait besoin d'entendre la vérité de la bouche de son père.
Il s'éloigna.
Naïra le regarda partir, troublée.
Elle ignorait que, quelques minutes auparavant, Kaël venait de découvrir le secret qui allait briser leur famille.
---
Le lendemain matin, Kaël entra dans les appartements du Roi sans demander la permission.
Athanase releva immédiatement les yeux.
Il comprit.
Pas à cause de ses paroles.
À cause de son visage.
— Qu'as-tu découvert ?
Kaël s'immobilisa.
— Alors c'est vrai.
Athanase ne répondit pas.
— Naïra est ta fille.
Le silence fut la seule réponse dont Kaël avait besoin.
Son visage se décomposa.
— Elle est ma sœur.
Athanase ferma les yeux.
— Kaël...
— Ne m'appelle pas comme ça !
Sa voix résonna dans la pièce.
— Tu m'as menti toute ma vie !
— Je voulais protéger le royaume.
— Non !
Kaël s'approcha.
— Tu voulais te protéger, toi.
Athanase resta silencieux.
Et ce silence fut plus violent qu'un aveu.
— Et Mara ? demanda Kaël.
Le Roi détourna légèrement le regard.
Kaël comprit.
Son père ne niait même plus.
— Qu'est-ce que tu lui as fait ?
Athanase ne répondit pas.
Kaël recula.
Ses yeux se remplirent de colère.
— Mon Dieu...
Il porta une main à son visage.
Il venait de comprendre qu'il ne connaissait pas son père.
Pas réellement.
L'homme qu'il avait admiré toute sa vie était capable de choses qu'il n'aurait jamais imaginées.
— Je ne veux plus vous voir.
— Kaël.
— Je pars.
Athanase se redressa.
— Tu es l'héritier.
— Je ne veux pas de votre couronne.
Et cette fois, le Roi comprit qu'il ne pouvait plus retenir son fils.
Kaël sortit.
La porte se referma derrière lui.
Athanase resta seul.
Pour la première fois depuis qu'il avait pris le pouvoir, il sentit quelque chose qu'il n'avait jamais éprouvé devant un ennemi.
La peur de perdre son propre fils.
Et dans le couloir, Kaël avançait sans savoir où il irait.
Il savait seulement une chose.
Il devait partir.
Parce que rester dans ce palais signifiait continuer à vivre au milieu des mensonges de son père.
Et parce qu'il ne savait pas encore que son départ allait changer définitivement le destin de Naïra, d'Éléonore...
et d'une jeune femme nommée Élise qu'il n'avait pas encore rencontrée.
Chapitre 5 — L'exil
Trois jours plus tard, Kaël quitta le royaume.
Il ne prévint presque personne.
Il avait refusé les cérémonies, les adieux officiels et les discours que son père aurait pu utiliser pour sauver les apparences.
Une seule personne vint le voir avant son départ.
Éléonore.
La Reine entra dans ses appartements au moment où il terminait de fermer une malle.
Elle resta quelques secondes sur le seuil.
— Tu pars vraiment ?
Kaël ne répondit pas immédiatement.
Sa mère s'approcha.
— Ton père m'a dit que vous vous étiez disputés.
Il eut un sourire amer.
— Il t'a raconté pourquoi ?
Éléonore baissa les yeux.
Elle avait déjà compris que quelque chose de grave s'était produit.
— Non.
Kaël regarda sa mère.
Il aurait voulu tout lui dire.
La lettre.
Mara.
Naïra.
Son père.
Mais il avait peur de ce que la vérité ferait à Éléonore.
Alors il se contenta de murmurer :
— Maman... ne fais jamais confiance aux apparences.
Elle fronça les sourcils.
— Qu'est-ce que cela signifie ?
Il s'approcha d'elle et la serra dans ses bras.
Longuement.
— Je suis désolé.
Éléonore sentit son cœur se serrer.
— Reviens-moi.
Kaël ferma les yeux.
— Je ne sais pas si je pourrai.
Puis il la lâcha.
Il quitta la pièce sans se retourner.
Dans le couloir, Naïra l'attendait.
Elle avait les yeux rouges.
— Tu pars sans me dire au revoir ?
Kaël s'arrêta.
Pendant quelques secondes, il ne sut pas quoi dire.
Il savait désormais qu'elle était sa demi-sœur.
Elle, en revanche, ignorait encore toute la vérité.
— Je dois partir.
— Pourquoi ?
— Parce que j'ai besoin de comprendre qui je suis.
Naïra le regarda avec incompréhension.
— Et moi ?
La question lui fit mal.
Kaël détourna les yeux.
— Toi... tu dois rester.
— Je ne comprends rien.
— Je sais.
Il voulut s'approcher d'elle, mais s'arrêta.
Quelque chose avait changé.
La veille encore, il aurait pris sa sœur dans ses bras sans réfléchir.
Maintenant, chaque geste lui rappelait une vérité qu'il ne parvenait pas à accepter.
— Prends soin de maman, murmura-t-il.
Naïra hocha lentement la tête.
— Et toi ?
Kaël lui répondit après un long silence :
— Je reviendrai peut-être.
Puis il partit.
Naïra resta immobile dans le couloir.
Elle ne savait pas que son frère venait de découvrir qu'ils partageaient le même père.
Elle ne savait pas non plus que son départ était le début d'une fracture qui allait traverser toute leur famille.
---
Le royaume qu'il choisit pour son exil était différent.
Plus moderne.
Plus ouvert.
Les rues étaient éclairées jusque tard dans la nuit. Les bâtiments mêlaient verre et pierre. Les gens circulaient librement, sans se retourner à chaque fois qu'une voiture officielle passait.
Pour la première fois, Kaël n'était plus le prince que tout le monde reconnaissait.
Il pouvait marcher seul.
Manger seul.
Réfléchir seul.
Au début, cette liberté lui sembla étrange.
Puis elle devint nécessaire.
Il prit un petit appartement.
Il commença à travailler.
Il apprit à vivre avec moins.
Les premiers mois furent difficiles.
Il faisait des cauchemars.
Il revoyait le visage de son père.
Il revoyait la lettre.
Et surtout, il pensait à Naïra.
Il culpabilisait d'être parti.
Mais chaque fois qu'il envisageait de revenir, il se souvenait du regard d'Athanase.
Alors il restait.
---
Un soir, quatre mois après son arrivée, Kaël entra dans un café situé au centre de la ville.
Il pleuvait dehors.
Il s'installa près d'une fenêtre.
Une jeune femme entra quelques minutes plus tard.
Elle secoua son parapluie avant de chercher une table.
Son regard croisa celui de Kaël.
Elle sourit poliment.
Puis elle vint s'asseoir à la table voisine.
Elle s'appelait Élise.
Elle avait vingt-deux ans.
Kaël ne connaissait pas son histoire.
Elle ne connaissait pas la sienne.
Et aucun des deux ne savait que cette rencontre allait un jour les ramener au même palais.
Ils commencèrent à parler.
D'abord de choses insignifiantes.
La pluie.
La ville.
Le café.
Puis de leurs vies.
Élise avait quelque chose de différent des personnes que Kaël avait connues au palais.
Elle ne cherchait pas à savoir qui il était.
Elle ne cherchait pas son nom.
Elle ne cherchait pas son statut.
Elle parlait avec lui comme avec n'importe quel homme.
Et cette simplicité lui fit du bien.
Au fil des semaines, ils se revirent.
Puis leurs rencontres devinrent une habitude.
Kaël recommença lentement à sourire.
À vivre.
À croire qu'une existence pouvait être construite loin du palais.
Élise ignorait qu'elle était assise à côté d'un prince en exil.
Kaël ignorait encore qu'elle deviendrait sa femme.
Et surtout...
aucun des deux ne pouvait imaginer qu'un jour, ils franchiraient ensemble les portes du palais royal.
Un palais où attendait un homme que Kaël avait juré de ne plus jamais vouloir revoir.
Athanase.
Chapitre 6 — Une vie loin du palais
Les mois s'écoulèrent.
Kaël avait cessé de compter les jours depuis son départ.
Dans ce nouveau royaume, personne ne s'inclinait lorsqu'il entrait dans une pièce. Personne ne l'appelait « Votre Altesse ». Personne ne connaissait son véritable nom de famille.
Et, étrangement, cette liberté lui plaisait.
Il travaillait beaucoup.
Il apprenait à gagner sa vie sans les privilèges du palais. Il découvrait des choses simples qu'il n'avait jamais eu l'occasion de connaître : attendre un bus, faire ses courses lui-même, rentrer tard sans escorte.
Élise était devenue une présence régulière dans sa vie.
Elle ne lui demandait presque jamais pourquoi il avait quitté son pays.
Elle avait compris qu'il existait des blessures qu'on ne soigne pas en les forçant à parler.
Un soir, ils marchaient côte à côte dans une rue animée.
— Tu penses encore à rentrer ? demanda-t-elle.
Kaël resta silencieux.
— Parfois.
— À ta famille ?
Il hocha la tête.
— À ma mère surtout.
Élise regarda son visage.
— Tu l'aimes beaucoup.
— C'est la seule personne du palais dont je n'ai jamais douté.
Élise ne répondit rien.
Elle lui prit simplement la main.
Ce geste simple eut plus d'effet sur lui qu'elle ne l'imaginait.
---
Leur relation se construisit lentement.
Kaël apprit à connaître Élise dans les détails.
