Chapitre 1
Après chaque mission, toutes plus éreintantes les unes que les autres, Oria avait pour habitude d’aller passer le reste de sa soirée dans un pub, au coin de la rue. Grâce à sa venue récurrente, elle s’était rapidement liée d’amitié avec le barman, Allan. Amis, mais pourtant pas du tout au courant du réel travail de la jeune femme. Pensant qu’elle était hôtesse de l’air, comme l’avait indiqué à plusieurs reprises cette dernière, il lui demandait donc souvent dans quels pays elle eut l’occasion d’aller dernièrement, et s’extasiait à chaque réponse de la belle brune.
-Wow, la Corée ? T’as des photos ? Je rêve d’y aller !
Elle avait effectivement tout un tas de photos, car c’est vrai, elle voyageait très souvent. Et entre les photos de cadavres envoyés à son boss pour confirmer une mort, d’armes, et de photos d’endroits glauques, elle avait effectivement des photos des temples de Corée, des rues incroyables de Séoul, et des restaurants divins de Busan, de l’île de Jeju et d’autres paysages sublimes tout autour du globe.
Elle ne mentait pas. Enfin, presque pas. Elle préférait dire qu’elle était hôtesse de l’air car en soit, ce n’était pas totalement faux. Elle voyageait beaucoup, subissait pas mal de décalages horaires, prenait l’avion plusieurs fois par mois mais ce qui la différenciait d’une hôtesse, c’était le flingue caché sous sa robe, et ses faux papiers.
Elle n’avait ni famille proche, ni petits compagnons poilus et vivait dans un petit appartement en désordre de Londres non loin de Bakerstreet. Elle n’avait pas beaucoup d’effets personnels. Ils se résumaient à quelques journaux intimes griffonnés, un appareil photo argentique et moins d’une dizaine de photos de famille, le tout rangé dans un carton, sous son lit.
Née à Londres il y’a vingt-huit ans de parents Italiens, c’était une très belle femme aux longs cheveux bruns tombant en cascade sur ses épaules, aux yeux sombres et à la peau de porcelaine. Toujours un air sûr d’elle, toujours bien coiffée, bien habillée et maquillée. Intimidante et froide. Mais intérieurement elle était détruite. Ce qui l’avait poussé à devenir ce qu’elle était la consumait chaque jour. Cette envie constante de vengeance qu’elle trimbalait avec elle depuis quatre ans, ce sentiment qu’il lui manquait continuellement quelque chose. Ce mal-être qu’elle ressentait, depuis ce jour.
Puis un soir où elle se rendit au pub, comme à son habitude, elle fit la rencontre d’Ava Wilson, une jeune américaine de 28 ans. Peau mate, cheveux foncés, frisés, relevés en chignon laissant retomber quelques mèches sur son visage doux. Yeux verts en amande, une mouche au coin droit de la bouche, quelques taches de rousseur qu’on discernait sur sa peau foncée et des pommettes à croquer lorsque cette dernière souriait. Ce fut le coup de foudre instantané entre les deux jeunes femmes, devant Allan qui assistait en direct à cette scène électrique tout en nettoyant le comptoir de son bar.
Pour Oria, c’était plus qu’un coup d’un soir comme souvent elle eut. C’était au-delà, c’était une bulle qui lui permettait d’oublier l’espace d’un instant son désespoir, l’odeur du sang, de la poudre sortant de son 9mm ou l’adrénaline malsaine qu’elle avait durant chaque mission. C’était un jardin d’Eden, le calme et l’apaisement. Cette femme était devenue sa seule attache dans ce monde violent.
Mais derrière cette Oria sentimentale, qui essayait tant bien que mal de remonter une pente raide, se cachait une réalité tout autre qui ne pouvait, malgré elle, pas être découverte par qui que ce soit.
Sa réelle identité, c’était là tout le problème. Elle ne pouvait pas exposer sa véritable vie, Ava, ni leur amour librement. Les mensonges s’accumulaient contre son grès. Elle ne pouvait pas vivre.
Oria D’Avena n’était pas hôtesse de l’air.
Elle était tueuse professionnelle.