Prologue
Je n’avais jamais compris pourquoi papa avait peur.
Les adultes disaient toujours que mon père n’avait peur de personne.
Je l’avais entendu tellement de fois que je le croyais. Papa était l’homme que tout le monde saluait lorsqu’il entrait dans une pièce. Les hommes baissaient les yeux devant lui, les femmes se taisaient lorsqu’il parlait et, même à huit ans, je savais qu’il suffisait qu’il prononce quelques mots pour que les adultes changent complètement d’attitude.
Pourtant, ce soir-là, il avait peur. Je le compris en le regardant depuis l’escalier.
Il se tenait dans le salon, une main posée sur le dossier d’un fauteuil, tandis qu’un homme en costume noir lui parlait à voix basse.
Je ne distinguais pas leurs paroles. Mais je voyais le visage de mon père.
Il était pâle.
— Elle doit partir ce soir. Mon cœur se serra.
Moi ? Je reculai d’une marche lorsque mon père releva brusquement la tête.
— Elle ne peut pas rester ici. L’homme acquiesça.
— Ils finiront par la trouver. Je ne savais pas qui étaient ils.
Je ne savais pas pourquoi ils voulaient me trouver. Tout ce que je savais, c’était que quelques minutes plus tôt, j’étais dans ma chambre en train de préparer ma valise pour les vacances.
Et maintenant, mon père voulait m’envoyer loin. Très loin.
Je descendis les escaliers. — Papa ?
Les deux hommes se retournèrent. Le visage de mon père changea immédiatement.
Il abandonna cette expression froide que je lui connaissais pour devenir simplement mon père.
Il s’approcha de moi et s’accroupit. — Alessia...
Je me blottis contre lui. — Pourquoi je dois partir ?
Ses bras se resserrèrent autour de moi. Il resta silencieux tellement longtemps que je finis par relever la tête. — Tu vas aller vivre quelque temps chez une personne en qui j’ai confiance.
— Mais pourquoi ? Il caressa mes cheveux. — Parce que je dois te protéger.
Je fronçai les sourcils. — De qui ?
Cette fois, il ne répondit pas. Et ce silence me fit plus peur que n’importe quelle réponse.
Il sortit alors quelque chose de la poche intérieure de sa veste. Une petite boîte noire.
Il me la tendit. — Garde-la toujours avec toi.
Je l’ouvris. À l’intérieur se trouvait une fine chaîne en argent avec un petit médaillon.
— C’est quoi ? — Quelque chose qui t’appartient. — Je peux l’ouvrir ?
Son regard se durcit.
— Non. Je refermai immédiatement le médaillon.
— Pourquoi ? Il posa ses mains sur mes épaules.
— Parce que je te le demanderai moi-même lorsque tu seras assez grande.
Je ne comprenais rien. Mais je hochai la tête.
Cette nuit-là, je quittai ma maison. Je ne savais pas que je n’y reviendrais pas avant quatorze ans.
Je ne savais pas que mon père me mentait. Je ne savais pas que des hommes me surveilleraient pendant toutes ces années.
Et surtout... Je ne savais pas qu’un garçon avait reçu pour mission de savoir où j’étais.
Un garçon qui, des années plus tard, deviendrait l’homme dont je tomberais amoureuse.
Un homme qui connaissait mon existence bien avant que je connaisse la sienne.
Nicolò Moretti