Sa façon de rire lorsqu'elle était gênée.
Son entêtement.
Son goût pour les belles choses.
Son ambition aussi.
Élise, de son côté, découvrait chez Kaël un homme beaucoup plus complexe qu'il ne le laissait paraître.
Elle savait qu'il avait grandi dans un milieu privilégié.
Elle savait qu'il avait une famille dont il parlait rarement.
Mais elle ne connaissait toujours pas toute la vérité.
Un soir, Kaël lui parla enfin de son identité.
Ils étaient assis sur un banc, loin du bruit de la ville.
— Il faut que je te dise quelque chose.
Élise se tourna vers lui.
— Quoi ?
Il inspira profondément.
— Je ne suis pas simplement l'homme que tu crois connaître.
Elle sourit légèrement.
— Je m'en doutais.
Il fronça les sourcils.
— Comment ?
— Tu n'as pas appris à te tenir comme quelqu'un d'ordinaire.
Il eut un petit rire.
Puis son expression devint sérieuse.
— Je suis le prince héritier de mon royaume.
Élise resta silencieuse.
Elle le regarda longuement.
— Tu plaisantes ?
— Non.
Elle détourna les yeux.
— Pourquoi ne me l'avoir jamais dit ?
— Parce que je voulais savoir si tu pouvais m'aimer sans mon titre.
Elle le regarda à nouveau.
— Et maintenant ?
Kaël lui prit la main.
— Maintenant, je sais.
Élise ne répondit pas.
Mais elle ne retira pas sa main.
---
Leur mariage eut lieu deux ans plus tard.
Il fut simple.
Loin des cérémonies fastueuses du palais.
Kaël ne voulait pas de couronne.
Il voulait seulement une vie qui lui appartienne.
Élise accepta.
Pendant un temps, ils furent heureux.
Mais le passé ne disparaît jamais vraiment.
Il attend.
---
Au royaume d'origine, pendant ce temps, Éléonore s'était progressivement affaiblie.
La disparition de son fils l'avait profondément touchée.
Elle continuait à remplir son rôle de reine, mais quelque chose s'était éteint en elle.
Naïra, devenue adolescente, était souvent auprès d'elle.
Elle ne comprenait toujours pas pourquoi Kaël était parti.
Elle savait seulement qu'il refusait de parler à son père.
Athanase, lui, avait interdit qu'on évoque le sujet devant lui.
Mais certaines nuits, lorsque le palais dormait, il se rendait seul dans les anciennes archives.
Il y cherchait quelque chose.
La lettre de Mara.
Il ne l'avait jamais retrouvée.
Et cette absence commençait à l'inquiéter.
---
Quatre années passèrent depuis le départ de Kaël.
Au royaume moderne, sa vie avec Élise avait changé.
Ils avaient construit leur foyer.
Kaël travaillait.
Élise avait ses propres projets.
Ils étaient loin de la couronne.
Loin des intrigues.
Loin des mensonges.
Du moins, le croyaient-ils.
Puis un matin, une lettre arriva.
Le sceau royal était intact.
Kaël le reconnut immédiatement.
Il resta plusieurs secondes à regarder l'enveloppe.
Élise entra dans la pièce.
— Qu'est-ce que c'est ?
Kaël ne répondit pas.
Il ouvrit lentement la lettre.
L'écriture était celle de son père.
Il lut.
Puis son visage changea.
Élise s'approcha.
— Kaël ?
Il releva les yeux.
— Ma mère est malade.
Le silence s'installa.
— À quel point ?
Kaël replia la lettre.
— Très malade.
Il regarda par la fenêtre.
Quatre années auparavant, il avait quitté le palais en jurant de ne jamais y retourner.
Mais il y avait une chose que sa colère n'avait jamais réussi à effacer.
L'amour qu'il portait à sa mère.
Élise posa une main sur son épaule.
— Tu vas y retourner.
Ce n'était pas une question.
Kaël ferma les yeux.
— Oui.
Il ne savait pas ce qui l'attendait derrière les portes du palais.
Il ignorait que Naïra avait grandi.
Il ignorait que sa mère portait désormais un secret qui la consumait.
Il ignorait que son père avait passé quatre années à craindre que le passé ne refasse surface.
Et il ignorait surtout qu'Élise, la femme qu'il aimait et qu'il ramenait avec lui, allait entrer dans un monde où le pouvoir, le désir et les secrets allaient finir par se confondre.
Le lendemain, Kaël et Élise préparèrent leur départ.
Le royaume qu'il avait quitté quatre ans plus tôt allait bientôt revoir son prince.
Mais cette fois, Kaël ne revenait pas seul.
Il revenait avec une femme.
Et avec elle, sans le savoir, il ramenait au palais le prochain bouleversement de la famille royale.
Chapitre 7 — Le retour
Le voyage dura plusieurs jours.
À mesure que la voiture approchait de la frontière, Kaël parlait de moins en moins.
Élise l'observait sans le brusquer.
Elle savait que le royaume qu'ils allaient retrouver n'était pas simplement son pays natal.
C'était l'endroit où il avait grandi.
L'endroit qu'il avait fui.
L'endroit où vivaient encore toutes les personnes dont il avait essayé de s'éloigner.
— Tu regrettes de revenir ? demanda-t-elle finalement.
Kaël regarda par la fenêtre.
— Je ne sais pas.
— Tu pourrais repartir.
Il secoua la tête.
— Pas cette fois.
Il avait reçu la lettre de son père.
Sa mère était malade.
Et cette raison suffisait.
---
Lorsque les portes du royaume apparurent à l'horizon, Kaël sentit une tension lui serrer la poitrine.
Tout lui semblait familier.
Et pourtant, rien ne l'était vraiment.
Les gardes reconnurent immédiatement le convoi.
L'annonce se répandit dans la capitale avant même qu'il n'atteigne le palais.
Le prince est revenu.
Dans les rues, les habitants se rassemblèrent.
Certains se souvenaient encore du jeune héritier qui avait quitté le royaume quatre ans auparavant.
D'autres ne connaissaient que les rumeurs.
Kaël ne regarda presque personne.
Il fixait le palais.
Élise suivit son regard.
— C'est là ?
— Oui.
Elle lui serra la main.
Le convoi franchit les grilles.
---
Athanase attendait dans la grande salle.
Il avait vieilli.
Les quatre années avaient laissé des traces sur son visage.
Mais son regard demeurait aussi dur qu'autrefois.
À ses côtés se trouvait Naïra.
Kaël la vit.
Et il s'arrêta.
Il lui fallut quelques secondes pour comprendre que cette jeune femme était réellement la petite fille qu'il avait laissée derrière lui.
Naïra avait changé.
Elle avait grandi.
Elle était devenue une jeune femme élégante, assurée, presque étrangère à ses souvenirs.
Le regard de Kaël resta accroché au sien un instant de trop.
Puis la réalité lui revint.
Sa sœur.
Sa demi-sœur.
Une sensation de malaise traversa sa poitrine.
Il détourna les yeux.
Naïra, elle, sourit.
— Kaël...
Il s'approcha.
— Naïra.
Ils restèrent face à face.
Quatre années de séparation semblaient soudain peser entre eux.
— Tu as beaucoup changé, murmura-t-il.
Elle eut un léger sourire.
— Toi aussi.
Puis elle regarda Élise.
Kaël fit un pas vers sa femme.
— Naïra, je te présente Élise.
Naïra observa la jeune femme.
— Mon frère m'a beaucoup parlé de toi.
Élise sourit.
— J'ai beaucoup entendu parler de toi également.
Athanase observait la scène en silence.
Il avait remarqué le regard de Kaël.
Il avait remarqué son malaise.
Et surtout, il avait remarqué quelque chose d'autre.
Élise.
La femme de son fils.
Il ne savait pas encore pourquoi, mais quelque chose dans sa présence retint son attention.
Elle avait de l'assurance.
Une élégance naturelle.
Et un regard qui ne se baissait pas facilement.
Athanase détourna finalement les yeux.
— Kaël.
Le prince se tourna vers lui.
Le père et le fils se retrouvèrent face à face.
Quatre années de silence.
Quatre années de colère.
Et aucun mot ne semblait suffisant.
— Bienvenue chez toi, dit finalement le Roi.
Kaël répondit froidement :
— Je ne suis pas revenu pour toi.
Athanase encaissa la phrase sans broncher.
— Je sais.
Il regarda son fils.
— Ta mère t'attend.
Cette fois, Kaël ne répondit pas.
Il passa devant lui.
Élise le suivit.
---
Éléonore était allongée dans sa chambre.
Lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir, elle tourna lentement la tête.
Puis elle le vit.
Son fils.
Elle porta une main à sa bouche.
— Kaël...
Il s'approcha immédiatement.
Il s'agenouilla près du lit et prit sa main.
— Maman.
Les larmes d'Éléonore coulèrent avant même qu'elle puisse les retenir.
— Tu es revenu.
— Je suis là.
Elle caressa son visage.
— Tu as changé.
— Toi aussi.
Elle sourit tristement.
— Je t'attendais.
Kaël baissa les yeux.
Il sentit toute sa colère contre son père se mélanger à la culpabilité d'avoir été absent.
— Je suis désolé.
— Ce n'est pas à toi de l'être.
Elle serra sa main.
— J'aurais dû te dire certaines choses.
Kaël releva brusquement les yeux.
— Quelles choses ?
Éléonore hésita.
Son regard se porta vers la porte.
