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Ce soir, j'ai envie de ...

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Summary

On ne choisit pas toujours ce qui nous fait envie. Certains fantasmes sont doux, d'autres troublants, parfois même assez tabous pour qu'on préfère ne jamais les avouer. Pourtant, imaginer n'est pas agir, et ce qui nous excite ne dit pas nécessairement qui nous sommes. La véritable liberté se trouve peut-être dans ce que l'on choisit d'en faire. Alors, le temps de quelques pages, laissez vos fantasmes exister sans jugement. Ici, ils peuvent prendre vie, même les plus inattendus, sans jamais avoir à devenir autre chose qu'une histoire.

Genre
Erotica
Author
Selenba
Status
1h ago
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Fantasme 1 - Le Mariage

C'est simplement parce que je suis une copine géniale que j'ai décidé d'accompagner Sara au mariage de son amie d'enfance.

Je ne connais absolument personne, mais devant le regard suppliant de ma meilleure amie, je n'ai pas pu dire non. Me voilà donc devenue son +1.

C'est ainsi que je me retrouve à essayer de discipliner mes cheveux noirs en un chignon à peu près digne de l'événement. Pour la troisième fois, je baisse les bras dans un soupir.

— Fais un effort, Clem, ça va être chouette.

Elle en a de bonnes.

— C'est pas toi qui as une crinière de poney sur la tête, je te signale.

Sara éclate de rire derrière moi.

— En effet, mais ça te donne un air sauvage. Et ça, c'est canon.

Je croise son regard dans le miroir et lui adresse un petit sourire en coin.

— Mais bien sûr. Bon, tant pis, j'abandonne. Je les laisse au naturel.

Sara consulte sa montre.

— Allez, on se dépêche. La cérémonie à la mairie est dans une heure. Où est ta robe ?

Je lui désigne la chaise d'un mouvement du menton, accompagné d'une moue peu convaincue.

— Là. Mais j'ai tellement grossi que je ne suis pas sûre de rentrer dedans.

— Abuse pas. T'es magnifique, même avec tes quelques kilos en plus.

Pour toute réponse, je lui lance la première chose qui me tombe sous la main : ma brosse à cheveux. Elle l'esquive en riant.

— Enfile-la, on va bien voir.

J'obéis.

J'ai choisi une robe fourreau noire qui dégage les épaules. Dieu merci, j'y rentre encore. Même si, depuis le jour où je l'ai achetée, elle a gagné plusieurs centimètres de tension au niveau des courbes.

Quelques minutes plus tard, nous observons nos silhouettes dans le miroir. Sara a opté pour une robe courte jaune citron, et nos bronzages d'été ressortent à merveille. Je croise mon propre regard, noisette, un peu trop brillant pour quelqu'un qui prétend ne pas avoir envie d'y aller.

On est canons.

— Allez, on va être en retard.

Je lève les yeux au ciel en attrapant mon sac.

— Oui, Sara, j'ai compris…


Sur le parvis de la mairie de Bourlieu, la foule est déjà là. Ensuite, direction un domaine des environs pour le repas et la soirée.

Mes seules ambitions : manger et boire.

Sara se gare. Une petite boule de stress se forme dans mon ventre. Je ne connais personne à part elle, et d'après elle, je pourrais sociabiliser avec une plante.

J'ai comme un doute.

À peine descendues de la voiture, elle reconnaît un groupe d'invités et fonce vers eux avec l'enthousiasme de quelqu'un qui n'a pas passé vingt minutes à se battre contre une crinière de poney.

Je lui attrape le bras.

— Tu m'en veux pas si je vais fumer une cigarette un peu plus loin ?

Elle me fait signe qu'elle me retrouvera.

Parfait.

Je contourne le bâtiment et déniche un coin tranquille. Je coince une cigarette entre mes lèvres, l'allume, et relève la tête pour expirer la fumée.

Un homme approche.

Costume bleu marine, épaules larges, silhouette élancée. Une assurance tranquille, du genre qui attire l'attention sans la réclamer. Des cheveux châtain foncé, un peu en bataille, comme s'il y avait passé la main plusieurs fois pour s'empêcher de stresser.

