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Fusion/ Acquisition

Summary

Dans le monde des affaires, tout s’achète. Une entreprise. Un empire. Une dette. Une réputation. Parfois même, une alliance. Heather Van Harpen n’avait aucune intention de devenir duelliste. Héritière d’un puissant groupe européen, elle préférait de loin la solitude des terres sauvages aux salles de conseil et aux mondanités de son milieu. Puis elle rencontra Seto Kaiba. Deux héritiers. Deux empires. Deux esprits qui se reconnaissent immédiatement comme des adversaires. Mais lorsque Pegasus enlève Kaiba et Mokuba, la partie cesse d’être un divertissement. Pour sauver KaibaCorp et récupérer ceux qui lui sont devenus précieux, Heather entre dans une guerre où les cartes ne sont qu’une monnaie parmi d’autres.Et au milieu de cette guerre économique, Pegasus observe Heather. Il ne voit pas seulement une héritière redoutable. Il voit le visage de Cecilia, son épouse disparue. Pegasus devrait savoir qu’un investissement peut devenir une obsession. Kaiba devrait savoir qu’une alliance peut devenir une faiblesse. Et Heather découvrira que dans certaines acquisitions, ce n’est pas l’entreprise que l’on risque de perdre. C’est soi-même.

Genre
Romance
Author
Megara
Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
16+

Seto Kaiba

.1.

Cela faisait plusieurs jours qu’Heather Van Harpen avait coupé son téléphone satellite.

Pas supprimé le mouchard, cependant.

Son père avait insisté pour le faire installer plusieurs années auparavant. Officiellement, c’était pour sa sécurité. Officieusement, il était persuadé qu’un jour sa fille finirait au fond d’un ravin ou disparaîtrait quelque part entre deux montagnes, dans un endroit où personne ne retrouverait jamais son corps.

Heather trouvait cette idée presque rassurante.

Allongée sur une corniche rocheuse, elle observait le ciel d’un bleu éclatant.

En contrebas, l’océan venait mourir contre les falaises dans un murmure régulier.

Le vent faisait danser les hautes herbes.

Les mouettes planaient au-dessus des vagues.

Ici...

Personne ne savait qui elle était.

Personne ne connaissait son nom.

Personne n’attendait rien d’elle.

Elle ferma lentement les yeux.

Le parfum des pins.

L’odeur salée de la mer.

La chaleur du soleil sur sa peau.

Voilà ce qu’elle appelait vivre.

Pas les réceptions mondaines.

Ni les conseils d’administration.

Ou les journalistes.

Pire, les photographes.

De même que les interminables repas où chacun pesait le moindre mot de peur de contrarier son père.

Heather poussa un long soupir avant de se redresser.

Ses genoux étaient couverts d’égratignures et ses chaussures de randonnée avaient largement dépassé l’âge de la retraite.

Elle les adorait.

Ses longs cheveux blonds avaient été tressés à la va-vite avant d’être noués en un chignon approximatif qui tenait davantage par obstination que par technique.

Une mèche lui retomba devant les yeux.

Elle souffla dessus.

Sans résultat.

Elle attrapa son sac à dos.

Le cuir grinça légèrement.

Douze kilos.

Comme toujours.

Le strict nécessaire.

Une bâche.

Un couteau.

Une gourde.

Une corde.

Une boussole.

Une carte.

Le reste...

Était inutile.

Le soleil descendait lentement.

Il lui faudrait encore deux heures pour rejoindre le prochain point d’eau.

Elle sourit.

Ces derniers mois, cela lui arrivait de plus en plus souvent de disparaître ainsi.

Sans prévenir.

Sans destination précise.

Lorsque la pression devenait insupportable.

Lorsque les réunions s’enchaînaient.

Lorsque son père lui rappelait encore une fois qu’un jour Elysium Incorporated serait entre ses mains.

Ou lorsque les fantômes revenaient.

Parce qu’ils revenaient toujours.

Cecilia.

Même morte...

Cecilia continuait d’occuper chaque pièce de la maison familiale.

Son portrait.

Son piano.

Ses robes.

Ses livres.

Les silences de leur mère.

Le regard de leur père.

Chaque fois qu’il prononçait son prénom, Heather avait l’impression de disparaître un peu plus.

Comme tout le moment l’avait déjà oublié ou remplacée par autre chose.

Elle s’agenouilla près d’un ruisseau.

L’eau était glacée.

Elle y plongea les mains.

Puis son visage.

Le froid lui arracha un sourire.

Ça…

Au moins…

C’était réel.

Seulement l’eau, la pierre et le vent.

Elle resta ainsi quelques instants avant de relever la tête.

Le téléphone satellite vibra.

Une fois.

Elle l’ignora.

Une deuxième.

Puis une troisième.