Comme si elle craignait qu'on puisse les entendre.
— Plus tard.
Kaël fronça les sourcils.
— Maman...
Elle posa un doigt sur ses lèvres.
— Pas maintenant.
---
Pendant ce temps, dans une autre partie du palais, Élise découvrait sa nouvelle demeure.
Une servante lui montrait les appartements réservés au couple princier.
Tout était plus grand que ce qu'elle avait connu.
Plus luxueux.
Plus impressionnant.
Elle passa les doigts sur le rebord d'une fenêtre donnant sur les jardins.
Elle avait imaginé le palais.
Mais elle n'avait jamais imaginé ce que cela ferait d'y être réellement.
Puis elle entendit une voix derrière elle.
— Vous vous y habituerez.
Elle se retourna.
Athanase se tenait dans l'embrasure de la porte.
Élise s'inclina légèrement.
— Votre Majesté.
— Vous pouvez vous relever.
Elle obéit.
Leurs regards se croisèrent.
Un silence étrange s'installa.
Athanase observa son visage.
Élise soutint son regard.
Puis le Roi sourit légèrement.
— Mon fils a fait un choix intéressant.
— Je l'espère, Majesté.
Il eut un léger rire.
— Vous avez du caractère.
— Je crois que Kaël en a davantage.
Athanase la regarda encore quelques secondes.
— Peut-être.
Puis il quitta la pièce.
Élise resta seule.
Elle ne savait pas pourquoi cet échange lui avait laissé une sensation étrange.
Elle ne savait pas non plus pourquoi, au moment où le Roi avait quitté la pièce, elle avait eu l'impression que quelque chose venait de commencer.
Quelque chose qu'elle ne savait pas encore nommer.
Dans le couloir, Athanase avançait lentement.
Il pensait à Élise.
Et pour la première fois depuis longtemps, une pensée dangereuse traversa son esprit.
Il la chassa immédiatement.
Mais certaines pensées, comme certains secrets, ne disparaissent jamais complètement.
Elles attendent simplement leur moment.
Chapitre 8 — Les fissures
Les premiers jours du retour de Kaël furent étrangement silencieux.
Le palais avait retrouvé son prince, mais personne ne savait vraiment comment se comporter avec lui.
Les domestiques s'inclinaient plus profondément qu'autrefois.
Les conseillers observaient chacun de ses gestes.
Athanase évitait les conversations inutiles avec son fils.
Et Éléonore, malgré sa faiblesse, semblait avoir retrouvé une énergie qu'elle n'avait plus connue depuis longtemps.
Elle voulait profiter de chaque instant avec Kaël.
Comme si une partie d'elle savait que ces retrouvailles étaient fragiles.
Naïra, elle, cherchait encore sa place auprès de lui.
Elle avait été trop jeune lorsqu'il était parti.
À l'époque, elle n'avait pas compris sa colère.
Aujourd'hui, elle comprenait seulement qu'une distance étrange s'était installée entre eux.
Kaël faisait attention à chacun de ses gestes.
Il ne voulait plus regarder Naïra comme avant.
Il connaissait désormais la vérité.
Mais Naïra ne la connaissait pas encore.
Et cette différence pesait sur chacun de leurs échanges.
---
Un matin, Kaël entra dans la bibliothèque.
Naïra y était déjà.
Elle referma son livre.
— Tu m'évites.
Kaël s'arrêta.
— Non.
— Si.
Elle se leva.
— Depuis ton retour, tu me regardes comme si j'étais devenue une étrangère.
Kaël sentit sa gorge se serrer.
— Les choses ont changé.
— Pour toi.
Il ne répondit pas.
Naïra s'approcha.
— Je t'ai attendu pendant quatre ans.
Cette phrase lui fit mal.
Kaël baissa les yeux.
— Je sais.
— Alors explique-moi.
Il ne pouvait pas.
Pas encore.
Il se détourna.
— Tu comprendras bientôt.
Naïra resta immobile derrière lui.
— Je déteste cette phrase.
Kaël se retourna.
— Pourquoi ?
— Parce que tout le monde au palais semble savoir quelque chose que j'ignore.
Il ne trouva rien à répondre.
---
Ailleurs, Élise commençait à découvrir les habitudes de la cour.
Elle assistait aux repas officiels.
Rencontrait les conseillers.
Apprenait les noms des familles importantes.
Elle comprenait rapidement que le royaume fonctionnait selon des règles très différentes de celles du pays où elle avait vécu avec Kaël.
Ici, les apparences comptaient.
Chaque sourire pouvait cacher une intention.
Chaque invitation pouvait être une manière de se rapprocher du pouvoir.
Et Élise observait tout.
Elle avait toujours aimé les belles choses.
Le palais lui offrait une abondance qu'elle n'avait jamais connue.
Les tissus précieux.
Les bijoux.
Les grandes salles.
Les réceptions.
Elle ne s'en excusait pas.
Mais elle savait aussi qu'elle devait apprendre à évoluer dans cet univers.
Un soir, lors d'un dîner officiel, Athanase remarqua qu'elle était restée silencieuse pendant une grande partie du repas.
— Vous ne vous plaisez pas parmi nous ?
Élise sourit.
— Au contraire, Majesté. J'observe.
— Et qu'observez-vous ?
Elle prit quelques secondes avant de répondre.
— Les gens.
Le Roi leva légèrement un sourcil.
— Et qu'avez-vous découvert ?
— Que presque personne ne dit exactement ce qu'il pense.
Un silence passa.
Puis Athanase sourit.
— Vous apprenez vite.
Élise soutint son regard.
— Je n'ai pas eu beaucoup de choix.
Cette réponse resta dans l'esprit du Roi bien après la fin du repas.
---
Les jours suivants, leurs rencontres se multiplièrent.
Toujours dans le cadre de la cour.
Toujours avec des témoins autour d'eux.
Mais quelque chose s'était installé.
Une familiarité.
Un regard qui durait une seconde de plus.
Une remarque qui n'avait pas besoin d'être expliquée.
Athanase se montrait particulièrement attentif aux besoins d'Élise.
Il lui fit parvenir une parure pour une réception.
Puis une robe choisie par les couturiers royaux.
Élise accepta les cadeaux.
Elle remercia le Roi.
Mais elle commença aussi à comprendre qu'il existait quelque chose derrière cette générosité.
Un soir, elle le retrouva seul dans une galerie.
— Vous êtes très généreux avec moi.
Athanase s'arrêta.
— Vous êtes la femme de mon fils.
— Cela explique les cadeaux ?
— Peut-être.
Elle le regarda.
— Ou peut-être pas.
Athanase esquissa un sourire.
— Vous êtes toujours aussi directe.
— Seulement lorsque je pense que quelqu'un ne me dit pas toute la vérité.
Le Roi s'approcha légèrement.
— Vous devriez vous méfier de votre curiosité.
Élise ne baissa pas les yeux.
— Et vous devriez vous méfier de votre générosité.
Un silence.
Puis elle passa devant lui.
Athanase resta seul dans la galerie.
Il aurait dû être irrité.
Il était intrigué.
---
Pendant ce temps, Éléonore continuait de s'affaiblir.
Kaël passait de longues heures auprès d'elle.
Un soir, elle lui demanda :
— Est-ce que tu es heureux avec Élise ?
Il sourit.
— Oui.
— Elle t'aime ?
— Je le crois.
La Reine soupira doucement.
— Alors protège-la.
Kaël fronça les sourcils.
— Pourquoi me dis-tu ça ?
Éléonore détourna les yeux.
— Parce que le palais peut changer les gens.
Kaël resta silencieux.
Il regarda sa mère.
— Tu as peur de quelque chose ?
Elle hésita.
— J'ai peur que certaines vérités reviennent nous chercher.
Kaël sentit immédiatement une tension dans sa poitrine.
— Quelles vérités ?
Éléonore ferma les yeux.
— Pas maintenant.
Encore une fois.
Cette phrase.
Kaël commençait à la détester.
---
Cette nuit-là, il retourna aux archives.
Il cherchait la lettre de Mara.
Il voulait savoir pourquoi sa mère semblait connaître une partie de l'histoire sans jamais la lui révéler.
Mais quelqu'un était déjà passé avant lui.
Le compartiment où il avait trouvé la lettre était ouvert.
Vide.
Kaël pâlit.
Quelqu'un avait découvert qu'il avait fouillé.
Quelqu'un savait peut-être qu'il connaissait la vérité.
Il referma lentement le compartiment.
Puis il entendit des pas dans le couloir.
Il sortit rapidement.
Personne.
Seulement le silence du palais.
Mais au même moment, à l'autre bout du bâtiment, Athanase se tenait devant une fenêtre.
Il avait reçu un message.
Quelques mots seulement.
« La lettre a été retrouvée. »
Son visage se ferma.
Il comprit alors que le passé venait de franchir une nouvelle porte.
Et cette fois, il ne savait pas qui détenait réellement l'arme.
---
Plus tard dans la soirée, Élise ne parvenait pas à dormir.
Elle quitta ses appartements et marcha jusqu'à une terrasse.
La ville brillait au loin.
— Vous aussi, vous ne dormez pas ?
Elle se retourna.
Athanase était là.
Elle aurait pu repartir.
Elle ne le fit pas.
— Je découvre encore cet endroit.
— Le palais ?
— Le pouvoir.
Athanase s'approcha de la balustrade.
— Et qu'en pensez-vous ?
Élise regarda les lumières.
