Traquée par un Vampire

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Résumé

Affamée, en difficulté et chassant pour survivre, Odette s'aventure dans les bois où il n'est pas prudent pour les humains de s'y rendre. Alors qu'elle rapporte de la nourriture à sa mère malade, elle tombe sur un vampire qui ne semble pas pouvoir la laisser partir. La suivant sans relâche avec de la nourriture, de l'argent et une aide qu'elle ne comprend pas, elle n'arrive pas à saisir ses intentions, jusqu'à ce que les circonstances fassent qu'elle ait besoin de son aide et qu'elle soit emmenée dans son manoir. La question à laquelle ni l'un ni l'autre ne peut répondre est... pourquoi se soucie-t-il d'elle ?

Genre :
Romance/Fantasy
Auteur :
Elle Chipp
Statut :
Terminé
Chapitres :
39
Rating
4.8 95 avis
Classification par âge :
18+

Un chasseur

Odette

Mon village compte à peine mille âmes. Nos maisons sont fragiles, toutes de bois vêtues, du moins pour ceux qui n'ont pas la chance d'appartenir à la petite bourgeoisie marchande. Malgré cela, j'ai eu une enfance merveilleuse.

Mon père et ma mère subvenaient tous deux à nos besoins. Je ne me souviens pas avoir manqué de nourriture ou de quoi que ce soit. Je réalise aujourd'hui que c'était un privilège rare.

Après le décès de mon père, ma mère a dû s'occuper seule de nous, et elle s'en est très bien sortie. Ses talents de couturière étaient célèbres dans tout le village. Ses tarifs étaient justes, ce qui nous permettait de vivre confortablement tout en attirant de nombreux clients.

Malheureusement, le sort s'est acharné sur nous quand ma mère est tombée malade. Nous ignorons ce qu'elle a, car sans son travail, nous ne pouvons pas payer de médecin. Tout ce que je sais, c'est qu'elle est trop faible pour quitter son lit la plupart du temps. La charge de nous nourrir repose donc désormais sur mes épaules.

À vingt ans, ce ne serait pas un problème si ma mère avait pris le temps de m'apprendre son métier. Ses affaires marchaient tellement bien qu'elle n'avait jamais le temps de s'arrêter pour me montrer les gestes. J'ai réussi à apprendre les bases seule, mais je n'ai jamais acquis ce talent qui la rendait si indispensable. Je ne crois pas que nous ayons jamais vendu une seule pièce sortie de mes mains.

Face à cette situation, je n'étais pas difficile sur le travail. J'aurais récuré des pots de chambre si cela pouvait mettre du pain sur la table et payer un médecin. Mais dans un village aussi petit, ces places sont déjà prises par des gens qui font la queue. Les mendiants affamés sont légion dans nos rues. Quand la maladie de ma mère m'a poussée dehors, je ne suis devenue qu'une ombre de plus dans la foule.

Avec le recul, je réalise ma chance : mon père avait un métier plus facile à apprendre par soi-même. Il était chasseur. Aussi simple que cela puisse paraître, un chasseur est très recherché dans un village comme le nôtre. Nous sommes des gens superstitieux. Les bois ont toujours fait peur, et les histoires de vampires, de loups-garous et d'autres démons hantent nos veillées au coin du feu.

C'est pour cela que seuls les plus braves osent quitter la sécurité du village pour s'aventurer en forêt. Mon père le faisait, mais il restait croyant. Je sais qu'il n'aurait jamais voulu que je connaisse ce sort, mais je n'ai plus le choix.

J'ai commencé la chasse il y a un peu plus d'un an. J'ai passé la majeure partie de mon temps à m'exercer au tir à l'arc et à fabriquer des collets. Je commence tout juste à ramener de quoi nourrir convenablement notre petit foyer. Peut-être qu'un jour je pourrai gagner autant que mon père, mais pour l'instant, il ne s'agit que de survivre.

Le jour se lève à peine alors que j'approche de la forêt. L'arc entre mes mains est froid et dur à cause de la nuit. Mes bottes sont tellement usées que mes orteils sentent le froid à chaque pas. J'espère faire vite ce matin pour rentrer rapidement auprès de ma mère. Elle a passé une mauvaise nuit. Je commence à me demander si nous pouvons encore attendre avant d'appeler un médecin.

Le givre craque sous mes pas jusqu'à ce que je bifurque vers un chemin de mousse plus souple. Je veux rester silencieuse pour débusquer notre prochain repas. Les lapins que je traque ont l'ouïe fine et, pour être honnête, je ne tiens pas à me faire remarquer. On ne sait jamais ce qui rôde. Ou plutôt, si, je le sais, si l'on en croit les récits de la chapelle. C'est bien là le problème.

Je chasse de mon esprit l'image de démons couverts du sang de leurs victimes et je laisse place à mon instinct de chasseuse. Cette facette de moi est féroce, forte et déterminée. C'est tout ce que je voudrais être au quotidien. Cela m'aide de l'imaginer comme une autre personnalité, plutôt que comme un simple rôle.

Les oiseaux chantent haut dans les arbres. Une fois ma peur oubliée, je trouve leur chant agréable. Ils ont l'air si heureux là-haut, à discuter entre eux. Je parie qu'aucun d'eux n'a faim, n'a peur ou ne s'inquiète pour l'avenir. La vie serait tellement plus simple si j'étais un oiseau.

Le buisson à ma gauche s'agite et je remercie le ciel pour cette chance. Un lapin surgit. Je refuse de voir à quel point il est beau et innocent quand je décoche ma flèche. Cela nous garantit un repas pour les prochaines vingt-quatre heures, une aubaine que je n'ai pas tous les jours. Je fourre le lapin dans la besace à ma ceinture. Je pars ensuite chercher des champignons et des oignons sauvages pour calmer les douleurs de maman.

Mon moral remonte d'un coup maintenant que ce poids a quitté mes épaules. Je me demande s'il ne vaudrait pas mieux rester un peu pour ne pas avoir à revenir demain. Mais non, ce serait de la gourmandise, et maman a besoin de son remède au plus vite. Peut-être que demain j'aurai l'occasion de faire des réserves, mais pas aujourd'hui.

La lumière du soleil levant commence à filtrer à travers les feuilles. Si j'avais le temps, je m'arrêterais pour admirer ce spectacle, mais ce n'est pas le cas. Je me redresse, sentant le poids de mon butin contre ma hanche, et je rebrousse chemin.

Le craquement des branches n'est pas inhabituel, mais cette sensation dans ma nuque l'est. Je sens toujours quand quelqu'un m'observe, et mes poils se hérissent. Connaissant les habitudes des autres chasseurs, cela m'étonne. Je pars d'habitude très tôt pour éviter ces rencontres. Je ne suis pas timide, mais je n'ai pas de temps à perdre en bavardages. Cela fait fuir le gibier et, comme disait mon père, le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt.

Qui cela peut-il être ? Normalement, on m'aurait déjà saluée, même si je n'en ai aucune envie. Une jeune femme qui chasse est une rareté. Ceux qui m'ont déjà croisée en profitent toujours pour m'observer à l'œuvre.

Une autre branche craque. Je ne sais pas quand les oiseaux ont cessé de chanter, mais ce silence de mort me glace le sang. Je pivote brusquement sur mes talons, essayant de distinguer quelque chose malgré les rayons du soleil dans mes yeux. Une ombre bouge, plus vite que je ne l'aurais cru possible. Avant que je puisse faire demi-tour pour m'enfuir, un visage surgit entre les arbres.

C'est un homme. Quelqu'un que je n'ai jamais vu auparavant.