Elle soupira.

—Tu choisis toujours mal ton moment…

Elle finit par sortir l’appareil de son sac.

27 appels manqués.

Tous du même numéro.

Son père.

Elle fixa l’écran quelques secondes.

Puis appuya sur le bouton vert.

À peine avait-elle porté le téléphone à son oreille que la voix froide de son père résonna.

—Où es-tu ?

Heather regarda une dernière fois les montagnes.

Son sourire s’effaça.

La parenthèse venait de se refermer.

—Bonjour, père.

Un silence lui répondit.

Le genre de silence qui ne signifiait pas l’hésitation.

Seulement l’agacement.

—Je t’ai posé une question.

Heather réajusta la sangle de son sac sur son épaule avant de reprendre sa marche le long du sentier.

—En randonnée.

—Inutile de faire de l’humour.

—Ce n’en est pas.

Le vent s’engouffra dans les pins.

Pendant quelques secondes, elle n’entendit plus que le bruissement des branches.

—Tu as coupé ton téléphone.

—En effet.

—Pendant cinq jours.

—Quatre.

—Cela ne change rien.

Heather leva les yeux au ciel.

Son père n’avait jamais supporté qu’on le corrige.

—Tu sais très bien pourquoi ce téléphone existe.

—Pour que tu puisses vérifier que je ne me suis pas jetée d’une falaise.

Le silence revint.

Elle venait de marquer un point.

Son père reprit, plus sec encore.

—Pour que je sache où se trouve l’héritière d’Elysium au moment où j’en ai besoin.

Voilà.

Nous y étions.

Jamais Heather.

Toujours l’héritière.

Elle inspira profondément.

—Qu’est-ce qui est si urgent ?

—Tu rentres immédiatement.

—J’avais prévu de rentrer dans deux jours.

—Tu rentres aujourd’hui.

Elle s’arrêta.

Son regard glissa une dernière fois vers la mer qui s’étendait au loin.

Deux jours.

C’était tout ce qu’elle demandait.

Deux jours de plus sans réunions.

Sans costumes.

Sans regards.

—Pourquoi ?

Cette fois, son père ne répondit pas tout de suite.

Comme s’il hésitait à lui accorder cette explication.

—KaibaCorp.

Le nom ne lui évoquait pas grand-chose.

Une entreprise japonaise.

Technologies de pointe.

Autrefois spécialisée dans l’armement.

Elle avait parcouru quelques dossiers, sans jamais s’y attarder.

—Qu’est-ce qu’ils nous veulent ?

—Ils cherchent un partenaire.

—Pour quoi faire ?

. Cette fois, le silence dura un peu plus longtemps.

Lorsqu’il reprit la parole, sa voix avait pris cette infime nuance qu’Heather connaissait depuis l’enfance. Celle qui annonçait qu’il venait de prononcer quelque chose qu’il jugeait profondément absurde.

— Ils souhaitent construire des arènes holographiques.

Heather fronça légèrement les sourcils.

— Des arènes... pour quoi ?

— Pour un de leur jeu stupide nommé Duel de Monstres.

Elle s’arrêta net au milieu du sentier.

— Ces cartes ?

— …

Un nouveau silence.

Puis son père reprit, avec cette froideur presque clinique qui lui était propre.

— Tu te souviens de Maximilian Pegasus ?

Heather ne répondit pas immédiatement.

Comment aurait-elle pu l’oublier ?

Le visage de cet homme était lié à un souvenir qu’elle aurait parfois voulu arracher de sa mémoire.

— Oui.

— Eh bien, c’est son jeu.

Il marqua une pause.

— Ou, plus exactement, le jeu de son entreprise.

Le vent fit bruisser les aiguilles des pins.

— Kaiba prétend que ces cartes vont devenir un phénomène mondial. Que les gens paieront pour assister à des duels dans des stades. Il veut des hologrammes, des infrastructures, des complexes entiers.

Heather resta silencieuse.

— Et tu y crois ?

Son père eut un bref souffle qui ressemblait presque à un rire.

Mais un rire sans amusement.

— Croire qu’un homme peut bâtir un empire sur un divertissement imaginé par un artiste excentrique...

Il laissa sa phrase mourir d’elle-même.

— Disons que je préfère investir dans le béton que dans les chimères.

Heather sourit malgré elle.

Il n’avait jamais apprécié Pegasus.

Pas lorsqu’il fréquentait Cecilia.

Encore moins depuis qu’il était devenu milliardaire.

À ses yeux, Maximilian Pegasus resterait toujours ce dessinateur fantasque aux idées extravagantes, incapable, selon lui, d’être digne de sa fille.

— Alors pourquoi répondre à leur invitation ?

— Parce que, si par un hasard extraordinaire ce garçon n’est pas aussi fou que celui dont il vend les cartes...

