Customize readability
Aa

Les Destins d’Aphenium / Tome I — Garder le savoir

All Rights Reserved ©

Summary

À la tête de la Grande Bibliothèque d’Aphenium, Elaria veille chaque jour sur des milliers d’ouvrages, guide les lecteurs et protège un savoir accumulé au fil des générations. Elle connaît ses galeries, ses collections et ses habitudes mieux que quiconque. Jusqu’au matin où une vieille fiche apparaît sous une porte. Un nom presque oublié : Seren Valner. Une référence ancienne : Dépôt VII. Et une salle qui, sur les plans récents de la Bibliothèque, n’existe plus. Ce qui commence comme une simple curiosité entraîne Elaria sur les traces de l’un de ses prédécesseurs et d’un secret enfoui au cœur même du lieu qu’elle pensait connaître parfaitement. Car garder le savoir ne consiste pas seulement à préserver ce qui est connu. Parfois, il faut aussi découvrir ce que d’autres ont choisi de cacher.

Genre
Fantasy
Author
tambe
Status
Complete
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
13+

LA QUESTION DE LA BIBLIOTHÈQUE

Chapitre I


Elaria termina de relever ses cheveux devant le miroir et fixa la dernière épingle dans la couronne de tresses blondes. Une mèche s’était échappée près de sa tempe. Elle tenta de la replacer, constata qu’elle retombait aussitôt et finit par la laisser ainsi.


Elle ajusta le col de sa robe bleu sombre, puis attacha à sa ceinture le trousseau préparé la veille. Les clefs s’entrechoquèrent doucement lorsqu’elle vérifia qu’aucune ne manquait.


Sa chambre était encore dans la pénombre.


Installée au sommet de la Grande Bibliothèque, elle dominait une partie du vaste domaine qui s’étendait en contrebas. L’endroit n’avait rien d’une salle d’apparat. Un lit, un bureau, quelques meubles et plusieurs étagères lui suffisaient. Ces dernières étaient pleines depuis longtemps, ce qui n’empêchait pas de nouveaux ouvrages de s’accumuler sur le bureau et près du fauteuil.


Elaria s’arrêta devant l’une des piles.


Elle avait prévu de la ranger la veille.


Ce serait pour plus tard.


Près de la fenêtre, le livre qu’elle lisait avant de dormir était resté ouvert à côté d’une tasse vide. Elle referma l’ouvrage, puis écarta légèrement le rideau.


Le jour se levait derrière les montagnes.


Depuis cette hauteur, les toits de la Bibliothèque apparaissaient entre les tours, les jardins et les galeries extérieures. Les premiers rayons atteignaient déjà les sommets les plus éloignés tandis que les allées, en contrebas, restaient encore plongées dans une lumière plus douce.


Elaria demeura quelques instants devant la fenêtre.


Elle aimait cette heure.


Dans peu de temps, les portes seraient ouvertes et les premiers lecteurs commenceraient à arriver. Pour l’instant, la Grande Bibliothèque demeurait silencieuse.


Elle n’en apercevait qu’une partie depuis sa chambre, mais cela suffisait à lui rappeler son immensité. Des tours, des galeries, des jardins, des salles et des rayonnages s’étendaient bien au-delà de ce qu’elle pouvait embrasser d’un seul regard.


À cette heure, tout cela semblait n’appartenir qu’à elle.


Non pas comme une possession, mais comme une responsabilité.


Pendant quelques instants encore, Elaria resta seule au milieu de ce vaste royaume de savoir, avec pour seuls bruits le vent contre les vitres et le léger craquement du bois autour d’elle.


Puis elle quitta la fenêtre, récupéra son trousseau et se dirigea vers la porte.


Le couloir de la tour était plus frais lorsqu’elle en sortit.


Elaria referma derrière elle, tourna la clef dans la serrure et commença à descendre.


L’escalier suivait la courbe intérieure de la tour. Les marches de pierre, légèrement creusées en leur centre, avaient été polies par des années de passages. Elle posa une main sur la rampe et descendit tranquillement.


À chaque étage, une porte donnait accès à une autre partie de la Bibliothèque.


Elle passa devant la première sans s’arrêter. Derrière se trouvaient des collections rarement consultées ainsi que plusieurs ouvrages dont l’âge imposait davantage de précautions.