— Je pense qu'il peut rendre les gens très seuls.
Le Roi la regarda.
— Vous avez déjà compris beaucoup de choses.
Elle se tourna vers lui.
Leurs regards se rencontrèrent.
Cette fois, aucun des deux ne détourna les yeux.
Et dans le silence de la nuit, quelque chose changea.
Ce n'était encore ni une trahison, ni une promesse.
Seulement une possibilité.
Une possibilité dangereuse.
Et quelque part dans le palais, derrière des portes verrouillées, un secret vieux de plusieurs décennies attendait encore d'être découvert.
Le Roi le savait.
Mais il ignorait qu'Élise, elle aussi, venait de commencer à regarder derrière les apparences.
Chapitre 9 — Le goût du pouvoir
Les jours qui suivirent semblèrent ordinaires.
C'était précisément ce qui inquiétait Athanase.
Dans un palais, les véritables catastrophes ne commencent presque jamais par un cri.
Elles commencent par un changement imperceptible.
Un regard.
Une absence.
Une porte restée ouverte.
Une question posée au mauvais moment.
Athanase avait appris à se méfier de ces petits détails.
Et depuis le retour de Kaël, il en voyait partout.
Son fils passait beaucoup de temps auprès d'Éléonore.
Naïra semblait chercher à comprendre pourquoi Kaël s'était éloigné d'elle.
Et Élise...
Élise l'observait.
Pas comme les courtisans.
Elle ne cherchait pas à lui plaire.
Elle cherchait à le comprendre.
Cette différence commençait à troubler le Roi.
---
Un après-midi, Élise se rendit dans les jardins.
Elle avait remarqué qu'une partie ancienne du domaine était rarement fréquentée.
Une petite chapelle se trouvait au bout d'une allée bordée d'arbres.
Elle entra.
L'endroit était presque désert.
Sur les murs, plusieurs portraits anciens représentaient les souverains précédents.
Elle avançait lentement lorsqu'elle aperçut un portrait dont le cadre était différent des autres.
Un homme âgé.
Le père d'Athanase.
Élise avait déjà vu son visage sur les archives officielles.
Mais quelque chose attira son attention.
Sous le portrait, une plaque portait une date.
Elle correspondait à l'année où Athanase était devenu Roi.
Elle resta quelques secondes devant le tableau.
Puis une voix derrière elle la fit sursauter.
— Vous aimez l'histoire ?
Elle se retourna.
Athanase.
— J'aime comprendre ce qui m'entoure.
— Vous devriez alors éviter les endroits comme celui-ci.
— Pourquoi ?
Le Roi regarda le portrait.
— Parce que les morts ne peuvent pas corriger les mensonges qu'on raconte sur eux.
Élise sentit un frisson.
— Vous parlez de votre père ?
Athanase la regarda.
— Je parle de tout le monde.
Il s'approcha du portrait et posa les yeux sur le visage de son père.
Pendant quelques secondes, son expression changea.
Une ombre passa dans son regard.
Puis elle disparut.
— Vous avez peur de quelque chose, Majesté ?
— Tout le monde a peur de quelque chose.
— Même un roi ?
— Surtout un roi.
Élise resta silencieuse.
Elle venait d'apprendre quelque chose.
Le Roi n'était pas aussi invulnérable qu'il voulait le laisser croire.
---
Le soir même, Élise parla à Kaël.
Ils étaient seuls dans leurs appartements.
— Ton père est étrange.
Kaël eut un sourire fatigué.
— Tu viens seulement de le remarquer ?
— Non.
Elle s'assit.
— Mais il cache quelque chose.
Kaël se figea légèrement.
— Tout le monde cache quelque chose dans ce palais.
— Tu sais quoi ?
— Pas tout.
Elle l'observa.
— Tu ne me dis pas tout non plus.
Kaël détourna les yeux.
Il pensa à la lettre.
À Naïra.
À son père.
— Certaines choses ne m'appartiennent pas.
Élise comprit qu'elle ne devait pas insister.
Mais cette réponse éveilla davantage sa curiosité.
---
Quelques jours plus tard, elle rencontra une vieille domestique dans un couloir.
La femme avait travaillé au palais depuis plusieurs décennies.
Élise remarqua qu'elle s'arrêta lorsqu'elle entendit le nom de Mara.
— Vous connaissiez cette femme ?
La vieille servante pâlit.
— Qui vous a parlé d'elle ?
Élise comprit immédiatement qu'elle venait de toucher quelque chose de sensible.
— Personne.
La vieille femme la fixa.
Puis elle murmura :
— Il vaut mieux ne pas chercher.
— Pourquoi ?
— Parce que certaines vérités ont tué ceux qui les connaissaient.
La femme partit précipitamment.
Élise resta immobile.
Cette phrase ne quitta plus son esprit.
---
Quelques jours plus tard, elle reçut une invitation du Roi.
Un dîner privé.
Sans Kaël.
Élise hésita avant d'accepter.
Lorsqu'elle arriva, Athanase était seul.
Une table avait été dressée dans une petite salle à manger donnant sur les jardins.
— Pourquoi m'avoir invitée ?
— Parce que j'avais envie de parler avec vous.
— De quoi ?
Athanase lui servit du vin.
— De Kaël.
Elle releva les yeux.
— Qu'est-ce que vous voulez savoir ?
— Est-il heureux ?
Élise sourit légèrement.
— Vous êtes son père. Vous devriez le savoir.
Athanase baissa les yeux.
— J'ai perdu le droit de savoir certaines choses lorsque mon fils est parti.
Elle le regarda différemment.
Pour la première fois, elle aperçut derrière le Roi l'homme qu'il avait été.
Un père.
Un homme qui regrettait peut-être certaines décisions.
— Vous l'aimez, dit-elle.
Athanase releva les yeux.
— C'est mon fils.
— Ce n'est pas ce que j'ai demandé.
Le silence s'installa.
Puis Athanase répondit :
— Oui.
Élise baissa les yeux.
Elle aurait dû ressentir de la compassion.
Mais quelque chose d'autre apparut.
Une fascination.
Elle venait de découvrir une faiblesse chez cet homme que tout le royaume considérait comme invincible.
---
Le dîner se termina tard.
Lorsqu'Élise se leva, Athanase lui dit :
— Vous pourriez avoir tout ce que vous désirez ici.
Elle se retourna.
— Tout ?
— Presque.
Elle le fixa.
— Et à quel prix ?
Le Roi sourit.
— Vous êtes intelligente.
Elle quitta la pièce.
Mais cette phrase resta dans son esprit.
Vous pourriez avoir tout ce que vous désirez.
Pour la première fois, Élise regarda le palais autrement.
Elle ne voyait plus seulement le luxe.
Elle voyait les possibilités.
---
Cette nuit-là, elle retourna seule vers la vieille chapelle.
Elle regarda encore le portrait de l'ancien Roi.
Puis elle aperçut quelque chose derrière le cadre.
Un morceau de papier.
Elle tira doucement dessus.
Ce n'était pas une lettre.
Seulement une vieille note.
Quelques mots à peine.
Mais ils suffirent à lui faire comprendre que la mort de l'ancien Roi n'était peut-être pas aussi simple que les chroniques officielles le racontaient.
Élise replia le papier.
Elle entendit soudain des pas.
Elle se retourna.
Personne.
Elle glissa le papier dans sa robe et quitta rapidement la chapelle.
Elle ne savait pas encore ce qu'elle venait de découvrir.
Mais elle savait désormais une chose :
le palais avait des secrets.
Et certains valaient beaucoup plus que des bijoux.
HChapitre 10 — La première fissure
Élise garda le morceau de papier.
Elle ne le montra ni à Kaël, ni à la Reine, ni à personne.
Elle le dissimula dans une petite boîte au fond de ses affaires.
Pourtant, elle ne cessait d'y penser.
Quelques mots griffonnés sur un papier ancien avaient suffi à faire naître un doute.
Et Élise n'était pas une femme qui abandonnait facilement une question lorsqu'elle savait qu'une réponse existait quelque part.
Le lendemain matin, elle retourna à la chapelle.
Cette fois, elle ne trouva personne.
Elle observa longuement le portrait du défunt Roi.
Puis elle remarqua une inscription presque effacée sur le cadre.
Une date.
La veille de sa mort.
Élise fronça les sourcils.
Elle se souvenait des chroniques officielles : le souverain était mort subitement, sans signe annonciateur.
Alors pourquoi cette note ?
Pourquoi ce morceau de papier caché derrière son portrait ?
Et surtout...
pourquoi Athanase semblait-il si mal à l'aise lorsqu'on évoquait son père ?
---
Dans l'aile royale, Kaël était auprès de sa mère.
Éléonore paraissait plus faible que la veille.
Il s'assit près du lit.
— Maman, il faut que tu me racontes ce qui s'est passé.
La Reine ferma les yeux.
— Pas ici.
— Pourquoi ?
— Parce que les murs ont des oreilles.
Kaël regarda autour de lui.
— Qui pourrait nous écouter ?
Éléonore hésita.
— Ton père n'est pas le seul à avoir peur de la vérité.
Kaël se redressa.
— Tu savais pour Naïra ?
Le visage de la Reine se crispa.
Cette réaction confirma quelque chose.
— Depuis combien de temps ?
Éléonore resta silencieuse.
— Maman.
Une larme glissa sur sa joue.
— J'ai reçu une lettre.
Kaël sentit son cœur s'accélérer.