Il s'arrête à quelques pas.

— Je pourrais avoir du feu, s'il vous plaît ?

Je lui tends mon briquet. Pendant qu'il approche sa cigarette de la flamme, nos regards se croisent. Ses yeux sont verts, avec une lueur malicieuse qui ne m'échappe pas.

— Vous faites partie des invités du mariage ?

Sa voix est grave. Sa mâchoire carrée me fait oublier sa question pendant une seconde.

Ridicule.

— Euh… oui. On m'a obligée.

Il hausse un sourcil.

— Obligée, carrément ? Dites-m'en plus. Si je juge ça nécessaire, je pourrai peut-être vous sauver.

Je tente de retenir mon sourire. Peine perdue.

— Une amie a utilisé son pouvoir sur moi pour ne pas venir seule.

— Je vois.

Il tire sur sa cigarette. Son regard revient vers moi, s'attarde sur mon visage, glisse vers mes épaules, puis descend le long de ma robe.

Je croise les bras, presque malgré moi. Soudain, je suis beaucoup trop consciente de ce tissu tendu sur mes hanches, et du regard qui le suit.

— Très jolie robe, lâche-t-il.

Ce n'est pas le genre de compliment poli qu'on fait à une inconnue. Il y a quelque chose de lent dans sa façon de le dire.

— Merci.

À mon tour de le détailler. Costume impeccable, allure assurée. Le genre d'homme qui doit passer plus de temps à la salle de sport que moi à choisir ce que je vais manger. Et franchement, ça lui réussit.

— Le costume n'est pas mal non plus.

Un sourire étire ses lèvres. Je lui rends le mien, un peu plus lentement.

Et quelque chose s'allume en moi. L'envie de jouer, de voir lequel de nous deux craquera le premier. Pour une fois, je ne me pose pas mille questions.

Il jette un coup d'œil vers la mairie.

— Bon, je dois vous laisser. Mais j'espère bien vous croiser dans la soirée.

Je pourrais lui répondre quelque chose de banal, une réponse parfaitement adaptée à deux inconnus lors d'un mariage.

Mais ce serait franchement dommage.

— J'y compte bien.

Un léger rire lui échappe. Il s'éloigne, et je le suis des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse.

Ce mariage risque d'être beaucoup plus intéressant que prévu.


Sara me retrouve devant la mairie, et le sourire de l'inconnu flotte encore dans un coin de ma tête. Elle me présente à tout un groupe. Je distribue les « enchantée », en essayant de retenir quelques prénoms.

Quand je peux enfin respirer, je cherche un costume bleu marine du regard. Avec tout ce monde et mon mètre soixante, autant dire que j'ai peu de chances.

Tant pis. Je le recroiserai.

Les portes s'ouvrent. Je me retrouve sur une chaise au bord de l'allée centrale, une place de choix pour observer les arrivées.

La musique s'élève. Les conversations s'éteignent. Deux hommes en costume gris clair apparaissent, tout sourire, sans doute les témoins du marié.

Ils s'écartent pour libérer l'allée.

Et là, je le vois.

L'homme au costume bleu marine.

Il avance vers le maire en tapant dans la main des deux hommes en gris.

J'avale difficilement ma salive.

Non. Non, non, non.

Je me tourne vers Sara avec une question en tête. Une seule. Elle a intérêt à connaître la réponse.

Elle se penche vers moi.

— Voici Steeven, le futur marié. Elle l'a bien choisi, n'est-ce pas ?

Je reste muette.

Il remonte l'allée en saluant les invités. Quand il passe à notre hauteur, son regard glisse sur moi sans s'arrêter, comme si nous ne nous étions jamais parlé.

Ouf.

Je ne sais pas ce que j'aurais préféré : qu'il me reconnaisse ou qu'il fasse semblant. Dans le doute, je décrète que la deuxième option m'arrange.

Il sourit à Sara, et malgré moi, je fonds devant ses dents blanches.

Bordel. J'ai failli draguer le marié.