À l’étage inférieur, quelque chose attira son regard.


Une feuille dépassait sous une porte.


Elaria se pencha et la ramassa. Le papier ressemblait à une fiche de consultation, bien qu’il lui parût légèrement plus épais que celles qu’elle utilisait habituellement.


Elle parcourut les quelques lignes inscrites dessus.


Une référence.


Un nom dans la marge.


S. Valner.


Elaria fronça légèrement les sourcils.


La fiche avait probablement glissé là avec d’autres documents. Elle la cherchait peut-être même depuis la veille sans s’en souvenir.


— Je te cherchais.


Elle la glissa dans le petit carnet qu’elle conservait à sa ceinture et reprit sa descente.


Plus elle approchait des niveaux principaux, plus la tour s’élargissait. La pierre nue laissait progressivement place au bois sombre des galeries, aux tapis qui assourdissaient les pas et aux premières hautes étagères chargées d’ouvrages.


Un livre dépassait légèrement de l’une d’elles.


Elaria le repoussa jusqu’à ce que son dos retrouve l’alignement des autres reliures, vérifia rapidement le reste du rayonnage, puis continua.


La galerie débouchait sur un balcon intérieur dominant une vaste salle plusieurs niveaux plus bas. Quelques lampes restées allumées éclairaient encore les tables de lecture, mais la lumière du matin commençait déjà à entrer par les hautes fenêtres.


De là, Elaria pouvait suivre plusieurs rangées de rayonnages avant qu’elles ne disparaissent derrière les colonnes. Elle connaissait leur organisation, savait quelles sections avaient été beaucoup consultées ces derniers jours et où chercher lorsqu’un lecteur arrivait avec une demande particulièrement vague.


Connaître la Bibliothèque ne signifiait pas avoir mémorisé chacun des ouvrages qu’elle renfermait. Leur nombre rendait l’idée absurde.


Son savoir consistait surtout à savoir où chercher.


Elle emprunta un second escalier et gagna l’une des salles de lecture.


Après avoir ouvert les volets intérieurs, elle observa les tables dans la lumière nouvelle. Une fine couche de poussière était déjà visible sur le bord de l’une d’elles.


Elaria passa un doigt dessus.


— Déjà ?


Elle prit le chiffon rangé dans un petit meuble contre le mur et nettoya la surface.


La poussière faisait partie des rares choses que la Bibliothèque produisait avec une régularité irréprochable.


Deux chaises furent ensuite replacées. Un marque-page oublié retrouva sa place dans un ouvrage laissé sur une table pour consultation.


Elaria reconnut le livre.


Son lecteur devait revenir aujourd’hui : un vieil homme qui travaillait depuis trois jours sur les anciennes routes commerciales du nord et qui s’excusait chaque fois qu’il demandait un nouveau volume.


Elle lui avait déjà expliqué qu’il n’avait aucune raison de le faire.


Il s’excuserait probablement encore.


Lorsqu’elle quitta la salle, le soleil avait gagné une partie des galeries. La pierre prenait une teinte plus chaude et certaines dorures devenaient visibles sur les reliures. Les vitraux commençaient à projeter leurs couleurs sur le sol.


Elaria ralentit en les traversant.


Elle connaissait ce spectacle depuis longtemps, mais ne s’en lassait pas.


L’horloge située au bout de la galerie lui rappela que l’heure d’ouverture approchait.


Elle rejoignit le bureau qu’elle utilisait durant la journée. Plusieurs fiches laissées la veille l’attendaient encore.


La première concernait un traité de botanique. Elle vérifia la référence et la posa de côté.


La suivante demandait un ouvrage beaucoup plus ancien. Quelques précautions supplémentaires seraient nécessaires pour le consulter ; elle les indiqua dans la marge.


Puis vint une demande formulée avec beaucoup moins de précision.


Le gros livre rouge sur les anciennes créatures des montagnes.


Elaria relut la phrase.


Aucun titre.


Aucun auteur.


Aucune autre indication.


Un léger sourire lui vint.


— Bien sûr.


Elle ouvrit un registre, consulta quelques entrées et nota trois références susceptibles de correspondre.


Trouver un ouvrage lorsque le lecteur ignorait lui-même ce qu’il cherchait faisait aussi partie du travail.