— De Mara ?
Elle acquiesça.
— Avant mon mariage avec ton père.
— Pourquoi ne m'avoir rien dit ?
— Parce que ton père m'a juré qu'il protégerait cette enfant.
Kaël baissa les yeux.
— Il t'a menti.
— Je sais.
La voix d'Éléonore trembla.
— Et lorsque j'ai compris ce qu'il avait réellement fait, il était déjà trop tard.
Kaël prit sa main.
— Qu'a-t-il fait ?
La Reine détourna le regard.
— Je n'ai pas toutes les preuves.
— Mais tu sais quelque chose.
Elle resta silencieuse.
Puis elle murmura :
— Ton grand-père avait découvert une partie de la vérité.
Kaël se figea.
Le vieux Roi.
Son grand-père.
Celui dont la mort avait permis à Athanase de monter sur le trône.
— Qu'est-ce que tu es en train de me dire ?
Éléonore ferma les yeux.
— Que la mort de ton grand-père n'était peut-être pas naturelle.
Kaël sentit le sol se dérober sous ses pieds.
---
Au même moment, Élise traversait la galerie principale lorsqu'elle aperçut Athanase.
Il venait de sortir de la salle du conseil.
Le Roi s'arrêta en la voyant.
— Vous semblez préoccupée.
— Je réfléchis.
— À quoi ?
Élise soutint son regard.
— À votre famille.
Athanase ne sourit plus.
— Voilà un sujet dangereux.
— J'ai remarqué.
Un silence.
— Vous avez trouvé quelque chose, n'est-ce pas ? demanda-t-il.
Élise ne répondit pas.
Elle venait de comprendre qu'il savait.
Peut-être pas exactement ce qu'elle avait trouvé.
Mais il savait qu'elle cherchait.
Athanase s'approcha.
— Je vous conseille de ne pas vous aventurer dans certaines histoires.
— Est-ce un conseil ?
— Une protection.
— Pour moi ?
Le Roi la fixa.
— Pour tout le monde.
Élise sentit son cœur battre plus vite.
Elle aurait pu reculer.
Elle ne le fit pas.
— Alors dites-moi la vérité.
Athanase détourna les yeux.
— La vérité ne rend pas toujours les gens libres.
— Peut-être.
Elle fit un pas en arrière.
— Mais le mensonge finit toujours par coûter cher.
Elle partit.
Athanase resta seul dans la galerie.
Il comprenait maintenant qu'Élise représentait un danger.
Pas parce qu'elle possédait déjà toutes les réponses.
Mais parce qu'elle savait poser les bonnes questions.
---
Le soir venu, Kaël retrouva Élise dans leurs appartements.
Il remarqua immédiatement son expression.
— Quelque chose s'est passé ?
Elle hésita.
Puis elle sortit le morceau de papier.
— J'ai trouvé ça.
Kaël le lut.
Son visage changea.
— Où ?
— Derrière le portrait de ton grand-père.
Il releva les yeux.
— Pourquoi tu ne me l'as pas montré plus tôt ?
— Parce que je voulais être certaine que ce n'était pas une fausse piste.
Kaël s'assit.
Il passa une main sur son visage.
— Maman vient de me dire quelque chose.
Élise attendit.
— Elle a reçu une lettre de Mara avant son mariage avec mon père.
Élise resta immobile.
— Mara ?
— Oui.
Il lui raconta tout.
La lettre.
La véritable identité de Naïra.
Les mensonges d'Athanase.
Puis la révélation d'Éléonore sur la mort de l'ancien Roi.
Élise regarda le papier entre ses doigts.
Deux secrets venaient de se rejoindre.
— Kaël...
— Quoi ?
— Si ton grand-père avait découvert la vérité avant sa mort...
Elle s'arrêta.
Kaël comprit.
— Alors mon père avait une raison de vouloir le faire taire.
Ils restèrent silencieux.
Pour la première fois depuis son retour, Kaël comprit que son exil n'avait peut-être pas été seulement une fuite.
Il avait quitté le palais pour échapper à la vérité.
Mais la vérité l'avait suivi.
---
Cette nuit-là, Naïra entra dans une pièce vide où elle savait qu'elle ne risquait pas d'être entendue.
Elle avait trouvé un vieux document.
Un registre.
Son nom y figurait.
Mais quelque chose avait été effacé.
Elle passa doucement son doigt sur l'encre.
Une seule lettre restait visible.
M.
Naïra fronça les sourcils.
— Qui êtes-vous vraiment ?
Elle ne savait pas encore qu'à quelques mètres d'elle, Kaël venait de poser exactement la même question.
Mais pas à propos d'elle.
À propos de leur père.
Et tandis que le palais s'endormait, trois personnes détenaient désormais des fragments d'une même vérité :
Kaël possédait la lettre de Mara.
Élise possédait la preuve d'un doute sur la mort de l'ancien Roi.
Et Naïra venait de découvrir que son identité officielle reposait sur un document falsifié.
Athanase, lui, était le seul à connaître l'histoire entière.
Et pour la première fois depuis des années, il comprit qu'il ne pourrait peut-être plus empêcher ses secrets de se rejoindre.
Le danger n'était plus à la porte.
Il était déjà à l'intérieur du palais.
Chapitre 11 — Les pièces du puzzle
Le lendemain matin, le palais semblait paisible.
Trop paisible.
Athanase traversa la galerie principale avec cette assurance habituelle qui avait fait de lui un souverain respecté. Pourtant, derrière son calme, une inquiétude grandissait.
Trois personnes cherchaient désormais la vérité.
Et chacune possédait une pièce différente du puzzle.
Il devait agir avant qu'elles ne les réunissent.
---
Kaël, lui, avait passé une partie de la nuit à examiner la lettre de Mara.
Il la relut encore une fois.
Chaque phrase semblait désormais avoir un double sens.
Puis il remarqua quelque chose qu'il n'avait pas vu auparavant.
Au bas de la page, sous la signature, une petite annotation avait été ajoutée.
Une date.
Et un lieu.
La chapelle du vieux palais.
Kaël releva brusquement la tête.
Élise dormait encore.
Il se leva sans la réveiller.
Quelques minutes plus tard, il descendit vers les jardins.
Il connaissait cette chapelle.
C'était précisément là qu'Élise avait trouvé son morceau de papier.
Lorsqu'il arriva devant la porte, elle était entrouverte.
Il entra.
— Je savais que tu viendrais.
Kaël se retourna.
Élise était derrière lui.
— Tu étais réveillée ?
— Depuis quelques minutes.
Elle s'approcha.
— Tu as trouvé quelque chose ?
Kaël lui montra la lettre.
— Regarde la date.
Élise prit le document.
Son visage changea.
— C'est la même date que celle inscrite sur le papier que j'ai trouvé.
Ils se regardèrent.
Cette fois, le doute n'était plus suffisant.
Il y avait un lien.
— Quelqu'un a voulu laisser des traces, murmura Élise.
— Ou quelqu'un n'a pas réussi à toutes les effacer.
Ils commencèrent à chercher.
Derrière le portrait de l'ancien Roi.
Sous les bancs.
Dans les tiroirs du petit meuble situé près de l'autel.
Puis Élise remarqua une pierre légèrement déplacée dans le mur.
Elle la toucha.
La pierre bougea.
Derrière se trouvait une petite cavité.
À l'intérieur : une clé.
Kaël la prit.
— Une clé de quoi ?
Élise observa le symbole gravé dessus.
— Les archives.
Kaël sentit une tension lui parcourir le corps.
— Alors allons-y.
---
Pendant ce temps, Naïra avait retrouvé une ancienne femme de chambre qui travaillait au palais depuis son enfance.
La vieille femme s'appelait Agathe.
Naïra l'avait toujours appréciée.
Elle la retrouva dans les cuisines.
— Agathe, je voudrais te poser une question.
La vieille femme se retourna.
— Bien sûr, Princesse.
— Est-ce que tu te souviens de ma naissance ?
Agathe resta silencieuse.
— Pourquoi cette question ?
— Parce que je crois que certaines choses m'ont été cachées.
Le visage de la vieille femme se crispa.
Naïra le remarqua.
— Tu sais quelque chose.
— Je ne devrais rien dire.
— Alors regarde-moi et dis-moi que je me trompe.
Agathe baissa les yeux.
Elle avait les mains tremblantes.
— Votre mère...
Naïra fronça les sourcils.
— Ma mère ?
— Pas la Reine.
Le cœur de Naïra s'arrêta presque.
Agathe se reprit immédiatement.
— Je ne peux pas.
— Qui était-elle ?
La vieille femme se détourna.
— Vous devez demander au Roi.
Naïra resta immobile.
Elle venait de comprendre que son enfance entière reposait peut-être sur une histoire qu'on lui avait racontée.
---
Dans les archives, Kaël introduisit la clé dans une serrure ancienne.
Le mécanisme résista.
Puis céda.
Une porte secrète s'ouvrit.
Derrière se trouvait une petite pièce poussiéreuse.
Des dossiers remplissaient les étagères.
Kaël alluma une lampe.
Élise se rapprocha.
Ils cherchèrent pendant plusieurs minutes.
Puis Kaël trouva un registre.
Il l'ouvrit.
Des noms.
Des dates.
Des décisions royales.
Et au milieu d'une page, une mention manuscrite :
« Affaire concernant l'enfant de Mara — classée sur ordre du prince héritier Athanase. »
Kaël sentit son cœur battre violemment.