La musique change. Cette fois, l'entrée de la mariée est imminente. Léa apparaît au bras d'un homme aux cheveux grisonnants. Elle est éblouissante : quelques boucles blondes échappées de son chignon, des yeux bleus qui brillent d'émotion, une robe élégante sans excès.

Elle est aussi belle que lui. Je dois reconnaître qu'ils forment un couple magnifique.

Ils échangent leurs vœux, se promettent amour et fidélité dans les jours heureux comme dans les épreuves. C'est beau, sincèrement.

Pourtant, une pensée continue de me trotter dans la tête : je l'aurais plutôt pris pour un invité célibataire, venu profiter de la fête.

Mais bon. Maintenant que je connais la situation, j'évite de me faire des films.

Dans la voiture, vers le domaine, je finis par me tourner vers Sara.

— Ça fait longtemps qu'ils sont ensemble ?

— Quatre ans, il me semble.

— Et tu es proche d'eux ?

— De Léa, oui. On a grandi ensemble, puis on s'est perdues de vue après le lycée. Steeven, c'est la deuxième fois que je le vois.

— Ah, d'accord.

Je laisse retomber ma tête contre le siège.

Quatre ans. Et moi qui ai failli lui offrir une échappatoire à son mariage sans le savoir.

Bon, techniquement, c'est lui qui a proposé de me sauver. Ça ne change pas grand-chose, mais je préfère remettre les responsabilités à leur place.

Le reste du trajet se déroule en musique. On reprend nos classiques à tue-tête, en chantant faux et en riant comme deux idiotes.

Quand nous arrivons au domaine, je reste bouche bée.

Une immense bâtisse provençale se dresse au milieu des vignes, avec cette élégance rustique qui donne envie de s'y installer pour les vacances. Dans la cour, une fontaine, des stands de nourriture et de boissons partout. Un serveur nous tend deux coupes de champagne.

— Santé, ma belle !

Nous trinquons.

Puisque l'option « rencontre avec mon futur grand amour » vient de tomber à l'eau, autant profiter du reste : du champagne, de quoi manger, une jolie propriété à explorer.

La soirée s'annonce prometteuse.


Les mariés arrivent peu après. Steeven est parfaitement à l'aise, charmant avec tout le monde. Je me suis peut-être fait des films. Il est peut être simplement avenant, après tout.

Léa, elle, ne le quitte presque pas. Son regard déborde d'amour chaque fois qu'elle se tourne vers lui.

Sara m'attrape par le bras.

— Viens, on va les féliciter.

— Sara ! Je suis tellement contente de te voir !

Léa la serre dans ses bras. Pendant qu'elles s'embrassent, je croise le regard de Steeven. Un clin d'œil discret, son sourire en coin, et le trouble que j'essayais de chasser revient au galop.

Je me tourne vers Léa avec un immense sourire.

— Je te présente Clémentine, ma meilleure amie.

— J'ai beaucoup entendu parler de toi. Ravie de te rencontrer !

— Pareillement ! Félicitations à vous deux !

Steeven incline la tête.

— Enchanté. J'espère que ce ne sera pas une torture pour vous.

Sara et Léa froncent les sourcils, incapables de comprendre l'allusion.

Moi, je vois parfaitement où il veut en venir.

Si seulement j'avais su à qui je parlais, je me serais peut-être abstenue de lui expliquer à quel point j'étais ravie d'être là.

— Vous devez avoir du monde à saluer, dis-je en prenant Sara par le bras. On vous laisse profiter de votre soirée.

Mes yeux croisent une dernière fois ceux de Steeven. Sa lueur amusée me donne furieusement envie de lui faire ravaler son sourire.

Ou de lui en arracher un autre.

Je préfère ne pas approfondir.

J'entraîne Sara au bar. Nous goûtons quelques amuse-bouches, puis elle retrouve des copines et me fausse compagnie.

L'occasion parfaite pour aller fumer.

Je traverse le mas et débouche dans un jardin de l'autre côté du bâtiment. Quelques arbres bordent une pelouse où sont disposés des lits de jardin. J'allume une cigarette et soupire de satisfaction.