Quelques minutes plus tard, elle reposa sa plume.


L’heure était venue.


Elaria traversa le Grand Hall jusqu’aux grandes portes d’entrée. La salle paraissait encore plus vaste avant l’arrivée des visiteurs, lorsque les tables demeuraient vides et que les galeries n’étaient traversées par aucun pas.


Elle choisit la bonne clef dans son trousseau et déverrouilla les battants.


L’air frais du matin entra aussitôt.


Quelques personnes attendaient déjà dehors.


Elaria les observa avec amusement.


— Vous savez que les livres ne vont pas s’enfuir ?


Un homme placé au premier rang lui répondit avec le plus grand sérieux :


— On ne sait jamais.


— Dans ce cas, entrez vite. Je surveillerai les sorties.


Les premiers lecteurs franchirent le seuil.


Certains la saluèrent en passant. D’autres prirent immédiatement la direction des sections qu’ils connaissaient déjà.


Une jeune femme, elle, s’immobilisa presque aussitôt dans l’entrée.


Son regard monta vers les hauteurs du Grand Hall et y resta.


Elaria connaissait bien cette réaction.


Elle ne l’interrompit pas.


La première découverte de la Grande Bibliothèque méritait parfois quelques secondes de silence.


Peu à peu, les lieux changèrent de visage. Les pas se multiplièrent, les premières chaises furent tirées autour des tables et le froissement des pages remplaça le calme du matin.


Un homme âgé apparut alors sur le seuil.


Elaria reconnut immédiatement maître Orven et ses feuilles couvertes d’une écriture serrée.


Il inclina la tête.


— Grande Archiviste.


— Bonjour, maître Orven.


Il prit une inspiration.


— Je suis désolé, mais j’aurais encore besoin de consulter—


Elaria leva doucement un doigt.


Il s’interrompit.


— Vous êtes entré depuis moins de dix secondes.


— Oui.


— Et vous vous êtes déjà excusé.


Orven baissa les yeux vers ses notes.


— Je suis désolé.


Un silence passa entre eux.


Le vieil homme réalisa son erreur.


— Ah.


Le sourire d’Elaria s’accentua.


— Votre ouvrage vous attend toujours à la même table. J’ai également retrouvé deux références sur les anciennes voies commerciales de l’ouest. Elles pourraient vous intéresser.


Son visage s’éclaira.


— Vraiment ?


— C’est généralement pour cela que je propose des références.


Orven rit doucement.


— Merci.


— Ça, vous avez le droit de le dire.


Il s’éloigna vers sa table avec un empressement qui contrastait avec son âge.


Elaria suivit sa progression quelques secondes.


Elle appréciait les lecteurs comme lui. Non parce qu’ils étaient simples à satisfaire — Orven pouvait passer une matinée entière sur trois lignes et en ressortir avec six nouvelles questions — mais parce qu’il voulait comprendre.


Une silhouette hésitante s’approcha ensuite.


La jeune femme qui avait contemplé le Grand Hall tenait contre elle un petit carnet encore presque vierge.


— Excusez-moi...


— Vous cherchez quelque chose ?


— Je crois.


Elaria attendit tranquillement.


— Des ouvrages sur les plantes médicinales.


— Celles d’Aphenium ?


La jeune femme hésita.


— Toutes ?


Elaria retint un sourire.


— Nous allons peut-être commencer par réduire un peu le monde.


Elle prit une feuille.


— Vous souhaitez apprendre à identifier les plantes, étudier leurs propriétés ou préparer quelque chose ?


— Les étudier. Je commence un apprentissage auprès d’une herboriste.


Elaria inscrivit trois références.


— Commencez par celles-ci. Le premier ouvrage donne une vue générale. Le deuxième s’intéresse surtout aux espèces du royaume. Le troisième est plus ancien, mais ses illustrations sont excellentes.


La jeune femme regarda la feuille.


— Seulement trois ?


— Pour aujourd’hui.


— Il y en a beaucoup d’autres ?


Elaria jeta un regard vers les galeries.


— Oui.


La nouvelle apprentie suivit son regard et parut soudain mesurer l’ampleur de sa première question.


— Je comprends.


— Revenez lorsque vous les aurez parcourus. Nous saurons alors dans quelle direction poursuivre.