Il tourna la page.
Un second document était attaché au registre.
Il le parcourut rapidement.
Puis son visage se décomposa.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Il lui tendit le document.
Élise lut.
Il s'agissait d'un rapport concernant la mort du vieux Roi.
La version officielle parlait d'une maladie soudaine.
Mais le rapport mentionnait autre chose.
Des traces de poison.
Une enquête interrompue.
Et surtout, une dernière phrase :
« Le prince Athanase était présent dans les appartements du Roi durant les heures précédant son décès. »
Élise leva lentement les yeux.
— Kaël...
— Je savais qu'il avait quelque chose à cacher.
Sa voix tremblait.
— Mais je ne voulais pas croire qu'il avait tué son propre père.
Un bruit retentit dans le couloir.
Ils se figèrent.
Des pas.
Quelqu'un approchait.
Kaël referma le dossier.
Élise éteignit la lampe.
Ils se cachèrent derrière une rangée d'archives.
La porte s'ouvrit.
Athanase entra.
Il resta immobile.
Puis il prononça calmement :
— Je sais que quelqu'un est ici.
Kaël retint son souffle.
Le Roi avança lentement entre les étagères.
Il s'arrêta devant la porte secrète.
Son regard se posa sur la serrure.
Puis sur le registre légèrement déplacé.
Il comprit.
Quelqu'un avait trouvé les archives.
Et cette fois, le secret était sorti de son contrôle.
— Kaël, dit-il.
Le prince resta caché.
Athanase continua :
— Si c'est toi, écoute-moi avant de faire quelque chose que tu regretteras.
Kaël serra les poings.
Il avait envie de sortir.
De l'affronter.
Mais Élise posa discrètement une main sur son bras.
Pas maintenant.
Ils devaient sortir avec les preuves.
Pas seulement avec leur colère.
Après quelques secondes, Athanase quitta la pièce.
La porte se referma.
Kaël attendit encore.
Puis ils sortirent de leur cachette.
— Il sait, murmura Élise.
— Oui.
— Alors nous devons être prudents.
Kaël acquiesça.
Il rangea le document contre lui.
— Je ne veux plus seulement connaître la vérité.
Il regarda la porte par laquelle son père venait de sortir.
— Je veux qu'il ne puisse plus jamais la cacher.
---
Dans la soirée, Naïra se rendit directement dans les appartements du Roi.
Athanase était seul.
Lorsqu'il la vit entrer, il comprit immédiatement que quelque chose avait changé.
— Que veux-tu ?
Naïra resta devant lui.
— Je veux savoir qui était ma mère.
Athanase ne répondit pas.
— Je veux savoir pourquoi mon nom apparaît dans des documents où certaines informations ont été effacées.
Le Roi se raidit.
— Qui t'a parlé de ces documents ?
— Personne.
Elle s'approcha.
— J'ai grandi dans ce palais. Vous m'avez appris à observer.
Athanase la fixa.
Pour la première fois, il vit dans son regard quelque chose qui lui rappela Mara.
Cette même détermination.
Cette même façon de refuser de baisser les yeux.
— Naïra...
— Ne me mentez pas.
Le Roi resta silencieux.
Puis elle posa une dernière question :
— Qui est mon père ?
Le visage d'Athanase changea.
Et Naïra comprit.
Elle venait de poser la question que personne n'avait jamais osé poser directement.
Le silence du Roi était déjà une réponse.
À cet instant, quelque part dans le palais, une porte claqua.
Kaël venait de découvrir une autre preuve.
Élise venait de comprendre qu'elle détenait désormais un secret capable de faire trembler la monarchie.
Et Naïra, elle, était à quelques secondes de découvrir que l'homme qui lui avait toujours présenté son existence comme une faveur du destin...
était en réalité l'homme dont le sang coulait dans ses veines.
Le royaume n'était plus simplement au bord du scandale.
Il était au bord de l'explosion.
Chapitre 12 — Le nom du père
Athanase ne répondit pas.
Naïra attendit.
Une seconde.
Puis deux.
Puis davantage.
Le silence devint si lourd qu'elle entendit presque le battement de son propre cœur.
— Répondez-moi.
Le Roi détourna les yeux.
— Tu n'es pas prête à entendre cette histoire.
Naïra eut un rire bref, blessé.
— Depuis seize ans, tout le monde décide de ce que je suis prête à entendre.
Elle s'approcha davantage.
— Vous m'avez élevée dans ce palais. Vous m'avez appris à me comporter comme une princesse sans jamais me donner le droit de savoir pourquoi j'étais ici.
Athanase resta impassible.
— Tu es ma pupille.
— Ce n'est pas une réponse.
Il inspira lentement.
— Ton père était mon meilleur ami.
Naïra le fixa.
— Vous continuez à mentir.
Le mot sembla atteindre Athanase plus durement qu'une accusation.
— Pourquoi dis-tu cela ?
— Parce que lorsque je vous ai demandé qui était mon père, vous n'avez pas répondu. Vous avez parlé d'un homme mort.
Elle posa une main sur sa poitrine.
— Je veux son nom.
Athanase ferma les yeux.
Il savait que le moment qu'il avait redouté pendant seize ans était arrivé.
Mais il ne pouvait toujours pas prononcer la vérité.
Pas encore.
— Quitte cette pièce.
Naïra resta immobile.
— Vous avez peur.
Athanase ouvrit les yeux.
Elle venait de comprendre.
Le Roi avait peur.
Pas d'elle.
De la vérité.
Naïra sortit sans ajouter un mot.
---
Dans un couloir désert, elle aperçut Kaël.
Il s'arrêta en la voyant.
Naïra ne dit rien.
Elle passa devant lui.
Puis elle revint sur ses pas.
— Tu savais ?
Kaël sentit son cœur se serrer.
— Savoir quoi ?
Elle le regarda.
— Qui je suis vraiment.
Il resta silencieux.
Cette hésitation suffit.
Naïra recula.
— Tu savais.
— Naïra...
— Depuis combien de temps ?
Kaël ne pouvait plus lui mentir.
— Depuis mon retour.
Elle resta figée.
— Et tu ne m'as rien dit.
— Je voulais te protéger.
— Tout le monde me dit ça.
Sa voix se brisa.
— Mais personne ne comprend que le mensonge me détruit davantage que la vérité.
Kaël baissa la tête.
— Tu as raison.
Naïra essuya rapidement une larme.
— Alors dis-moi.
Il la regarda.
Il aurait voulu lui donner la vérité.
Mais les mots restaient bloqués.
— Pas ici.
Elle secoua la tête.
— Non. Pas encore une promesse.
Elle s'éloigna.
Kaël la regarda partir avec un profond sentiment de culpabilité.
---
Pendant ce temps, Élise avait rejoint les appartements privés.
Elle referma la porte derrière elle et sortit le rapport qu'elle avait découvert.
Elle le relut.
Poison.
Enquête interrompue.
Présence d'Athanase.
Mais quelque chose la troublait.
Le document avait été conservé.
Quelqu'un avait donc voulu que la vérité puisse être retrouvée un jour.
Elle comprit alors que le meurtre du vieux Roi n'était peut-être pas le seul secret du palais.
Elle pensa à Mara.
À Naïra.
À Éléonore.
Puis à Athanase.
Et une question s'imposa :
Combien de personnes avaient été sacrifiées pour que cet homme devienne Roi ?
---
Plus tard dans la nuit, Élise se rendit auprès d'Éléonore.
La Reine était réveillée.
— Vous ne dormez pas ? demanda Élise.
Éléonore lui sourit faiblement.
— Le sommeil m'échappe depuis longtemps.
Élise hésita.
Puis elle s'assit près d'elle.
— Puis-je vous poser une question ?
— Bien sûr.
— Que s'est-il réellement passé avant votre mariage avec le Roi ?
Le visage d'Éléonore changea.
Elle comprit immédiatement que quelque chose avait été découvert.
— Pourquoi cette question ?
Élise posa doucement le rapport sur la table.
Éléonore le reconnut.
Ses mains commencèrent à trembler.
— Où avez-vous trouvé ça ?
— Dans les archives.
La Reine ferma les yeux.
Pendant quelques secondes, elle ne parla pas.
Puis elle murmura :
— Je savais qu'un jour quelqu'un retrouverait ces documents.
Élise resta silencieuse.
— Mara m'avait écrit avant mon mariage.
Le cœur d'Élise s'accéléra.
— Vous avez reçu sa lettre ?
— Oui.
— Et vous saviez que Naïra était sa fille ?
Éléonore hocha lentement la tête.
— Je savais qu'Athanase était son père.
Élise sentit un frisson.
— Alors pourquoi avoir accepté de l'élever ?
Éléonore regarda vers la fenêtre.
— Parce que lorsque Naïra est arrivée au palais, elle n'était qu'un bébé. Elle n'avait rien fait.
Sa voix trembla.
— Je ne pouvais pas la punir pour les fautes de son père.
Élise baissa les yeux.
— Et la mort de Mara ?
Éléonore resta silencieuse.
Cette fois, les larmes apparurent.
— J'ai compris trop tard qu'elle ne serait jamais autorisée à parler.
---
La porte s'ouvrit brusquement.
Athanase entra.
Son regard passa d'Éléonore à Élise.
Puis au document posé sur la table.
Il comprit.
— Vous lui avez parlé.
Éléonore leva les yeux.
— Il est temps.