Cette fois, sa voix retrouva toute sa sécheresse.

— ...je veux le savoir avant nos concurrents.

Le ronronnement feutré de la limousine s’interrompit devant un immeuble de verre et d’acier qui semblait vouloir toucher le ciel.

Heather leva les yeux.

KaibaCorp.

Elle resta quelques secondes à observer la façade.

Le bâtiment n’avait rien d’ostentatoire.

Il était simplement…

Impressionnant.

Des lignes épurées.

Du verre.

De l’acier.

Aucune décoration inutile.

L’efficacité avant tout.

Une philosophie que son propriétaire semblait avoir gravée jusque dans l’architecture.

Heather détourna finalement les yeux.

Autour d’elle, Tokyo continuait de vivre.

Elle avait commencé à la découvrir derrière la vitre de la limousine quelques minutes plus tôt, par fragments.

Des rues étroites s’étaient ouvertes sur de larges avenues saturées de circulation. Des taxis aux couleurs éclatantes se glissaient entre les voitures. Des vélos se faufilaient avec une aisance presque insolente entre les passants.

Les trottoirs étaient noirs de monde.

Des hommes en costume, mallettes à la main, marchaient d’un pas rapide sans même regarder autour d’eux. Des femmes en tailleur sortaient des immeubles de bureaux, téléphone à l’oreille. Des étudiants riaient en groupe devant une supérette. Des lycéennes en uniforme traversaient au milieu de la foule, leurs sacs suspendus à une épaule.

Un salaryman s’était arrêté devant un distributeur automatique.

À quelques mètres, une vieille femme poussait lentement un chariot rempli de provisions.

Plus loin, deux enfants couraient derrière leur mère avant de s’arrêter devant une vitrine remplie de figurines.

Au-dessus d’eux, les enseignes s’empilaient les unes sur les autres.

Japonais.

Anglais.

Logos.

Publicités.

Écrans lumineux.

Des panneaux gigantesques couvraient les façades des immeubles et diffusaient des images en mouvement qui se reflétaient sur les vitres des bâtiments voisins.

La ville semblait incapable de rester silencieuse.

Une sonnerie de passage piéton.

Le grondement d’un bus.

Le claquement régulier des portes d’un commerce.

Une annonce diffusée quelque part dans une gare.

Le rire d’un groupe d’adolescents.

Le moteur d’une moto.

Puis un klaxon.

Tout se mélangeait.

Heather avait presque l’impression de pouvoir sentir la ville vibrer sous ses pieds.

Elle n’était pas habituée à cela.

Quelques jours auparavant, le plus grand bruit autour d’elle avait été celui des vagues contre les rochers.

Elle avait dormi avec le vent pour seul réveil.

Elle avait marché pendant des heures sans croiser une seule personne.

Ici, elle pouvait faire dix mètres sans rencontrer quelqu’un.

Elle regarda la foule.

Personne ne semblait perdu.

Personne ne semblait regarder le ciel.

Chacun avançait vers quelque part.

Avec une urgence qu’elle ne comprenait pas toujours.

Heather ne trouvait pas Tokyo laide.

Au contraire.

Il y avait quelque chose de fascinant dans cette débauche d’activité.

Mais c’était une beauté radicalement différente de celle qu’elle venait de quitter.

Sur son île, rien n’avait besoin d’elle.

Ici, tout semblait demander quelque chose.

Achetez.

Travaillez.

Consommez.

Avancez.

Répondez.

Décidez.

Recommencez.

Tous avaient le même téléphone à la main.

Heather eut une pensée presque cruelle.

Ils avaient probablement tous rêvé, à un moment ou à un autre, de faire quelque chose de complètement différent.

Puis ils avaient découvert les crédits immobiliers.

Elle détourna les yeux.

Ce n’était pas son problème.

Le chauffeur descendit et lui ouvrit la portière.

Heather posa un escarpin noir sur le pavé.

L’air de Tokyo lui parut immédiatement plus chaud qu’elle ne l’avait imaginé.

Elle inspira.

Pas d’odeur de pin.

Pas de sel.

Pas de terre humide.

Seulement le bitume chaud, les gaz d’échappement, le parfum discret des restaurants voisins et cette odeur indéfinissable d’une ville trop peuplée pour avoir une seule odeur.

Elle jeta un dernier regard derrière elle.

Pendant une fraction de seconde, elle regretta véritablement son île.

Elle aurait pu être assise quelque part sur une falaise.

Une gourde à moitié pleine.

Une carte froissée.

Aucun téléphone.

Aucun rendez-vous.

Personne pour lui demander où elle était.

Personne pour lui rappeler ce qu’elle devait devenir.

Puis elle se retourna vers KaibaCorp.

La parenthèse était terminée.