La matinée trouva rapidement son rythme.


Une question sur l’histoire d’une famille noble. Deux cartes anciennes à retrouver. Un ouvrage abandonné dans une section où il n’avait aucune raison de se trouver. Un étudiant persuadé qu’un traité devait appartenir aux collections parce que son professeur lui avait assuré l’avoir lu ici autrefois.


Elaria finit par retrouver le livre.


Le professeur s’était trompé sur le titre, l’auteur et presque entièrement sur le sujet.


Cela arrivait.


Entre deux demandes, elle quittait le pupitre pour guider un lecteur, rapporter un volume ou expliquer comment utiliser un registre. Elle ne donnait d’ailleurs pas systématiquement la réponse. Lorsqu’une personne pouvait arriver elle-même jusqu’à l’information avec quelques indications, Elaria préférait la mettre sur la bonne piste.


Savoir chercher faisait partie du savoir.


Au milieu de la matinée, une accalmie lui permit de reprendre son carnet.


La vieille fiche y était toujours.


S. Valner.


Elle regarda la référence inscrite au-dessous.


Quelque chose lui semblait familier.


Après quelques secondes, elle se leva et prit la direction d’une section plus ancienne de la Bibliothèque.


Le bruit du Grand Hall diminua progressivement derrière elle.


La référence la conduisit jusqu’à la troisième travée d’une galerie étroite, bordée de rayonnages suffisamment hauts pour nécessiter une petite échelle roulante.


Elaria repéra l’emplacement indiqué.


Il était vide.


Elle resta un instant devant l’espace laissé entre deux volumes.


Un ouvrage en consultation n’avait évidemment rien d’inquiétant. Les livres étaient faits pour quitter leurs étagères.


Ce qui l’intéressa davantage fut la trace visible dans la poussière.


Quelque chose avait occupé cette place récemment.


Elle consulta son carnet.


Aucune demande ne correspondait.


Elaria vérifia les rayonnages voisins. Les lecteurs remettaient parfois eux-mêmes un livre au mauvais endroit malgré les recommandations. Elle retrouva ainsi un volume de géographie égaré parmi des traités d’architecture, mais pas celui qu’elle cherchait.


Le titre associé à cette référence lui revint finalement :


Inventaire des fondations anciennes d’Aphenium.


Un ouvrage épais, austère et rarement demandé.


Elaria connaissait son contenu pour l’avoir consulté quelques années auparavant.


Elle reprit la fiche.


La référence semblait pourtant plus ancienne que le système actuel.


Cette pensée la conduisit vers une petite collection de catalogues conservés à proximité.


Elle choisit l’un des plus vieux registres, le posa sur une table et en parcourut l’index.


Le même numéro existait.


Mais il ne désignait pas un livre.


Elaria rapprocha légèrement le registre.


Dépôt VII — aile septentrionale.


Elle relut la mention.


Puis regarda la fiche.


Voilà qui était plus intéressant.


Les systèmes de classement avaient changé plusieurs fois au fil de l’histoire de la Bibliothèque. Qu’une référence ait été réattribuée n’avait rien d’extraordinaire.


Qu’une ancienne fiche portant précisément cette référence apparaisse sous une porte de sa tour l’était davantage.


Un bruit de pas lointain lui rappela que les lecteurs étaient toujours présents.


Elaria referma le catalogue.


Le Dépôt VII pouvait patienter.


Elle, beaucoup moins.


De retour dans le Grand Hall, maître Orven leva presque aussitôt la main.


— Grande Archiviste ?


— Votre troisième question ?


— Je crois.


— Vous n’êtes pas très convaincant.


Il lui montra ses notes.


Quelques minutes plus tard, Orven avait une nouvelle référence et Elaria une quatrième question annoncée pour plus tard.


La Bibliothèque continuait sa journée sans se préoccuper du Dépôt VII.


Cette idée lui plaisait.


Les grandes découvertes et les petites questions y partageaient les mêmes tables.


Vers midi, Elaria s’installa dans une petite pièce attenante au Grand Hall avec du pain, du fromage, quelques fruits et une infusion encore chaude.


Elle venait d’entamer une pomme lorsqu’une silhouette apparut dans l’encadrement de la porte.


Orven.


Il hésita.