Athanase referma la porte.
— Non.
— Si.
La Reine tenta de se redresser.
— Pendant seize ans, j'ai porté ce secret.
— Éléonore...
— Et pendant seize ans, j'ai regardé cette enfant grandir en sachant que son père lui mentait.
Athanase serra les mâchoires.
— Je l'ai protégée.
— Non.
La voix d'Éléonore trembla.
— Tu t'es protégé toi-même.
Le Roi resta immobile.
Élise assistait à leur confrontation sans intervenir.
Puis Éléonore regarda Athanase.
— Kaël sait.
Le Roi se figea.
— Quoi ?
— Il connaît la vérité sur Naïra.
Athanase comprit immédiatement que son fils avait probablement découvert davantage.
Son visage se ferma.
— Et toi aussi, maintenant, tu sais que mon père est mort dans des circonstances suspectes.
Élise se leva.
— Je sais surtout que vous avez peur que nous découvrions le reste.
Athanase la regarda.
Longtemps.
Puis il prononça calmement :
— Vous devriez tous les deux faire attention.
Élise ne recula pas.
— Est-ce une menace ?
— Non.
Il regarda sa femme.
— C'est un avertissement.
Puis il sortit.
---
Dans le couloir, Athanase aperçut Kaël.
Son fils l'attendait.
— Nous devons parler.
Athanase continua d'avancer.
Kaël lui barra le passage.
— Non. Cette fois, vous allez m'écouter.
Le Roi s'arrêta.
— Tu ne sais pas ce que tu fais.
— Je sais exactement ce que je fais.
Kaël sortit le rapport.
— J'ai trouvé la preuve concernant grand-père.
Athanase regarda le document.
— Donne-moi ça.
— Non.
— Kaël.
— Vous avez tué Mara.
Le visage d'Athanase devint parfaitement immobile.
— Et vous avez tué votre propre père pour devenir Roi.
Un silence glacial s'installa.
Athanase s'approcha de son fils.
— Si tu continues, tu détruiras ta mère.
Kaël serra les poings.
— C'est vous qui l'avez détruite.
Il passa devant lui.
Athanase resta seul.
Mais derrière une colonne, quelqu'un avait tout entendu.
Naïra.
Elle avait entendu un seul mot.
Un nom.
Mara.
Puis une phrase.
« C'est vous qui l'avez détruite. »
Elle porta une main à sa bouche.
Pour la première fois, elle comprit que son existence n'était pas simplement un secret.
Elle était au centre du crime.
Et désormais, elle voulait connaître toute la vérité.
Même si cette vérité devait faire tomber le Roi.
Chapitre 13 — Ce que Naïra devait savoir
Naïra ne dormit pas.
Toute la nuit, elle resta assise près de sa fenêtre, les genoux ramenés contre elle.
Les paroles de Kaël tournaient dans sa tête.
Mara.
Détruite.
Le Roi.
Elle avait grandi avec un nom qui n'était pas réellement le sien.
Une histoire qui n'était peut-être pas la sienne.
Et maintenant, elle découvrait que Kaël connaissait une vérité qu'on lui refusait encore.
Au lever du jour, elle prit une décision.
Elle n'irait plus demander.
Elle chercherait elle-même.
---
Elle retourna aux archives.
La porte secrète était restée verrouillée.
Naïra observa la serrure.
Elle savait qu'elle n'avait pas la clé.
Mais elle connaissait le palais mieux que beaucoup de ceux qui y travaillaient.
Elle se souvenait d'une ancienne gouvernante qui lui avait montré, enfant, les passages utilisés par les serviteurs.
Un passage étroit permettait d'atteindre l'arrière des archives.
Elle s'y engagea.
Quelques minutes plus tard, elle se retrouva dans la pièce cachée.
Les dossiers étaient toujours là.
Elle chercha son nom.
Puis elle trouva le registre.
Naïra.
Elle ouvrit la page.
La première mention était officielle.
« Pupille confiée à la protection du Roi. »
Mais sous cette ligne, une autre phrase avait été rayée.
Naïra rapprocha la lampe.
Elle distingua quelques mots.
« Fille de... »
Le reste avait été volontairement effacé.
Elle continua.
Une feuille glissa du registre.
Elle la ramassa.
C'était un acte ancien.
Le nom de sa mère y figurait.
Mara.
Naïra sentit ses jambes trembler.
Elle relut le nom.
Puis encore.
— Mara...
Le prénom lui était familier.
Elle l'avait entendu murmuré dans les couloirs.
Mais elle n'avait jamais imaginé qu'il pouvait être lié à elle.
Une seconde feuille tomba.
Cette fois, un nom était inscrit en toutes lettres.
Athanase.
Naïra recula.
Elle comprit.
Elle n'eut même pas besoin de lire davantage.
Ses yeux se remplirent de larmes.
Le Roi.
L'homme qu'elle appelait depuis toujours « Majesté ».
L'homme qu'elle avait toujours considéré comme son protecteur.
L'homme dont elle avait parfois cherché l'approbation...
était son père.
---
Elle resta longtemps dans la pièce.
Puis elle entendit des pas.
Elle rangea rapidement les documents.
La porte s'ouvrit.
Éléonore apparut.
La Reine la regarda.
Elle comprit immédiatement.
Naïra pleurait.
— Vous saviez.
Ce n'était pas une question.
Éléonore ferma les yeux.
— Oui.
Naïra sentit une douleur profonde lui traverser la poitrine.
— Depuis quand ?
— Depuis avant ton arrivée au palais.
— Pourquoi ?
Éléonore s'approcha.
— Parce que ta mère m'avait écrit.
Naïra releva les yeux.
— Elle m'aimait ?
La voix d'Éléonore se brisa.
— Plus que tout.
Naïra fondit en larmes.
Éléonore la prit dans ses bras.
Pendant quelques secondes, Naïra résista.
Puis elle s'effondra contre elle.
— Pourquoi m'a-t-il menti ?
Éléonore ne répondit pas immédiatement.
— Parce qu'il avait peur de perdre son trône.
Naïra releva brusquement la tête.
— Et ma mère ?
Éléonore détourna le regard.
Naïra comprit.
— Il l'a tuée.
La Reine ne prononça pas le mot.
Mais son silence confirma tout.
Naïra recula.
— Mon père a tué ma mère.
Éléonore pleurait maintenant elle aussi.
— Je suis désolée.
— Vous auriez dû me le dire.
— J'ai essayé de te protéger.
Naïra secoua la tête.
— Tout le monde utilise cette excuse.
Elle quitta la pièce.
---
Dans le couloir, elle rencontra Kaël.
Il comprit immédiatement.
— Tu sais.
Naïra s'arrêta.
— Oui.
Kaël baissa les yeux.
— Je voulais te le dire.
— Mais tu ne l'as pas fait.
— J'avais peur.
Elle s'approcha.
— De quoi ?
Il ne répondit pas.
— De me perdre ?
— Oui.
Naïra le regarda longuement.
Puis son expression se radoucit légèrement.
— Tu es mon frère.
Kaël ferma les yeux.
Cette phrase lui rappela brutalement tout ce qu'il avait ressenti depuis son retour.
Mais Naïra ajouta :
— Même si nous ne partageons pas la même mère.
Il hocha la tête.
— Je suis désolé.
— Moi aussi.
Elle passa devant lui.
Kaël la regarda partir.
Il savait que quelque chose venait de changer.
Naïra n'était plus l'enfant qu'il avait laissée derrière lui.
Elle connaissait désormais son origine.
Et avec cette vérité venait une colère qu'elle n'avait jamais eu les moyens d'exprimer.
---
Dans les appartements royaux, Athanase attendait.
Il savait.
Lorsque Naïra entra, il ne leva même pas les yeux.
— Tu sais.
Elle s'arrêta devant lui.
— Oui.
Il posa lentement sa plume.
— Qui te l'a dit ?
— Tout le monde sauf vous.
Le Roi resta silencieux.
— Vous êtes mon père.
Il releva enfin les yeux.
Naïra avait les joues humides.
— Oui.
Elle prononça le mot comme s'il lui faisait mal.
— Pourquoi ?
Athanase se leva.
— Parce que je voulais te protéger.
Elle eut un sourire triste.
— Encore cette excuse.
Il s'approcha.
— Tu ne comprends pas ce que j'ai risqué.
— Non.
Elle recula.
— Mais maintenant je comprends ce que ma mère a risqué.
Athanase se figea.
Naïra sortit le document.
— Elle savait que vous étiez mon père.
Le Roi regarda le papier.
— Elle voulait parler.
Athanase détourna les yeux.
— Elle voulait détruire tout ce que j'avais construit.
Naïra sentit une colère froide monter en elle.
— Elle voulait simplement que je connaisse mon père.
Silence.
— Vous avez choisi la couronne plutôt que votre enfant.
Athanase ne répondit pas.
Naïra posa le document sur son bureau.
— Je ne vous appellerai plus jamais Père.
Elle se retourna.
Puis s'arrêta à la porte.
— Et je découvrirai tout ce que vous avez fait.
Elle partit.
Athanase resta seul.
Il regarda le document.
Puis la porte.
Pour la première fois, il comprit que Naïra n'était plus une enfant qu'il pouvait protéger en contrôlant la vérité.
Elle était devenue son adversaire.
---
Cette nuit-là, Naïra se rendit dans les jardins.
Elle s'assit près de la fontaine où elle avait souvent joué avec Kaël lorsqu'ils étaient enfants.