— Clémentine, du coup…

Je sursaute.

Steeven se tient derrière moi, les mains dans les poches, son éternel sourire en coin aux lèvres.

Évidemment.

— Steeven… Tu t'es perdu, peut-être ?

— Pas du tout. J'avais envie d'une pause cigarette, moi aussi.

— Je suis sûre que tu pourrais trouver un de tes invités avec un briquet.

Il s'approche et me tend sa paume ouverte.

— Techniquement, tu fais partie de mes invités.

Je dépose mon briquet dans sa main en détournant les yeux.

— J'ai cru comprendre. Très belle cérémonie, d'ailleurs.

Mon ton est plus froid que prévu. Une pointe de mauvaise humeur que je ne cherche même pas à cacher, alors que je n'ai strictement rien à lui reprocher.

— Merci.

Il me rend le briquet. Quand je tends la main, ses doigts effleurent ma paume, lentement. Un contact presque insignifiant. Et pourtant, un frisson remonte le long de mon bras jusqu'à mon épaule.

Je fais quelques pas dans le jardin pour reprendre mes esprits. Le gravier crisse sous ses pas : il me rejoint.

— Alors, qu'est-ce que tu en penses ? Tu as toujours besoin d'être sauvée ?

Sa voix est légère, presque innocente.

Sa femme et ses invités l'attendent de l'autre côté du bâtiment, et monsieur a décidé que sa meilleure occupation était de venir me retrouver. Je devrais lui rappeler qu'il est censé être le marié.

À la place, j'ai envie de jouer. Un peu. Juste assez pour voir jusqu'où va cette assurance.

— Oui. Et j'ai remarqué que tes témoins très charmants pourraient me sauver sans que j'y oppose la moindre résistance.

Son sourire disparaît une fraction de seconde avant de revenir, encore plus large.

— Ils sont mariés, eux aussi.

Je pivote vers lui, sourire de défi aux lèvres.

— Oh, tristesse. Je vais donc devoir passer la soirée seule.

Il fait un pas vers moi. La distance entre nous devient franchement déraisonnable. Sa mâchoire se contracte, puis sa main remonte vers mon visage.

Je reste immobile quand son pouce effleure ma lèvre inférieure.

Le geste est si inattendu que j'en oublie de respirer. Une chaleur vive se répand dans mon ventre et mes lèvres s'entrouvrent avant que j'aie le temps d'y réfléchir.

— J'aime les femmes qui ont du répondant, Clémentine.

— Alors j'espère que ton épouse en a.

Sa main retombe lentement.

— Est-ce que ça changerait quelque chose si je n'étais pas marié ?

Je réfléchis. Autant ne pas lui offrir une phrase qu'il pourrait prendre pour une invitation.

— Bien sûr.

— Dis-moi comment.

Ah. Il veut jouer ?

Très bien.

Je jette un coup d'œil autour de nous. Le jardin est désert. Je désigne du menton un lit de jardin, un peu plus loin.

— Tu vois le coin, là-bas ?

Son regard suit le mien.

— Si tu avais été célibataire, on aurait probablement testé la qualité du matelas avant la fin de la soirée.

Je soutiens son regard, curieuse de l'effet.

Je ne suis pas déçue. Son sourire se fait plus discret. Sa mâchoire se contracte à nouveau.

Un petit frisson de satisfaction me parcourt. Je recule d'un pas.

— Malheureusement, ce n'est pas le cas.

Je lui tire la langue et tourne les talons. Je m'éloigne sans me retourner, ma cigarette oubliée entre les doigts et le cœur battant beaucoup trop vite.

Je rejoins Sara comme si de rien n'était, avec l'étrange sensation d'avoir fait quelque chose d'interdit. Alors que, techniquement, je n'ai encore rien fait.

Le mec a un sacré toupet.


Pendant l'apéritif, nos regards se croisent plusieurs fois. Chaque fois, je détourne la tête. Je reste près de Sara, je ris aux plaisanteries des autres invités, je fais de mon mieux pour avoir l'air normale.