— Je peux revenir plus tard.


Elaria regarda la feuille qu’il tenait à la main.


— Vous avez trouvé quelque chose.


— Peut-être.


Elle lui indiqua la chaise opposée.


— Alors montrez-moi.


Orven s’installa avec un empressement à peine dissimulé et posa sa feuille entre eux.


Une ancienne route secondaire y était mentionnée sous un nom qu’aucun des deux ne reconnaissait.


Elaria prit une bouchée de pomme tandis qu’elle lisait.


— Vous espérez secrètement avoir découvert un village oublié.


— Est-ce si évident ?


— Seulement depuis que je vous connais.


Ils examinèrent ensemble deux références avant qu’Elaria ne retrouve l’origine de l’erreur.


Un copiste avait mal retranscrit le nom d’un chemin, transformant quelques lettres jusqu’à faire apparaître un village qui n’avait probablement jamais existé.


Orven contempla la correction avec une déception sincère.


— J’aimais bien ce village.


— Rien ne vous empêche de le conserver.


Il releva les yeux.


— Avec une auberge ?


— Il lui en faut bien une.


— Une bonne ?


Elaria reprit tranquillement son morceau de pomme.


— Tant qu’à inventer un village, autant éviter d’y manger mal.


Orven repartit quelques minutes plus tard, satisfait malgré la disparition de sa découverte.


L’infusion d’Elaria avait légèrement refroidi.


Cela ne la dérangeait pas.


Elle avait rarement considéré une question sincère comme une interruption.


***


L’après-midi se poursuivit au rythme des consultations.


La jeune apprentie herboriste revint lui demander la différence entre deux plantes presque identiques. Elaria lui montra pourquoi la forme des feuilles était plus fiable que leur couleur et l’aida à retrouver une illustration plus claire.


Deux chercheurs arrivèrent ensuite avec une vieille carte et un désaccord déjà bien installé.


— Lequel de nous deux l’interprète correctement ? demanda le premier.


Elaria examina la carte.


Puis leurs notes.


Puis de nouveau la carte.


— Aucun.


Les deux hommes se regardèrent.


— Aucun ?


— Vous avez réussi à vous tromper dans deux directions différentes. C’est presque remarquable.


La jeune herboriste, installée non loin, baissa rapidement la tête vers son ouvrage pour dissimuler son sourire.


Elaria leur expliqua l’erreur avec le même calme et les regarda repartir, désormais unis par la nécessité de recommencer leur travail.


Entre deux demandes, elle trouva néanmoins quelques minutes pour consulter les archives de construction.


Un ancien plan de l’aile septentrionale confirma l’existence du Dépôt VII.


Trois petites salles figuraient derrière une partie du couloir actuel.


Dépôt V.


Dépôt VI.


Dépôt VII.


Sur un plan plus récent, les deux premières avaient été intégrées à d’autres espaces.


La troisième avait simplement disparu.


À sa place figurait un mur.


Elaria compara plusieurs relevés.


Pas de symbole de démolition.


Pas d’explication.


Rien qui indiquât clairement ce qu’était devenue la salle.


Elle nota les dates dans son carnet.


Pour l’instant, cela suffisait.


Son regard revint sur la fiche.


S. Valner.


Elle ignorait toujours qui se cachait derrière ce nom.


Lecteur, chercheur, copiste, donateur... les possibilités ne manquaient pas.


Elle rangea le document et retourna auprès des visiteurs.


Les heures passèrent.


Le soleil traversa lentement le Grand Hall et remonta le long des colonnes opposées. Les tables se vidèrent peu à peu, même si certains lecteurs semblaient décidés à négocier avec le temps.


Maître Orven fut naturellement l’un des derniers à rassembler ses affaires.


— Vous savez que vous pouvez revenir demain, lui rappela Elaria.


— Je sais.


Il ajouta encore une feuille à sa pile.


— Les anciennes routes ne vont pas disparaître cette nuit.


Orven réfléchit.


— Après ce matin, je préfère ne rien supposer.


— Prudence admirable.


— Bonne soirée, Grande Archiviste.


— À demain, maître Orven.


La jeune apprentie herboriste passa peu après, ses trois ouvrages serrés contre elle.


— Je peux vraiment les garder jusqu’à demain ?


— Oui.