La jeune femme n’avait plus grand-chose de la randonneuse crottée qui bivouaquait quelques jours auparavant.

Son tailleur ivoire était sobre, parfaitement coupé, sans le moindre bijou superflu. Une fine montre en acier habillait son poignet gauche. Ses cheveux blonds, cette fois, avaient été relevés en un chignon impeccable.

Elle ajusta distraitement le revers de sa veste.

Voilà.

L’héritière était de nouveau présentable.

Son visage, lui, n’exprimait rien.

Elle avait appris depuis longtemps qu’il était inutile de montrer ce qu’elle ressentait à des gens qui pourraient s’en servir.

Elle ajusta distraitement le revers de sa veste.

Son regard, lui, n’avait pas changé.

Toujours aussi attentif.

Toujours en train d’observer.

Deux autres voitures s’arrêtèrent derrière elle.

Une demi-douzaine de personnes en descendirent presque simultanément.

Deux juristes.

Le directeur financier.

Un spécialiste des fusions-acquisitions.

Une ingénieure responsable des grands projets internationaux.

Tous la rejoignirent naturellement.

Comme si la place en tête du groupe lui revenait de droit.

Pourtant…

Elle était la plus jeune.

L’un des juristes consulta rapidement son dossier.

—Mademoiselle Van Harpen, nous avons étudié leur proposition. Les investissements demandés sont… particulièrement ambitieux.

—J’imagine.

—Les risques également.

—C’est précisément pour cela que nous sommes venus.

L’homme acquiesça sans répondre.

Les portes vitrées s’ouvrirent dans un léger souffle.

Le hall était immense.

Des employés traversaient l’atrium d’un pas rapide.

Des écrans diffusaient en permanence des données techniques, des maquettes tridimensionnelles et des prototypes holographiques.

Heather ralentit imperceptiblement.

Elle avait visité les sièges sociaux des plus grandes entreprises du monde.

Pourtant…

Quelque chose était différent ici.

On ne respirait pas la finance.

Ni l’administration.

On respirait…

L’innovation.

Un jeune homme en costume s’approcha.

—Mademoiselle Van Harpen ? Soyez la bienvenue chez KaibaCorp.

Il s’inclina légèrement.

—Monsieur Kaiba vous attend en salle de conférence.

Heather échangea un regard avec son équipe.

Le directeur juridique murmura discrètement :

—D’après nos informations, il n’a même pas vingt ans.

Elle haussa légèrement un sourcil.

—Vraiment ?

—Dix-huit ans, je crois.

Le juriste eut un sourire sceptique.

—C’est… inhabituel.

Heather ne répondit pas.

Elle observa les ingénieurs qui traversaient le hall en portant des composants électroniques, les techniciens qui échangeaient devant une maquette holographique, les chercheurs absorbés dans leurs calculs.

Personne ne semblait trouver étrange qu’un garçon de dix-huit ans dirigeât cette entreprise.

Personne.

Ce détail, plus que tout le reste, éveilla sa curiosité.

Elle suivit son guide jusqu’aux ascenseurs.

Les portes se refermèrent dans un léger chuintement.

L’ascenseur s’éleva silencieusement.

Elle avait rencontré des dizaines de dirigeants.

Des hommes deux fois plus âgés qu’elle.

Des milliardaires.

Des ministres.

Des chefs d’État.

Pourtant…

C’était la première fois qu’elle allait s’asseoir en face d’un homme presque de son âge.

Un homme dont tout le monde disait qu’il était un génie.

Ou un fou.

Peut-être les deux.

Qu’est-ce que je fais ici ?

La question lui traversait régulièrement l’esprit.

Autour de la table, une quinzaine de personnes.

Des administrateurs.

Des juristes.

Des directeurs financiers.

Tous entre quarante et soixante ans.

Le regard fatigué.

Les costumes impeccables.

Heather les observe.

Elle comprend immédiatement qu’ils ne sont pas là pour construire.

Ils sont là pour protéger leurs intérêts.

Puis elle aperçoit, au fond de la pièce…

Un jeune homme.

Debout.

Face à la baie vitrée.

Il ne regarde même pas les nouveaux arrivants.

Il regarde Tokyo.

Comme si la réunion était déjà terminée.

Un administrateur japonais s’avance.

« Monsieur Kaiba… les représentants d’Elysium Incorporated sont arrivés. »

Le jeune homme se retourna lentement.

Des yeux d’un bleu glacé.

Un visage étonnamment jeune.

Mais surtout...

Aucune hésitation.

Aucune nervosité.

Comme s’il avait toujours dirigé cette entreprise.

Heather s’avança de quelques pas.

— Heather Van Harpen.

Kaiba inclina très légèrement la tête.

— Seto Kaiba.

A suivre ...


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