Sauf que je sais toujours où il se trouve.

C'est stupide. Il est marié. Sa femme est magnifique, visiblement amoureuse, et moi je suis juste venue accompagner ma copine. Je peux bien me contenter d'un fantasme. Ça ne fait de mal à personne.

C'est du moins ce que je me raconte jusqu'au repas, quand je quitte la table pour aller aux toilettes.

L'alcool me rend plus légère, plus bavarde aussi. Je souris encore en me lavant les mains quand la porte s'ouvre derrière moi.

Je relève les yeux vers le miroir.

Steeven.

Mon sourire menace de s'élargir. Je le ravale et m'intéresse soudain beaucoup à mes mains mouillées.

Il vient s'appuyer contre le mur, près des lavabos. Je n'ai pas besoin de le regarder pour sentir son attention. Sa seule présence suffit à me rendre consciente de tout : le silence, ma robe contre mes cuisses, la chaleur de la pièce.

— Arrête de me regarder comme ça, Clémentine, sinon je ne pourrai pas rester raisonnable.

Je croise son regard dans le miroir.

— Je pourrais te dire la même chose.

Son sourire me donne envie de lui en coller une. Ou de l'embrasser. Je n'ai pas encore décidé.

Il s'approche. Je recule d'un pas, puis d'un autre, jusqu'à ce que le mur m'arrête. Je pourrais me décaler. La porte est juste là.

Je ne bouge pas.

— Tu me rends dingue, tu sais ça ?

Cette fois, il ne sourit presque plus.

— Je me demande bien pourquoi. Ta femme est bien plus jolie.

Il écarte une mèche qui me barre la joue. Ses doigts frôlent ma peau, et je déteste la facilité avec laquelle un geste aussi banal me trouble.

— Elle est jolie, oui. Mais toi…

Sa main descend le long de mon bras, puis s'attarde sur ma hanche, là où le tissu tire.

— Pendant toute la cérémonie, j'ai essayé de ne pas penser à tes courbes.

Mon ventre se contracte délicieusement. Ce que j'avais pris pour un défaut, ce matin, dans le miroir, semble être exactement ce qu'il regarde.

— Quel effet je te fais ? souffle-t-il.

Je relève le menton, décidée à ne pas tout lui donner.

— Aucun.

Son sourire revient, lent, insolent.

— Vraiment ? Permets-moi d'en douter.

Sa paume se pose sur ma taille. Je sens sa chaleur à travers le tissu, puis ses doigts glissent le long de ma cuisse. Lorsqu'ils remontent sous ma robe, mon souffle se bloque.

Je pourrais l'arrêter. La pensée est parfaitement claire. Lui repousser la main, lui rappeler qu'il est marié, sortir et retrouver Sara.

Au lieu de ça, je pose les doigts sur son poignet.

Pas pour l'éloigner.

Ce constat me donne presque le vertige.

Il se penche. Son souffle effleure mon oreille.

— Écarte les jambes pour moi.

Je ferme les yeux. Mon cœur cogne jusque dans ma gorge. Je décale ma jambe, juste assez pour lui faire comprendre que je le veux là.

Sa main remonte entre mes cuisses. Je laisse échapper un petit son que j'aurais préféré garder pour moi lorsqu'il effleure mon sous-vêtement. Il l'écarte doucement, et ses doigts trouvent ma peau.

La proximité, le secret, la possibilité que quelqu'un pousse la porte à n'importe quel instant : tout se mélange jusqu'à rendre le reste du monde étrangement lointain.

— Tu es déjà prête, murmure-t-il. Si tu savais ce que j'ai envie de te faire…

Je rouvre les yeux et accroche les siens.

— Alors montre-moi, Steeven.

Son sourire provocateur s'efface. Je m'accroche au revers de son costume pendant qu'il enfonce ses doigts en moi, incapable de détacher mon regard du sien.

Puis des voix éclatent dans le couloir.

Nous nous figeons.

Steeven se détourne vers les lavabos pendant que je me glisse dans une cabine. La porte s'ouvre presque aussitôt.