— Je voulais seulement être certaine.


— Et maintenant ?


La jeune femme sourit.


— Maintenant, je suis certaine.


— Parfait. Alors profitez-en.


Elle quitta les lieux à son tour.


***


Lorsque les portes se refermèrent derrière les derniers lecteurs, le silence revint presque immédiatement.


Pas tout à fait celui du matin.


Des chaises avaient été déplacées, quelques livres attendaient encore leur rayonnage et une plume oubliée reposait au bord d’une table.


La Bibliothèque avait vécu.


Elaria aimait retrouver ces petites traces à la fin d’une journée.


Elle remit tranquillement les lieux en ordre avant de retourner à son bureau.


Son carnet l’attendait.


Elle l’ouvrit.


S. Valner.


Cette fois, elle savait par où commencer.


Le nom.


La fiche était trop ancienne pour que les registres récents suffisent. Son propriétaire pouvait avoir fréquenté la Bibliothèque plusieurs décennies auparavant.


Encore fallait-il déterminer à quel titre.


Elaria prit une lampe et gagna les archives administratives.


Elle commença par les anciens relevés de lecteurs.


Aucun Valner.


Elle remonta dans le temps.


Toujours rien.


Les listes de chercheurs autorisés à consulter certaines collections ne donnèrent pas davantage de résultat.


Elle vérifia ensuite les noms de copistes, de relieurs et de quelques donateurs.


Rien.


Elaria posa les mains sur la table et regarda la fiche.


— Tu ne comptes pas me faciliter les choses.


Son ton n’avait rien d’agacé.


Au contraire.


Elle reprit le document et examina le petit emblème presque effacé dans l’un de ses angles : un cercle, une plume et trois lignes horizontales.


Cette marque appartenait à une période beaucoup plus ancienne.


Les archives historiques pourraient être plus utiles.


Elaria rangea les registres et poursuivit ses recherches dans une salle voisine, où plusieurs générations de documents occupaient un pan entier de mur.


Elle choisit d’abord les index alphabétiques.


Les noms défilèrent sous son doigt.


Valcourt.


Valenne.


Valmont.


Puis :


Valner, Seren.


Elaria s’arrêta.


Une référence suivait le nom.


Elle récupéra le volume correspondant et le posa sous la lumière de sa lampe.


Les pages étaient anciennes, mais l’écriture restait parfaitement lisible.


Elle trouva l’entrée.


Seren Valner.


Juste en dessous figurait son titre.


Grand Archiviste d’Aphenium.


Elaria resta silencieuse.


Elle sortit la vieille fiche de son carnet et la posa à côté du registre.


S. Valner.


La correspondance était difficile à ignorer.


Elle reprit sa lecture.


Seren Valner avait dirigé la Grande Bibliothèque plusieurs décennies auparavant. Son mandat avait duré vingt-sept ans, suffisamment longtemps pour que son nom apparaisse dans quantité de documents liés aux collections et aux transformations du domaine.


Elaria s’attarda sur ce nombre.


Vingt-sept ans.


Durant tout ce temps, Valner avait parcouru ces mêmes galeries. Il avait ouvert les mêmes portes, répondu aux questions des lecteurs et veillé sur un domaine qui avait certainement déjà paru immense à son époque.


Elle connaissait les noms de ses prédécesseurs.


Mais un nom inscrit dans un registre restait facilement abstrait.


Celui-ci ne l’était plus.


Quelqu’un avait été le gardien de ces lieux avant elle.


Quelqu’un avait peut-être tenu entre ses mains cette fiche aujourd’hui retrouvée sous une porte.


Elle compara l’écriture du registre avec celle du document. La ressemblance existait, sans constituer une preuve suffisante.


Ce serait une piste.


Elaria inscrivit quelques mots dans son carnet :


Seren Valner — ancien Grand Archiviste.


Puis :


Mandat : vingt-sept ans.


Enfin :


Rechercher les documents liés à cette période.


Elle resta un instant devant la page ouverte.


Les rayonnages autour d’elle contenaient probablement de quoi poursuivre immédiatement. Des rapports, des correspondances, peut-être des notes personnelles.


La curiosité ne manquait pas.


Mais la journée avait été longue.


Et la Bibliothèque serait toujours là le lendemain.