Elle repensa à ces années.
À leurs jeux.
À leurs disputes.
À son départ.
À son retour.
Tout semblait différent maintenant.
Puis une voix derrière elle murmura :
— Tu as enfin découvert qui tu es.
Naïra se retourna.
Élise.
La femme de Kaël se tenait à quelques mètres.
— Tu savais ?
— Pas depuis longtemps.
Naïra l'observa.
— Qu'est-ce que tu veux ?
Élise hésita.
Puis elle sortit lentement le rapport qu'elle avait trouvé dans la chapelle.
— Je crois que ton père n'a pas seulement tué ta mère.
Naïra prit le document.
Ses yeux parcoururent les lignes.
Puis elle vit le nom du vieux Roi.
Elle releva la tête.
— Il a tué son propre père aussi ?
Élise hocha la tête.
— C'est ce que nous devons découvrir.
Naïra regarda le palais.
Derrière ses murs dormaient des dizaines d'années de secrets.
Elle essuya ses larmes.
Son visage avait changé.
La douleur était toujours là.
Mais quelque chose de plus dangereux venait de naître.
La détermination.
— Alors découvrons tout.
Et dans l'obscurité du palais, sans qu'elles le sachent encore, deux femmes venaient de décider de s'attaquer au même homme.
L'une parce qu'il était son père.
L'autre parce qu'elle avait découvert qu'il pouvait être son plus grand danger.
Le véritable combat allait commencer.
Chapitre 14 — L'alliance
Le lendemain, Naïra et Élise se retrouvèrent dans une petite salle de lecture, loin des pièces habituellement fréquentées par la famille royale.
Aucune des deux ne parlait.
Sur la table étaient disposés les documents qu'elles avaient réussi à récupérer.
La lettre de Mara.
Le rapport concernant la mort du vieux Roi.
Les registres falsifiés de la naissance de Naïra.
Trois morceaux d'une histoire que quelqu'un avait passé des années à dissimuler.
— Il manque encore quelque chose, murmura Naïra.
Élise leva les yeux.
— Quoi ?
— La preuve qui relie directement mon père aux deux morts.
Élise acquiesça.
— Et peut-être qu'elle se trouve encore ici.
Naïra regarda les dossiers.
— Alors on cherche.
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Pendant plusieurs heures, elles parcoururent les archives.
Naïra connaissait certains passages du palais.
Élise, elle, avait appris à repérer les endroits où les documents importants étaient conservés.
Elles travaillaient en silence.
Puis Élise découvrit un registre administratif datant de l'année du couronnement d'Athanase.
Elle l'ouvrit.
Une page manquait.
— Regarde.
Naïra s'approcha.
— Encore une page arrachée.
— Quelqu'un a voulu effacer quelque chose.
Naïra prit le registre.
— Mais pourquoi conserver le reste ?
Élise réfléchit.
— Parce que quelqu'un voulait peut-être qu'on puisse un jour reconstituer l'histoire.
Naïra releva les yeux.
— Mara ?
— Peut-être.
Elles continuèrent.
Au fond d'une armoire, elles trouvèrent finalement une enveloppe scellée.
Naïra la prit.
Aucun nom.
Seulement un symbole royal.
Elle l'ouvrit.
À l'intérieur se trouvait une déclaration écrite par un ancien conseiller.
Il y racontait que le vieux Roi avait convoqué Athanase la veille de sa mort.
La raison était claire :
il avait découvert l'existence de l'enfant de Mara.
Naïra porta une main à sa bouche.
— Il savait.
— Oui.
Élise poursuivit la lecture.
Le vieux Roi aurait menacé de retirer Athanase de la succession s'il refusait de reconnaître l'enfant et de révéler la vérité à Éléonore.
Puis venait la dernière phrase.
« Le prince a quitté les appartements de son père après une violente dispute. Le lendemain, le Roi était mort. »
Naïra ferma les yeux.
Tout devenait clair.
Athanase avait deux raisons de vouloir son père mort.
La succession.
Et le secret.
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Mais elles n'étaient pas seules.
Dans l'ombre du couloir, quelqu'un les observait.
Un conseiller proche du Roi.
Il avait vu les deux femmes entrer dans les archives.
Et il avait compris ce qu'elles cherchaient.
Quelques minutes plus tard, il se rendit auprès d'Athanase.
— Majesté.
Le Roi leva les yeux.
— Parlez.
— La Princesse Naïra et Élise ont trouvé les archives.
Athanase se figea.
— Qu'ont-elles découvert ?
— Suffisamment pour devenir dangereuses.
Le Roi se leva.
— Où sont-elles ?
— Dans la salle des archives.
Athanase quitta immédiatement son bureau.
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Lorsque Naïra et Élise sortirent de la pièce, elles trouvèrent Athanase devant elles.
Il ne cria pas.
Il ne menaça personne.
Il les regarda simplement.
— Vous cherchez quoi ?
Naïra serra les documents contre elle.
— La vérité.
— Vous ne savez pas ce que vous faites.
— Si.
Élise intervint :
— Nous savons maintenant que votre père connaissait l'existence de Naïra.
Le regard d'Athanase se durcit.
— Donnez-moi ces documents.
— Non.
Il regarda sa fille.
— Naïra, écoute-moi.
— Non.
Elle s'avança.
— J'ai passé seize ans à croire que vous étiez mon protecteur.
Sa voix tremblait.
— Vous n'étiez pas mon protecteur.
Elle marqua une pause.
— Vous étiez celui qui avait le plus à perdre si la vérité sortait.
Athanase ne répondit pas.
Naïra continua :
— Ma mère est morte parce qu'elle voulait parler.
Puis elle leva le rapport.
— Votre père est mort parce qu'il savait.
Athanase s'approcha.
— Et tu crois que cela suffit à faire de moi un meurtrier ?
Naïra soutint son regard.
— Non.
Elle serra les documents.
— C'est pour cela que je vais chercher les preuves.
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Athanase se tourna vers Élise.
Son regard changea.
— Et vous ?
Élise ne répondit pas.
— Pourquoi vous mêlez-vous de cette histoire ?
Elle soutint son regard.
— Parce que je déteste les mensonges.
Athanase eut un léger sourire.
— Non.
Il s'approcha.
— Vous aimez le pouvoir.
Élise ne broncha pas.
— Peut-être.
Le Roi la regarda longuement.
— Vous êtes dangereuse.
— Vous aussi.
Un silence passa.
Puis Athanase s'éloigna.
— Faites attention.
Élise le regarda partir.
Naïra se tourna vers elle.
— Tu n'as pas peur de lui ?
— Si.
— Alors pourquoi lui tenir tête ?
Élise regarda les documents.
— Parce que la peur n'empêche pas toujours les gens d'agir.
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Le soir venu, Kaël apprit ce qui s'était passé.
Il entra précipitamment dans la chambre de Naïra.
— Vous avez trouvé quoi ?
Naïra lui tendit les documents.
Il les parcourut.
Son visage se ferma.
— Mon père...
Il s'arrêta.
— Il savait que grand-père savait pour toi.
Naïra hocha la tête.
Kaël s'assit.
— Je ne veux pas croire qu'il soit capable de tout ça.
Naïra répondit doucement :
— Pourtant, il l'est.
Kaël leva les yeux vers elle.
— Je suis désolé.
Elle le regarda.
— Pourquoi ?
— Parce que je suis parti.
Naïra resta silencieuse.
— Quand j'étais enfant, tu étais la personne que je cherchais quand j'avais peur.
Elle sourit tristement.
— Et puis tu es parti.
Kaël baissa la tête.
— Je pensais que je ne pouvais plus rester.
— Je sais.
Elle s'approcha.
— Mais maintenant tu es revenu.
Kaël releva les yeux.
— Oui.
— Alors reste.
Il hocha lentement la tête.
— Je resterai.
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Dans la nuit, Élise retrouva Athanase sur la terrasse.
Cette fois, elle ne semblait pas hésiter.
— Vous saviez que je viendrais.
— Oui.
Elle s'approcha.
— Pourquoi ?
— Parce que vous cherchez quelque chose.
— Je l'ai trouvé.
Athanase sourit.
— Pas encore.
Élise croisa les bras.
— Qu'est-ce que vous voulez ?
Le Roi resta silencieux quelques secondes.
Puis il dit :
— Vous voulez de l'argent.
Élise se figea.
— Pardon ?
— Du confort. Une position. Une vie que votre ancien monde ne pouvait pas vous offrir.
Elle ne répondit pas.
Il avait vu juste.
— Je peux vous donner tout cela.
— En échange de quoi ?
Athanase la regarda.
— Votre silence.
Élise sentit son cœur accélérer.
Elle aurait dû refuser immédiatement.
Mais dans son esprit, une autre pensée apparut.
Si elle acceptait...
elle pouvait obtenir bien plus que de l'argent.
Elle pouvait obtenir du pouvoir.
Elle regarda le Roi.
— Et si je voulais davantage ?
Athanase sourit légèrement.
— Alors nous devrons négocier.
Élise comprit que cette conversation venait de franchir une limite.
Et quelque part au fond d'elle-même, une idée dangereuse venait de naître.
Si le Roi avait quelque chose à cacher...
elle pouvait utiliser ce secret contre lui.
Pas pour sauver la famille.
Pas uniquement pour la vérité.
Mais pour elle-même.
Le chantage venait de commencer.
À suivre...