L'eau coule. Un couple discute tranquillement, avec la décontraction de gens qui n'ont aucune idée de ce qui se passe à quelques mètres d'eux. Je retiens mon souffle, les doigts crispés contre la porte. Le moindre bruit me paraît suspect.

Un rire nerveux m'échappe. Je plaque une main contre ma bouche.

Putain, c'était moins une.

Les voix finissent par s'éloigner. J'entrouvre la porte.

Personne.

Je ressors, lisse ma robe et reprends une inspiration avant de regagner la salle. Évidemment, au moment où j'entre, je tombe sur le regard de Steeven. Il est tranquillement installé près de sa femme et de leurs témoins, avec un sourire beaucoup trop satisfait pour quelqu'un qui vient de frôler la catastrophe.

Je détourne les yeux.

Ce mec est fou.

Et pourtant, je ne pense plus qu'à une chose : me le taper.

— Ça va, Clem ? T'es un peu rouge.

Sara me regarde, légèrement inquiète. Elle me connaît bien, la traîtresse.

— Non, non, tout va bien. J'ai juste un peu chaud.

Elle hausse les épaules, convaincue. Elle aussi est bien éméchée, et son rire bruyant ne passe pas inaperçu.


Le repas terminé, les invités rejoignent la piste ou le bar. La salle résonne de musique et d'éclats de rire. Je repère Léa qui danse avec ses copines. Elle a l'air de passer une excellente soirée.

Je suis adossée à une colonne, à observer les danseurs, quand un léger frôlement dans mon dos attire mon attention. Quelque chose glisse dans ma main.

Je me retourne juste à temps pour voir Steeven s'éloigner sans un regard.

Je vérifie que personne ne m'observe, puis déplie le petit morceau de serviette.

« Toujours envie de tester la qualité du matelas ? Rejoins-moi. »

Je pince les lèvres pour retenir mon sourire.

Il est pire que ce que je pensais. Et il le sait parfaitement.

Il ne me faut pas longtemps pour me décider.


La nuit est tombée. Je sors par l'arrière du domaine, une cigarette à la main : si quelqu'un me croise, j'aurai une excuse toute trouvée. Je m'engage dans l'allée du jardin, attentive à ce qui m'entoure.

Pas de Steeven.

Je suis à hauteur d'un petit bosquet quand une main se pose sur ma taille. Je sursaute, prête à crier, mais une autre main étouffe déjà mon cri.

Mon corps pivote. Je retrouve le regard rieur de Steeven.

— Chut…

Il retire sa main et, avant que j'aie trouvé quoi répondre, sa bouche s'écrase sur la mienne.

La surprise ne dure qu'un instant. Je glisse les mains dans son cou et lui rends son baiser avec une impatience que je ne cherche plus à cacher. Il a un goût de vin et de tabac. Toute la retenue que j'ai essayé de conserver depuis le début de la soirée vole en éclats.

Il m'entraîne plus loin, à l'abri des regards, jusqu'à ce que mon dos rencontre un tronc d'arbre. L'écorce est rugueuse à travers le tissu, encore tiède de la journée. Ses mains parcourent ma robe, mes hanches, et s'attardent sur chaque courbe.

— Je veux mon cadeau, maintenant, souffle-t-il contre mes lèvres.

Je recule juste assez pour tirer une taffe. Il me prend la cigarette des doigts, porte le filtre à sa bouche, puis dépose des baisers dans mon cou. Je ferme les yeux, incapable de retenir mon sourire.

— Mets-toi à genoux.

Je jette un regard autour de nous. La musique résonne au loin, mais ici, personne n'a de raison de venir nous chercher.

Je n'hésite pas. Je relève ma robe pour ne pas la salir, et la terre sèche me râpe les genoux tandis que je m'agenouille devant lui.

Je défais sa ceinture, déboutonne son pantalon et l'abaisse juste assez. Quand je relève les yeux, son regard est brûlant, impatient. Et l'idée de lui faire perdre un peu de son assurance me plaît énormément.