Elaria referma le registre, le remit à sa place et récupéra sa lampe.


Les galeries étaient désormais plongées dans l’obscurité. Elle connaissait suffisamment le chemin pour n’éclairer que les passages dont elle avait besoin.


À mesure qu’elle remontait vers sa chambre, ses pas résonnaient seuls entre les rayonnages.


Le matin même, elle avait parcouru ces couloirs sans leur accorder davantage d’attention que d’habitude.


Ce soir, son regard s’attardait un peu plus longtemps sur certaines portes, certains départs de galeries, certains murs.


Rien n’avait changé.


Seulement ce qu’elle en savait.


Arrivée au sommet de la tour, Elaria déverrouilla sa chambre.


La pile de livres qu’elle avait prévu de ranger était toujours là.


Elle l’observa.


— Certainement pas ce soir.


Son trousseau rejoignit le bureau. Après avoir retiré quelques épingles de ses cheveux, elle retourna près de la fenêtre.


La nuit avait recouvert le domaine.


Les toitures et les tours n’étaient plus que des silhouettes sous le ciel. Plus bas, quelques lumières demeuraient visibles derrière les fenêtres de la Bibliothèque.


Quelque part dans cette immensité se trouvait une salle qui avait autrefois porté le nom de Dépôt VII.


Et, pour une raison qu’elle ignorait encore, le nom d’un ancien Grand Archiviste venait de la conduire jusqu’à elle.


Elaria contempla longtemps les bâtiments en contrebas.


Le matin, elle les avait regardés avec la certitude tranquille de quelqu’un qui connaissait sa maison.


Elle la connaissait toujours.


Simplement pas autant qu’elle le croyait.


L’idée ne l’inquiétait pas.


Un sourire discret apparut sur ses lèvres.


Elaria aimait apprendre.


Et pour la première fois depuis longtemps, la Grande Bibliothèque d’Aphenium venait de lui poser une question.


Let tambe know what you thought about this chapter!
Love this

0

Love this

Funny

0

Funny

Spicy

0

Spicy

Suspenseful

0

Suspenseful

Emotional

0

Emotional

Profound

0

Profound

Heartwarming

0

Heartwarming

Shocking

0

Shocking

Good Writing

0

Good Writing

Compelling Plot

0

Compelling Plot

Great Character

0

Great Character

Strong Dialog

0

Strong Dialog

Further Recommendations

His Forsaken Fate

Bargara4670: I have marked the ratings down because it was obviously originally written in a foreign language and translated into English. I hope that whoever edited the second half will go back and do the same to the first half. Having said that, this was a well-thought-out plot which kept me interested enough ...

Read Now
Claimed By The Wrong Prince

Sasha: What a beautiful story, he was the perfect prince

Read Now
Werewolf Hollow [GALATEA DATE TBA]

user-tYYAB62Jw9: I loved your/this story, thank you 😊 . Look forward to more writings. I was so invested in the kids. Curious who or which one is Annie's mate. Maybe Dylan since Collin is a werewolf. Although she'd also make a good Luna. Smiles 🙂

Read Now
The Alpha's Exiled Mate

Mokatoka: Say what????? God! Is it over???

Read Now
Silver's Second Chance

Beth Willyoung: This is definitely a great site all the rest make you read and pay this one is the most legitimate site.

Read Now
Full Volume

Lynda Tatad: I liked how Harper and Ethan met online by becoming gaming partners. I liked how they started chatting and talking separately from the games.Finding out they were in the same school, and where Harper tried to stay invisible, where Ethan ended up being a popular basketball player. The feelings and ...

Read Now
The Neighbor's Son

Geneise: I really enjoy your writing style. I loved this story and the way they found each other. I was thinking it was gping to have an obsessed stalked situation but loved the history he had. Loved that the story had some twists and showed real life situations.

Read Now
My Blacksmith Savior

jeannie2244: Such a different story from your usual love story. I love stories that aren't just a cookie cutter romance with the same story line and predictable. This is unlike any I have ever read and so nice to read something new and refreshing.

Read Now
Beyond the Ice Wall

Dee: I'm enjoying this read immensely. I would recommend this to readers who enjoy suspenseful romance. At this point, I can't find a reason to rate less. Can't wait to see how the story plays out.

Read Now