Je dépose quelques baisers sur sa peau, attentive à ses réactions. Sa main se glisse dans mes cheveux pendant que ma langue le caresse. Son souffle se fait plus court, et la façon dont il peine à garder son calme me suffit à comprendre que mon petit cadeau lui plaît.

— Encore, ma belle. Ne t'arrête pas.

Sa voix est plus rauque. Je poursuis, concentrée sur lui, jusqu'à ce qu'il me relève d'un bras autour de la taille. Sa langue effleure mes lèvres avant de m'embrasser à nouveau.

— Putain, pourquoi je me marie…

Je lui adresse un sourire amusé.

— Clairement pas parce que tu es fidèle.

Il sourit à son tour, puis me retourne d'un geste et me plaque face à l'arbre.

Sa main se glisse sous ma robe jusqu'à ma poitrine, son corps pressé contre mon dos. De l'autre, il remonte le tissu jusqu'à mes hanches et écarte ma culotte.

Quand il me pénètre, je retiens mon souffle. Un gémissement m'échappe, puis un autre, plus difficile à contenir. Mes doigts s'agrippent à l'écorce.

Je sens tout à la fois : le grain de ses doigts sur mes hanches, son souffle contre ma nuque, l'odeur de son parfum mêlée à celle de la terre chaude. La musique arrive par vagues, trop loin pour couvrir mes soupirs. Au loin, quelqu'un rit, et mon cœur s'emballe.

— Comme t'es serrée… C'est bon, putain.

Mon corps réagit avec une intensité qui me surprend moi-même. Je dois m'agripper plus fort pour garder l'équilibre. Il n'y a plus de répartie ni de petit jeu, seulement cette chaleur qui monte, le rythme qui s'accélère et la nécessité de retenir les sons qui m'échappent.

Quand je tourne légèrement la tête, un éclat doré attire mon regard.

Son alliance. Elle brille à sa main, posée sur ma hanche, dans la pénombre.

Quelques heures plus tôt, il promettait fidélité devant tout le monde.

Une seconde, mon ventre se noue.

Mais l'instant d'après, sa main se resserre, et je me cambre contre lui sans réfléchir.

— Steeven…

— Ne bouge pas, murmure-t-il à mon oreille.

Sa main revient se plaquer sur ma bouche pour étouffer mes gémissements. Le secret, le risque, la rugosité de l'arbre contre mes paumes : tout me rend folle. Mes jambes tremblent. Le plaisir monte jusqu'à balayer mes pensées, et je m'y abandonne en mordant presque sa paume.

Quelques instants plus tard, je le sens se contracter à son tour, un grognement étouffé contre mon épaule.

Puis, peu à peu, tout retombe.

Nous restons immobiles, serrés l'un contre l'autre, le temps de reprendre notre souffle. Il finit par se retirer et remet ma robe en place avec un soin presque comique. Il remonte son pantalon, reboutonne sa chemise, ajuste sa cravate.

Nos regards se croisent. Nous éclatons de rire.

C'est presque absurde. Il y a quelques minutes, nous étions au milieu d'une réception de mariage. Sa femme est toujours à quelques dizaines de mètres, et nous voilà en train de remettre nos tenues en ordre derrière un arbre.

Son sourire retrouve son insolence. Il m'attire une dernière fois contre lui et dépose un baiser sur mes lèvres.

— Merci, Clémentine. C'était un vrai plaisir. Je te recontacterai à l'occasion.

Je lui souris, encore grisée.

— Non, laisse tomber. C'était sympa, mais je préfère qu'on évite de recommencer.

Il recule d'un pas, un éclat amusé dans le regard.

— C'est toi qui vois.

Il s'éloigne en m'adressant un dernier clin d'œil.

Je le laisse prendre de l'avance avant de quitter le bosquet à mon tour. Je rallume une cigarette et vais m'installer sur l'un des lits de jardin. La musique me parvient de loin.

Je tire une taffe et lève les yeux vers le ciel étoilé.

Verdict : matelas non testé.

Écorce de platane, quatre étoiles.

Fin

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